Lumière pour éclairer les nations païennes

??????????Nous fêtons le 2 février la présentation de Jésus au Temple. Dans l’Evangile de ce jour-là, nous entendons le cantique de Syméon. Ce texte bien connu de ceux qui fréquentent la liturgie des heures est à retrouver et à méditer. Comme tout texte de la Parole, il vient nous surprendre et éduquer l’oreille de notre cœur. Je retiens une phrase de cet Evangile : « Lumière pour éclairer les nations païennes ». Dans cette déclaration du sage Syméon, nous trouvons un des cœurs de la mission du Christ, à laquelle nous sommes associés : aller vers ceux qui ne le (re)connaissent pas.
Il est intéressant d’apprendre, grâce à la lecture d’un livre de Michel Pastoureau sur l’Ours, que cette fête du 2 février était au Moyen Age une grande fête païenne où le mime d’orgies ursines était de mise. C’est le pape Gélase qui, au Ve siècle, institua alors la fête des chandelles et ses successeurs l’ont rattachée à la présentation de Jésus au temple. C’est étonnant de découvrir que cette invitation à aller éclairer les nations païennes prend corps dans une christianisation du paganisme. A bien y réfléchir, ce peut être une solution bien tentante que celle d’imposer sa vérité et sa manière de voir et de penser aux autres. Cela ressemble tout de même, aujourd’hui, à une sorte de terrorisme religieux et intellectuel. Je ne pense pas que ce soit la bonne manière d’annoncer avec intelligence et respect la lumière du Christ à ceux qui ne la connaissent pas ou l’ont un peu étouffée du fait des événements de la vie.
 Evangéliser ?
Pourtant, cette invitation est à honorer pour qui veut suivre le Christ. C’est ce que l’on pourrait désigner par ce « gros » mot d’« évangélisation ». Ce fut le sujet d’un synode, il y a peu, à Rome. Sur ce sujet, il est aussi prudent d’agir avec humilité. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir de plan d’actions établi grâce à des tableaux statistiques comparatifs. Chaque pays, chaque continent réagit différemment du fait de son histoire voire de sa géographie. Par exemple, ce qui peut paraître bon en France ne portera pas les mêmes fruits au Royaume-Uni ou même en Allemagne, même si ces pays sont tous deux européens et géographiquement proches. Ce qui ne veut pas dire non plus que partager, travailler ensemble, analyser ce qui se vit n’est pas utile. Bien au contraire, ces différences enrichissent et le contraste peut sans doute aider à mieux comprendre les enjeux locaux.
 S’adapter aux mentalités contemporaines
Un autre danger dans cette volonté d’évangélisation est d’appliquer les méthodes d’antan. Le « on a toujours fait comme ça » ne fonctionnera sans doute plus aujourd’hui. Même si dans la jeune génération beaucoup reviennent au chapelet, à l’adoration eucharistique et autres exercices de piété, il est toujours possible de susciter en eux le goût de la nouveauté. Il est important de veiller à ce que « le sel ne s’affadisse pas ». Une des voies pour cela est de sortir, peut-être, de l’infantilisme dans lequel le désir de suivre ou de faire à l’imitation l’emporte sur le désir et le besoin de réfléchir. Dans les communautés chrétiennes, il me semble important d’axer les propositions sur la formation chrétienne tant intellectuelle qu’au niveau de la prière. Il serait bon que l’on cesse de prendre Dieu pour un magicien, il ne fait pas à notre place. Il est celui qui nous donne la force, le courage, la ténacité, l’inventivité pour l’annoncer aux hommes et aux femmes de ce temps avec Paix, constance et altruisme.