De la Croix au cœur du Christ

Hier nous étions rassemblés dans la joie de savoir que le Christ donnait sa vie pour nous, que l’Eucharistie nous associait pleinement à sa mission ; nous en sommes devenus depuis ses coopérateurs. Aujourd’hui, ce don se poursuit au travers le message la croix. Mystère du mal, de la souffrance dans sa pleine cruauté. A cette croix que nous vénérons aujourd’hui nous pouvons associer tous les souffrants de notre monde. La liste en est bien longue. Tous sont confrontés au mystère du mal et malgré leur foi peuvent s’unir à cette phrase du Christ sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abonné ?». Il y a de quoi perdre la foi, perdre toute espérance devant la souffrance, l’angoisse, la persécution… Et pourtant la foi demeure, l’espérance prend le pas sur la désespérance de manière incompréhensible. Dieu n’a pas abandonné ; il est au cœur même de cette souffrance qu’il accompagne avec le don de l’Esprit qui est venu avec l’expiration du Christ en croix. Cet Esprit ne pallie pas la souffrance, ne l’efface pas telle une gomme avec un trait de crayon. Il donne juste la force nécessaire pour continuer le chemin malgré la fatigue, l’épuisement, l’envie de baisser les bras tant c’est difficile et parfois insurmontable. Cet esprit nous greffe au bois de la croix pour que Christ porte nos difficultés, nos détresses, nos angoisses devant le Père. Cet Esprit nous fait saisir que nous ne sommes pas seul dans nos combats, que Dieu est avec nous et qu’à nos côtés il y a des femmes et hommes pour nous aider, nous épauler, alléger notre cœur et notre corps lourds.
Au cœur de ce mystère de la croix, n’oublions pas que Dieu se fait proche et faisons mémoire de tous ces moments où nous avons senti la présence de Dieu à nos côtés. Apprenons de la croix à rendre grâce pour sa présence discrète, humble mais puissante du Seigneur dans tous nos moments de ténèbres, de doutes et d’angoisse.
Dans cette liturgie très longue, nous sommes invités à prendre la route de la Passion de Notre Seigneur Jésus Christ. C’est bien ce même Seigneur que nous avons acclamé alors qu’il montait à Jérusalem et qui chemine vers le Golgotha aujourd’hui. Demandons au Seigneur de nous donner la grâce d’être attentif à ce don unique du Christ. Qu’il nous enseigne la voie de son plus grand service en résonnance à ce plus grand amour. Ainsi, nous pourrions être pleinement fidèle à l’appel de Christ qui nous fait participer à sa nature divine. C’est là une grâce pleinement donnée mais elle nécessite que nous en ayons conscience afin qu’elle soit déployée pleinement au cœur de nos vies, au cœur du monde.
Apprenons aussi à laisser parler le silence qui se déploie dans cette célébration. Le silence de Jésus lors de son interrogatoire par Pilate. Il ne s’agit pas d’un silence hautain ou méprisant mais d’un silence qui renvoie l’interlocuteur au poids de sa propre parole. Et puis, il y a le silence qui suit la mort de Jésus. Laissons-nous interpeller par ces silences. Demandons au Seigneur la grâce de les comprendre et de les laisser faire leur chemin en nous.
Au pied de la croix, confions au Seigneur ce qui fait le quotidien de nos existences avec leurs poids et leurs légèretés dans la bienheureuse assurance qu’une place nous est faite par Lui auprès du Père. Que son sacrifice offert par amour du Père pour l’amour des Femmes et des Hommes nous conduise davantage à la liberté pour aimer avec une générosité qui dans le cœur ouvert du Christ se renouvelle sans cesse.