Benoît XVI : serviteur dans l’humilité

Benoît XVIAvec stupeur, j’ai appris que le Successeur de Pierre avait pris la décision de démissionner. Cette nouvelle brutale met toutes les rédactions en émoi et les chaînes d’informations continues sont configurées en édition spéciale. Au-delà de l’événement et du choc de cette nouvelle, le bouleversement que cela procure a de quoi nous réjouir. L’Eglise n’est pas morte, elle fait encore bouger et la place que tient, dans notre société, la barque de Pierre conduite par le Vicaire du Christ est solide. Au lieu d’entrer dans les spéculations des bookmakers, je tiens à partager ce que je retiens de ce Pape dont j’ai pu suivre l’élection en direct, non pas de Rome, mais de Metz.Parmi les premiers mots de Benoit XVI, résonne encore chez moi le « Je suis un humble serviteur dans la vigne du Seigneur ». Même si j’étais assez déçu du profil proposé par d’aucuns à propos du successeur de Jean-Paul II, le fait qu’il commence par évoquer l’humilité m’a séduit. L’acte qu’il pose aujourd’hui, en conscience, après avoir remis cette décision dans la prière et la contemplation du Seigneur, confirme ce sentiment. Sentiment conforté aux JMJ en Allemagne où, devant la foule des jeunes agitée, lors de la veillée, il s’est agenouillé devant le Seigneur en son Eucharistie ; geste qui a permis au silence et au recueillement de s’installer. Autant son prédécesseur était, avec talent, l’homme de la mise en scène, autant Benoît XVI demeure, pour moi, celui de la mise en Cène. L’Eucharistie m’a toujours apparu comme le centre de son ministère sous l’angle du lavement des pieds : « Serviteur des Serviteurs de Dieu ». Même si son affection pour la liturgie « classique » et les ornements un peu anciens me froissaient, son talent de prédicateur et la manière dont il montrait le Christ m’ont toujours réjoui.
Pape Courage
Benoit XVI est aussi la Pape du courage et ce bien avant sa démission. Sur les affaires de pédophilie dans le clergé, sa réaction fut sans aucune contestation possible, il montra fermeté et sollicitude pastorale. Dans ses relations avec les intégristes, il a aussi été jusqu’au bout du possible, de l’envisageable, sans jamais transiger sur le maintien des textes essentiels du Concile Vatican II. Nous pouvons aussi évoquer ses rapports proches avec le judaïsme et la qualité de ses enseignements et encycliques. Je me souviens tout particulièrement d’un passage de celle consacrée à la charité, où Benoit XVI mettait en correspondance la relation humaine et la technicité. Cela m’a marqué car c’est une dimension très importante, à contre courant dans une société qui recherche la perfection et la performance au mépris de l’importance de la qualité humaine. Cette remarque nous dit quelque chose de la vision de l’Homme chez Benoît XVI. Cette vision, nous pouvons également en avoir un aperçu dans l’amnistie offerte à son majordome. Il me semble que Benoit XVI a conscience de la fragilité humaine et des erreurs que tout un chacun peut commettre. En cela, il me fait penser à la fameuse phrase d’Augustin : « Détester amèrement le péché ; aimer passionnément le pécheur ».
Montrer le Christ
Dans les échos qui se font ici où là, remonte cette idée, que je partage, que Benoît XVI ne se comportait pas comme chef de l’Eglise, mais bien comme celui qui, fidèle au ministère de Pierre, confortait ses frères dans la foi. Benoit XVI laissait transparaitre le Christ dans cette humble présence. Dans ses salutations et ses bénédictions à la foule, une grande réserve et timidité ressortaient. Peut-être toujours ce souci de ne pas faire écran au Christ, dont il se veut l’humble serviteur. Même son message devant ses frères cardinaux témoigne de cette sage humilité. Il reconnaît que le service de l’Eglise exige des capacités qu’il ne possède plus ; il est donc temps de se retirer.
Un successeur moderne ?

Bien sûr, je suis loin d’être d’accord sur certains engagements de Benoît XVI, notamment en termes de morale sexuelle ou de discipline ecclésiale. J’aurais aimé qu’il ouvre le chemin de l’ordination des hommes mariés et celui, par exemple, de la reconnaissance de ministères féminins. Ce n’était pas sa priorité et, vu son âge et sa génération, il ne fallait pas attendre de miracle sur ces deux dimensions. Peut-être, espérons-le et demandons-le au Maître de la Mission, le successeur de Benoit XVI aura-t-il le courage apostolique de surprendre le Monde par sa modernité et ses décisions. Telle est ma prière pour celui qui prendra sa suite à la suite du Christ.

4 réflexions sur « Benoît XVI : serviteur dans l’humilité »

    1. JE SUIS PLEINEMENT D ACCORD AVEC LA REFLEXION AU SUJET DE BENOIT XVI SERVITEUR DANS L HUMILITE.. LE GESTE QU IL POSE NOUS SIGNIFIE BIEN QUE LE POUVOIR EST ESSENTIELLEMENT SERVICE ET QU IL VA LE ^POURSUIVRE D UNE AUTRE FAÇON TOUT AUSSI EFFICACE DANS L OMBRE DU MAITRE !!!!

  1. Voici en quelques mots ce qui me gêne dans cet hommage on ne peut plus juste certes et beau; mais si l’auteur a su très bien cerner la personnalité de notre Pape actuel, il n’a pas, me semble-t-il, su apprécier la portée de son message. Notamment en matière de morale sexuelle et discipline ecclesiale.
    Se faire la voix du Christ comporte nécessairement un rejet total de ce qui est mal, de ce qui ternit celui créé à l’image de son Créateur et ne peut l’aider à porter du fruit.
    Comme l’auteur qui reprend saint Augustin l’a également rappelé, il y a en nous cette fragilité humaine, cette limite qui fait de nous des hommes pécheurs. Mais un pécheur cherche à se convertir et le Pape, ne peut, au nom de l’Eglise, proposer autre chose qu’une morale ecclesiale et sexuelle absolument empreinte de l’Evangile. Autrement ce n’est que sagesse humaine, me semble-t-il.

Les commentaires sont fermés.