Envoyés et réconciliés pour la Mission

Du 7 au 28 octobre 2012, 262 évêques du monde entier entourés d’experts dont certains laïcs, se sont réunis en synode autour du thème de la nouvelle évangélisation. Ils ont abouti au bout d’un long processus à 58 propositions qu’ils ont remises au Pape et un message qu’ils ont adressé au Peuple de Dieu. Un texte fort qui manque malgré tout d’audace et d’ouverture.

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De Rome au monde, l’annonce de l’Evangile est une priorité

 

Le début de ce texte invite à s’enraciner dans l’espérance et à demeurer acteur d’une recherche qui puisse conduire à une plénitude. Il s’agit d’une invitation à prendre le chemin du Christ notamment lorsqu’il rencontra la Samaritaine. J’aime particulièrement ces premiers paragraphes qui font l’éloge de la rencontre personnelle qui peut ouvrir à un questionnement, à une recherche du Sauveur, qui se dit dans l’aujourd’hui, dans le quotidien. Le texte parle de « rendre présent le Seigneur » à la vie des personnes. Bien sûr c’est indispensable mais ce qui l’est d’autant plus c’est de ne pas chercher à convertir, à convaincre. L’évangélisation dans ce côte à côte doit être désintéressée, se placer dans un cheminement où chacun se laisse interroger par l’autre. Révéler le Christ c’est accepter que le chemin de l’autre soit différent du mien. Je ne suis pas favorable à une évangélisation de recrutement mais à celle de proposer, de susciter de prendre le chemin de l’Evangile, dans l’absolue liberté. Peut-être, alors, qu’à un temps du chemin, certains reconnaîtront le Christ comme celui qui leur permet d’avoir le cœur brûlant tels les disciples d’Emmaüs. Le but de l’évangélisation, à mon sens, n’est pas d’imposer une vérité ou de sortir d’un potentiel aveuglement nos contemporains – nos yeux ne sont pas meilleurs du fait de notre foi. Il s’agit de témoigner, par notre vie, que cette Bonne Nouvelle nous enracine dans une joie intérieure et nous invite à nous engager au service de chacun. Il s’agit d’entrer dans le dynamisme du lavement du pied, celui du Fils de Dieu qui a choisi de prendre la place du serviteur. Ce qui fait la cohérence de notre foi, c’est la capacité de servir et de nous laisser interroger par tout ce qui en notre monde entrave les plus fragiles. Le message du Synode n’est d’ailleurs pas en reste sur la dimension diaconale.

L’accueil, porche de l’évangélisation

Dans les propos que les pères synodaux adressent au Peuple de Dieu, il est question de la qualité de communion, d’accueil, etc, de la part des communautés chrétiennes. Peut-être faudrait-il d’abord bâtir les communautés, aider les uns et les autres, ceux notamment qui sont en dehors des groupes formels tels le catéchisme, les équipes liturgiques, etc, à se rencontrer, à s’apprivoiser. Un véritable effort est à faire dans l’accueil afin que chacun puisse se sentir accueilli et attendu comme membre d’une même famille. Cela est d’autant plus important que cet accueil est le premier contact avec la paroisse ; cela peut autant décourager que favoriser la rencontre. Dans les grandes agglomérations, il est facile de choisir sa paroisse et donc son style et les gens que l’on rencontre. Mais dans les communes plus petites, de quelles manières l’unité de l’Eglise dans la liturgie peut-elle se faire ?. Certaines paroisses sont déjà heureuses d’avoir un « vieux » prêtre qui puisse présider l’Eucharistie voire en avoir une tous les quinze jours. Je n’ose pas imaginer les pays dits « de mission » où la messe est célébrée épisodiquement. Soyons donc réalistes sur ce domaine.

En revanche, pour ce qui est d’encourager le contact avec la Parole de Dieu c’est de l’ordre de l’urgence absolue. C’est grâce à cette fréquentation continue, voire à cette confrontation avec la Parole, que les chrétiens le deviendront en plénitude à la condition d’accepter de la partager avec d’autres venant d’horizons divers. Il faut pour cela, comme le dit en son numéro 5 ce message des pères synodaux « vaincre la peur par la foi, le découragement par l’espérance, l’indifférence par l’amour ».

Dedans mais dehors

Sur la partie qui concerne la famille, le message reste très, trop classique même s’il met l’accent sur l’accompagnement des couples avant et après le mariage. Nous noterons au passage, l’affirmation fréquente, dans ce texte, du mariage comme celui d’un homme et d’une femme. Rien de plus traditionnel que cette distinction mais cela prend une épaisseur particulière dans le contexte français où l’Eglise combat de pied ferme le mariage pour tous… Il y a sur ce thème de la famille quelque chose de décevant dans ce texte notamment quant aux couples divorcés-remariés. La discipline de l’interdiction d’accéder aux sacrements de l’Eucharistie et à celui de la Réconciliation est réaffirmée en même temps que leur pleine participation à la communauté ecclésiale. Cela m’interroge. Comment peut-on appartenir à une communauté qui vous prive de l’accès à sa source. La douleur de de la rupture doit être, j’imagine, suffisamment lourde et difficile à porter, sans que ceux qui veulent participer à la vie de l’Eglise soient chargés d’un nouveau fardeau. Même si les sacrements ne sont pas des droits, ils sont ce qui nous aide, par la seule grâce de Dieu, à devenir davantage disciple et nous invitent à être configurés à Sa ressemblance. Certes, la grâce transcende les sacrements et la puissance de Dieu n’est pas contenue dans ces derniers. Mais ce refus constitue, pour moi, un grave signe de fermeture et fait entrave à cette dynamique d’accueil et d’ouverture mentionnée à de nombreuses reprises dans leur texte. C’est d’autant plus surprenant que ceux qui édictent ces préceptes sont les ministres officiels de la miséricorde et surtout sont, par choix et par obligation canonique, célibataires… pour le Royaume. Espérons que dans un proche avenir, l’Eglise aura le courage de revenir sur cette discipline et s’ouvre davantage à la réconciliation. Cette dernière ne doit pas concerner que les intégristes de la fraternité Saint Pie X… mais tous ceux et toutes celles qui, attachés à l’Evangile sont comme au ban de l’Eglise. Je pense aux divorcés-remariés, mais aussi aux prêtres qui ont quitté le sacerdoce presbytéral pour se marier etc.

Se convertir pour vivre pleinement

L’invitation du Christ dans son Evangile est pour tout à chacun sans jugement sur sa manière d’être ou d’agir. Il invite à la conversion pour que la vie soit pleinement vécue. Cette conversion doit être avant tout une conversion de regard et de cœur avant d’être un enfermement dans une discipline telle n’importe quelle structure humaine. Il est paradoxal d’affirmer en même temps cette « limite » à la participation à la vie de l’Eglise et d’écrire un peu plus loin :

Témoigner de l’Evangile n’est le privilège de personne. Ainsi reconnaissons-nous avec joie la présence de tant d’hommes et de femmes qui par leur vie se font signe de l’Evangile au milieu du monde.

Faudrait-il comprendre que l’Evangile peut faire signe dans la vie de chacun mais que l’Eglise ne peut le reconnaître que dans la vie de ceux qui respectent ses codes disciplinaires ? Il y a là, à mon sens, un réel paradoxe. Comme Adolfo Nicolàs, préposé général de la Compagnie de Jésus, je pense « Que le pardon et la réconciliation sont les raccourcis les plus efficaces vers le cœur de l’Evangile. ».

Coresponsable mais pas vraiment

J’aimerai revenir aussi sur ce terme de coresponsabilité entre clercs et laïcs. Il est noble de l’affirmer mais dans ce cas pourquoi tant de prêtres voient les laïcs comme des auxiliaires voire des concurrents. La mission reçue d’annonce de l’Evangile est la même pour tous au travers des sacrements de l’initiation chrétienne ; c’est juste la modalité du ministère qui change. Le Concile Vatican II l’a dit mais cela a du mal à faire son chemin parmi certains évêques et les prêtres.

Vaste monde ma paroisse ?

L’Eglise se doit d’être au milieu du monde et ses ministres ordonnés aussi. Je ne suis pas certain que le modèle paroissial que vante ce document soit vraiment l’avenir. Beaucoup de ne s’y retrouvent pas ou plus. Le déplacement des personnes dû notamment à la recherche de travail ne favorise pas ce modèle et l’intégration dans le tissu paroissial est lent et fastidieux surtout lorsqu’il est tenu depuis de longues années pas les mêmes personnes. En revanche, les mouvements et services d’Eglise sont des occasions de dynamisme pour vivre la mission du Christ. C’est aussi une occasion de reprendre, relire son vécu, son action pour y discerner la présence de Dieu et ses appels pour vivre et annoncer sa Parole dans son quotidien. Mais cela demande que les évêques acceptent cette manière de concevoir l’Evangélisation…

Des ministres disponibles

Cet appel à ce que les laïcs prennent pleinement part à cette nouvelle évangélisation aux côtés de ministres ordonnés sous-entend que ces derniers soient disponibles. Trop souvent nous les voyons ployer sous la charge malgré la présence de laïcs à leur côté. Il faudrait, d’une part, qu’ils comprennent que cette indisponibilité constante n’est ni appelante ni accueillante mais surtout que les évêques saisissent que leurs prêtres ne sont pas des surhommes. Cet appel que font les pères synodaux à mettre la personne humaine au centre du développement économique, penser ce développement lui-même comme une occasion  de croissance du genre humain dans la justice et l’unité est valable aussi pour les prêtres. Un prêtre, jeune ordonné, qui devant la lourde tâche à accomplir, la difficulté de la vie fraternelle avec les prêtres de la ville…, s’est tourné vers son évêque pour lui faire part de ses difficultés dans le ministère. Ce dernier ne lui a pas manifesté beaucoup de compassion et d’écoute et lui ai fat des réponses toutes faites peu réalistes et difficilement praticable. Aujourd’hui, ce prêtre cherche toujours comme vivre son presbytérat en fidélité avec l’appel qu’il perçoit du Seigneur, loin de son église locale… La vie ministérielle est tout aussi difficile que la vie quotidienne de chacun d’entre nous. Si ceux qui ont la charge spécifique, par l’ordination, d’être attentifs à toute la portion du peuple de Dieu qui leur est confiée ne sont pas vigilants à leurs plus proches, comment le reste du peuple de Dieu peut entendre cet appel à considérer l’autre comme son propre frère ?

Attentifs ensemble

Dans tous les domaines de notre vie, peu importe la responsabilité, le ministère que l’on porte ou qui nous est confié, nous sommes plus que jamais les gardiens de nos frères. Ne ternissons pas l’appel du Christ par notre comportement volontaire ou par omission ; nous en sommes coresponsables. Ce « Voyez comme ils s’aiment » de Tertullien, cité d’ailleurs dans le message des pères synodaux est un impératif : comment pouvons-nous aimer Dieu, le monde si nous ne nous aimons pas d’abord nous mêmes et si nous n’aimons pas nos frères qui partagent la même foi. Cet amour doit nous engager à aller à la rencontre des hommes et des femmes de ce temps dans cette gratuité d’une annonce qui se dit par notre comportement et notre vie.

De belles idées habitent de ce message des pères synodaux mais il ne va pas assez loin àmon goût. A sa lecture, nous reconnaissons l’impulsion d’évêques français tels Yves Patenôtre, prélat de la Mission de France et archevêque de Sens-Auxerre ou bien encore Claude Dagens, évêque d’Angoulême sur cette importance de vivre au milieu des hommes, témoin de ce Christ et de cette Eglise qui a choisi de proclamer dans Vatican II que

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.

Je perçois aussi dans ce textes des crispations notamment sur les ministères, sur ceux qui se sont éloignés de l’Eglise ou bien encore sur le modèle paroissial. Cependant, je retiens cette volonté d’aller à la rencontre des hommes et des femmes de ce temps, conscient qu’ils ont quelque chose à nous dire du Christ même s’ils ne le confessent pas. Espérons que le Pape, dans sa future exhortation, pourra reprendre avec force cette volonté même si cette idée même d’exhortation est un coup de canif dans la collégialité et l’autonomie des évêques voulues par Vatican II.

Actifs comme l’Abbé Pierre

En 2012, l’Abbé Pierre décédé il y a 5 ans aurait eu 100 ans. La Fondation qui porte son nom a 20 ans cette année. C’est l’occasion, à l’invitation du Jour du Seigneur, de revenir sur cette figure ecclésiastique peu commune et de réfléchir sur cette manière d’être et d’agir en liberté.
L'Abbé PierreS’il est une personne connue, reconnue et respectée par l’ensemble de la classe politique mais aussi par le grand public c’est bien l’Abbé Pierre. Ce franciscain à la barbe nourrie et au verbe haut a marqué l’histoire de ces dernières années. Les propos de l’Abbé Pierre toujours pertinents et décalés ne lui attiraient pas les ires des autorités ecclésiastiques contrairement à ceux de Jacques Gaillot, évêque in partibus de Partenia »
Un réveil salutaire
La figure de l’Abbé Pierre est légendaire, du fait principalement de son appel de 1954. Cette notoriété m’interroge car faut-il, dans nos sociétés occidentalisées, une parole offensive pour que les consciences bougent ? Faut-il agiter le chiffon rouge de l’indifférence pour que la solidarité se mette en marche ? Faut-il que les médias se fassent le relai des situations scandaleuses et précaires pour que l’on se souvienne que l’autre est notre contemporain ?

Celui qui en avait ramassé beaucoup n’a rien eu de plus, et celui qui en avait ramassé peu n’a manqué de rien 2 Co 8,15

L’Abbé Pierre a permis un réveil salutaire et nous ne pouvons que lui en être reconnaissants. Cependant, combien d’ « Abbé Pierre » se sont levés dans la discrétion et l’anonymat pour non seulement attirer l’attention sur les conditions de vie précaires de leurs frères et sœurs en humanité mais surtout les aider à mieux vivre ? Un grand nombre ! Mais ces anonymes, ces soldats inconnus ne font pas la une des journaux et n’ont pas le droit à des hommages nationaux. Ils sont des citoyens ordinaires, des sortes de saints du quotidien, des frères et sœurs du palier. Et c’est une belle et bonne chose.
Faire mémoire de l’Abbé Pierre est pertinent si cela permet de parler de ceux qui ne parlent pas ou du moins que l’on ne veut pas entendre. Ceux qui ont été jusqu’à récemment accusés d’être des sortes de profiteurs du système, détournant à leurs profits les maigres subsides que leurs donne l’Etat : les personnes en situation de pauvreté. Les précaires étaient au cœur du ministère de ce prêtre au cœur de Dieu, c’est en cela que nous pouvons lui en être reconnaissants.
Le plus grand service que nous pourrions rendre à sa mémoire serait de nous engager à notre mesure, avec nos propres charismes et moyens dans la lutte contre l’exclusion. Il ne s’agit pas de lui ressembler, mais plutôt de ressembler davantage au Christ, en manifestant une vraie et active compassion envers les plus fragiles de ceux qui sont nos frères et sœurs en humanité mais aussi en Christ.

Au Bourget : François Hollande prêt à piloter la France

Encore trois mois jusqu’à la présidentielle. Une pierre de fondation vient d’être posée aujourd’hui, dans cette conquête vers l’Elysée, par François Hollande au travers de son discours du Bourget. Il s’y est révélé comme un homme d’Etat, passionné de la France, aux idées claires et limpides. L’occasion, pour moi, de lui réaffirmer mon soutien.
Cet article n’a rien d’unique, il vient, sans aucun doute, s’ajouter à de nombreux autres écrits par d’autres militants, sympathisants et journalistes. Pour autant, j’estime essentiel de partager, avec mes lecteurs, ce que je retiens de ce premier grand rendez-vous populaire de François Hollande dans la course à la Présidentielle. Depuis le début des primaires, je me suis engagé à ses côtés, quittant ainsi ma famille politique originelle. Aujourd’hui, devant ces mots de l’ancien secrétaire du PS, je ne regrette pas ce choix, car il incarne pour moi, une espérance dans un renouveau, dans une manière sobre mais efficace de guider le pays.
Dans son discours du Bourget, François Hollande nous dit d’abord quelle est sa conception de la politique : promouvoir des personnes compétentes en vue de servir l’intérêt général et non favoriser le copinage en récompense de bonnes actions ou de fidélité. Bien-sûr l’un peut aller avec l’autre mais mettre de prime abord la compétence révèle pour moi une autre idée de la France que celle de privilégier une classe haute dont les revenus sont suffisamment populaires pour s’offrir le Fouquet’s. Dans ce même domaine, François Hollande se présente comme celui qui est prêt à partager le pouvoir dans le dialogue avec les grands acteurs de la société civile. Son engagement, depuis le début de la campagne des primaires à faire des partenaires sociaux des acteurs privilégiés de sa politique sociale est, pour moi, une grande avancée. Jusqu’à lors notre pays ne se construit que dans la confrontation. Je forme l’espérance, et le candidat du Parti Socialiste peut l’incarner, que nous soyons d’abord dans la co-construction, dans le dialogue, le débat, l’échange plutôt que dans un rapport de force.
La vision de la France donnée par François Hollande au Bourget semble raisonnable, raisonnée et surtout empreinte de réalisme. Permettre à chacun et surtout aux pouvoirs publics d’être ajustés au service de l’ensemble des habitants du pays et non à tel ou tel type de personne ou de corporation, peut être étonnant comme axe politique. Cependant, c’est redonner cette normalité à notre pays, tant énoncée par le vainqueur des primaires. Tâchons de nous souvenir que les rapports que nous devons nouer les uns avec les autres doivent être fondés sur la base du chacun pour tous, du respect, de l’altérité, de l’échange et non de l’égoïsme et du chacun pour soi. C’est un des facteurs qui permet de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble » si cher à Bernard Stasi.
Dans ce discours du Bourget transparaît une humilité et une volonté de servir qui me font croire au Politique. François Hollande arrive à prendre cette hauteur, cette distance avec les polémiques faciles actuelles sans pour autant laisser l’autre le ridiculiser ou pervertir ses propos. Son seul adversaire n’est pas le Président sortant mais ce qui fait que les conditions de vie sont difficiles : une finance débridée et avare. Il n’a pas ce verbe haut et ni cette gouaille de camelot promettant monts et merveilles. Son réalisme fait honneur à la politique et la révélation de son « secret » lui donne une épaisseur que peu d’hommes ou de femmes politiques ont actuellement :

« j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent. Je prends chaque regard comme une attente, chaque visage comme une curiosité, chaque poignée de main comme une rencontre, chaque sourire comme une chance. ».

Cela peut paraître banal et assez simple comme manière d’être mais dans le contexte délicat de notre pays, n’avons nous pas besoin d’une manière de se comporter plus apaisée et aussi apaisante ?
La route est encore longue et escarpée avant que François Hollande arrive le 6 mai prochain en tête de l’élection présidentielle. Le combat pour ses idées, pour ces idées différentes et respectueuses des situations de chacun sera quotidien. Ce soir à l’issue de ce premier grand discours de François Hollande dans le cadre de la Présidentielle, je lui réaffirme mon soutien. Il fait partie de ces hommes et ces femmes qui feront la France de demain.

Faire de la vie d’autrui un paradis

Christian Bobin -  photo C. Hélie - Gallimard
Christian Bobin - photo C. Hélie - Gallimard

Christian Bobin est un écrivain français. Il est l’auteur de plusieurs livres dont les plus connus : Le Très Bas, La plus que Vive, Autoportrait du radiateur, la part manquante. Ces deux derniers livres sont Carnet du Soleil (Lettres Vives, 2011) et Un assassin blanc comme neige (Gallimard, 2011).
Christian Bobin cherche toujours à faire jaillir l’enthousiasme, la joie et le positif au fil de ses pages. Il m’a fait l’amitié de m’accorder – à titre professionnel – cet entretien.

Dans vos livres, vous nous faites percevoir qu’il ne faut jamais se résigner, que la lumière demeure même au cœur de l’obscurité. Comment en avoir la certitude ?

Il me semble que l’on peut atteindre, un jour où l’autre, le fond de cette vie et faire l’expérience qu’elle est bienveillante. Cette expérience ne s’explique pas et même si elle s’éloigne, elle ne s’efface pas tout à fait.
Si je ne devais garder qu’une seule phrase dans tous mes livres ce serait : « la certitude d’avoir été, au moins un jour, au moins une fois, aimé, c’est l’envol définitif du cœur dans la lumière ». Cette certitude m’a été donnée par une de mes amies proches, il y a trente ans. Cette amie est aujourd’hui morte. La joie qu’elle m’a donnée est toujours agissante.
Ce ne sont pas les grandes choses qui sont pertinentes. C’est la personne la plus immédiatement proche de nous qui peut nous ouvrir les portes du ciel.

Vous êtes très sensible au « salut », au fait qu’il est toujours possible d’ouvrir un avenir. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Le salut est un terme merveilleux et délicat. Il faut le prendre comme l’on prend un napperon en dentelle : du bout des doigts. Il faut le laver de toute relation de puissance. Il est toujours possible de se placer dans une situation de domination, de mettre la main sur l’autre sous prétexte de le sauver. Mais je crois fondamentalement que chacun de nous à plus à être sauvé qu’à sauver.
Ce qui compte toujours c’est le lien d’une personne à une autre. Un lien réel qui n’a rien à faire avec les écrans – qui portent d’ailleurs bien leur nom. Ce qui compte c’est la présence réelle qui me fait découvrir qu’il me manque quelque chose.
Le sens de cette vie c’est d’essayer d’aider quelqu’un ; faire de la vie d’autrui un paradis avant la grande traversée des flammes. C’est quelque chose qui nous arrache aux ténèbres du temps. Aider quelqu’un c’est comprendre que l’on est fait de la même substance que lui.

La figure de Dieu est très présente dans vos livres. Quel visage a-t-il pour vous ?

Le visage de celui qui me parle, à l’instant où il me parle. Dieu. C’est l’étincelle d’un rapport humain soucieux de vérité. La Vérité n’est pas toujours agréable à entendre ; le Christ n’était pas toujours tendre.
La rencontre réelle entre deux personnes. C’est le nom intime du divin. Cette rencontre est, parfois, difficile. Pour que le nom de Dieu résonne il est nécessaire que la rencontre soit tournée du côté du plus fragile. Une phrase de Jean Grosjean m’habite souvent en ce domaine : « Le regard des malades, des prisonniers, des bandits sur nous, c’est le regard de Dieu ».  La vie est faite de beaucoup de choses que l’on sent, que l’on ne peut pas expliquer. Il y a beaucoup de discours sur Dieu qui semblent connus d’avance, qui ne surprennent pas.  Le visage de Dieu c’est le visage du premier venu, de celui qui est dans le métro avec moi. Dieu est aussi celui qui tend sa main pour une pièce. C’est difficile à voir. Nous avons du mal à voir, à sortir de notre somnolence, de ce que l’on croit savoir, pour commencer à regarder.

Quelle Parole de Dieu fait sens pour vous aujourd’hui ?

« J’avais faim et vous m’avez donné à manger. J’étais prisonnier et vous m’avez visité ». Ce passage je ne le commenterai pas. L’étrangeté de cette parole me sidère, me coupe le souffle. Souvent, c’est ce qui vous coupe le souffle qui vous aide à respirer.

Allez au cœur de Jésus avec Pedro Arrupe, sj

Pedro ArrupePedro Arrupe a été préposé général de la Compagnie de Jésus durant 18 ans. Ce jésuite basque nourrissait une dévotion particulière pour le Cœur de Jésus. Il y trouvait la plénitude de la foi, cet amour de Dieu qui s’est fait homme, en Jésus, pour chacun de nous.

Le cœur du Christ, symbole de l’amour de Dieu, est pour le Père Arrupe ce qui l’a soutenu tout au long de sa vie. Malgré sa spiritualité toute tournée vers le cœur de Jésus, le Père Arrupe n’a pas souhaité en faire un axe majeur de son généralat. Toujours soucieux de ne pas choquer inutilement, il avait conscience des présentations parfois désuètes du cœur de Jésus. Il préféra alors en vivre intensément, comme la sève de son ministère, et laisser le temps à cette spiritualité faire son chemin et rejoindre, au temps favorable, les hommes et les femmes de ce temps.

Cependant, le cœur de Jésus, est, pour ce successeur d’Ignace, une des portes d’entrée les plus aisées pour aller vers le Christ. Il nous ouvre une intimité parfaite avec Dieu, il nous conduit vers la tendresse de son amour et nous aide à aller vers nos frères et sœurs avec un cœur paisible et attentif.

Le cœur du Christ peut également, selon de Père Arrupe, nous ouvrir à la tendresse miséricordieuse du Père. Il nous donne de connaître davantage Dieu. En s’attachant au cœur de son fils, nous sommes invités à entrer au plus près de l’amour de Dieu. Il nous dit sa tendresse pour chacun de nous et son désir de nous voir libre et heureux. Ce cœur de Dieu nous révèle l’intimité des relations entre les trois personnes divines. Ainsi nous saisissons que chacune n’existe que si elle est en communion avec les deux autres. A nous de suivre cet exemple, de nous ouvrir, en vérité, aux autres dans une réelle disponibilité. Cet attachement au cœur du Christ doit nous aider, pour reprendre les mots même d’Ignace de Loyola, à avoir le « désir d’être plus disposé à sauver l’expression de la pensée d’autrui qu’à la condamner » (E.S. 22).

Pour aller plus loin : http://www.jesuites.com/histoire/arrupe/

Voeux bénédictins de Pentecôte

En cette solennité de la Pentecôte je vous partage ces quelques mots reçus de Mère Marie-Madeleine, prieur de la Communauté des Bénédictines de Vanves et Présidente Mondiale des Bénédictines de Sainte Bathilde.

Réunis autour du Christ ressuscité, nous sommes une fois de plus invités à prier le Père ! Louons-le dans l’Esprit qui nous habite et nous unit.
Louons Dieu pour les merveilles qu’il continue d’accomplir, oui des petites pousses de Dieu, il y en a partout, et même en France, il y a en dans nos familles, dans nos communautés, dans le monde : oui, des nouvelles petites pousses de l’Esprit !
Elles sont bien cachées, étouffées par le faux semblant, le faux témoignage, le faux sous toutes ses formes…
Mais, n’ayons pas peur ! Osons reprendre la prière des Apôtres, avec foi : « A présent, Seigneur, considère les menaces et afin de permettre à tes serviteurs d’annoncer ta parole en toute assurance, étends la main pour opérer des guérisons, signes et prodiges par le nom de ton saint serviteur Jésus. »
Osons demander cette liberté de dire ce que l’Esprit inspire, de vivre dans sa mouvance. Osons croire que Dieu répond et qu’il envoie son Esprit, aujourd’hui laissons ouvrons les fenêtres, les portes de nos communautés, de notre cœur, toutes les fenêtres, toutes les portes bien grandes… pour que nous recevions de Dieu sa réponse qui est son Esprit : « Tandis qu’ils priaient, l’endroit où ils se trouvaient réunis trembla ; tous furent alors remplis du Saint-Esprit et se mirent à annoncer la parole de Dieu avec assurance. »
Et le don de l’Esprit sera là, à l’œuvre, dans ces petites pousses qui vibrent au vent de l’amour, de la justice, de la vérité ! Ne perdons pas l’Esprit car aujourd’hui, il souffle et frappe et bouscule, déloge dans une liberté absolue, dans une vérité vraie qui rend libre !
Belle fête de Pentecôte dans la joie d’une vie nouvelle que Dieu désire malgré nous peut-être mais pas sans nous, pas sans l’Homme !

Mère Marie-Madeleine
Présidente Mondiale des
Bénédictines de Sainte Bathilde

A Dieu Bernard !

Bernard StasiBernard Stasi est décédé dans la nuit du 3 au 4 mai 2011. Brutale nouvelle qui vient assombrir notre paysage politique. Ce grand homme fait partie des rares politiques qui ne cherchaient pas à flatter l’électeur, telle une vache au Salon de l’agriculture, à la recherche de voix. Il cherchait à dire ce qui lui semblait le plus utile, le plus vrai, le plus authentique pour ceux qu’il était appelé à servir.
A Epernay, il tâchait de favoriser les populations marginales, ce qui ne plaisait pas à la droite. Sur la scène nationale, il était le héraut du combat contre les idées nauséabondes du Front National. C’était véritablement un homme politique, un homme tourné vers la Cité pour ses concitoyens. Soucieux des plus fragiles, de ceux qui étaient en péril, il n’a jamais hésité à prendre une parole authentique, quitte à se faire des ennemis et à perdre des voix voire un mandat.
J’ai eu la chance de côtoyer Bernard Stasi. Il a été le maire de ma commune et surtout le Président du Centre des Démocrates Sociaux de la Marne. Il m’a donné le goût de l’engagement public et politique. Il m’a aidé à comprendre que les convictions intérieures ne doivent pas entrer en conflit avec les convictions politiques. L’une et l’autre doivent entrer en dialogue pour trouver ce qui est meilleur pour le service de la cité. Si aujourd’hui je cherche où servir, c’est bien parce cet exemple d’authenticité de l’action me hante. Où aujourd’hui s’engager, dans quelle formation politique trouvons nous cette audace du « dire ce qui déplaît », cette volonté de déplacer les montagnes pour faire vivre cet « indéniable vivre ensemble ?»
Sa voix s’est éteinte, il était déjà silencieux depuis quelques années, affecté par la maladie d’Alzheimer. L’image que je garde de lui c’est cet homme affaibli qui avait fait le déplacement à Reims pour le meeting présidentiel de Bayrou. Porté à bout de bras par quelques proches, il avait été acclamé par l’assistance. Lui aussi croyait que Bayrou était l’homme de la situation, d’ailleurs il avait pris fait et cause pour lui dans un article du Monde. Ensuite, c’est cet ouvrage : Tous français, formidable analyse de notre société qui mériterait d’être sur la table de nuit de beaucoup de responsable politique et sur les gondoles des librairies. Un livre à la hauteur de cet homme au langage simple mais non simpliste, clair et percutant. Un livre dont le contenu est tiré du terrain, de l’expérience.
Bernard Stasi, nous manque déjà. Même si sa maladie nous a habitué au silence, son souvenir lui, j’espère, ne le restera pas. Ce qu’il incarné, tout ce qu’il a défendu mérite bien mieux que de belles phrases funèbres et in memoriam. Ses combats faisaient le respect et l’unanimité de tous, même le Parti Communiste adresse son respect par ces mots : « attaché aux valeurs fondamentales de la République et au sens de l’Etat qui ne se perdit jamais dans les compromissions électoralistes avec les franges les plus xénophobes de la droite ». C’est dire la grandeur de cet homme.
Des hommes comme Bernard Stasi font l’honneur de la France, de son système d’intégration et de la grandeur de l’engagement politique. Reste maintenant que ses « successeurs » sauront garder intact cet héritage. Nous avons besoin de consensus, de sens, de conscience intelligente morale comme l’était Bernard Stasi.
Gageons que ceux qui lui rendront hommage sauront marcher dans ses traces et faire honneur à cet homme qui avait la « Politique au Cœur ».

 Merci, Bernard !

Claude Dagens : un évêque libre de la Tradition

Il y a des rencontres qui valent des cours et des manuels entiers d’ecclésiologie. C’est le cas de celle avec Claude Dagens, académicien et évêque d’Angoulème. Sur Paris, il loge chez les Sœurs de l’adoration. Ce détail anodin peut nous faire saisir l’enracinement profond qui émane de ce bordelais : le Christ. Il vous y accueille simplement, dans une des pièces de l’hôtellerie, vous demande de prendre place et vous écoute. Réaliser une interview à Claude Dagens c’est accepter d’échanger un peu de soi. Il est d’une disponibilité qui ferait pâlir un bénédictin.
L’information est faîte pour informer et non pour être déformée
Lorsque vous êtes communicant, ce que je suis modestement, vous en prenez déjà pour votre grade. Avec beaucoup de sympathie, d’empathie, monseigneur Dagens vous fait saisir que vous avez un grand défaut ; celui de voir l’immédiat. Ceci dit, il accepte tout de même de reconnaître que vous êtes là dans votre rôle d’informer. Il s’en suit une discussion digressive sur cette mission d’informer. Et là, vous saisissez que l’immédiat, bien que nécessaire, doit savoir faire la place à l’indispensable. Ainsi, lorsque les médias évoquent une allocution du Pape ou de l’un ou l’autre pasteur de l’Eglise, il n’est pas obligé de flatter les bas instincts et de donner une information biaisée. Car, bien souvent, ces prises de parole visent des réalités bien plus épaisses et pertinentes que des questions de préservatifs, mariage, etc. Elles sont destinées à la croissance de l’intelligence. C’est une bonne leçon de journalisme que vous recevez là. L’information est faîte pour informer et non pour être déformée.
Le but de l’Eglise n’est pas l’Eglise
Cette (re)mise en perspective effectuée, nous pouvons aller en eaux profondes avec ce Pasteur attentif des signes des temps. Quand il s’agit d’échanger à propos de l’Eglise, il est tout aussi pertinent et perspicace pour mettre en lumière sa réalité ontologique. Avec Claude Dagens nous percevons bien que les questions satellites ne sont pas l’essentiel de sa pensée. Ce qui lui importe c’est de donner la vision d’une l’Eglise appelée à vivre sa mission qui n’est pas de s’auto-annoncer, ni de s’auto-proclammer. Il aime dire avec insistance que « le but de l’Eglise n’est pas l’Eglise ». Il utilise cette phrase pour faire saisir que l’Eglise est « le doigt de Jean-Baptiste » qui montre le Christ. Appartenir à l’Eglise, pour le Pasteur de l’Eglise qui est à Angoulême, c’est avant tout vivre et témoigner d’une relation vivante avec le Christ. Le reste n’est pas essentiel. Il reconnaît tout de même l’intérêt de l’institution mais la replace dans une perspective de service du corps entier. Vivre comme chrétien pour l’Eglise c’est être infidèle à sa mission. Il faut, s’il on en croit cet évêque académicien, comprendre, saisir et vivre «  que le but de l’Eglise est de permettre la rencontre avec Dieu. ».
Sécularité et apostolicité
Le contenu de la foi chrétienne est une pierre d’achoppement, c’est même, en quelque sorte, constitutif de son identité. Le chrétien, celui qui confesse « Je crois en Dieu qui s’est fait homme en Jésus » témoigne déjà d’une incongruité. Cette confession est une réponse à un appel nous dit Claude Dagens. Il est important de ne pas nous sentir prisonnier, esclave d’un système même et surtout dans nos sociétés sécularisés. A propos de ces dernières, l’évêque d’Angoulême nous invite, nous incite à demeurer ferme dans l’espérance : « Il y a  un combat chrétien à mener, celui ‘d’espérer contre toute espérance ‘ ». Ce n’est pas un appel neuf, Paul nous l’enseignait déjà, mais c’est une dimension, une dynamique à réentendre afin de ne pas nous laisser aller au désenchantement. De même, il nous indique une autre mission du chrétien qui est celle d’être attentif, vigilant à l’autre et au respect de sa dignité. Ce ne sont pas là des conseils révolutionnaires, ce n’est pas le genre de Claude Dagens, mais ceux issus d’une sagesse, celle de l’Evangile puisque « l’homme est la route de l’Eglise » (CA 6).
Cet échange avec monseigneur Dagens a saveur d’Evangile. Sa présence, ses réponses patientes et argumentées vous donnent le visage d’une Eglise en phase avec le monde, avec les questions que les hommes et les femmes de ce temps se posent. Il n’a pas des réponses formatées, ce sont plus des pistes pour avancer, des jalons pour un chemin qui reste à parcourir à la suite du Christ. Sa devise épiscopale, « i » (va), la plus courte du monde en est comme le signe et le rappel.

Etre du Centre

La talentueuse journaliste et blogueuse Natalia Trouiller m’a tagué, ainsi que quelques autres, à propos du centre, dans sa conception politique. Le temps a passé mais je n’ai pas oublié cette main tendue, déjà saisie par certains comparses – je n’ose pas dire camarades ni même compagnons – à participer au débat.

A vrai dire, je ne sais pas si je dois utiliser le terme « centre » ou « les centres » tellement la situation actuelle de notre paysage politique est embuée par l’obsession, la pseudo nécessité d’occuper cet espace entre la droite et la gauche. Ce serait risible si cela ne risquait pas de mettre en péril la confiance – déjà bien mal en point –  de notre démocratie. Mais là n’est pas le propos. Se revendiquer du centre, c’est pour moi affirmer que la politique est d’abord une affaire de consensus, de rencontres, de partages aidant à se forger une d’opinion. Je suis et demeure convaincu qu’en politique, comme en beaucoup d’autres choses d’ailleurs, il n’y a pas de vérité absolue mais des vérités qui se forgent au gré de la rencontre et la confrontation d’idées sources et motrices.

Une des miennes, qui est peut être une obsession, c’est la centralité de l’homme comme sujet. Il doit être le point de départ, le poids nodale de toutes réflexions, de tous socles. Ce que le politique est amené à bâtir doit résolument être ordonné au bien-être des personnes, à favoriser le vivre ensemble. Il ne s’agit pas de bâtir un communautarisme mais une communauté au sens où Emmanuel Mounier l’entendait. De cette base initiale, il peut être mis en œuvre des politiques publiques en faveur du dynamisme économique, des réformes fiscales et sociales etc… La seule condition et la seule question qui doit se poser, à l’heure de ces réflexions, est le principe d’égalité ou, à l’extrême rigueur, veiller à ce que les mesures prises soient le moins nuisibles possibles. J’ai bien conscience non seulement qu’il est difficile de satisfaire chaque concitoyen mais aussi qu’il existe des différences entre les uns et les autres. Pourtant, se réclamer du centre, pour moi, c’est être extrêmement vigilant à ne pas favoriser une catégorie plus qu’une autre. Cela serait pour moi de la démagogie et de l’électoralisme. Cependant, j’ai conscience de la difficulté de tenir sur le terrain ce discours mais c’est pour moi un présupposé, un critère de discernement de l’action politique.

Choisir le centre, pour moi, c’est le refus d’entrer dans une stigmatisation et une catégorisation outrancière de l’homme. C’est essayer de croire, malgré tout, malgré moi, qu’il y a toujours un avenir pour chacun, qu’il n’y a pas de fatalité où nous enfermerions les personnes dans leur situation et ainsi avoir la conscience tranquille. Choisir de vivre ces valeurs qu’incarnent pour moi le centre, telle que mon mentor Bernard Stasi, l’a vécu, à ce que j’en ai compris lors de mes jeunes années de militantisme, c’est accepter d’aller jusqu’au bout de ses convictions au risque de tout perdre. Le compromis est possible en politique, il est même souhaitable et sain mais la compromission est en revanche délétère tout comme les petits arrangements, les petits renoncements, pour avoir juste un poste, un titre ou un siège. Même si, il ne faut pas se le cacher, il y a une part d’orgueil, de recherche de la satisfaction d’être utile lors d’un engagement politique ce n’est pas cela qui doit être premier et motiver ce choix.

Une fois encore, le service de l’homme, de tous les hommes, de chaque homme doit être le moteur premier, si j’ose dire, de cet engagement au service de la cité. Le centre n’a bien sûr pas le monopole de cette manière de vivre et de penser mais c’est pour moi, aujourd’hui, le seule positionnement qui peut permettre aux uns et autres, démocrates et républicains (dans l’acception étymologique de leur sens) de faire de la politique, de servir la cité, autrement dit en vue du bien public et du bien commun.