Discerner pour mieux servir

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Aujourd’hui nous faisons mémoire de ce que nous célébrons à chaque eucharistie : le dernier repas du Seigneur entouré de ses disciples. Ce repas est particulier non seulement parce que c’est le dernier de Jésus mais surtout celui où il vient nous transmettre sa vie qui lui vient de Dieu. A chaque Eucharistie, le Christ nous appelle qu’il nous a choisis pour porter dans Sa vie. Cette vie est pleinement tournée vers une attention particulière à l’autre. Le but poursuivi par ce regard attentif, exigeant tout en étant particulièrement bienveillant consiste à faire profiter de la vie divine. Cette vie est pleinement don. D’abord don de Dieu gratuit qui se manifeste par la foi puis don de chacun à ses contemporains. Ce don doit se manifester selon les charismes, les appels et les désirs profonds des uns et des autres. Nous n’avons pas à rechercher le martyre pour le martyre. Chacun doit discerner ce qui le meut fondamentalement, quel est le moteur premier qui le met en route pour suivre le Christ serviteur. Ce discernement doit s’opérer avec un frère ou une sœur aînée dans la foi mais surtout devant le Christ. Dans l’intimité d’un dialogue avec lui, dans ce cœur à cœur de la prière, nous apprendrons la volonté du Père pour chacun de nous. Avec confiance nous verrons les lignes fortes de nos motions intérieures. Nous trouverons la direction qui nous fera devenir serviteur à la suite du Christ serviteur.
Célébrer le Jeudi Saint c’est aussi faire mémoire de l’Alliance de Dieu avec nous. Cette mémoire nous place dans une histoire, dans la lignée de tant de femmes et d’hommes qui cherchent le Christ avec un cœur sincère. Souvent nous avons tendance à rechercher les exploits, les coups d’éclats pour paraître des supers croyants. Dieu ne cherche pas à sonder en nous des femmes et des hommes d’exception. Il regarde uniquement si notre cœur désire brûler d’un amour sincère, tourné davantage vers le service de l’autre plutôt que vers la recherche de sa propre satisfaction.
Ne jetons pas trop vite la pierre sur ce pauvre Judas. Il est l’illustration de notre pauvreté, de tant de nos lâchetés quotidiennes, de tous ces refus de mettre le Christ au cœur de nos vies. Le problème avec Judas n’est pas tant sa trahison, c’est son incapacité à comprendre qu’il trahissait le Christ, son maître et Seigneur. Le pire est sans doute son incapacité à croire que le Christ serait capable de lui pardonner. C’est cette capacité à pardonner qui est au cœur du Jeudi Saint. Jésus se décentre, quitte la position de Celui qui est écouté, qui est suivi car il parle au cœur de chacun. Jésus met en acte ses paroles. Il indique en lavant les pieds de ses disciples, ce qui est le plus sale chez les personnes de son époque, que le service est plus important que le pouvoir ; qu’il est la vraie puissance de l’autorité. Voir le Christ en position de serviteur peut nous aider à réfléchir sur nos manières de nous comporter les uns avec les autres. Cela peut être un appel pour nous à discerner les conversions intérieures qu’il nous revient d’opérer pour suivre le Christ au plus près.
En ce jour où nous célébrons la vie donnée par le Christ afin que nous vivions pleinement, demandons au Père de nous aider à faire de nos vies des dons pour nos contemporains. Puissions-nous suivre le chemin du plus grand amour pour aimer et servir tels que nous sommes, là où nous sommes. Que l’Eucharistie de ce jour nous en donne la force et surtout la grâce.

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