Donner pour recevoir davantage

Il y a cent ans, prenait fin la première guerre mondiale. Cette guerre qui a tué toute une génération de jeunes hommes a laissé tout autant de veuves, jeunes avec des enfants. Nous pouvons sans mal imaginer leurs tristesses, leurs angoisses, leurs peines mais aussi leurs interrogations devant l’avenir. Comment ne pas désespérer, baisser les bras alors. Ces veuves ressemblent à s’y tromper à celles que les textes de ce matin nous présentent. Ces femmes continuent malgré tout, malgré la faim et l’avenir sombre ; elles assurent le quotidien. Nous avons par conséquent de quoi nous étonner quand nous entendons Élie lui demander de l’eau et du pain. Même s’il est au bord, lui aussi, de l’épuisement il ne semble pas très charitable. Pourtant, elle y va, sans broncher – en tous les cas le texte ne le dit pas. Elle va au puits donner de l’eau.
Disponible
Cette générosité nous aide à mieux entrer dans la compréhension de la disponibilité que Dieu veut de nous. Disponibilité à celui qui vient à l’improviste et demande plus que ce que nous avons. Cette disponibilité nous conduit à une ouverture qui consiste à donner davantage que ce que nous avons ou plutôt que ce que nous croyons avoir. Nous sommes souvent craintifs sur ce que nous possédons de peur d’être dépossédé, dépouillé. Dieu vient nous redire ce matin de quitter nos peurs pour entrer dans la confiance, dans sa confiance. Avoir confiance en Dieu, mettre sa foi en Lui, c’est être capable d’entrer dans la dépossession de soi-même pour devenir Fils dans le Fils à l’image du Christ.
Dépossession
Se déposséder c’est accepter de sortir de soi, de sa suffisance, de son auto-référencialité. C’est ce que condamne Jésus avec force dans la page d’Évangile de ce dimanche à l’égard des autorités religieuses de l’époque. C’est – aujourd’hui – ce que le Pape François appelle le cléricalisme, c’est une de ces maladies mortelles dont notre Église est atteinte. Jésus nous invite à le suivre dans ce chemin de dépouillement. Ce dernier passe par la vérité de ses mots, qui frappent les consciences et les coeurs mais aussi par le chemin de la Croix. Tout Fils de Dieu qu’il est, il accepte de mourir, du fait la jalousie des autorités religieuses de son temps, pour nous indiquer le chemin de l’Amour.
Donner
Il s’agit de tout donner, de tout offrir aux autres pour recevoir davantage. Cela exige donc de faire la vérité dans son cœur, d’être au clair avec ce qui nous habite au cœur de nous même. C’est prendre le chemin aussi de l’humilité qui nous permet de reconnaître la valeur intrinsèque de l’autre. Cet autre, que je dois chercher à aimer davantage même et surtout dans la correction fraternelle et la critique – à condition qu’elle soit constructive et fasse grandir.
Humilité
Apprenons du Christ ce chemin d’humilité en regardant de quelle manière nous habitons notre monde. Sommes-nous plus préoccupés de notre réputation, de nos beaux habits ou bien portons-nous le souci de transformer le monde à la suite du Christ pour y devenir des disciples-missionnaires de sa Bonne Nouvelle, dépositaires de Sa Paix.
Demandons donc la grâce pour notre semaine, dans la contemplation de Jésus, de pouvoir trouver la manière la plus juste d’entrer en relation avec les autres. Que le Seigneur nous aide à entrer dans ce mouvement du don. Qu’Il nous donne d’accueillir au plus profond de notre cœur son appel à aimer et à donner de nous-mêmes, à nous donner, tels que nous sommes, sans faux semblant. Dieu connaît la complexité de notre cœur mais son amour nous invite à devenir simple comme Lui.