Fragile Nativité

Nous voici à quelques heures de Noël. Les rues sont illuminées, les publicités ne cessent de promouvoir l’acquisition de cadeaux et l’actualité surfe sur ce marronnier allègrement. Exceptées ces quelques caractéristiques, qu’est-ce qui différencie cette période d’une autre ? Sincèrement, je crains que ce ne soit pas grand chose. Sauf peut être la liturgie que l’Église catholique nous propose spécifiquement en cette nuit de Noël. Les textes nous ouvrent à l’intimité du mystère de la naissance de celui que nous reconnaissons comme Fils de Dieu.
En enfant nous est né, un fils nous est donné
Pour les plus habitués, ces textes de la messe de la nuit notamment Isaïe et l’Évangile sont bien connus. Pour autant ne nous fions pas trop à notre mémoire et prenons le temps de les lire puis de les écouter lorsque nous nous rendrons à la messe de la Nativité. Isaïe nous parle d’une lumière qui resplendit du pays de l’ombre qui a prodigué la joie et l’allégresse. Dans ces jours où il est question dans les actualités de drames, autres guerres et difficultés économiques, quelle est la place pour cette joie à laquelle nous sommes invités par la Parole ? Elle devrait pouvoir être centrale dans nos vies mais avouons que nous avons bien des difficultés à la mettre au cœur de ces dernières. Peut-être est-ce dû au fait que nous confondons exaltation avec la joie et que nous savons pas bien discerner les mouvements de notre cœur.
Joie
Marie et Joseph peuvent nous aider à entrer dans cette intensité. L’un comme l’autre, grâce à la visite de l’Ange, ont pu accepter l’étonnant événement de l’annonce de l’inconcevable. Regardons aussi Élisabeth, Zacharie et Jean-Baptiste dans le sein de sa mère être dilaté de joie lors de la visite de Marie. Ces personnages bibliques ont été les premiers à accueillir la radicalité de l’annonce de la venue du Sauveur. Cette joie que nous recherchons tant peut trouver sa source dans cette venue que nous fêtons encore aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’un anniversaire mais d’un événement qui se manifeste, spirituellement certes, aujourd’hui. Isaïe nous le fait saisir de son texte. Cette venue du Sauveur en notre monde doit nous aider à être acteur et porteur de réconciliation et de Paix de la part de Celui qui vient de naître. Il ne vient pas imposer de le suivre mais susciter notre adhésion et aiguiser notre désir de prendre la route avec Lui.
Dieu
L’Évangile de la Nativité nous invite lui aussi à savourer à l’intime de nous-même la joie intense de la venue du Christ en notre monde. Le climat de cette naissance n’a rien de réjouissant. Obligés de quitter leur demeure, Joseph et Marie sont en proie à l’exclusion. Nul ne peut ou ne veut les accueillir ; l’enfant nait dans une mangeoire. Drôle de lieu pour Celui qui sera reconnu par les mages comme le Sauveur, le Christ Seigneur. C’est dans la fragilité que Dieu choisit de rencontrer et de s’unir avec l’humanité. Signe, peut-être, pour nous, de rechercher cette joie qui veut nous tenir debout, dans la simplicité, l’humble Amour et le service désintéressé de nos contemporains. N’attendons pas pour autant qu’une troupe céleste innombrable vienne nous chanter « les Anges dans nos campagnes ». Gardons-nous de tout pessimisme et désespérance. Notre monde a besoin d’hommes et de femmes prompts à faire le bien avec leurs forces et leurs faiblesses, point de super héros…
Noël
Prenons le temps en ce jour de Noël et tout au long du temps de Noël de contempler l’agir de Marie, Joseph, les mages. Ils sauront sans aucun doute nous donner des pistes pour l’avenir et pourquoi pas méditer ces mots issus d’une lettre d’Ignace de Loyola :

Plaise à la divine Bonté de nous communiquer toujours la lumière de la Sagesse, pour que nous puissions voir clairement et accomplir fermement son bon plaisir, en nous et dans les autres… pour que nous acceptions de sa main ce qu’il nous envoie, en faisant cas de ce qui a le plus d’importance : la patience, l’humilité, l’obéissance et la charité…Que Jésus Christ soit seulement en nos âmes avec ses dons spirituels !