Haïr pour aimer davantage

Haïr pour aimer davantageL’Évangile de ce 23ème dimanche nous demande de « renoncer » à tout, pour suivre le Christ. Nous n’aimons pas beaucoup ce mot, tout comme l’humilité de la semaine dernière. En fait, le mot utilisé par le Christ par Luc est verbe « haïr ». Il nous est alors demandé haïr tout et d’aimer le Christ. C’est donc un amour sans partage, exclusif, voire fusionnel que nous serions appelés à vivre. Nous voici donc encore en but avec les paroles difficiles du Christ. Il nous exhorte d’habitude à la liberté, à l’amour de nos ennemis, à l’accueil inconditionnel de l’autre dans sa différence. Là c’est l’inverse. Il nous dit en creux : « C’est moi ou rien ». C’est exagéré et Jésus le sait. Il veut nous faire saisir – et c’est le sens que Matthieu perçoit dans son Évangile – qu’il faut se débarrasser des « attachements désordonnées » comme dirait Ignace de Loyola.

Radicalité

Il y a une radicalité pour celui ou celle qui veut suivre le Christ. Si nous avons ce désir, alors creusons-le. Entrons en discernement pour choisir radicalement le Christ. C’est-à-dire le mettre à la première place pour vivre le service avec humilité et simplicité. Cela commence par reconnaître tout ce qui peut nous entraver, toutes ces croix – petites ou grandes – que nous avons à porter. Ne pas nier la lourdeur de notre humanité mais se laisser conduire par Celui qui a choisit de la porter.

Liberté

Choisir d’haïr notre quotidien pour choisir le Christ ne consiste donc pas dans un mépris de ce que nous vivons. Il s’agit bien plus d’un cœur à cœur avec lui pour entrer dans sa mission. Si « haine » il doit y avoir c’est bien de tout ce qui nous empêche d’aimer en vérité ; de tout ce qui tarit notre cœur. En quelque sorte, nous devons haïr pour aimer davantage, mourir à nous-même pour vivre en Ressuscité avec le Christ. C’est un appel à goûter la vraie liberté dont nous parle la prière d’ouverture de ce 23ème dimanche

Action

Cette conversion que nous pouvons demander jour après jour ne doit pas rester un vœux pieux. Ce désir d’aimer davantage le Christ pour aimer davantage le monde d’un cœur purifié et sans partage doit nous entraîner à l’action. L’Évangile de ce jour nous indique un mode d’emploi pour passer à l’action : le devoir de s’asseoir. Pour agir asseyons-nous ! Encore un paradoxe sans doute. Mais c’est raisonnable. La générosité de l’action ne suffit pas. Nous ne pouvons pas être des Don Quichotte qui partent en guerre contre des moulins.

Discernement

Il est donc bon de réfléchir, de prendre le temps de discerner ce qui est bon, ce qui m’anime, ce qui me fait vivre. Toutes ces motions intérieures qu’il me faut identifier et ordonner. Seul c’est difficile d’y voir clair. Cette conviction est partagée par beaucoup – même dans le milieu professionnel – d’où le coaching qui a le vent en poupe. La tradition spirituelle propose – elle – un autre chemin : l’accompagnement. Au travers de nos vies, nous discernons des motions que nous choisissons de partager avec un autre – formé – à l’accompagnement. Son expérience, sa prière aident à percevoir dans nos vies les traces de Dieu. Ces lieux de dynamisme, d’enthousiasme ou même d’ombres ou de ténèbres sont des signes de la volonté de Dieu.

Assise

Ce temps d’accompagnement, de liberté spirituelle est aussi un temps d’assise. Un moment de grâce qui donne de reprendre force et courage pour (re)partir à l’aventure. Dans le désert de nos vies, dans le sécheresse du quotidien il est essentiel de trouver des oasis, des lieux où nous pouvons être « rassasié de l’amour du Christ».

En ces temps où les activités reprennent après la pause estivale, demandons au Seigneur la grâce d’être plongé davantage dans son Amour. Puissions-nous être davantage unis à son cœur pour irriguer notre monde de son amour, par le nôtre.

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