Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

Aujourd’hui, nous fêtons avec faste la naissance en notre monde du Fils de Dieu. Nos tables sont bien garnies entourées de ceux que nous aimons. Noël est devenue le prétexte à une fête de famille pour ceux qui sont loin de la foi chrétienne ou plus simplement de nos églises. C’est une belle et bonne chose qui ne déplaira tout de même pas, j’espère, au plus chagrin des laïcards de notre France moderne !

A bien y réfléchir, il y a quelque chose de scandaleux dans cette naissance.  Jésus nait dans une sorte de famille monoparentale ou plutôt pluriparentale :

Premier scandale, pour s’incarner il y a eu la nécessité du OUI de Marie. Sans ce Oui, Dieu ne nous aurait pas rejoint. Il ne vient jamais s’imposer mais se propose. Il en est de même encore aujourd’hui, nous sommes invités à le contempler, à mettre nos pas dans les siens dans une humble confiance à l’image de Joseph, qui accepta de devenir son père ici-bas.

Second scandale, personne n’accepte de recevoir ce jeune couple dont l’épouse est  en voie d’accoucher. C’est indécent tout de même de ne pas faire de place à une femme enceinte. Ces hôteliers et ces habitants de la cité de David ne sont pas très accueillant. C’est alors qu’il nait dans la simplicité d’une grange. C’est peut être l’occasion pour nous de saisir que la simplicité, ce qui nous paraît sans valeur est le lieu de l’essentiel. Ce dépouillement de la naissance du Fils de Dieu nous permet de centrer notre regard sur l’événement lui-même et non sur des oripeaux qui masquerait l’essentiel. Avec la naissance de l’Emmanuel, Dieu veut et vient éduquer notre regard. Il vient nous enseigner l’émerveillement puisque devant un petit enfant nous sommes captivés, heureux et tournés spontanément vers le merveilleux d’une naissance, d’une génèse, d’un a-venir qui se dit, qui se donne et s’offre à nos yeux, à nos vies.

Ces scandales rejoignent celui de la croix et tout ceux qui ont permis à Jésus d’interpeller, d’ouvrir aux autres, la porte du sens et même de la révolte tout au long de sa vie mais plus encore dans ce qu’il en reste : l’Evangile. L’Evangile, la Parole de Dieu faite chair, est scandale ie pierre d’achoppement, un lieu de résistance intérieure qui choque notre raisonnement, notre compréhension naturelle des choses.  Et c’est là, dans ce trébuchement que peut naitre un brèche, telle la crèche ouverte sur le monde des homme, qui nous oriente vers le lieu de Dieu : notre humanité, notre vie intérieure.  Depuis ce jour du temps, ce premier noël, Dieu n’est plus le lointain mais ce très proche, ce « plus intime à moi-même que moi-même » si cher à Saint Augustin.

A Noël, comme à Pâques, nous sommes invités à ne pas demeurer les yeux rivés sur l’événement mais à  élever notre regard vers les réalités d’en haut afin de vivre pleinement notre incarnation qui est présence de Dieu à chacun de ces hommes et femmes qui sont autant de frères et sœurs. Dieu ne se dit pas autrement. Il agit avec nous et par nous et pas sans doute. L’Esprit demeure pour nous inciter à « vivre de la vie de Dieu » ie celle du Fils qui « a pris notre humanité ».

Devant une telle réalité, et l’assurance de cet amour inconditionnel de Dieu qui est donné à chacun, il y a de quoi crier un scandale. Il est quelque part gênant d’être déplacé dans nos  certitudes par un Dieu qui aime, qui donne son propre Fils de la crèche au crucifiement et qui nous rend responsable de ce monde. Nous préférerions sans doute un démiurge nous laissant sans liberté de décider. Ce serait plus confortable et plus rassurant que de mettre notre confiance en cet inconnu qui se fait connaître dans l’inconnu de la crèche.

 

 

Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

Bon, lumineux et joyeux Noël

Seigneur, tu as fait resplendir cette nuit très sainte
des clartés de la vraie lumière;
De grâce, accorde-nous
qu’illuminés dès ici-bas par la révélation de ce mystère,
nous goûtions dans le ciel la plénitude de sa joie.
Par Jésus Christ.
Liturgie catholiques de la veillée de Noël

Que cette nuit où nous faisons mémoire de la venue du Sauveur des Hommes en notre monde, nous aide à prendre pleinement part à la construction d’un monde où ce qui peut nous sembler inutile devienne essentiel.
Bon, lumineux et joyeux Noël

A Noël, Dieu fait de nous ses enfants

La nuit de Noël, nous nous souviendrons, avec respect de la venue du fils de Dieu en notre humanité. La nativité doit nous conforter dans notre foi et dans notre action auprès de ceux qui nous sont confiés. Aussi aride que puisse être ce chemin à la suite du Christ, ne perdons jamais cette Espérance, cette étoile qui jaillit au cœur de cette nuit de Noël.

Dieu choisit, par l’incarnation de son fils, de faire définitivement alliance avec nous, en partageant pleinement notre humanité, Dès ce moment-là, Dieu vient nous dire, d’une manière particulière, qu’il compte sur nous, que nous sommes ceux en qui « il a mis tout son amour ». Si nous en doutons, relisons l’Evangile. Il ne nous abandonne pas après la mort du Christ, il le ressuscite et nous donne l’Esprit pour continuer la route. Ce chemin d’annonce au prochain, par un savoir-être au quotidien, de l’incommensurable amour de Dieu.

Noël est le début de cette nouvelle alliance avec Dieu que nul ne peut détruire. Peu importe ce que les autres peuvent penser de nous, peu importe notre fragilité, ce qui est essentiel c’est cet Amour inconditionnel du Père pour chacun de nous, ce même amour qu’il a pour son fils. A Noël, nous devenons, à notre tour, enfant de Dieu, « co-héritier du Christ ».

Que cette fête de Noël nous aide à affermir davantage notre foi, nous renouvelle dans l’Espérance et dynamise notre charité.

La grâce de d’être enraciné dans le Christ

Notre foi chrétienne nous fait demeurer en « ambassade pour le Christ ». Sur cette terre, nous avons, comme chrétien, à porter le message d’espérance, de salut et de consolation que le Christ lui-même a semé au cours de sa vie sur terre. Il s’agit bien plus d’un savoir être que de tomber dans un activisme aussi louable soit-il. Il s’agit de vivre la « diaconie » dans sa dimension théologique.

Ramener la diaconie, même si c’est utile, au bon geste, à la solidarité serait réducteur. Il s’agit d’amener ce qui fait l’Eglise au monde et d’amener ce qui fait le Monde à l’Eglise. Le but ultime est la construction d’un édifice cohérent où chacun a sa place. Cela nécessite bien évidemment l’engagement aussi bien ecclésial que civil afin que cet aller-retour puisse se réaliser dans des conditions optimales. Notons que l’histoire de l’Eglise témoigne que ce souci du plus fragile doit être une priorité pour celui qui a la charge d’un peuple. C’est bien le signe qu’il est de la vocation du peuple chrétien de secourir les plus fragiles, motivés par celui qui en assume l’unité du corps. Il nous faut tout de même garder à l’esprit, nous les chrétiens, que cette préoccupation, nous l’assumons à la suite du Christ. D’où la nécessité de faire entrer en dialogue le culte et la solidarité. En nous rendant présent au plus fragile, c’est au Christ que nous nous rendons présent, nous avons rendez-vous avec lui. Il ne s’agit pas tant de servir pour servir mais de l’effectuer en conformité avec l’agir même du Christ, cette manière si singulière d’aimer l’autre en le servant. Ce service passe surtout par la restauration de l’humanité de l’autre, par la refondation des liens avec sa communauté. Pour le Christ servir l’autre c’est lui redonner toute sa place, la plénitude de son humanité.

Il faut être prudent dans notre désir d’agir à tout prix, d’être dans une dynamique d’actes pour les autres voire avec les autres. La diaconie, dans le sens chrétien, c’est avant tout mettre ses pas dans ceux du Christ. Ce cheminement doit nous placer dans une attitude d’homme debout, libre à l’égard de tous car serviteur du Christ (1 Co 9, 19). Ce compagnonnage avec Lui nous fait aussi grandir dans la foi, dans la confiance que nous mettons dans Sa grâce et Sa parole. C’est aussi là un sens essentiel du service car cela nous fait saisir davantage que nous devons nous enraciner en Dieu, le considérer comme la boussole de notre vie. C’est donc un appel à nous laisser dessaisir de nos idoles, de notre besoin de tout contrôler. Vivre en Serviteur du Christ, c’est saisir qu’il n’y a pas de premières ou dernières places, que la seule qui vaille est celle qui est la mieux ajustée à ce que je suis dans le cœur du Christ. Il s’agit de venir travailler à la vigne du Seigneur, comme nous sommes, avec ce que nous sommes. C’est la démarche, le déplacement qui compte, celui qui consiste à nous mettre en route, à quitter nos soi-disant sécurités pour rencontrer le « maître de la moisson ». Le service consiste à se rendre disponible d’abord à Dieu et en cela à nos frères et sœurs en humanité. Il s’agit bien de vivre dans une profonde intimité avec le Seigneur, source et sommet de la manière juste de servir et donc d’aimer. Sachant que l’amour doit précéder le service, mais que ce dernier est l’expression concrète du premier.

Enracines dans le Christ, nous désirons aimer et servir nos frères. Prenons alors le temps de lui demander cette grâce afin que nous soyons d’un seul cœur tendus vers cette mission et que nous tenions bon malgré les fatigues et les contradictions.

Chemin d’Avent

La liturgie a toujours été pour moi une discipline à laquelle j’attache une grande liberté d’application. Pourtant, je dois reconnaître que, parfois, même souvent, dans les temps liturgiques spécifiques, les rédacteurs des ces textes ont sans doute été bien inspirés.  Au cours du temps de l’Avent nous avons été comblés par la beauté et le sens des prières d’ouverture.  Sensible à ces dernières, je vous en partage le sens qu’elles prennent pour moi comme témoin de la joyeuse espérance qu’est la fête de Noël.
Dans l’oraison du premier dimanche de l’Avent, il est demandé au Seigneur de nous aider à aller avec courage sur les chemins de la justice à la rencontre du Seigneur. Cette première collecte suffirait à la méditation enracinée dans l’action pour une vie entière. N’est-ce pas cela être disciple du Seigneur combattre l’injustice en se mettant à la suite du Christ, à l’écoute de ce que l’Esprit nous révèle de la volonté du Père, dans la fidélité aux plus fragiles. Pour moi, cette prière nous oriente déjà vers la crèche et par là vers l’Evangile tout entier.  Il ne s’agit pas d’une volonté pieusement volontariste mais d’oser prendre ce chemin, d’oser nous mettre en route, de nous laisser déplacer en visant l’essentiel : « la rencontre du Seigneur ». Où le rencontrons-nous si ce n’est dans celui qui est bafoué, humilié, ignoré. Dans celui que l’on n’ose même pas regarder car il me dérange. Et si nous acceptions d’être dérangés dans notre tranquillité ? Et si nous prenions au sérieux cette prière et laissions le Seigneur habiter nos comportements et les diriger vers le cœur d’une vie de chrétien : la marche vers son Dieu en rencontrant ses frères. Peut-être que ce parcours permettra d’amorcer une démarche de conversion dont nous avons tous besoin pour vivre dans la fidélité au nom de Dieu et faire sa volonté.
L’oraison du deuxième dimanche de l’Avent revient sur notre faiblesse, notre manque de constance et nous fait demander au Seigneur : «  ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. » C’est bien là que la bas blesse ; notre quotidien. Nos agendas sont si chargés, nos vies si occupées par nos multiples tâches et activités que nous risquons d’oublier ce qui nous fait être et ainsi naître à la Vie, Dieu. Il est ici encore question de marche vers la rencontre.  C’est le signe que nous avons là aussi à prendre, à continuer cette marche à la suite du Christ. Ce n’est une suite docile et servile dans laquelle il nous est demandé d’entrer mais dans un consentement libre, comme pour élargir l’espace de notre tente. Souvent, Dieu a plutôt la dernière place, comme à l’auberge de l’Evangile alors qu’Il devrait avoir la première ; notre première pensée le matin devrait-être pour l’une ou l’autre des trois personnes divines, ou les trois, afin d’orienter notre jour vers eux et leur confier. Avouons que nous sommes plus enclins à penser filer sous la douche ou à chercher nos vêtements qu’à élever notre âme et notre être vers l’Eternel Seigneur de toutes choses. En prendre conscience, c’est déjà entrer dans un chemin de conversion; c’est cela qui est bien avec notre Dieu c’est qu’il ne nous enferme pas dans nos manques, nos découragements voire même nos lâchetés mais nous invite, jour après jour, à reprendre notre marche vers la rencontre, vers tous ces hommes, ces femmes qui sont images de son Fils et qui ont soif et faim d’une Bonne Nouvelle s’incarnant dans leur quotidien.
L’oraison du troisième dimanche de l’Avent, habituellement nommé celui du « Gaudate » (joie en latin) nous prépare plus spécifiquement à la fête de Noël.  L’oraison n’a pas la même dynamique que les précédentes, c’est un peu comme si cette marche voyait le but à atteindre.  Il nous faut recueillir les deux tensions des dimanches précédents pour pouvoir véritablement goûter à cette joie de Noël qui nous est promise. L’oraison nous conduit à ressaisir l’essence même de Noël : « un si grand mystère ». Dans cette marche, qui continue, nous sommes véritablement invités à préparer, dans nos cœurs mais aussi dans nos vies, un espace unique pour accueillir la joie de Dieu ; le salut de tout les Hommes. Par cette préparation ce n’est pas seulement un enfant, même s’il est le Fils de Dieu, ce qui en soit est déjà un beau mystère, mais, en cette enfant, en ce Fils de Dieu c’est LE SAUVEUR de tous les hommes. Voilà une raison nécessaire et suffisante pour se laisser creuser en nous l’espace pour saisir cette joie ineffable. Cette joie, nous dit l’oraison, ne doit pas être laissée en jachère, comme si l’évidence de Noël était inéluctable. Il nous est demandé de ne pas nous habituer à cet inédit, à cet événement unique dans la vie du Monde. C’est pourquoi, nous devons demander à Dieu d’inonder notre cœur de sa grâce pour saisir l’actualité de cette nativité. A Noël, la joie de Dieu vient prendre corps mais afin que ce soit chaque jour Noël. L’événement a eu lieu une seule fois dans l’histoire de l’humanité mais nous sommes constamment invité à la revisiter, à nous la réapproprier.
L’oraison du quatrième dimanche de l’Avent, nous ouvre encore davantage vers l’ineffable de Noël. C’est une oraison bien connue, qui est celle de l’Angélus. Il est demandé ici que le Seigneur nous remplisse de sa grâce afin que nous saisissions aujourd’hui encore le chemin de salut qui nous est offert par Dieu, en son Fils, par cette parole accueillie par Marie. Le salut qui est entré, grâce à elle, dans le monde, nous conduit à la résurrection ; « de la crèche au crucifiement ». Ce chemin de vie qu’a pris Jésus nous sommes invités, à notre tour, à le suivre dans une sorte d’ « imitation », de consentement à ce que nous vivons. Il ne s’agit pas de subir notre vie, en spectateur, et de se résigner mais de vivre dans l’accueil des conséquences de nos choix. Cela exige que nous ayons pris le temps de les discerner et de les relire. C’est à ce double mouvement que nous invite cette oraison. ; accueillir en nous la révélation de l’ange et une fois que nous l’avons fait notre, nous pouvons commencer notre chemin de foi, de vie chrétienne qui est la confession d’un messie né dans une mangeoire tel un exclu, et mort sur une croix, tel un paria. La Résurrection donne sens à ces deux réalités car elle est la manifestation de l’Amour de Dieu.

Vers la joie de Noël

« Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes ; rendez grâce en rappelant son nom très saint. » Ps 96
La joie est bien souvent ce qui manque à nos vies. Nous trouvons des occasions de nous réjouir souvent mais ce sont des petits bonheurs passagers bien qu’appréciable. Dieu nous invite à entrer autre chose, il vient nous proposer, nous inviter à la joie. Ce n’est pas un sentiment. C’est un appel à entrer dans une attitude fondamentale qui est synonyme du don et de l’accueil d’une réalité qui nous dépasse et veut nous mettre en route. Cette joie que Dieu vient nous apporter tout spécialement dans cette nuit de Noël dépasse notre compréhension et nos raisonnements. Il est essentiel de se souvenir que c’est gratuitement que Dieu nous offre sa joie, nous n’avons rien fait, ni n’avons rien à faire pour la mériter. Il nous revient de l’accueillir comme un cadeau. Rien que cela devrait nous réjouir et nous dilater le cœur. Cependant, nous sommes souvent longs et lents à croire les bienfaits que le Seigneur vient nous apporter. Cette période de Noël peut nous aider à les percevoir. Tâchons de goûter la joie de Marie d’accueillir son fils, identique à celle de toutes les mères après 9 mois d’attente. La joie de Dieu est de l’ordre du don de la vie. En ce faisant nôtre, à Noël, Dieu est venu donner sa vie aux hommes afin qu’ils en soient transformés d’une manière radicale. A Noël, Dieu vient nous assurer que l’homme à un prix estimable à ses yeux, celui d’un enfant que l’on chérit, attentif à sa croissance, même si parfois il est nécessaire de le conduire avec vigueur.
Dans cette nuit de Noël puissions-nous nous rappeler que par l’incarnation, le Fils de Dieu n’a pas choisi la meilleure place. Il est venu rejoindre l’humanité dans la fragilité et la faiblesse d’un tout petit, qui est né dans une mangeoire dans la simplicité d’une étable. Ce choix de Dieu vient nous faire saisir que la joie n’est pas de tout posséder, de paraître grand au yeux du monde. Notre joie sera le Seigneur lorsque nous accepterons qu’il se donne à nous humblement dans cette gratuité indicible de l’amour.

« Malheur à moi, si je n’annonce pas l’Evangile » 1 Co 9,16

Ce vieux débat entre la foi et les œuvres est encore bien trop souvent présent en nous. Ces deux dimensions de notre vie de croyants ne sont pourtant pas contradictoires. Bien au contraire, elles sont ordonnées l’une à l’autre. Il ne peut pas y avoir de vie chrétienne sans un engagement plein et entier au service des autres.

Annoncer l’Evangile est au fondement de notre vie chrétienne. Nous avons pour tâche d’être témoins du Ressuscité et de proclamer au monde entier Sa Bonne Nouvelle du Salut. Le témoignage est constitutif de notre foi. Partager la Parole avec d’autre doit lui permettre d’être assimilée par celui qui la reçoit La Parole de Dieu est le pain nécessaire pour la marche, ce qui nous met debout, en route (cf. Dt 8,3). C’est prendre au sérieux cet appel de Christ à devenir et à faire devenir disciple. Cette mission est souvent l’affaire d’une vie et appelle une conversion sans cesse renouvelée. Là aussi, la Parole peut nous aider, nous faire comprendre de quelle manière nous devons ajuster notre Vie à celle du Christ pour être en cohérence avec notre proclamation.

Faire la volonté du Père

Jésus nous demande, sans cesse, de faire, à sa suite, la volonté du Père. Cette volonté est exigeante puisqu’elle nous demande une foi qui s’enracine dans la découverte de l’autre. Pas une découverte superficielle mais une vraie rencontre mûrie dans la Charité. La Charité n’est pas une attitude condescendante, mais une dynamique chrétienne qui nous fait considérer l’autre avec dignité, respect. Le chrétien ne doit jamais se croire meilleur ou supérieur aux autres. Dans les relations que nous nouons les uns avec les autres l’attitude juste qui convient est celle de l’égalité. La hiérarchie ou les responsabilités sont d’un autre ordre.

Une charité active

Notre charité se doit d’être active et c’est ce que nous faisons au long des jours au sein des postes par l’action sociale de proximité ou simplement par un café offert, une poignée de main au visiteur ou un offrir un regard attentif aux voyageurs croisés dans le métro. L’action, la rencontre gratuite, désintéressée est une autre manière d’annoncer l’Evangile. Cela peut sembler assez peu efficace au premier abord. Nous avons peut-être l’impression de perdre notre temps alors qu’il y a tant de « foules sans berger » qui n’ont jamais entendu parler de Christ. Certes, mais pour entendre parler de Lui, il faut que les « oreilles du cœur » soient disposées à entendre. Là se trouve l’un des génies du Fondateur : redonner d’abord à l’autre une dignité à travers la soupe et le savon, puis seulement, lui annoncer celui au nom de qui nous faisons cela. Si Dieu a pris soin de nous rejoindre dans notre humanité, n’est-ce pas qu’il considérait l’humanité comme digne de Le rencontrer ? Refonder, établir du lien social c’est participer, d’une manière qui nous est propre, à l’œuvre de création, d’alliance de l’Eternel. Nous portons cette responsabilité, comme chrétiens, de la faire fructifier afin de construire, chaque jour davantage, le Royaume de Dieu et sa justice.

Ne mettons pas en tension et en opposition les actes et la foi, la proclamation et les actions. Ce sont en quelque sorte deux poumons qui nous aident à respirer pleinement et à être fidèle à notre vocation de chrétiens. Tâchons de ne pas non plus préférer l’action à la proclamation. Il faut que l’une et l’autre s’ajustent mutuellement pour résonner en harmonie.

Noël, rumeurs d’espérance

En attendant, le fête de Noêl, nos villes prennent leurs plus beaux atours, les vitrines scintillent, les magasins ne désemplissent pas, les médias titrent sur ceux qui n’ont pas de toit, qui sont dehors et qui meurent de froid. Rien ne ressemble plus à Noël qu’un autre Noël. Et pourtant, à nous centrer sur ces rituels nous oublions le véritable sens de cette fête. C’est la fête de l’incarnation, la célébration du choix de Dieu de se faire pleinement l’un de nous. Paradoxalement, Dieu ne choisit pas le scintillement, les honneurs que nous serions tentés de lui prêter, mais l’humble mangeoire d’une étable. Dieu, en s’incarnant, choisit la plus petite place, celle du pauvre. Dieu ne fait pas semblant, il se dit dans ceux et celles que nous servons au quotidien.
C’est la mission de l’Église que de faire comprendre le sens profond de Noël. Une fête où le don de soi aux autres, dans la gratuité de la rencontre, prend tout son sens. Une fête pour aider l’homme à devenir pleinement humain, de cette humanité à jamais transformée, divinisée, par l’incarnation du Verbe. Dieu a choisi d’entrer dans notre histoire, de renouer à jamais l’Alliance.
Difficile de croire à un tel amour inconditionnel. Il est cependant la clef de l’Espérance, dont nous sommes témoins.

« Passer d’un amour à un autre Amour »


Soeur Evangéline, prieure de la Communauté des Diaconesses de Reuilly
Soeur Evangéline, prieure de la Communauté des Diaconesses de Reuilly

Soeur Evangéline, prieure de la communauté protestante des Diaconesses de Reuilly a accordé cet entretien à l’auteur de ce blog, pour les revues de l’Armée du Salut.
1. Vous portez le nom de la fille de William Booth, fondateur de l’Armée du Salut. Est-ce un hasard ?
Il s’agit de mon nom de consécration. L’idée, heureuse, vient de la maîtresse de novices des Diaconesses de Reuilly de l’époque, Sœur Myriam, afin de souligner l’importance que l’Armée du Salut a eue dans mon itinéraire.
J’ai rencontré l’Armée du Salut grâce à une amie de lycée de mon père. Cette personne était « sergente » et travaillait au Palais de la Femme. Notre maison était proche de cet établissement. J’allais de temps à autre la visiter car ma mère m’avait proposé d’aller déjeuner le jeudi au Palais (cela coïncidait avec l’époque où je commençais à m’éveiller à la foi grâce à l’aide d’une amie religieuse catholique habitant les Hautes-Alpes). Chaque jeudi, mon amie me laissait pour se rendre au culte qui durait un quart d’heure. Je trouvais cela bien mystérieux. Au bout d’une année, j’ai demandé à m’y rendre. J’y ai découvert le Christ. A la suite de ce culte, un chemin malaisé vers Dieu s’est ouvert. Mes parents n’étaient pas chrétiens et n’appréciaient pas trop que je fréquente l’Armée du Salut. Une fois majeure, je m’y suis engagée, et j’ai demandé au Seigneur d’éclairer mon choix de vie. J’ai eu beaucoup d’hésitations car je cherchais une communauté à la fois monastique mais au service des autres. La conviction qui m’habitait dans ce discernement était que j’avais tant reçu de Dieu, que je ne pouvais l’en remercier qu’en lui donnant ma vie.
2. Dans la Règle de Reuilly, il est question de « continuer l’Evangile ». Comment les diaconesses vivent-elles ce désir au quotidien ?
Il est bon d’apprécier l’Evangile mais il est essentiel de l’incarner jusqu’au bout, de le continuer. L’Evangile n’est pas une belle parole, une belle dissertation sur l’amour. Il ne s’agit pas de vivre l’Evangile au mieux, ni même de souffrir en son nom, il s’agit d’aller jusqu’au bout.
Il s’agit quasiment d’accepter, s’il se présente, le martyre. C’est en quelque sorte l’appel à recevoir la couronne de vie dont parle le livre de l’Apocalypse (2, 10).
Incarner l’Evangile est exigeant. Il s’agit de le vivre jusqu’au bout de nos vies, et la vie communautaire en est le premier lieu d’exercice. Là, dans ce quotidien le plus banal, se joue le chemin de la conversion intérieure. Dans la vie communautaire, il faut supporter, tolérer la présence de l’autre et « faire d’une étrangère sa propre sœur ». C’est la joie du miracle quotidien ! Ce « continuer l’Evangile » de la Règle m’invite à réfléchir sur les raisons de mon engagement. Est-ce-que je le fais par idéalisme ou est-ce que je donne ma vie pleinement au sens propre ? Cela rejoint la notion de « grâce à bon marché » et de « grâce qui coûte » développée par Dietrich Bonhoeffer. Cependant, il est bien difficile de dire cette radicalité vers laquelle je tends.
3. Le chrétien est appelé à amener le monde à Dieu tout en amenant Dieu au monde. Comment vivre ce va-et-vient permanent, nécessaire à notre vie chrétienne ?
Dans la prière il est évident que l’on amène le monde à Dieu, notamment à l’office, qui rassemble le corps communautaire, auquel chaque sœur vient avec la part de monde qu’elle approche. Le jeudi soir nous offrons à Dieu, par une prière d’intercession, des intentions qui nous sont confiées. L’habit que nous portons est aussi une manière d’apporter Dieu au monde. Il est un signe de contradiction. En effet, il peut rejoindre nos contemporains comme les faire fuir. Dans cette présence silencieuse de ce qui nous vêt, il y a une manière d’être passeur entre Dieu et le monde. Comme chrétiens nous sommes conduits à nous éprouver « citoyens du monde ». Notre monde est celui de tout le créé, de toute l’humanité.
Une autre modalité est tout ce qui se passe lorsque l’on prend à la fois le temps d’écouter et de poser une parole. Il nous faut avoir une disposition de fond. Toutes les formes de travail nous invitent à passer d’un amour à un autre Amour. Que ce soit dans nos différentes institutions, dans les rapports avec nos collaborateurs… il se passe toujours quelque chose qui va au-delà de nous-mêmes. Une fréquentation assidue de la Parole de Dieu, une écoute attentive de l’Esprit peuvent rendre plus ajustés notre regard, notre manière d’aborder les problèmes du monde. Il y a des choses qui se passent dans l’invisible et qui se disent dans notre prière cachée, personnelle. Les textes de la liturgie nous habitent et finissent par user nos étroitesses, nos égoïsmes.
4. Quelles paroles vous habitent et vous font garder l’Espérance ?
Depuis quelques mois, c’est une parole d’Angelus Silesius (mystique allemand du XVII° s.) qui m’est d’un grand appui « Va où tu ne peux pas ». Cette parole prend le relais d’une phrase qui m’a marquée chez Paul : « Seigneur, dans la faiblesse, ta puissance donne toute sa mesure » (2 Co 12, 9). Avec ces phrases, j’avance en comprenant jour après jour que c’est Dieu l’acteur de nos vies. Non pas dans le sens où je serais manipulée par quelqu’un, mais dans celui où lorsque j’atteins mes limites, Dieu me dit  « Va où tu ne peux pas  – parce que c’est moi qui y vais ». C’est une école de confiance et de désistement, non de démission ; il s’agit de s’engager totalement, de se dessaisir totalement.
5.  Par le mystère de l’incarnation, Dieu nous témoigne de sa vulnérabilité. Comment mieux la comprendre ?
Dieu est celui qui porte l’Univers et qui a choisi d’être vulnérable. Dès l’origine, il laisse à l’homme une marge de liberté. Il le crée comme un véritable vis-à-vis. Il savait qu’il ne serait pas accueilli et pourtant il choisit d’être dans une position non dominante. L’homme n’a jamais cessé de transgresser, comme pour mieux affirmer sa liberté face à celle de Dieu. C’est un point fondamental dès l’origine que cette vulnérabilité choisie et assumée de Dieu.
Sa toute-puissance est une toute-puissance d’amour qu’il a assumée jusqu’au bout : de la création à l’incarnation. Permettre que son propre Fils soit crucifié est le signe de cette volonté de montrer jusqu’où va l’amour.
L’incarnation, Noël, c’est Dieu qui vient au plus près de nous pour se rendre accessible.  Et de ce lieu très proche, nous l’entendons nous demander : « Où es-tu ? »

« Demeurer pour devenir »

A Noël, Dieu vient établir sa demeure au cœur de notre existence. Il vient, par l’incarnation du Fils, s’enraciner dans notre humanité de manière définitive. Voilà l’originalité de la foi chrétienne, Dieu rejoint l’humanité dans sa corporéité. Il ne vient pas à grand renfort de trompettes, même si les textes bibliques nous parlent du Gloria des anges, mais dans la simplicité d’une mangeoire au cœur d’une étable. Dieu vient à la rencontre de l’homme dans l’humilité, la pauvreté et la discrétion. Sa venue de cette manière peut nous paraître choquante et déroutante : comment Dieu peut-il « s’abaisser » à devenir homme ?
Toute l’histoire biblique est un appel à changer notre regard sur Dieu, à accepter de ne pas l’enfermer au ciel. Par sa naissance au cœur de l’humanité, le Fils de Dieu vient renouer l’Alliance avec les hommes en les rejoignant au cœur même de leurs questions, de leurs doutes, de leurs manques de foi. C’est un appel à accepter d’être déplacé dans ses conceptions de Dieu. Le Dieu des chrétiens n’est pas un Dieu qui s’impose mais qui se propose. Il n’est pas un Dieu vengeur, ténébreux, jaloux mais un Dieu de tendresse et de miséricorde. Le choix de l’incarnation est guidé par le désir de Dieu que sa création vive en résonance et en cohérence avec l’alliance proposée.
A Noël, Dieu nous redit son projet de vie pour nous. Une vie qui soit davantage tournée vers le don de soi aux autres. Non pas pour que nous nous sacrifiions sur « l’autel de la générosité », parce que c’est bien et que cela conforte Dieu dans sa divinité. Mais simplement parce que l’échange et la rencontre contribuent à nous faire devenir pleinement humain.
Le projet de Dieu est que nous devenions pleinement sa ressemblance, que nous retrouvions cette liberté originelle d’accepter la différence comme source de richesse. Par son incarnation, Dieu vient troubler nos conventions, nos conceptions bien établies, bien normées. En revanche, Il nous appelle véritablement à suivre son exemple en nous attachant davantage à ce qui fait vivre : l’amour donné, reçu et partagé. C’est ainsi que nous deviendrons pleinement humain et parviendrons à la ressemblance de Dieu.