Vers la joie de Noël

« Que le Seigneur soit votre joie, hommes justes ; rendez grâce en rappelant son nom très saint. » Ps 96
La joie est bien souvent ce qui manque à nos vies. Nous trouvons des occasions de nous réjouir souvent mais ce sont des petits bonheurs passagers bien qu’appréciable. Dieu nous invite à entrer autre chose, il vient nous proposer, nous inviter à la joie. Ce n’est pas un sentiment. C’est un appel à entrer dans une attitude fondamentale qui est synonyme du don et de l’accueil d’une réalité qui nous dépasse et veut nous mettre en route. Cette joie que Dieu vient nous apporter tout spécialement dans cette nuit de Noël dépasse notre compréhension et nos raisonnements. Il est essentiel de se souvenir que c’est gratuitement que Dieu nous offre sa joie, nous n’avons rien fait, ni n’avons rien à faire pour la mériter. Il nous revient de l’accueillir comme un cadeau. Rien que cela devrait nous réjouir et nous dilater le cœur. Cependant, nous sommes souvent longs et lents à croire les bienfaits que le Seigneur vient nous apporter. Cette période de Noël peut nous aider à les percevoir. Tâchons de goûter la joie de Marie d’accueillir son fils, identique à celle de toutes les mères après 9 mois d’attente. La joie de Dieu est de l’ordre du don de la vie. En ce faisant nôtre, à Noël, Dieu est venu donner sa vie aux hommes afin qu’ils en soient transformés d’une manière radicale. A Noël, Dieu vient nous assurer que l’homme à un prix estimable à ses yeux, celui d’un enfant que l’on chérit, attentif à sa croissance, même si parfois il est nécessaire de le conduire avec vigueur.
Dans cette nuit de Noël puissions-nous nous rappeler que par l’incarnation, le Fils de Dieu n’a pas choisi la meilleure place. Il est venu rejoindre l’humanité dans la fragilité et la faiblesse d’un tout petit, qui est né dans une mangeoire dans la simplicité d’une étable. Ce choix de Dieu vient nous faire saisir que la joie n’est pas de tout posséder, de paraître grand au yeux du monde. Notre joie sera le Seigneur lorsque nous accepterons qu’il se donne à nous humblement dans cette gratuité indicible de l’amour.

« Malheur à moi, si je n’annonce pas l’Evangile » 1 Co 9,16

Ce vieux débat entre la foi et les œuvres est encore bien trop souvent présent en nous. Ces deux dimensions de notre vie de croyants ne sont pourtant pas contradictoires. Bien au contraire, elles sont ordonnées l’une à l’autre. Il ne peut pas y avoir de vie chrétienne sans un engagement plein et entier au service des autres.

Annoncer l’Evangile est au fondement de notre vie chrétienne. Nous avons pour tâche d’être témoins du Ressuscité et de proclamer au monde entier Sa Bonne Nouvelle du Salut. Le témoignage est constitutif de notre foi. Partager la Parole avec d’autre doit lui permettre d’être assimilée par celui qui la reçoit La Parole de Dieu est le pain nécessaire pour la marche, ce qui nous met debout, en route (cf. Dt 8,3). C’est prendre au sérieux cet appel de Christ à devenir et à faire devenir disciple. Cette mission est souvent l’affaire d’une vie et appelle une conversion sans cesse renouvelée. Là aussi, la Parole peut nous aider, nous faire comprendre de quelle manière nous devons ajuster notre Vie à celle du Christ pour être en cohérence avec notre proclamation.

Faire la volonté du Père

Jésus nous demande, sans cesse, de faire, à sa suite, la volonté du Père. Cette volonté est exigeante puisqu’elle nous demande une foi qui s’enracine dans la découverte de l’autre. Pas une découverte superficielle mais une vraie rencontre mûrie dans la Charité. La Charité n’est pas une attitude condescendante, mais une dynamique chrétienne qui nous fait considérer l’autre avec dignité, respect. Le chrétien ne doit jamais se croire meilleur ou supérieur aux autres. Dans les relations que nous nouons les uns avec les autres l’attitude juste qui convient est celle de l’égalité. La hiérarchie ou les responsabilités sont d’un autre ordre.

Une charité active

Notre charité se doit d’être active et c’est ce que nous faisons au long des jours au sein des postes par l’action sociale de proximité ou simplement par un café offert, une poignée de main au visiteur ou un offrir un regard attentif aux voyageurs croisés dans le métro. L’action, la rencontre gratuite, désintéressée est une autre manière d’annoncer l’Evangile. Cela peut sembler assez peu efficace au premier abord. Nous avons peut-être l’impression de perdre notre temps alors qu’il y a tant de « foules sans berger » qui n’ont jamais entendu parler de Christ. Certes, mais pour entendre parler de Lui, il faut que les « oreilles du cœur » soient disposées à entendre. Là se trouve l’un des génies du Fondateur : redonner d’abord à l’autre une dignité à travers la soupe et le savon, puis seulement, lui annoncer celui au nom de qui nous faisons cela. Si Dieu a pris soin de nous rejoindre dans notre humanité, n’est-ce pas qu’il considérait l’humanité comme digne de Le rencontrer ? Refonder, établir du lien social c’est participer, d’une manière qui nous est propre, à l’œuvre de création, d’alliance de l’Eternel. Nous portons cette responsabilité, comme chrétiens, de la faire fructifier afin de construire, chaque jour davantage, le Royaume de Dieu et sa justice.

Ne mettons pas en tension et en opposition les actes et la foi, la proclamation et les actions. Ce sont en quelque sorte deux poumons qui nous aident à respirer pleinement et à être fidèle à notre vocation de chrétiens. Tâchons de ne pas non plus préférer l’action à la proclamation. Il faut que l’une et l’autre s’ajustent mutuellement pour résonner en harmonie.

Noël, rumeurs d’espérance

En attendant, le fête de Noêl, nos villes prennent leurs plus beaux atours, les vitrines scintillent, les magasins ne désemplissent pas, les médias titrent sur ceux qui n’ont pas de toit, qui sont dehors et qui meurent de froid. Rien ne ressemble plus à Noël qu’un autre Noël. Et pourtant, à nous centrer sur ces rituels nous oublions le véritable sens de cette fête. C’est la fête de l’incarnation, la célébration du choix de Dieu de se faire pleinement l’un de nous. Paradoxalement, Dieu ne choisit pas le scintillement, les honneurs que nous serions tentés de lui prêter, mais l’humble mangeoire d’une étable. Dieu, en s’incarnant, choisit la plus petite place, celle du pauvre. Dieu ne fait pas semblant, il se dit dans ceux et celles que nous servons au quotidien.
C’est la mission de l’Église que de faire comprendre le sens profond de Noël. Une fête où le don de soi aux autres, dans la gratuité de la rencontre, prend tout son sens. Une fête pour aider l’homme à devenir pleinement humain, de cette humanité à jamais transformée, divinisée, par l’incarnation du Verbe. Dieu a choisi d’entrer dans notre histoire, de renouer à jamais l’Alliance.
Difficile de croire à un tel amour inconditionnel. Il est cependant la clef de l’Espérance, dont nous sommes témoins.

« Passer d’un amour à un autre Amour »


Soeur Evangéline, prieure de la Communauté des Diaconesses de Reuilly
Soeur Evangéline, prieure de la Communauté des Diaconesses de Reuilly

Soeur Evangéline, prieure de la communauté protestante des Diaconesses de Reuilly a accordé cet entretien à l’auteur de ce blog, pour les revues de l’Armée du Salut.
1. Vous portez le nom de la fille de William Booth, fondateur de l’Armée du Salut. Est-ce un hasard ?
Il s’agit de mon nom de consécration. L’idée, heureuse, vient de la maîtresse de novices des Diaconesses de Reuilly de l’époque, Sœur Myriam, afin de souligner l’importance que l’Armée du Salut a eue dans mon itinéraire.
J’ai rencontré l’Armée du Salut grâce à une amie de lycée de mon père. Cette personne était « sergente » et travaillait au Palais de la Femme. Notre maison était proche de cet établissement. J’allais de temps à autre la visiter car ma mère m’avait proposé d’aller déjeuner le jeudi au Palais (cela coïncidait avec l’époque où je commençais à m’éveiller à la foi grâce à l’aide d’une amie religieuse catholique habitant les Hautes-Alpes). Chaque jeudi, mon amie me laissait pour se rendre au culte qui durait un quart d’heure. Je trouvais cela bien mystérieux. Au bout d’une année, j’ai demandé à m’y rendre. J’y ai découvert le Christ. A la suite de ce culte, un chemin malaisé vers Dieu s’est ouvert. Mes parents n’étaient pas chrétiens et n’appréciaient pas trop que je fréquente l’Armée du Salut. Une fois majeure, je m’y suis engagée, et j’ai demandé au Seigneur d’éclairer mon choix de vie. J’ai eu beaucoup d’hésitations car je cherchais une communauté à la fois monastique mais au service des autres. La conviction qui m’habitait dans ce discernement était que j’avais tant reçu de Dieu, que je ne pouvais l’en remercier qu’en lui donnant ma vie.
2. Dans la Règle de Reuilly, il est question de « continuer l’Evangile ». Comment les diaconesses vivent-elles ce désir au quotidien ?
Il est bon d’apprécier l’Evangile mais il est essentiel de l’incarner jusqu’au bout, de le continuer. L’Evangile n’est pas une belle parole, une belle dissertation sur l’amour. Il ne s’agit pas de vivre l’Evangile au mieux, ni même de souffrir en son nom, il s’agit d’aller jusqu’au bout.
Il s’agit quasiment d’accepter, s’il se présente, le martyre. C’est en quelque sorte l’appel à recevoir la couronne de vie dont parle le livre de l’Apocalypse (2, 10).
Incarner l’Evangile est exigeant. Il s’agit de le vivre jusqu’au bout de nos vies, et la vie communautaire en est le premier lieu d’exercice. Là, dans ce quotidien le plus banal, se joue le chemin de la conversion intérieure. Dans la vie communautaire, il faut supporter, tolérer la présence de l’autre et « faire d’une étrangère sa propre sœur ». C’est la joie du miracle quotidien ! Ce « continuer l’Evangile » de la Règle m’invite à réfléchir sur les raisons de mon engagement. Est-ce-que je le fais par idéalisme ou est-ce que je donne ma vie pleinement au sens propre ? Cela rejoint la notion de « grâce à bon marché » et de « grâce qui coûte » développée par Dietrich Bonhoeffer. Cependant, il est bien difficile de dire cette radicalité vers laquelle je tends.
3. Le chrétien est appelé à amener le monde à Dieu tout en amenant Dieu au monde. Comment vivre ce va-et-vient permanent, nécessaire à notre vie chrétienne ?
Dans la prière il est évident que l’on amène le monde à Dieu, notamment à l’office, qui rassemble le corps communautaire, auquel chaque sœur vient avec la part de monde qu’elle approche. Le jeudi soir nous offrons à Dieu, par une prière d’intercession, des intentions qui nous sont confiées. L’habit que nous portons est aussi une manière d’apporter Dieu au monde. Il est un signe de contradiction. En effet, il peut rejoindre nos contemporains comme les faire fuir. Dans cette présence silencieuse de ce qui nous vêt, il y a une manière d’être passeur entre Dieu et le monde. Comme chrétiens nous sommes conduits à nous éprouver « citoyens du monde ». Notre monde est celui de tout le créé, de toute l’humanité.
Une autre modalité est tout ce qui se passe lorsque l’on prend à la fois le temps d’écouter et de poser une parole. Il nous faut avoir une disposition de fond. Toutes les formes de travail nous invitent à passer d’un amour à un autre Amour. Que ce soit dans nos différentes institutions, dans les rapports avec nos collaborateurs… il se passe toujours quelque chose qui va au-delà de nous-mêmes. Une fréquentation assidue de la Parole de Dieu, une écoute attentive de l’Esprit peuvent rendre plus ajustés notre regard, notre manière d’aborder les problèmes du monde. Il y a des choses qui se passent dans l’invisible et qui se disent dans notre prière cachée, personnelle. Les textes de la liturgie nous habitent et finissent par user nos étroitesses, nos égoïsmes.
4. Quelles paroles vous habitent et vous font garder l’Espérance ?
Depuis quelques mois, c’est une parole d’Angelus Silesius (mystique allemand du XVII° s.) qui m’est d’un grand appui « Va où tu ne peux pas ». Cette parole prend le relais d’une phrase qui m’a marquée chez Paul : « Seigneur, dans la faiblesse, ta puissance donne toute sa mesure » (2 Co 12, 9). Avec ces phrases, j’avance en comprenant jour après jour que c’est Dieu l’acteur de nos vies. Non pas dans le sens où je serais manipulée par quelqu’un, mais dans celui où lorsque j’atteins mes limites, Dieu me dit  « Va où tu ne peux pas  – parce que c’est moi qui y vais ». C’est une école de confiance et de désistement, non de démission ; il s’agit de s’engager totalement, de se dessaisir totalement.
5.  Par le mystère de l’incarnation, Dieu nous témoigne de sa vulnérabilité. Comment mieux la comprendre ?
Dieu est celui qui porte l’Univers et qui a choisi d’être vulnérable. Dès l’origine, il laisse à l’homme une marge de liberté. Il le crée comme un véritable vis-à-vis. Il savait qu’il ne serait pas accueilli et pourtant il choisit d’être dans une position non dominante. L’homme n’a jamais cessé de transgresser, comme pour mieux affirmer sa liberté face à celle de Dieu. C’est un point fondamental dès l’origine que cette vulnérabilité choisie et assumée de Dieu.
Sa toute-puissance est une toute-puissance d’amour qu’il a assumée jusqu’au bout : de la création à l’incarnation. Permettre que son propre Fils soit crucifié est le signe de cette volonté de montrer jusqu’où va l’amour.
L’incarnation, Noël, c’est Dieu qui vient au plus près de nous pour se rendre accessible.  Et de ce lieu très proche, nous l’entendons nous demander : « Où es-tu ? »

« Demeurer pour devenir »

A Noël, Dieu vient établir sa demeure au cœur de notre existence. Il vient, par l’incarnation du Fils, s’enraciner dans notre humanité de manière définitive. Voilà l’originalité de la foi chrétienne, Dieu rejoint l’humanité dans sa corporéité. Il ne vient pas à grand renfort de trompettes, même si les textes bibliques nous parlent du Gloria des anges, mais dans la simplicité d’une mangeoire au cœur d’une étable. Dieu vient à la rencontre de l’homme dans l’humilité, la pauvreté et la discrétion. Sa venue de cette manière peut nous paraître choquante et déroutante : comment Dieu peut-il « s’abaisser » à devenir homme ?
Toute l’histoire biblique est un appel à changer notre regard sur Dieu, à accepter de ne pas l’enfermer au ciel. Par sa naissance au cœur de l’humanité, le Fils de Dieu vient renouer l’Alliance avec les hommes en les rejoignant au cœur même de leurs questions, de leurs doutes, de leurs manques de foi. C’est un appel à accepter d’être déplacé dans ses conceptions de Dieu. Le Dieu des chrétiens n’est pas un Dieu qui s’impose mais qui se propose. Il n’est pas un Dieu vengeur, ténébreux, jaloux mais un Dieu de tendresse et de miséricorde. Le choix de l’incarnation est guidé par le désir de Dieu que sa création vive en résonance et en cohérence avec l’alliance proposée.
A Noël, Dieu nous redit son projet de vie pour nous. Une vie qui soit davantage tournée vers le don de soi aux autres. Non pas pour que nous nous sacrifiions sur « l’autel de la générosité », parce que c’est bien et que cela conforte Dieu dans sa divinité. Mais simplement parce que l’échange et la rencontre contribuent à nous faire devenir pleinement humain.
Le projet de Dieu est que nous devenions pleinement sa ressemblance, que nous retrouvions cette liberté originelle d’accepter la différence comme source de richesse. Par son incarnation, Dieu vient troubler nos conventions, nos conceptions bien établies, bien normées. En revanche, Il nous appelle véritablement à suivre son exemple en nous attachant davantage à ce qui fait vivre : l’amour donné, reçu et partagé. C’est ainsi que nous deviendrons pleinement humain et parviendrons à la ressemblance de Dieu.

Le choix de l’incarnation

Noël ! Chaque année nous avons l’impression de revivre le même Noël. Le temps se met au froid, les villes sortent leurs plus belles guirlandes et l’Armée du Salut est présente dans les rues avec ses marmites, ses chants et sa clochette invitant à la solidarité. Tout cela fait partie de la Tradition. Il est bon, dans ce monde qui bouge, de s’en tenir à des choses qui font sens et signe.
Comme chrétien, il est essentiel d’aller au-delà de cette tradition. Nous chanterons le soir de Noël la naissance, en notre chair, en notre monde, du Fils de Dieu. A Noël, un nouveau monde nous fait signe ; un monde renversé où le plus fragile, le rejeté, l’ignoré, celui qui n’a pas de place est le centre de la joie et de l’intérêt. Et celui qui donne sens à ce nouveau monde c’est Jésus, Fils de Dieu, qui dès sa naissance se voit rejeté par les siens.
Noël peut sans doute être, pour nous, une invitation à réfléchir et à méditer au sens que prend l’accueil de l’autre. Nous en faisons souvent une priorité, mais parfois nous oublions d’en vivre. Profitons de cette grâce de Noël qui nous donne de changer notre regard, notre cœur, pour vivre pleinement notre foi, qui se déploie dans le service inconditionnel du frère.
A Noël, Dieu vient nous proposer de vivre de sa vie, pour que celle de chacun soit dense, rayonnante et joyeuse. Alors, n’attendons pas demain pour lui faire une place dans nos vies !
Belle et joyeuse fête de Noël à chacun et chacune d’entre vous !

« Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne »

 

Henri Gesmier, dit Riton, éducateur spécialisé depuis 30 ans à la prison de FleuryMérogis et prêtre de la Communauté Mission de France, a accordé un entretien à l’auteur de ce blog pour les revues de l’Armée du Salut

Votre ministère de prêtre consiste à être éducateur spécialisé à la prison de Fleury. Pourquoi ce choix d’exercer votre métier en prison ?

Je pense que l’on choisit un métier en fonction de son histoire, de ses rencontres. J’ai été élevé dans un orphelinat, en province et certains de mes copains ont fait de la prison. Je n’avais pas d’idées précises de ce que c’était. A leur contact, j’ai souhaité la connaître de l’intérieur alors je me suis formé comme éducateur spécialisé en prison. L’éducateur est celui qui prend la clef des cellules, qui va à la rencontre des détenus pour entamer avec eux un dialogue, un accompagnement social. Choisir d’y être prêtre c’est témoigner de la présence de Dieu et de l’Eglise au monde, en étant comme «  monsieur tout le monde ». J’ai fait le choix d’être prêtre au travail conscient du mur qu’il y a entre l’Eglise et le Monde et de cette incroyance. Etre prêtre au travail c’est rejoindre ces deux dimensions qui coexistent l’une à côté de l’autre.
Ce qui est terrible en prison, c’est le face à face avec soi-même et être pleinement présent à l’autre et lui permettre de trouver d’autres interlocuteurs, c’est l’aider à s’en sortir, à reprendre pied lorsqu’il sera dehors.. Il est aussi important  de ne jamais s’habituer aux situations, il y a toujours quelque chose de nouveau.

Comment vivez-vous votre ministère de prêtre en prison ?

Prendre du recul est tout aussi indispensable que de faire silence. C’est là que j’entretiens ma relation personnelle avec Dieu, dans la prière seule ou avec d’autres croyants. Rencontrer des amis en dehors de mon cercle professionnel est aussi important.
C’est aussi allez vers celui qui souffre. Un détenu souffre et je suis là, comme travailleur social, pour l’aider à s’en sortir, à regarder ses erreurs pour préparer sa sortie. Cette sortie est à préparer dès son arrivée. Aider l’autre à penser activement à sa sortie, c’est lui permettre de ne pas se focaliser sur le passé. Pour comprendre le présent, bien sûr que le passé est important mais à la seule condition qu’il éclaire l’avenir.
Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne. Il y a d’innombrables richesses chez l’autre, parfois enfouies du fait de son histoire ou des circonstances de la vie.

La prison est souvent un lieu dur, où la dignité de l’homme peut être malmenée. Quel regard portez-vous sur la prison ?

Tout système social crée ses lieux d’exclusion pour essayer de répondre aux problèmes que pose la société. Il y a eu pour les enfants abandonnés, la création d’orphelinats, pour les malades mentaux, les asiles…Je ne sais si c’est bien… Cependant, la prison fait partie de ces lieux d’exclusion. Mais, je pense qu’il est toutefois nécessaire qu’il existe des lieux afin que des personnes soient misent à l’écart par rapport aux actes réalisés afin qu’elles puissent trouver une raison et un sens à ce qu’elles ont fait. Ce qui est important, pour la prison, c’est qu’un maximum d’interlocuteurs y entrent et rencontrent les détenus. Les associations, partenaires sociaux  etc. permettent de répondre, grâce aux faces à faces,  à cette solitude que dévoile l’enfermement. Il est fondamental que la prison soit humanisée et l’entrée de visages différents, par diverses interventions, est un bon moyen.
Il est fondamental de ne pas tomber dans un système sécuritaire en prison. Cela peut générer la récidive. La prison développe les réflexes de Pavlov à cause du rythme imposé par le règlement. Il faut que les détenus s’essayent à l’autonomie de vie, à apprendre à vivre par eux-mêmes afin de préparer leur sortie et le retour à la vie en société où ils seront pleinement autonomes. D’où l’importance de conditions de vie décente qui peut commencer par pouvoir bénéficier d’une cellule individuelle.

Quelle phrase de l’Ecriture vous fait vivre ?

« La femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! Vois, je t’ai gardé dans la paume de mes mains, tes remparts sont devant moi sans cesse ». » Is 49. 15-16

Nous remercions la rédaction de la revue « Avec vous, Le journal interne de la Congrégation de l’Armée du Salut et de ses amis », de nous autoriser à publier ici l’entretien réalisé par Pierre-Baptiste Cordier, paru dans le numéro 76 de février 2010. Le site : www.armeedusalut.fr

Henri Gesmier, éducateur spécialisé depuis 30 ans à la prison de Fleury-Mérogis et prêtre de la Mission de France.

« Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne »

Votre ministère de prêtre consiste à être éducateur spécialisé à la prison de Fleury. Pourquoi ce choix d’exercer votre métier en prison ?

Je pense que l’on choisit un métier en fonction de son histoire, de ses rencontres. J’ai été élevé dans un orphelinat, en province et certains de mes copains ont fait de la prison. Je n’avais pas d’idées précises de ce que c’était. A leur contact, j’ai souhaité la connaître de l’intérieur alors je me suis formé comme éducateur spécialisé en prison. L’éducateur est celui qui prend la clef des cellules, qui va à la rencontre des détenus pour entamer avec eux un dialogue, un accompagnement social. Choisir d’y être prêtre c’est témoigner de la présence de Dieu et de l’Eglise au monde, en étant comme «  monsieur tout le monde ». J’ai fait le choix d’être prêtre au travail conscient du mur qu’il y a entre l’Eglise et le Monde et de cette incroyance. Etre prêtre au travail c’est rejoindre ces deux dimensions qui coexistent l’une à côté de l’autre

Ce qui est terrible en prison, c’est le face à face avec soi-même et être pleinement présent à l’autre et lui permettre de trouver d’autres interlocuteurs, c’est l’aider à s’en sortir, à reprendre pied lorsqu’il sera dehors.. Il est aussi important  de ne jamais s’habituer aux situations, il y a toujours quelque chose de nouveau.

Comment vivez-vous votre ministère de prêtre en prison ?

Prendre du recul est tout aussi indispensable que de faire silence. C’est là que j’entretiens ma relation personnelle avec Dieu, dans la prière seule ou avec d’autres croyants. Rencontrer des amis en dehors de mon cercle professionnel est aussi important.

C’est aussi allez vers celui qui souffre. Un détenu souffre et je suis là, comme travailleur social, pour l’aider à s’en sortir, à regarder ses erreurs pour préparer sa sortie. Cette sortie est à préparer dès son arrivée. Aider l’autre à penser activement à sa sortie, c’est lui permettre de ne pas se focaliser sur le passé. Pour comprendre le présent, bien sûr que le passé est important mais à la seule condition qu’il éclaire l’avenir.

Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne. Il y a d’innombrables richesses chez l’autre, parfois enfouies du fait de son histoire ou des circonstances de la vie.

La prison est souvent un lieu dur, où la dignité de l’homme peut être malmenée. Quel regard portez-vous sur la prison ?

Tout système social crée ses lieux d’exclusion pour essayer de répondre aux problèmes que pose la société. Il y a eu pour les enfants abandonnés, la création d’orphelinats, pour les malades mentaux, les asiles…Je ne sais si c’est bien… Cependant, la prison fait partie de ces lieux d’exclusion. Mais, je pense qu’il est toutefois nécessaire qu’il existe des lieux afin que des personnes soient misent à l’écart par rapport aux actes réalisés afin qu’elles puissent trouver une raison et un sens à ce qu’elles ont fait. Ce qui est important, pour la prison, c’est qu’un maximum d’interlocuteurs y entrent et rencontrent les détenus. Les associations, partenaires sociaux  etc. permettent de répondre, grâce aux faces à faces,  à cette solitude que dévoile l’enfermement. Il est fondamental que la prison soit humanisée et l’entrée de visages différents, par diverses interventions, est un bon moyen.

Il est fondamental de ne pas tomber dans un système sécuritaire en prison. Cela peut générer la récidive. La prison développe les réflexes de Pavlov à cause du rythme imposé par le règlement. Il faut que les détenus s’essayent à l’autonomie de vie, à apprendre à vivre par eux-mêmes afin de préparer leur sortie et le retour à la vie en société où ils seront pleinement autonomes. D’où l’importance de conditions de vie décente qui peut commencer par pouvoir bénéficier d’une cellule individuelle.

Quelle phrase de l’Ecriture vous fait vivre ?

« La femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! Vois, je t’ai gardé dans la paume de mes mains, tes remparts sont devant moi sans cesse ». » Es 49. 15-16

 

 

Propos recueillis par Pierre-Baptiste Cordier.

 

 

« Il faut oser agir afin que l’homme retrouve toute sa place »

Emmanuel Mounier vu par Guy Coq

Guy Coq, agrégé de philosophie, membre de la rédaction de la revue « Esprit », et Président de l’Association des Amis d’Emmanuel Mounier (philosophe français né en 1905, mort 1950, fondateur de la revue Esprit et à l’origine du courant personnaliste) m’a accordé cet entretien ci-dessous pour les revues de l’Armée du Salut

1/ Le monde tel qu’il est aujourd’hui possède de très nombreuses potentialités de communication. Pourtant, l’individualisme, le chacun pour soi n’a jamais été autant d’actualité. Comment redonner à l’homme le goût de l’autre, de la rencontre, de la joyeuse surprise de la diversité ?

La personne est, pour Emmanuel Mounier, la véritable alternative aux impasses de l’individualisme. Elle exprime l’effort pour synthétiser l’être humain dans son entièreté. Il n’y a pas chez Mounier un dualisme corps et âme, mais un être humain en voie d’unification, de personnalisation. La personne est plus que l’individu qui se limite au corps, plus qu’une personnalité, que conscience, moi, sujet. Se limiter à l’individu c’est amputer l’être humain d’une partie importante de lui-même. Mais la personne n’exclut pas l’individu, cette part d’elle-même tournée vers la matière, elle l’englobe.
La personne est un mouvement d’unification de soi et de dépassement ; cet élan de transcendance a plusieurs dimensions : vers soi-même, vers les valeurs, vers autrui. La personne se trouve elle-même dans la relation avec l’autre personne, le « nous » interpersonnel, ce « nous » « qui ne naît pas d’un effacement des personnes ». Cette plénitude n’existe qu’au travers de la relation avec l’autre. Il ne s’agit pas seulement d’un face à face mais d’une relation de qualité qui implique et appelle la construction d’une communauté (au sens large). Le  » nous  » interpersonnel est le noyau de la communauté. L’idée de communauté ainsi entendue permet de faire la critique de toutes les communautés imparfaites. En celle-ci c’est la relation qui s’appauvrit et se réduit à des « on » interchangeables, à des fonctions, des personnages, à des « nous autres » prônant l’exclusion. La dégradation des communautés produit celle des relations interpersonnelles, et du coup, chaque personne y est aliénée.
La « personne » se définit par une dimension de transcendance, une tension qui se dynamisme autour d’un système de valeurs. C’est un appel, une invitation à transformer ma relation à moi-même, aux autres et aux réalités dans une interdépendance. Tout cela dans l’objectif d’obtenir une qualité de relation qui me permet de reconnaître l’autre dans ce qu’il a d’unique, dans ce que je suis d’unique. C’est dans la rencontre de l’autre dans ce qu’il est dans son épaisseur, sa complétude, son unicité que se crée la communauté. Les collectifs chez Mounier ne sont que des relations de personnes à personnes ; de même que les communautés véritables ne se réalisent qu’a quelques uns. Elles ne sont pas la fusion des êtres qui les composent, ni limitatrices ; elles visent à l’accueil et au respect de l’épanouissement de chaque personne ; c’est un appel à un accroissement de la qualité de la relation.

2/ Emmanuel Mounier est le promoteur d’une philosophie de l’Engagement tout en se méfiant des systèmes politiques qui, poussés à l’extrême, peuvent devenir aliénants. Comment alors bâtir ce « vivre ensemble », ciment d’une société ?

Cet appel à la nécessité des engagements sociaux parcourt l’ensemble de l’œuvre d’Emmanuel Mounier. Pour lui, la personne n’existe véritablement que par des engagements. L’engagement consiste à se solidariser dans l’action avec des buts qui sont forcement imparfaits dans les sociétés qui le sont tout autant. Et de plus, les moyens sont imparfaits. Mais la personne engagée doit être intraitable dans sa fidélité à quelques valeurs. Il y a quelque chose de supérieur à la finalité de l’engagement : c’est cette fidélité à quelques valeurs fondamentales (le respect de l’homme, fidélité à l’idée de la personne, la liberté, la justice). Emmanuel Mounier considère que l’homme est impliqué dans l’histoire du monde, c’est essentiel surtout dans une société qui risque d’être dominée par l’Argent.
Bâtir le « vivre ensemble » c’est oser s’engager dans la transformation des structures politiques (vie de la cité). Les sociétés réelles sont dans un « désordre établi » (domination par l’argent au mépris de l’homme), il faut oser agir afin que l’homme retrouve toute sa place. Il s’agit d’ordonner les choses à leur juste but. Plus qu’un témoignage, l’action doit guider tout engagement, à condition qu’il respecte les valeurs.

3/ Cet appel à l’engagement conduit à une véritable philosophie de l’action qui s’enracine dans la recherche d’une plénitude de l’homme. Cependant, en rester à l’action serait fausser la dynamique intérieure ; c’est pour cela que Mounier invite aussi à la lier avec une philosophie de la transcendance. Comment allier ces deux dimensions sans qu’il y ait confusion ?

Pour Emmanuel Mounier, l’engagement dans les réalités temporelles ne doit pas anémier la vie spirituelle. Dans la personne les engagements spirituels et temporels sont interdépendants. Mais dans la cité, les deux plans ne doivent pas être confondus. La laïcité est une réalité essentielle, sinon il y a confusion des genres et un risque d’instrumentalisation. Dans son ouvrage, Feu la Chrétienté, Emmanuel Mounier dit « Nous n’avons pas à apporter le spirituel au temporel, il y est déjà. Notre rôle est de l’y faire vivre, proprement de l’y communier. Le temporel tout entier est le sacrement du Royaume de Dieu ». L’exigence spirituelle doit être première, pour Emmanuel Mounier, la révolution doit d’abord être spirituelle et contribuer à la transformation de l’Homme. Le spirituel doit être la source d’inspiration pour l’action. Il ne faut pas céder sur la priorité de la vie spirituelle. Cependant, il faut être vigilant sur le fait qu’elle est du domaine du privé, du personnel et que l’Etat se doit de rester neutre quant à son rapport à la transcendance et n’a pas à en imposer son contenu. De même, toute personne, pour Emmanuel Mounier, a une dimension spirituelle, c’est inhérent à ce qu’elle est. Aujourd’hui, il y a une recherche du spirituel qui parfois se coupe de la raison. L’une et l’autre doivent se tenir ensemble, sinon il y a un risque de dérive sectaire.

Vivre en Christ, dans l’Eglise, en ce monde et en ce temps

Il m’a été transmis le texte du Groupe de travail de la Conférence des Évêques de France, présidé par Claude Dagens, évêque d’Angoulême. Ce document intitulé « Indifférence religieuse, visibilité de l’Église et évangélisation », a la saveur de l’Évangile, d’une Bonne Nouvelle. Il ne cède pas à la facilité en prônant des idées simples voire même simpliste, il prend racine dans la Tradition de l’Église pour y trouver pour les ressources nécessaires pour annoncer l’Évangile aujourd’hui.

Indifférence religieuse, visibilité de l'Église et évangélisationLes lignes qui vont suivre n’en sont pas un résumé académique, mais un écho de ce que j’y ai entendu, comme appel, comme élan, pour vivre en et comme Chrétien, membre de l’Église, en ce monde et en ce temps.

Ce qui me frappe tout d’abord est ce message d’Espérance, et non de résignation qui parcourt ce texte. Il n’y a pas de démission, de remise à une fatalité mais bien un appel à entendre ce que le Christ désire nous faire saisir au coeur même des épreuves que connaît l’Eglise. Il s’agit de se réapproprier La Parole, qui doit être le centre de notre vie chrétienne. Cette Parole nous clame la fidélité de notre Dieu qui tient promesse de présence au milieu de nous. Aussi, il ne s’agit pas non plus de nous réfugier dans « ce qui marchait hier » mais de témoigner de ce qui fait « l’être » chrétien. C’est d’abord l’expérience spirituelle qui nous donne de témoigner du mystère pascal, coeur de notre foi. C’est véritablement au travers de ce témoignage que nous pourrons donner le goût de l’Autre. Nous avons tendance, peut-être, à rétorquer que ce qui fait obstacle à ce témoignage, c’est l’Église. Ce peut-être vrai, mais à condition de ne pas comprendre, intérieurement, ce qu’est l’Eglise.

Voilà pour moi, un autre marqueur essentiel de ce texte, la redéfinition de ce qu’est l’Eglise. Elle n’est pas une institution mais d’abord le sacrement de Dieu. Ce signe visible qui témoigne de l’Amour et de la de confiance indéfectible de Dieu pour chacun de nous. Par le don de son Fils et de l’Esprit Saint il vient nous donner mission de l’annoncer au Monde. C’est en puisant à la source de ce don que nous serons force de transformation à la fois pour le monde, mais de notre propre vie.

Ce document confesse, avec humilité, la fragilité de l’homme et sa capacité d’être blessé et de blesser. De même il atteste de cette présence insondable du mal en nos vies et dans le mal, bien qu’il fût anéanti par le sacrifice du Christ. Une fois, encore, loin de donner des réponses toute faites, il invite à poser notre regard et à se poser devant l’essentiel, le Christ. Etre Chrétien ne donne pas la réponse à cette question du mal mais permet de la traverser, avec un compagnon de route, le Christ. La croix doit nous donner de comprendre que cet instrument de supplice est devenue, par le Christ, un instrument de salut. Sur la croix, il a adressé à ses bourreaux, un message de pardon. A nous de nous plonger dans cette capacité de pardon, de nous unir au Christ pour vivre de son pardon. Ce texte nous invite à ne pas nous résigner à la puissance du mal mais à le combattre. Le quotidien est notre champs de bataille, pour illustrer cela, ce document nous donne pour exemple Charles de Foucauld ou Madeleine Delbrël qui vivait de la « pastorale de la bonté ». Associée à celle-là nous sommes aussi invités à vivre une pastorale de l’espérance qui est indissociable de la bonté. Avec force, les rédacteurs de ce document nous invitent à entrer en résistance contre toutes ces petites morts que nous pouvons semer au quotidien. Etre chrétien c’est demeurer résolument dans ces deux dynamique, la bonté et l’espérance, qui sont, elles-mêmes, les attitudes fondamentales du Père, envers chacun de nous.

Ce texte, pose, ensuite, les questions de transmission de la foi au regard de cette indifférence qui semble se faire jour, de plus en plus, en France. Il ne se voile pas non plus la face, mais s’interroge sur le fait que cette indifférence est peut-être due à une méconnaissance de ce qu’est le Christianisme. Les médias jouent ici un rôle majeur et ils ne montrent, trop souvent, qu’en surface une face organique du catholicisme incarnée par le Pape ou des déclarations hiérarchiques, parfois mal commentées ou mal expliquées voire tirées de leur contexte. L’originalité de ce texte consiste à comprendre et à trouver des lieux d’action au coeur même de cette indifférence. Pour autant, il ne cache pas la blessure, l’interrogation de ceux qui ont toujours connu la foi ou de ceux chargés de la transmettre d’une manière spécifique (prêtres, catéchistes etc.). A y regarder attentivement, nous pouvons saisir que cette annonce se fait d’une manière autre aujourd’hui, peut-être plus dans un compagnonnage à l’occasion de visite institutionnelle à l’Eglise et des interrogations de croyants. Ce texte nous invite à nous réjouir de ces personnes qui viennent demander le baptême, un sacrement pour eux ou leurs enfants, organiser des funérailles chrétiennes… Ce sont des passerelles qui, loin de n’être totalement que des rites de passages, sont des lieux où il est possible d’entendre quelque chose de l’Evangile mais aussi d’une Église qui écoute et accueille. Pour autant elle est présente également au coeur du monde, dans la multitude des engagements des chrétiens. Ce document invite fortement à ne pas dissocier ce qui serait présence au monde par l’action et une dimension, à proprement parler cultuelle. Les deux sont à lier et à vivre ensemble puisqu’elles s’interpellent mutuellement.

Dans cette présence au monde, nous sommes vivement invités à ne pas radicaliser, ni même minimiser notre identité de croyant. Nous le sommes et cela suffit oserais-je dire. Cela suffit si nous vivons en cohérence avec ce que cette identité contient. En même temps se dire catholique et le vivre suppose quelques attitudes fondamentales. Tout d’abord le texte insiste sur le lien avec la Parole de Dieu, ce n’est pas seulement un texte pieux mais une dynamique qui doit nous nourrir et nous dire qui est Dieu. La Parole est aussi le Pain pour la route, ce qui nous fait rencontrer Dieu et nous fait sentir et goûter intérieurement sa présence en notre vie et en notre monde. Aussi, il n’est pas possible de croire en Christ sans avoir le désir que d’autres partagent cette joie, cette découverte. Découverte qui passe par le mystère pascal et donc, par le combat contre le péché, qui laisse la part belle au mal dans notre vie et dans notre monde, même s’il est vaincu d’une manière définitive par le sacrifice de la croix.

Etre catholique n’est pas qu’une proclamation de foi et un engagement au coeur du monde, c’est aussi appartenir à un corps social qui est l’Eglise, à une communauté de croyants qui se rassemble au nom, justement, de cette foi dans le nom de ce Dieu, Père-Fils-Esprit Saint. Cette appartenance pose question aujourd’hui où se multiplient les occasions de faire des expériences spirituelles dans tant de lieux. Cependant, le lieu majeur où se fonde cette appartenance est la célébration des sacrements qui marquent et jalonnent la vie des croyants. Cela ne suffit pas à comprendre la nature même de l’Eglise, « qui est un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain » (Concile Vatican II, Gaudium&Spes n°1). Ce texte nous en parle comme le lieu où se mûrit « l’appel gratuit à devenir disciple » dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. C’est le lieu où peut se comprendre et se faire sentir la fidélité de Dieu qui se dit en notre vie. C’est aussi le lieu qui nous fait devenir missionnaires. Etre chrétien, catholique, c’est oser affirmer sa foi dans sa vie, sans prosélytisme pour autant. Il y a tant de lieux de combats pour la dignité et le respect de l’homme dans la société où l’enracinement chrétien à des choses à dire (bioéthique, engagement social…). Aussi, dans ce témoignage nous avons à rendre compte de notre foi et de la manière dont elle nous fait vivre.

L’Eglise, comme corps constitué, souffre parfois d’une visibilité réductrice et amputée de sa nature même. Il est dangereux de ne la présenter qu’au travers de positions, d’annonces. Avant toute chose elle est une assemblée de croyants envoyés au coeur du monde pour annoncer l’insondable mystère de l’amour de Dieu pour chaque homme. Sa visibilité n’est que parce qu’elle se rassemble au nom d’un Autre, autour de sa Parole et des signes visibles de sa présence (sacrements). Il est dangereux d’appliquer la loi du nombre. Ce n’est par parce qu’il y a pléthore qu’il y a Église, c’est parce que des croyants sont rassemblés en son nom que l’Eglise se manifeste. Notre foi, notre appartenance à l’Eglise nous appelle à rejoindre le monde, comme en ambassade pour le Christ. Une présence, cette attention que nous portons au monde et à l’autre sont le signe de cette attention, de cette présence que Dieu a choisi de manifester à l’humanité par l’incarnation de son fils. Ce document insiste aussi sur l’unité de vie. Nous avons à relier nos engagements, notre présence au monde, notre quotidien à ce que nous célébrons et proclamons en Église. Une relecture de notre action, à la lumière de la Parole de Dieu, peut nous aider à y voir les traces de Dieu et à puiser, dans les sacrements, et spécialement dans celui de l’Eucharistie, la force et le discernement nécessaires pour continuer.

En conclusion, ce texte nous invite à devenir de véritables témoins du Christ mus par un véritable amour de l’échange notamment avec ceux qui ne partagent pas forcément notre foi ou qui ne la comprennent pas. Il ne s’agit pas de convaincre, mais d’expliquer, de rendre compte en se mettant à l’écoute de ce que l’autre à a me dire dans ce dialogue entrepris, véritable, ouvert et confiant. Dans ce dialogue, il faut compter également sur la présence de l’Esprit Saint qui en fera une véritable expérience spirituelle.

Aussi, ce témoignage, cette présence au monde ne peut pas se contenter de la simple générosité, la formation est importante. Comprendre ce que nous proclamons, d’où nous venons peut être utile pour enraciner nos engagements dans la foi, dans le nom de Celui qui nous appelle à la vie et à la mission. De même, il ne faut pas négliger la prière, la rencontre intime avec Dieu. C’est le lieu pour reprendre souffle et pour entendre les appels que Dieu nous fait. Cette prière peut-être personnelle mais aussi communautaire. Inviter à faire silence pour entrer en dialogue avec le Père peut être une manière aussi de l’annoncer.

Ce document nous invite à construire une véritable fraternité même dans la diversité d’opinion. Nous sommes invités à accepter la différence de l’autre et à vivre de ce pardon du Christ sur la Croix. Là réside, aussi, la vitalité d’une communauté, dans la capacité à pardonner.

Enfin, il devient important de nous enraciner, de nous laisser gagner par cette invitation à l’Espérance, surtout dans ces périodes incertaines. C’est ainsi que nous laisserons Dieu nous faire signe de sa présence au monde en nous laissant déplacer au sein même de nos résistances et de nos frilosités.

Ce texte mérite vraiment d’être lu et travaillé. Il n’est pas une somme de choses à faire pour que la foi soit présente au monde et que nous soyons tranquilles et bien rassurés dans nos pratiques quotidiennes. Il nous invite, tel l’Evangile, à nous mettre en route, à redécouvrir, dans l’Eglise, l’insondable mystère du Christ et l’héritage des siècles passés. Il peut parfois être aride et déplaire mais c’est peut-être l’occasion d’entrer en dialogue avec d’autres croyants et de se faire expliquer ce qu’il ressort de ces difficultés. Le souffle de l’Esprit s’est répandu sur ses auteurs, espérons que nous sachions le recevoir et en tirer la substantifique moelle pour notre vie.

Plaidoyer pour cet « insaisissable vivre ensemble »

08/11/2009
Il y a bien longtemps que je n’ai pas repris la plume politique. Je me suis imposé une sorte de carême scripturaire politique. Même si, j’avoue m’être défoulé, parfois, sur facebook. La raison de ce silence est un véritable ras le bol de la sur-médiatisation du pouvoir en place. Chaque jour, nous pourrions en écrire des pages et des pages sur ce cri provenant du Palais : « Merci de parler de moi, cela flatte mon égo si dense, et pendant ce temps là je poursuis mes petits coups en douce ».
Je ne veux pas tomber dans le travers du « on nous cache tout », de la théorie des complots mais plus la France s’enfonce dans ses problèmes, plus le Palais nous sort des petites phrases, des coups bas, plus est envoyé devant les caméras un Frédéric Lefebvre déversant son fiel insultant et provocateur. Mais voilà, au détour de son discours sur l’agriculture, celui qui occupe la magistrature suprême depuis 2007 – par le choix de 53% des suffrages exprimés et d’une participation record de près de 84% – a sorti la fameuse phrase, qui a fait le tour des médias : « J’ai été élu pour défendre l’identité nationale française ». Mon sang n’a fait qu’un tour. Qu’est-ce que cela veut bien dire, l’identité française et ce rapport à la terre. Je me suis d’abord rappelé mes cours d’histoire, et du sang « étranger » – qui soit dit en passant était aussi rouge que celui des Français – venu inonder la terre de France, pour la défendre. Je me suis souvenu également, de mon mentor en politique, de celui a qui je dois cet engagement, Bernard Stasi. Ce grand homme politique, à écrit en 1984 un ouvrage  L’immigration, une chance pour la France puis en 2007 : Tous Français. Ces ouvrages m’invitent à réfléchir sur cette identité nationale française, j’y puise dans ce dernier des éléments pour la réflexion ci-dessous.
Tout d’abord, il me semble que les politiques, au lieu de fustiger par la petite phrase les déclarations du Président, devraient lui répondre : « chiche, parlons-en, discutons et réfléchissons ensemble ». Mais, voilà, le courage semble manquer. De même que pour faire une alliance entre « force de progrès » pour bâtir un projet audacieux et courageux pour une alternance en 2012 (mais là n’est pas mon propos). Qu’est-ce que signifie être Français aujourd’hui à l’heure de la mondialisation, de la construction européenne si difficile. Si cela veut dire que nous avons des parents, des grands parents et ce jusqu’à la nième génération qui ont cette nationalité, peu de monde alors y sont (le Président lui-même qui, soit dit en passant, est d’origine hongroise – sic ).
La France géographiquement et culturellement est un terre de passage, de métissage, d’échange. Elle s’est construite (dans tous les sens du terme) sur des forces issues de l’immigration que nous sommes allés chercher ces dernières années ou qui sont venues pour se réfugier de conditions de vie désastreuses. Donc, cela ne veut pas dire grand chose au niveau purement administratif. Peut-être qu’il faut chercher au delà, dans une dimension que l’on aborde assez rarement en politique, parce que ce n’est pas électoralement correct ou rentable, les valeurs. Ces valeurs qui font que la France tient un rôle particulier dans le paysage international. Ces valeurs issues de 1789, qui font la grandeur et l’honneur de notre pays, cette invention que nous pouvons revendiquer haut et fort : les droits de l’homme. Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas peuvent y trouver de quoi méditer et construire un à-venir pour notre pays. Voilà ce qui fait la France, une vision de l’Homme et des rapports entre eux. A partir de cela nous pouvons avoir un référentiel commun et y prendre appui pour construire le monde de demain.
A côté de cela, il y a l’argutie politique, facile et récurrente chez le Président, qui éveille au fin fond de notre être la bête qui a peur, et qui sommeille en nous et qui ne demande qu’à être réveillée. La Peur de la différence, que l’autre ne soit pas comme moi. Surtout si sa peau, sa langue, sa religion ne sont pas identiques aux miennes. Facile, beaucoup trop facile de faire de jeu là. C’est encore un lieu de combat politique certes mais avant tout humain. Pourquoi ne pas faire de cette différence une richesse, plutôt qu’un obstacle. Les religions ont ici un rôle à jouer. J’ai apprécié ces étals de pâtisseries devant les épiceries de Seine-Saint-Denis les soirs de Ramadan. J’aurai tant aimé m’inviter à ces festivités pour mieux les comprendre et bâtir avec mes frères musulmans ce « vivre avec » et non ce « côte à côte » ou bien encore pouvoir célébrer Kipour avec mes frères juifs. Ce ne fut pas possible mais j’aimerai tant que nous puissions vivre dans une démarche audacieuse de partage des cultures et des religions.
Je suis sensible à ce que Bernard Stasi écrit à propos de l’inévitable et de l’indispensable construction, via une véritable audace politique, d’une mixité sociale empreinte d’une volonté ferme de bâtir un vivre ensemble : « Il suffit parfois de franchir le pas pour faire tomber les préjugés. Pour changer le regard. Pour trouver des convergences inattendues. C’est me semble-t’-il la première étape en direction d’une nouvelle fraternité française. Un préalable indispensable « (Tous Français, l’immigration, la chance de la France, Hugo&Compagnie, janvier 2007, p, 25). La fraternité, ne serait-elle pas une des valeurs piliers sur lesquelles notre République est bâtie ?
Quel sens prend cette valeur fondatrice de la France alors que l’on cherche à répertorier, incidemment, les « vrais français » des « faux français ». Ceux qui auraient le droit de rester et ceux qui n’auraient pas ce droit. La fraternité exige la transparence et l’égalité de traitement (tien c’est aussi une autre valeur fondatrice de notre république) et ce afin que la liberté soit vraiment respecté (voilà la boucle est bouclée). Il est vrai que nous ne pouvons pas « accueillir toute la misère du monde », pour reprendre l’expression malheureuse de Michel Rocard, mais nous avons un devoir de ne pas être responsable de plus de misère dans la manière dont nous accueillons ceux qui choisissent de venir en France. Là encore, nous devons agir avec le sens de la justesse et de la justice dans les mesures prises. L’actualité récente des afghans reconduits dans leur pays en est l’illustration. Quel honneur pour le pays des droits de l’homme d’exposer des personnes à la guerre. C’est presque une condamnation à mort déguisée. Il y a des manières de faire qui sont inacceptables de la part de pays qui se vante d’être civilisé et démocratique.
Les expulsions à grand coup de forces policières me semble une atteinte au droit de l’homme. Nous rajoutons de la souffrance à ces personnes « déracinées ». Elles n’ont pas quitté leur pays, par plaisir, pour prendre des vacances, mais parce que cela leur paraissait une situation de moindre mal. De jeunes afghans témoignent que même si leurs conditions de vie en France sont rudimentaires, c’est bien mieux que de subir le feu des bombes. Encore une fois nous avons une histoire qui nous invite à une action responsable et honorable. Il me semble que nous prenons les problèmes non pas dans une perspective plurielle, qui nous interrogerait sur notre rapport au monde et sur l’effet de notre action mais une dynamique du côte-à-côte, problème après problème, et ce peut-être encore une fois pour faire du buzz. Ainsi, nous parlerons encore et encore de ce qui se passe au Palais et des actions, ma foi peu glorieuse, des courtisans de son locataire.
Cependant, le problème des personnes en situation irrégulière demeure. Dans l’ouvrage cité plus haut, Bernard Stasi estime que « la France a besoin d’une éthique d’action et d’accueil s’appuyant sur des règles généreuses et fraternelles » (p. 86). Par exemple, il explique que la scolarisation des enfants est un démarche symbolique, de la part des parents, d’adhésion à la France. Avec lui, j’estime que les familles « sans papier », avec des enfants scolarisés ne devraient pas être expulsés. Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres propositions. Mais ce sont par ces enfants que l’intégration pourra passer. L’école est un formidable terreau pour apprendre la richesse et la différence de l’autre. Même si les enfants sont parfois terribles entre eux, c’est aux éducateurs (parents et personnels de l’Education Nationale) de travailler sur le respect et l’appréciation de la différence. La fraternité passe aussi par là.
La Présidence veut promouvoir l’identité nationale et l’intégration. Dans ce cas, qu’elle commence à respecter ceux qui demeurent en France. Il est difficilement acceptable que certains départements soient montrés du doigt comme des lieux « hors normes » (eg la Cité des 4000 à la Courneuve). Il est tout aussi inacceptable qu’ils y aient sur le Territoire des zones de non droits. Mais avant d’intensifier la présence policière, à grand renfort de CRS, ne serait-il pas mieux de privilégier les associations de quartiers, les instances de médiation favorisant la connaissance mutuelle et la formation des habitants. S’il n’est pas donné les moyens de s’intégrer aux personnes de issues de l’immigration, il est évident qu’elles ne se sentiront pas chez eux. Pourtant, ils ont choisis cette France, qu’ils aiment, bien souvent, tout autant que leur pays d’origine. Acceptons, une fois de plus, que leur différence soit une richesse et pas seulement culinaire. Par exemple, ils ont des traditions religieuses, littéraires, coutumières que nous ne connaissons pas, au lieu de les fustiger et de leur demander de faire « comme les bons français », allons à leur rencontre, demandons leur de nous expliquer, de nous former. L’échange de savoirs peut et doit contribuer à faire l’unité du pays. C’est aussi aux médias d’exercer une vigilance.
Dernièrement, le maire de Pantin, Bertrand Kern, évoquait, à juste titre, la récurrente illustration, par ces derniers, du « quand ça va mal » par la Seine-Saint-Denis. C’est non seulement agaçant mais à la limite insultant pour ses habitants. Ce département bouge, change comme la France. Ne restons pas dans des préjugés, dans un confort intellectuel bourgeois. Ayons le courage de nous bouger pour le changement. En Seine-Saint-Denis, certes il y a des quartiers difficiles, mais il y a aussi des personnes qui y vivent et travailent dans une quiétude et un confort de vie. Les politiques tâchent de changer cette image, non pas en éradiquant ce qui gène mais en cherchant à associer la diversité des populations. C’est dans la rencontre, dans le brassage, dans la construction difficile mais passionnante de la mixité sociale que nous ferons de la France ce pays que tant nous envient. Ce ne sont pas quelques mesurettes médiatiquement rentables qui feront que les personnes issues de l’immigration pourront lutter contre la stupidité des préjugés des recruteurs. Un candidat doit être jugé sur ses capacités pour le poste et non sur son facies ou son nom. Un CV anonyme ne changera rien c »est aller à la facilité, Il y a des lois en France, il faut les faire appliquer et donc sanctionner sévèrement les employeurs qui procèdent ainsi. Ce n’est certes pas facile, cela demande une vigilance accrue de la part de tous. Il ne s’agit pas non plus de tomber pour le coût dans la dénonciation « positive » (qui aurait des relents de Vichy).
Demeurons attentifs à l’autre, même dans ses comportements irrespectueux. Sachons lui en faire la remarque, c’est aussi cela la fraternité et c’est promouvoir l’idée de justice. Être juste c’est agir dans la promotion de la dignité de l’Homme. A ce propos, il est étonnant que les forces de police ne me contrôlent jamais au coeur des Halles à Paris. Serait-ce parce que je suis blond aux yeux bleus, avec un style plutôt classique ?
Identité nationale et immigration sont bien liées et un ministère alliant les deux n’est pas si stupide s’il n’était pas en fait un ministère de la désintégration du lien sociale, de la décomposition de la différence et de cette belle richesse qui fait la France. Ce ministère aujourd’hui exacerbe la différence au lieu de la promouvoir. Aujourd’hui la politique menée en terme d’immigration fait insulte aux traditions d’accueil multiséculaires qui ont fait la France. Il ne s’agit pas, une fois de plus, d’accueillir tout le monde, mais peut-être de permettre à ceux qui veulent venir en France de motiver leur demande et de mettre tous les moyens à leur disposition pour qu’ils s’intègrent et réalise leur rêve de devenir Français. Il m’apparaît, comme à Bernard Stasi, que l’immigration est bel et bien une chance pour la France à la condition qu’elle nous bouscule dans notre quotidien et que j’accepte de faire une place à l’autre qui vient de me déranger. Cet autre qui a bien souvent le courage, la pugnacité, l’enthousiasme de vouloir s’en sortir. Simplement, comme une revanche, comme un fanal qui viendrait nous dire qu’il aime cette France, qu’il veut la servir et y demeurer comme n’importe quel « Français de souche ».
Merci à mon ami, Bernard Stasi, pour ces belles lignes. Merci de long combat contre toutes les formes d’exclusion, merci à lui de donner comme message aux politiques actuels que les valeurs doivent avoir la priorité sur l’électoralisme. Il faut mieux perdre une élections que de perdre ses convictions, cependant il est bon de gagner une élection grâce à ses convictions. Les belles phrases, les belles déclarations et les beaux campements sur des positions aussi stériles que stupides tournant autour du « moi je, moi d’abord » ne font pas honneur à la France. Terreau des plus belles batailles pour un monde meilleur et inventeur de cette promotion de l’homme et de tout de ce qui fait l’homme. En refermant ce livre, je me réjouis d’avoir lu ces pages réalistes, honnêtes et convaincantes. Je regrette que seulement que des hommes comme Bernard Stasi n’existent plus – et pas encore – pour faire entendre à la France un message de véritable espérance. « Ensemble, tout est possible » disait le slogan de campagne du Président actuel. Il ne s’y est pas trompé mais ne l’applique pas, ou alors cet « ensemble » ne signifie pas la même chose pour lui et pour moi. Oui, c’est ensemble, avec toutes les hommes et les femmes de progrès, habités par une haute idée de la France pour la promotion de la justice pour chacun, que nous pourrons former une alternance au pouvoir actuel. Je forme aujourd’hui ce voeux et j’espère que mon espérance ne sera pas déçue.
Les derniers mots de cet article, je les laisse à l’auteur de Tous français comme en testament de son long combat pour la dignité de l’homme et de la France : « La France tout entière doit bouger et elle doit bouger maintenant, sans attendre, sinon elle se crispera autour de revendications communautaristes qui ne feront qu’accroître les tensions » (p. 132)