Combattre avec pour toute arme la Parole

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Christ en croix de la chapelle du Château de Javier (Espagne)

Le carême n’a jamais eu pour moi une dimension de privation. C’est bien plus une occasion de « sentir et gouter intérieurement » le don que Dieu me fait en son fils dans le chemin vers sa Pâque. C’est véritablement une invitation récurrente à saisir, à nouveau frais, cet invitatoire, que nous offre la Liturgie des Heures durant ce temps liturgique :

« les yeux fixés sur Jésus, entrons dans le combat de Dieu ».

Si le Carême nous met dans l’ambiance du combat  – victorieux – de Jésus, contre toutes les tentations c’est pour nous proposer d’entrer chaque jour qu’il fait dans cette lutte, qui pour moi, est si bien résumée au chapitre 25 de l’Evangile de Matthieu. Il est si difficile chaque jour de regarder l’autre comme celui que j’ai à aimer, car il est, tout comme moi, crée à l’image de Dieu, que ces 40 jours vers Pâques ne suffisent pas. Même si je peux comprendre qu’il puisse s’agir d’un tremplin. Pour moi chaque jour est à la fois un carême, une semaine sainte et l’exaltante fête de Pâques.

Une écharde dans l’effort

Nos vies sont suffisamment lourdes, à la fois des petites contrariétés quotidiennes mais aussi des échardes dans la chair que nous pouvons porter comme des croix, qu’il n’est pas nécessaire d’en rajouter. Je tâche plutôt  de me réjouir de cette grâce de Dieu quotidienne qui me devance et m’appelle à cette contemplation de son œuvre. La Parole de Dieu méditée chaque jour et pas seulement durant ce temps de carême, me donne d’accroire cette familiarité avec Dieu, de mieux entendre de quelle manière elle résonne en moi et comment je veux et je peux aussi, à mon tour, entrer concrètement en résonance avec elle. Dans cette perspective, le carême n’a pas de spécificité propre hormis la liturgie qui comporte une certaine réserve et retenue en vue de cette belle fête de Pâques.

De la liturgie à la Grâce

La liturgie de la Semaine Sainte est, en théorie, un moyen qui donne à nos sens de vivre intérieurement ces temps forts. Malheureusement, dans beaucoup de paroisses, les prêtres sont âgés et ne peuvent donner toute la solennité requise. Pourtant, que l’on soit dans une abbaye bénédictine, dans l’église cathédrale ou dans une paroisse de campagne c’est le même Christ que nous sommes invités à suivre pas à pas. Il nous faut alors s’en remettre totalement en la grâce de Dieu pour vivre de l’intérieur, en Eglise, ce chemin vers la révélation suprême de l’amour. Mais ces jours ne sont, comme l’est le Carême, que des marqueurs, des jalons sur notre chemin quotidien pour nous rappeler la nécessité de suivre le Christ pour aimer et servir davantage nos contemporains.

Si le Carême peut me permettre de vivre avec une acuité renouvelée cette urgence du service, de la diaconie, oui alors je le vis. Mais, je dois bien avouer que c’est plus de l’ordre d’un chemin – léger – de croix car même si j’ai à cœur ce désir de le servir en « cette vie et en cet état », je dois bien constater que c’est de l’ordre du combat quotidien. Là réside peut-être mon affection pour cette antienne de Carême avec laquelle je commençais de billet.

Combattre pour la justice

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« Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu ». Cette antienne de ce temps de carême, nous place au cœur même du désir de Dieu combattre pour et avec lui en compagnie de son Fils. Mais quel peut bien être ce combat ? Il est sans aucun doute vaste, mais une constante apparaît à la lecture de sa Parole notamment chez le Prophète Isaïe (58, 6-7), lorsqu’il est question du jeûne qui plait à Dieu : « faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs. N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le malheureux sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? ». En d’autres mots, se mettre à la suite du Christ et entrer dans le combat en faveur de la justice sociale qui est inévitablement lié au service de la foi.

Pour le Chrétien, le combat en faveur de la justice sociale prend sa source dans la Parole de Dieu : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Il n’est pas optionnel, c’est une question de crédibilité et de cohérence inhérente à notre attachement au Christ.

La justice sociale, avant d’être un champ d’action, c’est d’abord une passion, une obsession et une préoccupation de chaque instant. C’est aussi et surtout un devoir de solidarité les uns par rapport aux autres, au-delà de toutes différences et de toutes sortes de frontières. Elle consiste à ne pas se satisfaire du fait que des hommes et des femmes puissent être instrumentalisés, ignorés, méprisés ; qu’au plus près de chez nous, nos contemporains soient contraints à vivre dans des conditions contraires à la dignité humaine. En fait, c’est une manière de considérer l’autre comme mon semblable, titulaire comme moi de droits, de devoirs mais surtout de dignité. Ce doit être une dominante de notre engagement au service de nos contemporains. Il nous revient de la faire dialoguer avec d’autres catégories comme notamment la bonté et bien sûr la dignité.

Promouvoir la justice sociale, en faire une priorité dans nos actions et dans nos vies est un véritable défi. Cela demande de notre part, une attention sans cesse renouvelée à ce qui se passe autour de nous. Nous devons aussi essayer de réfléchir avec d’autres à des solutions concrètes à mettre en place pour instaurer cette justice sociale et aider ainsi nos contemporains. Un véritable travail en réseau est pour cela nécessaire ; c’est une force devant les enjeux de notre société. Une vigilance accrue est indispensable, en premier dans notre travail, mais également dans notre pays pour que cette « justice sociale » soit davantage instaurée sans oublier une ouverture sur le monde. Il y a bien des lieux, des situations que nous ne connaissons pas forcément qui méritent notre attention et notre investissement. Par exemple tout ce qui concerne le trafic des êtres humains ou bien encore l’accès à l’eau et à des conditions sanitaires dignes. Sans oublier ceux qui fuient leur pays en guerre pour trouver un espace de paix et de tranquillité même au prix de condition de vie précaire. Même si cela n’impacte pas directement et immédiatement nos conditions de vie, cela porte tout de même à conséquence. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ces enjeux.

Pour autant, ce combat quotidien pour la justice sociale demande de notre part de nous tenir informé des nouveaux enjeux de notre société. En fait, être attentif à la justice sociale c’est l’être aussi au « vivre ensemble ». Il s’agit de manifester de la reconnaissance à nos contemporains et de les aider à être reconnus comme sujet. C’est-à-dire saisir, agir et comprendre, là où nous sommes, avec ce que nous sommes, qu’ils sont avant toutes choses des hommes et des femmes qui ont une histoire personnelle avant d’être dans telle ou telle situation particulière. C’est en faisant attention à tout ce qui se vit au quotidien même, et surtout, dans ce qui ne se dit pas que nous pourrons avoir une action efficace et efficiente.

D’ailleurs, les évêques lors du synode sur la justice de 1971 résumaient ainsi cet engagement : « La mission de pêcher l’Evangile exige, aujourd’hui, l’engagement radical pour la libération de l’homme, dès maintenant, dans la réalité même de son existence en ce monde. Si le message chrétien d’amour et de justice ne se réalise pas, en effet, dans l’action pour la justice dans le monde, il paraîtra difficilement crédible aujourd’hui ». Ce temps de carême qui vient de s’ouvrir il y a peu, est l’occasion de se rappeler cette exigence. Nous sommes appelés à prendre notre part à cette annonce de l’Evangile dont nous ont parlé les évêques. Cette annonce est destinée à des hommes et des femmes que nous devons servir à la suite du Christ.

N’oublions pas que la seule valeur ajoutée de notre société est la dignité humaine. Ce doit être une valeur repère qui doit guider nos choix. En cette période électorale, il est bon de ne pas oublier cette dominante essentielle et primordiale s’il on désire bâtir « un monde juste, durable, digne, inclusif qui favorise la vie collective ».

Vivre la subsidiarité

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« Travailler plus pour gagner plus » demeure la ligne de conduite du candidat de l’UMP. Il me semble que cette devise, au vu des chiffres du chômage et du pouvoir d’achat, est un échec. Peut-être faudrait-il se mettre davantage à l’écoute de ce qui se vit au cœur de la cité. Ce serait une manière de vivre le principe de subsidiarité, si essentiel à la bonne organisation de la Cité et de ses organisations et respectueuse des relations humaines et des responsabilités de uns et des autres.

 Lorsque le candidat à l’élection présidentielle fait du « travail » la seule valeur qui vaille pour lui et de plus en fait son axe majeur de campagne, mon sang n’a fait qu’un tour. Le travail, en soi, comme par exemple la finance ou l’économie n’ont pas d’existence à proprement parler. C’est une réalité dont la consistance est donnée par ceux qui l’exerce. Le travail est avant toute chose l’exercice d’une activité par des hommes et des femmes. C’est un exercice quotidien plus ou moins facile, plus ou moins heureux. Il est pour beaucoup de nos contemporains une réalité fantasque après laquelle beaucoup espèrent et ont, trop souvent, la désagréable surprise de recevoir, au mieux, une réponse négative qui manque complètement de critères objectifs.

 L’Être Humain au centre de tout

Faire du « travail » une valeur, une réalité quasiment hissée aux frontons de nos mairies et avoir quasiment doublé le nombre de personnes en recherche d’emploi c’est non seulement les insulter mais prendre l’ensemble des électeurs et des français pour des idiots. Pour moi la seule valeur qu’il faille mettre au centre de nos préoccupations, la seule valeur qui mérite que l’on se batte pour elle c’est la place des êtres humains dans notre société. Tout le reste doit être ordonné à ce qu’ils puissent avoir des conditions de vie dignes et décentes; à ce qui permet de vivre de cet « insaisissable vivre ensemble« . Lutter contre le mal logement, le sans logement, les salaires ridicules, permettre à l’étranger de s’intégrer… sont essentiels et fondamentales s’ils l’on veut bâtir une société plus juste et plus fraternelle. Les propos des « portes-flingues », notamment le dernier du premier flic de France (lire l’article de la revue Etudes à ce propos ), du Président sortant sont suffisamment abjectes et nient, en substance, la dignité et le respect dus à chaque homme pour qu’il soit permis de penser que ce qui est visé c’est la conservation du pouvoir en se flattant les plus bas instincts de l’être humain.

Servir les citoyens

La politique c’est servir la vie de la cité mais surtout le servir ceux qui y demeurent. Là doit-être la préoccupation première de ceux qui désirent briguer un mandat électif. Il me semble que les citoyens sont en droit d’attendre de ceux qui désirent, d’un grand désir, les gouverner sagesse et responsabilité. Cependant, cela exige aussi de la part des citoyens un engagement de chaque jour au profit de leurs contemporains. Il serait hypocrite d’attendre tout de l’Etat et de ne pas commencer par agir concrètement au plus près de notre quotidien. Pour autant, il ne faut pas non plus se bercer d’illusion, notre action est limitée et malgré notre bonne volonté, notre dynamisme et notre compétence nous ne ressouderons pas, à nous seuls, tous les problèmes. Il me semble qu’il faut une action conjointe des politiques et des citoyens pour que cela bouge. C’est là que la prise en compte de l’Être humain me paraît essentielle car cela revient à saisir que les solutions ou tout du moins les ébauches de solutions sont le fruit d’efforts et de concertations partagés. C’est s’enrichir des expériences mutuelles, par une écoute attentive, de ces retours d’expérience. La concertation me paraît préférable au référendum nouvellement promue comme outil de gouvernement…. Pour cela, il est impératif de choisir comme axe de travail la rencontre, accepter de quitter ses tours d’ivoire pour entendre et écouter ce que les personnes au plus près ont à dire. S’entourer d’experts, d’intellectuels de tous bords et de tous poils, de prestigieux consultants et autres sondeurs est une bonne chose mais recueillir le sentiment les besoins, les réactions, même immédiatement épidermiques, peut être utile pour prendre les bonnes mesures.

 L’autre, son expérience, ce qu’il vit, ce qu’il dit, ce qui fait sa densité humaine et une vraie valeur. Elle est inestimable, non cotable en bourse et cela est une bonne nouvelle. C’est aussi une manière concrète de faire vivre la fraternité qui, elle, est réellement une valeur républicaine.

Restaurer la confiance

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La crise que nous subissons est bien évidemment économique, écologique, sociale… et j’oublie plein d’autres adjectifs qui fonctionnent parfaitement avec le mot crise. Nous en sommes là en raison d’actions concrètes, de décisions délibérées. Les marchés, jusqu’à preuve du contraire, ne fonctionnent pas tout seuls, de même que les pays. L’action humaine prévaut donc bien et est responsable de la situation où nous sommes. Il ne s’agit pas là de critiquer tel ou tel mais de réfléchir sur nos manières de fonctionner. Il me semble que nos problématiques peuvent se résumer par un mot : la défiance. La défiance conduisant à l’avidité. C’est d’ailleurs ce que les premières pages de l’Ecriture avec le récit d’Adam et Eve veulent mettre en lumière.

Nous avons une fâcheuse tendance à vouloir prouver que nous pouvons toujours faire plus, que nous pouvons produire, réaliser toujours plus. Notre tentation première est de défier l’ordre des choses comme si nous cherchions ailleurs notre raison d’être, notre raison d’exister. Cette défiance à l’égard de ce qui nous est donné nous introduit non seulement dans une disharmonie de relation mais risque aussi de nous faire oublier l’urgence et la nécessité d’habiter ce monde avec notre plénitude d’homme et de femme. C’est une véritable urgence, une attentive préoccupation que nous toujours devons avoir. Ne cherchons pas ailleurs qu’au cœur de la densité de notre existence ce que nous sommes, ce que nous avons à faire et à être.

Du mythe de Babel

Nous sommes comme dans le mythe biblique de Babel : construire une tour allant jusqu’aux cieux pour atteindre Dieu. Nous sommes toujours dans le faire, dans l’action et oublions petit à petit que nous sommes sur Terre pour apprendre à vivre ensemble. Nous n’avons pas choisi ceux avec qui nous cohabitons sur cette terre mais nous tenons tout de même à leurs prouver que nous sommes meilleurs. Cela passe par des choses quotidiennes qui nous guettent tous, comme par exemple acheter le même téléphone voire le modèle au-dessus qu’un tel, etc. Nous sommes invités à apprendre de l’autre non pas en entrant dans une concurrence avec lui, mais dans une compréhension, qu’il nous faut réinterroger régulièrement, de ce que l’autre est et surtout de ce qu’il veut dire. C’est vivre de ce présupposé positif qu’Ignace de Loyola propose dans ses Exercices Spirituels.

Lutter contre la prise de pouvoir

Cette invitation, il nous faut la vivre au cœur même de notre quotidien. Nous devons apprendre à lutter contre cette tentation de prendre le pouvoir, d’user de notre position hiérarchique pour imposer à l’autre notre mode de pensée ou notre vision des choses. Le poste ou les responsabilités occupées ne signifient pas pour autant compétence et infaillibilité. Le dialogue doit être au cœur de toutes nos rencontres. Chacun a le droit d’avoir une vision différente, qui n’est pas mue par le désir d’avoir absolument raison. Prendre le temps d’écouter en confiance l’avis de l’autre pour orienter avec intelligence nos décisions. C’est aussi par là que  cet « insaisissable vivre ensemble » peut se construire.

Le dialogue construit la confiance

Cela suppose d’accepter de ne pas faire peser sur l’autre le poids de l’autorité. Les responsabilités exercées doivent toujours être ordonnées au service de l’homme, à sa bientraitance et surtout à l’instauration et à la promotion du bien commun. Il ne s’agit pas de prôner l’anarchie mais le dialogue. Il doit toujours être premier dans toutes nos actions, avant toute décision. Il me semblerait juste d’utiliser dans nos divers cercles d’action ce que l’on appelle dans la Compagnie de Jésus : « le droit à l’avant-dernier mot ». C’est-à-dire faire en sorte qu’une décision soit prise à la seule condition d’avoir entendu toute les personnes concernées.

Donner à la parole de l’autre une véritable crédibilité, croire résolument qu’il peut éclairer une situation ou lui donner un relief particulier, c’est entrer dans une démarche qui prône une fois de plus le collectif, perçu comme un corps et non la mise sur un piédestal d’une personne qui, au nom d’une autorité reçue, aurait forcément raison et aurait une pensée juste.Faire confiance à l’autre demande d’abandonner nos régulières tentatives d’excès de pouvoir. C’est à cette seule condition que nous pourrons restaurer la confiance.

Cet autre que j’exclus

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Ça y est ! C’est l’hiver ! Il fait froid et la France grelotte ! Les journaux et les télévisions parlent, enfin, des personnes exclues accueillies par les associations, paroisses, pouvoirs publics dans différentes structures. Tant mieux ! Au moins elles ne sont pas oubliées ces quelques jours par an et l’État peut ainsi se glorifier de « mettre tout en œuvre pour elles ». Et puis, le Président sortant n’avait-il pas promis qu’avant la fin de son mandat plus aucune personne SDF ne dormirait dehors ? Certes ces personnes sont bien exclues du fait de leur situation concrète et visible, mais soyons sincère avec nous-mêmes : n’ai-je pas tendance, au quotidien, à exclure volontairement des personnes qui ne dorment pas dehors et mangent à leur faim ? Convaincu de la nécessité de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble » et résolu de construire, avec d’autres – car je ne suis pas le sauveur du monde- une société plus humaine, plus juste, plus fraternelle, je m’interroge sur ce qu’il faudrait faire, ce qu’il faudrait être pour cela.

Peut être faudrait-il commencer par s’ouvrir davantage à nos contemporains, à ce qu’ils vivent, à leurs combats quotidiens et concrets. Mais comment ? Comment ne pas se sentir dépassé par le champ des possibles ? Une des réponses à ces questions serait d’habiter simplement, notre monde, notre quotidien en ouvrant les yeux sur ce qu’il m’offre, sur ces rencontres prévues ou imprévues qu’il m’est donné d’avoir. C’est au cœur de ces dernières qu’il me sera, sans nul doute, possible de m’ouvrir à cet autre qui semble être en souffrance ou simplement qui ne sera pas reconnu à sa juste valeur.

Avouons que notre société, nos entreprises, nos lieux de vie sont assez peu enclins à donner à l’homme sa place principale. Nous sommes souvent préoccupés, voire poursuivis pas le spectre de la réussite, de la rentabilité et ce qui devrait passer en premier, la dimension humaine, passe trop souvent en dernier. Pour preuve, les services qui ont en charge le personnel des institutions ont pris le nom de Ressources Humaines et non plus de Relations Humaines. Si l’humain est une ressource, il devient logique dans ce cas de ne pas le considérer comme une personne capable de relation mais juste comme un des outils nécessaires à la bonne marche de l’entreprise.

Nos relations sont souvent faussées car empreintes de défiance, de violence non dite ou non proférée mais si évidente que personne n’ose bouger, faire un pas de crainte que cela soit pire que mieux. Il devient important de changer ces mentalités, ces modes d’action. Nous n’arriverons à rien avec cette haine, cette indifférence quotidienne. Il n’est pas question de faire semblant de s’aimer tous mais de se respecter. D’abord soi-même, puis l’autre. L’un conduit à l’autre.

Le respect est sans doute ce qui nous manque le plus. Ce respect qui consiste à considérer l’autre comme mon semblable tout en respectant absolument sa différence. Cette dernière peut nous étonner, nous surprendre mais en aucun cas elle ne doit être un critère de condamnation de cet autre. Nous devons nous persuader et l’être pleinement que cette différence est une véritable chance, une occasion inestimable d’enrichissement.

Prenons donc le temps de nous poser la question de ces rapports humains, laissons-nous interpeller par ces rencontres non choisies et nous nous apercevrons sans aucun doute que nous avons en fait un grand nombre de points communs. Nous devons tenir ferme nos convictions sans pour autant dénigrer celles de l’autre mais avoir l’honnêteté intellectuelle et ontologique de constater que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous divise. Si nous sommes d’accord sur l’essentiel, le reste devient facultatif mais pas inutile. N’abandonnons jamais le dialogue mais efforçons nous de toujours être des facteurs et des acteurs de réconciliation.

Merde, alors !

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Cet « insaisissable vivre ensemble » l’est tellement que nos contemporains passent le plus clair de leur temps à détricoter le lien social pour s’enfermer dans l’égoïsme et agir comme si le monde était leur propriété. Cependant, nous sommes appelés à cohabiter ensemble. Alors pourquoi ne pas choisir de bâtir des relations apaisées, sereines et cordiales avec nos contemporains. Si nous voulons que cela devienne réalité alors agissons, sans attendre demain car le « changement c’est maintenant ».

Je ne sais pas vous, mais moi, depuis quelques années déjà, je constate qu’il y a un renforcement de l’égoïsme de la part de nos contemporains. J’ai comme l’impression que le « chacun pour soi » prend le pas sur le « chacun pour tous ». Même la RATP a été obligée de faire une campagne publicitaire pour rappeler, de manière certes humoristique, les règles de base du savoir-vivre. Il est presque devenu normal de s’invectiver en pleine rue, dans l’espace public. Pour preuve, le plus haut personnage de l’Etat ne s’est pas gêné, il y a de cela quelques temps, pour insulter une personne en désaccord avec lui. Alors, comment voulez-vous que les citoyens « ordinaires » se sentent obligés de se conduire avec courtoisie et de manifester une attention à l’égard de l’autre ? L’exemplarité peut être un modèle et donner envie d’imiter… Mais bon, là n’est pas le propos de ce billet !
Dans le métro, certaines conduites ont le don de m’exaspérer, de me mettre en colère, intérieurement. Par exemple, toutes les personnes qui se précipitent dans le wagon alors que les passagers qui veulent descendre n’en ont pas eu encore le temps. Non seulement c’est stupide mais inutile. Le bon sens, à défaut d’une bonne éducation, permettrait d’éviter ce genre de comportement. C’est comme occuper un siège côté couloir alors que celui proche de la fenêtre est libre. Cela force celui qui veut s’y asseoir à faire des acrobaties pour prendre place. Je reconnais qu’il peut y avoir des exceptions à cette règle facilitatrice notamment lorsque l’on possède des bagages encombrants. Là, peut-être que la RATP n’a pas pensé que dans les transports en commun des personnes pouvaient transporter des valises. C’est un autre problème, ici encore. Bref, c’est agaçant de voir cette inattention à l’autre se multiplier dans les espaces collectifs. De même, dans nos lieux de travail, d’habitation, combien de « bonjour » ne sont pas exprimés ou demeurent sans réponse ?
Les médias, les hommes politiques nous parlent de la crise économique, sociale, familiale, etc. Mais n’est-ce pas davantage une crise de valeurs, une crise de foi en l’homme ? Nos contemporains, devant les difficultés quotidiennes qui se durcissent jour après jour, préfèrent sans doute s’enfermer dans leur cocon, loin de tout contact avec cet autre qui pourrait les juger, les jauger, leur vouloir du mal voire me piquer mon boulot, ma femme, mon portable etc… Nous devenons de plus en plus défiants à l’égard de notre prochain. Nous sommes étonnés maintenant lorsqu’une personne inconnue nous fait un sourire, nous dit bonjour ou manifeste une attention sincère à notre égard. Alors que c’est normal. Nous sommes sur terre pour vivre ensemble, dans une harmonie aussi agréable que possible. Pourquoi, dans ce cas, nous enfermer et craindre l’autre. Il n’est pas un ennemi, juste un vis-à-vis qui peut me donner le goût d’exister et de trouver que le monde n’est pas si pourri que cela. En fait, peut-être que cet autre pourrait m’aider… pensons-y.
Faisons donc un effort pour vivre ensemble, pour nous respecter. Ce n’est pas en écrasant l’autre que cela ira mieux. Au contraire, c’est en le laissant pleinement exister, en lui permettant d’occuper, comme moi, sa place sur cette terre, que nos conditions de vie quotidienne pourront s’améliorer. Si la violence entraîne la violence, la concorde doit pouvoir, aussi, se diffuser par capillarité.
La Fraternité n’est pas qu’un mot de notre devise républicaine notamment gravé sur le fronton de nos bâtiments publics républicains. C’est une exigence qui doit s’imposer à chacun de nous, non comme une contrainte mais comme une évidence.

Au Bourget : François Hollande prêt à piloter la France

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Encore trois mois jusqu’à la présidentielle. Une pierre de fondation vient d’être posée aujourd’hui, dans cette conquête vers l’Elysée, par François Hollande au travers de son discours du Bourget. Il s’y est révélé comme un homme d’Etat, passionné de la France, aux idées claires et limpides. L’occasion, pour moi, de lui réaffirmer mon soutien.
Cet article n’a rien d’unique, il vient, sans aucun doute, s’ajouter à de nombreux autres écrits par d’autres militants, sympathisants et journalistes. Pour autant, j’estime essentiel de partager, avec mes lecteurs, ce que je retiens de ce premier grand rendez-vous populaire de François Hollande dans la course à la Présidentielle. Depuis le début des primaires, je me suis engagé à ses côtés, quittant ainsi ma famille politique originelle. Aujourd’hui, devant ces mots de l’ancien secrétaire du PS, je ne regrette pas ce choix, car il incarne pour moi, une espérance dans un renouveau, dans une manière sobre mais efficace de guider le pays.
Dans son discours du Bourget, François Hollande nous dit d’abord quelle est sa conception de la politique : promouvoir des personnes compétentes en vue de servir l’intérêt général et non favoriser le copinage en récompense de bonnes actions ou de fidélité. Bien-sûr l’un peut aller avec l’autre mais mettre de prime abord la compétence révèle pour moi une autre idée de la France que celle de privilégier une classe haute dont les revenus sont suffisamment populaires pour s’offrir le Fouquet’s. Dans ce même domaine, François Hollande se présente comme celui qui est prêt à partager le pouvoir dans le dialogue avec les grands acteurs de la société civile. Son engagement, depuis le début de la campagne des primaires à faire des partenaires sociaux des acteurs privilégiés de sa politique sociale est, pour moi, une grande avancée. Jusqu’à lors notre pays ne se construit que dans la confrontation. Je forme l’espérance, et le candidat du Parti Socialiste peut l’incarner, que nous soyons d’abord dans la co-construction, dans le dialogue, le débat, l’échange plutôt que dans un rapport de force.
La vision de la France donnée par François Hollande au Bourget semble raisonnable, raisonnée et surtout empreinte de réalisme. Permettre à chacun et surtout aux pouvoirs publics d’être ajustés au service de l’ensemble des habitants du pays et non à tel ou tel type de personne ou de corporation, peut être étonnant comme axe politique. Cependant, c’est redonner cette normalité à notre pays, tant énoncée par le vainqueur des primaires. Tâchons de nous souvenir que les rapports que nous devons nouer les uns avec les autres doivent être fondés sur la base du chacun pour tous, du respect, de l’altérité, de l’échange et non de l’égoïsme et du chacun pour soi. C’est un des facteurs qui permet de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble » si cher à Bernard Stasi.
Dans ce discours du Bourget transparaît une humilité et une volonté de servir qui me font croire au Politique. François Hollande arrive à prendre cette hauteur, cette distance avec les polémiques faciles actuelles sans pour autant laisser l’autre le ridiculiser ou pervertir ses propos. Son seul adversaire n’est pas le Président sortant mais ce qui fait que les conditions de vie sont difficiles : une finance débridée et avare. Il n’a pas ce verbe haut et ni cette gouaille de camelot promettant monts et merveilles. Son réalisme fait honneur à la politique et la révélation de son « secret » lui donne une épaisseur que peu d’hommes ou de femmes politiques ont actuellement :

« j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent. Je prends chaque regard comme une attente, chaque visage comme une curiosité, chaque poignée de main comme une rencontre, chaque sourire comme une chance. ».

Cela peut paraître banal et assez simple comme manière d’être mais dans le contexte délicat de notre pays, n’avons nous pas besoin d’une manière de se comporter plus apaisée et aussi apaisante ?
La route est encore longue et escarpée avant que François Hollande arrive le 6 mai prochain en tête de l’élection présidentielle. Le combat pour ses idées, pour ces idées différentes et respectueuses des situations de chacun sera quotidien. Ce soir à l’issue de ce premier grand discours de François Hollande dans le cadre de la Présidentielle, je lui réaffirme mon soutien. Il fait partie de ces hommes et ces femmes qui feront la France de demain.

L’œcuménisme : une réalité quotidienne

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Catholique romain au sein d’une institution protestante, je suis amené à confesser ma foi et à témoigner de sa richesse. Pour autant, je ne me sens pas en décalage avec ceux qui professent une foi différente car elle enrichit et me dynamise tant humainement que spirituellement.

Mes activités professionnelles m’amènent à mettre quotidiennement en dialogue mon catholicisme avec des croyants provenant d’une Église issue de la Réforme : l’Armée du Salut. Cette rencontre est beaucoup plus un avantage qu’une tension. Elle ne cesse de m’inviter à témoigner de ma manière de croire en ce Dieu fait homme en la personne du Christ, au travers notamment du partage des trésors spirituels et sacramentels de l’Église Catholique Romaine. Mes frères salutistes me témoignent quant à eux de la richesse de leur histoire, de leur manière d’annoncer la Parole au travers d’une spontanéité et d’une tradition inventive au travers notamment de la musique et du chant prenant sa source dans l’Écriture.
Le partage et l’échange fraternels de notre manière de croire me semblent beaucoup plus utiles pour construire cette unité tant recherchée que de s’opposer et de s’imposer comme détenteur de la Vérité. Lorsque mon frère ou ma sœur salutiste m’invite à prier, je ne cherche pas à lui imposer ma méthode et ma liturgie. J’essaye, au-delà de ma surprise et peut-être d’un certain malaise, de communier à cette prière, de porter dans la mienne ses intentions.
Fréquenter des frères et sœurs d’une autre Église chrétienne m’amène à réfléchir aux raisons pour lesquelles je demeure dans l’Église catholique romaine. Dans cette dernière, la place de la Parole de Dieu me semble bien mince au regard de mes frères et sœurs protestantes. Elle est première chez eux et fonde véritablement leur engagement et leur témoignage au-delà de tout dogme, toute liturgie. C’est vraiment ce qui me manque dans mon Église. Pourtant, lorsque je prie avec ces salutistes, le partage du Pain de Vie, de ce don de Dieu fait aux hommes en cette Eucharistie me manque. Le partage de cette Table, accompagné de celle de la Parole demeure pour moi l’enracinement et l’adhésion à cette Église catholique romaine dans laquelle j’ai reçu le baptême et où je continue de servir et de professer ma foi. Même si cela est l’essentiel pour moi, je n’en fais pas un critère absolu dans la rencontre avec d’autres chrétiens, certain de la Vérité de cette Parole du Christ : « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père »(Jn 14,2).

Mots pour maux ?

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D’ici une centaine de jours, le dimanche 22 avril 2012, nous serons conviés à élire le président de la République. Les candidats à ce poste occupent la scène médiatique plus par des invectives que par des propositions concrètes. Et si cela changeait ?

Nous sommes dans une phase de campagne électorale. Il m’apparaît que cette dernière est bien étrange. Car, loin d’entendre les prétendants (du moins leur écurie) débattre sur le fond à coup de programme et contre-programme, ils agissent en arguant sur de potentiels dangers effrayants de l’élection d’aucun et d’autres singeant l’actuel locataire en faisant des imitations, peut-être drôles, mais peu pertinentes. Le plus grave étant ceux qui font des discours de récupération d’électeurs.
En fait, tout semble bâti comme si la polémique devait prendre le pas sur le politique. Pourtant, nous aurions bien besoin, en ces temps peu rassurants à entendre les médias, que ceux et celles qui veulent diriger la nation demain, prennent de la hauteur et se souviennent que leur rôle est de servir leurs concitoyens et d’améliorer, au quotidien, leurs conditions de vie.
Pour autant, il me semble que les électeurs ne doivent pas non plus fuir leurs responsabilités. Le vote n’est pas un jeu télévisé où le meilleur gagne une croisière sur un joli yacht… Il s’agit de donner une direction, une impulsion à notre pays pour qu’il soit crédible à la face des nations et surtout que chaque concitoyen puisse avoir des conditions de vie dignes, où le pauvre, la veuve, l’étranger, l’immigré… ne soit pas inquiété pour ce qu’il est. Il est impératif d’être attentif à ne pas oublier qu’il nous revient, à chacun, et cela passe par le vote également, de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble ». Le destin de notre pays passe par notre voix, par notre choix. Nous sommes les acteurs premiers de notre avenir. Alors, même si nos hommes et femmes politiques, peuvent vous sembler peu crédibles et vous apparaissent tels bonnets blancs et blancs bonnets, ne vous laissez pas bercer par ce constat. C’est la voie ouverte aux idées les plus passéistes, les plus archaïques qui poussent à mettre au pouvoir des personnes dont la seule passion est d’opposer plutôt que de rassembler ou surtout d’avoir des préférences catégorielles….
Quant aux hommes et aux femmes politiques, par respect pour nous, concitoyens, mais plus encore par respect pour vous et ce que vous représentez, je vous appelle à prendre de la hauteur, à ne pas vous laisser allez à la facilité d’un « bon mot », d’un tweet qui sera repris par toute la toile. Soyez à la mesure du poste que vous désirez en faisant preuve de pédagogie, de bon sens, de propositions innovantes pour notre monde. Ne guidez pas votre action sur les sondages ou les bas-instincts. Les citoyens attendent de vous, non pas des miracles, mais des décisions courageuses, responsables. Ils comptent sur vous pour que leur quotidien devienne moins lourd mais ne sont pas, pour autant, stupides, aveugles et prêts à croire n’importe quoi, n’importe qui. En résumé, ayez le courage d’être des citoyens honnêtes dans tout ce que cet adjectif peut avoir de sens.
Même s’il est souvent dit que l’on rentre en politique comme en religion, son but n’est pas de proclamer une bonne nouvelle mais d’être un champ d’action. Même si le combat politique existe, que les idées divergent, il ne doit pas, pour autant, être un champ de bataille qui se transformerait inévitablement en un champ de ruines.

Petite prière pour vivre le temps de Noël

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Éternel Seigneur de toutes choses,
A Noël, tu donnes à ton fils de rejoindre notre humanité
Et tu nous proposes de prendre part à sa divinité
En prenant derrière lui le chemin de la Croix pour ta plus grande gloire.
Donne-nous en contemplant ton Fils
Dans l’humilité et la pauvreté de la crèche
D’être davantage ardant à servir nos frères et sœurs pour te servir,
Toi, le Père qui, en ton Fils, s’est fait Le Serviteur de chacun.
A l’exemple de Marie et de Joseph,
Apprenons-nous à être à l’écoute des signes des temps,
A entendre ce que l’Esprit veut nous dire pour aujourd’hui
A traverser ce qui nous bouleverse, nous étonne ou nous blesse
Nous nous confions à ta douce miséricorde
Et nous te demandons de nous donner la grâce,
D’être pleinement attentif à ce « seul cri de joie » des guetteurs
Qui nous dit ton désir de nous engendrer jour après jour.