Serviteurs de la joie de Dieu

« Il n’est pas bon que l’homme soit seul ». Ces mots de Dieu au tout début de la première lecture nous placent au cœur du projet de Dieu. Son désir est de créer le bon pour nous. Cette création doit nous servir à servir. Dieu crée de la communion en unissant l’homme et la femme et leur permet ainsi d’être actifs au cœur de ce monde. Pour que cette action puise porter du fruit il nous faut veiller à être profondément unis entre nous mais aussi nous avec Dieu. Cette recherche d’unité est une urgence pastorale pour aujourd’hui. Nous le sentons bien, des forces contraires à l’Évangile sont à l’œuvre en notre monde et il nous faut tenir bon dans la foi, l’espérance et la charité. C’est d’ailleurs ce que nous demande le pape François tout au long de ce mois d’octobre.
Tenir bon, s’enraciner dans l’amour de Dieu pour chacun des femmes et des hommes de ce monde nécessite paradoxalement de quitter le connu pour aller vers un inconnu qui est promesse d’avenir, de vie et de bonheur. Pour cela, il nous faut faire preuve de simplicité et de spontanéité. L’image des enfants que prend Jésus dans l’Évangile en est le signe. Signe de relation non calculée, non recherchée en vue d’un intérêt qui servirait à de la manipulation, à réduire comme en esclavage l’autre. L’enfant cherche ce qui lui fait plaisir, ce qui satisfait sa satiété de vivre, de curiosité. Il est sans cesse en recherche de découvertes, de lieux et de choses qui lui permettent de grandir sans son intégrité.
Nommer
Dans le monde, ne devrions-nous pas, nous aussi, réfléchir de la sorte en recherchant davantage ce qui nous construit, ce qui nous fait être en plénitude, ce qui nous fait grandir ? C’est en tous les cas la volonté de Dieu issue de l’acte créateur. Il nous a rendu responsable de nommer les choses c’est-à-dire de leur donner un sens, de les féconder en quelque sorte. Et même nommer les choses c’est signifier un lien, une responsabilité. Ainsi nous sommes responsables de ce que nous nommons car nommer c’est faire exister, c’est rendre réel et présent. Soyons donc attentifs à ce et à ceux que nous nommons et puis souvenons-nous de cette citation d’Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». Si pour les choses cela ajoute du malheur, que doit-il en être pour les personnes ?
Joie
Le croyant doit combattre de toutes ses forces, de toute sa vie, en tous temps et en tous lieux le malheur. Le malheur n’est pas signe de la présence de Dieu, ce n’est pas sa volonté pour nous. Heureux nous dit le psaume de ce dimanche. Heureux si nous mettons notre foi dans le Seigneur, dans ce qui donne sens et élan à notre vie. Nous serons ainsi heureux, car nous produirons du fruit qui réjouira notre corps puisque le nourrira. Nous serons heureux car notre travail nous sera utile et notre vie ne sera pas vaine. Prenons le temps de méditer ce psaume 127 qui est une belle promesse d’avenir tout particulièrement en ces temps troublés. Il nous dit que Dieu tient ses promesses de bénédiction, qu’il nous appelle à être heureux, consolé et en même temps il nous envoie aux carrefours du monde être les témoins de cet appel à la Joie. Une Joie intarissable, inviolable, inaliénable que nul ne peut nous enlever à la seule condition qu’elle soit enracinée dans le don de Dieu.
Soyons en sûr Dieu tient ses promesses, il n’est pas l’auteur du malheur. Au contraire, il nous appelle à entrer dans le combat contre ce malheur, cette plaie qui touche nos contemporains. Ne faisons pas le jeu de l’Ennemi de la Nature Humaine qui se délecte de tout ce qui avilie l’Homme, tout ce qui peut le faire douter de l’Amour. Entrons en résistance spirituelle en demandant la grâce d’être pleinement enracinés dans la Joie de Dieu, une Joie qui est contagieuse, une joie qui ne déçoit pas, une joie qui fait grandir et aimer davantage.