Retrouver l’Humain

la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre
La technologie devient un bouclier, une armure

Notre société nous abreuve d’informations à travers le flux continu des chaînes d’informations, radios, médias, internet… A vrai dire, est-ce vraiment de l’information car nous manquons de recul et de temps pour assimiler toutes ces données. Tout va vite, tout va trop vite pour comprendre les enjeux de notre société et le plus grave est que nous y devenons addictifs. Parfois, nous aimerions pouvoir dire « pouce » comme lors des jeux d’enfants. Mais, ce qui m’interroge le plus c’est que derrière toutes ces informations, il y a la vie des hommes, des femmes, des enfants.  Nous avons l’impression que tout cela se passe dans un univers parallèle, quelque part mais pas  dans notre monde. Il me semble plus qu’urgent de prendre le temps de ressaisir cet essentiel, de remettre, plus que jamais, la personne humaine au cœur de notre monde.

Dieu choisit l’Homme

Dans les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, le passage de la contemplation de l’incarnation dit bien le choix de Dieu d’épouser notre humanité. Ignace invite le retraitant à

demander une connaissance intérieure du Seigneur qui, pour moi s’est fait homme afin que je l’aime et le suive davantage

L’intention de Dieu dans cette décision de rejoindre l’homme est de le sauver, de le conduire sur le chemin du partage, de l’échange. Il désire que celui qu’il a créé à son image soit davantage tourné vers l’altérité et la générosité que vers le repli sur soi et l’égocentrisme. Cela peut ressembler à un vœu pieux dans notre temps où la guerre est souvent plus prompte à être déclarée que les traités de paix et les pactes de non agression voire de coopération à être signés. Je ne parle pas tant des guerres avec les armes à feux, comme aujourd’hui au Mali ou bien encore en Syrie, mais de celles quotidiennes dans nos lieux de vie, de travail.

S’enrichir des différences

Nous avons tellement souvent soif de reconnaissance, de paraître, de posséder que nous oublions que l’autre est notre semblable. Qu’il est doté, lui aussi, de désir, de passion, de préoccupation. Pourquoi vouloir le réduire à un objet, à un exécutant qui n’a pas son mot à dire car il n’est pas décideur ? Ne pourrions-nous pas essayer de changer nos manières de voir nos contemporains, essayer, ne serait-ce qu’une fois, d’accepter leur  diversité qui fait peur. Si l’autre ne pense pas comme moi, je peux peut-être essayer de saisir comment cet écart peut porter des fruits. Il ne s’agit pas de niveler les points de vue, mais de les comprendre, de prendre le temps de les saisir pour ce qu’ils sont et non pour ce que je voudrais qu’ils soient. Il y a beaucoup trop souvent de malentendus dans nos échanges malgré les moyens modernes de communication. Ces derniers, au lieu de nous rapprocher, creusent la distance. Il devient commode d’envoyer un courriel au lieu de prendre son téléphone ou de se déplacer pour franchir la porte de l’autre. Cela devient un obstacle à la rencontre et la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre.

La bienveillance en premier

Se souvenir de ce choix de Dieu en faveur de l’homme doit nous aider à saisir que l’entente, le dialogue est une manière de servir à la construction du Royaume. Acceptons de nous décentrer afin d’entrer dans une attitude d’écoute bienveillante de l’autre. Privilégions la conciliation à la confrontation. Nul n’est propriétaire de la vérité, aucune position personnelle ne doit être imposée à l’autre sous forme de diktat. Soyons dans une attitude de réception bienveillante de la parole de l’autre. Même si nous aimons avoir raison, il faut nous habituer à habiter notre temps avec une attitude humble ; acceptant que la fragilité de ma parole puisse rejoindre celle de celui qui me parle. Nous ne sommes pas des robots qui réagissent selon une programmation prédéfinie. Nous sommes des êtres de chair, d’os et de cœur héritiers d’un parcours de vie singulier qui oriente une manière de penser et de vivre qui, cependant, peut évoluer avec les rencontres, les lectures… tout ce qui dans notre vie nous déplace, nous transforme et nous fait devenir chaque jour davantage ressemblance avec ce Christ qui a choisi de nous rencontrer en épousant notre humanité.

Faire le bien

Dans les pages de l’Evangile, il est inscrit que Jésus passait en faisant le bien. Faire le bien pourrait être une invitation concrète afin de rejoindre le Christ. Souvent la distance qui nous sépare de nos contemporains est la même qui nous sépare du Christ. Nous ne pouvons pas aller à Dieu, si nous n’allons pas vers nos frères. Ils ne sont pas nos ennemis, des empêcheurs de tourner en rond mais, comme nous, invités à collaborer à l’œuvre de Dieu et à contribuer à construire la Cité de Dieu dans la Cité des Hommes. Un des obstacles pour que ces deux cités se rencontrent est, sans doute, notre quête incessante de productivité et de pouvoir, nous en voulons toujours plus et n’en avons jamais assez : un peu comme des enfants gâtés capricieux. Dans le même temps nous voulons tout maîtriser, les machines comme notre destin ou nos relations. C’est là une quête vaine, nul n’a connaissance de son avenir  et les autres ne pourront jamais être à l’image de nos désirs. Mettons le respect en premier dans nos rencontres, gardons au cœur et à l’esprit que l’autre est digne d’intérêt, que sa valeur ne réside pas en sa puissance de travail ou d’influence. Ce qui devrait faire notre joie c’est cette alliance entre sa singularité et ma singularité. Ensemble, cherchons à construire une œuvre commune fondée sur l’épanouissement et la croissance de l’humanité de chacun.

Vivre l’Esprit de Noël

La fête de Noël fait souvent irruption dans notre quotidien, sans que nous ayons pris le temps de nous y préparer. Noël est la fête de la patience récompensée, de la gratuité d’un amour venu à nous. Noël, c’est le temps où l’on peut prendre conscience que le don est l’essentiel de notre vie.

Pour beaucoup de nos contemporains, Noël est avant tout une fête de famille et non une fête religieuse. Chacun a sans doute parcouru les villes débordantes de monde à la recherche du cadeau à offrir. Trouver le cadeau idoine qui fera plaisir à la grande tante ou au petit frère qui à tout.

Ne pourrions-nous pas plutôt réfléchir à ceux qui n’ont pas abondance de biens et s’efforce à offrir qu’une petite chose à Noël ? Il ne s’agit pas d’offrir beaucoup, de dépenser de grosses sommes d’argent mais d’essayer, par notre attitude, notre présence de dire quelque chose de l’amour, de l’affection, de l’intérêt que l’on porte à la personne à qui l’on offre un présent. Le plus beau cadeau que l’on puisse lui offrir, ne serait-ce pas que nous puissions pleinement être disponibles à la rencontre avec lui, à découvrir sa beauté intérieure ?

Entrer dans la dynamique du don

Cette fête de Noël doit nous aider à essayer d’éradiquer de notre cœur tout ce qui est puissance, autoritarisme et tout ce qui peut nous conduire à l’égoïsme. Notre société met en avant le chacun pour soi et oublie le chacun pour tous. Le chrétien doit lutter de toutes ses forces contre cette tentation. Il est invité au respect bienveillant avec chacun et surtout le plus fragile, celui qui n’a pas de grands moyens pour se défendre.

Le Père a choisi de donner son fils aux Hommes dans l’humilité de la crèche, rejeté de toutes les auberges. Notre Dieu rejette tout ce qui est puissance à la manière des Hommes. Sa force réside dans la douceur de son Amour. Cet Amour qui l’a conduit à offrir son propre fils pour chacun de nous.

Découvrir la joie d’être aimé

Même à Noël, les visages de nos contemporains ont l’air triste et préoccupé. Bien sûr, il y a beaucoup de bonnes raisons pour être inquiets et tourmentés. Notre monde ne va pas forcément au mieux et beaucoup s’interrogent, avec pertinence, sur l’avenir. A Noël, nous devrions pouvoir être capables de nous laisser dépasser ce quotidien, le temps d’une journée, pour nous ouvrir à la joie. Cette joie que nous avons d’être considéré comme aimables car nous ne serons pas seul ce jour-là. Cette joie de nous savoir rejoints par Dieu qui veut notre bonheur. Ce bonheur consiste d’abord à le recevoir comme le Sauveur, celui qui me met debout et me considère comme digne d’intérêt. A Noël, Dieu configure son fils à l’image des hommes, hormis le pêché. Nous devenons ainsi des fils de Dieu et par conséquent entrons dans la joie du Père. Noël, avant d’être une fête de l’abondance de biens, de cadeaux en toutes sortes, doit être celle de l’abondance de considération, de la présence gratuite de l’autre pour l’autre.