Libérés pour accueillir à la suite du Christ

Rameaux 2019
Rameaux 2019

La semaine sainte débute ce dimanche par cette fête des Rameaux. Nous entendons aussi la proclamation de l’Évangile de la Passion du Christ. Entre l’accueil royal de Jésus à Jérusalem, et sa crucifixion, comme le pire des malfaiteurs, Continuer la lecture de « Libérés pour accueillir à la suite du Christ »

Fragile Nativité

Nous voici à quelques heures de Noël. Les rues sont illuminées, les publicités ne cessent de promouvoir l’acquisition de cadeaux et l’actualité surfe sur ce marronnier allègrement. Exceptées ces quelques caractéristiques, qu’est-ce qui différencie cette période d’une autre ? Sincèrement, je crains que ce ne soit pas grand chose. Sauf peut être la liturgie que l’Église catholique nous propose spécifiquement en cette nuit de Noël. Les textes nous ouvrent à l’intimité du mystère de la naissance de celui que nous reconnaissons comme Fils de Dieu. Continuer la lecture de « Fragile Nativité »

Les jours d’Avent

Depuis le premier dimanche de l’Avent, les ornements liturgiques ont pris leur couleur violette et dans les églises la première bougie de l’Avent a été allumée. Pas de doute, le top départ pour cette marche vers Noël a débuté. Qu’allons-nous faire de ce temps qui nous est offert pour partir à la rencontre du Verbe ? Quel sens l’Avent peut-il prendre alors que nos journées passent à toute vitesse et parfois se ressemblent ? Continuer la lecture de « Les jours d’Avent »

Ajustés au service

Ajustés au serviceLe parlement a voté la semaine dernière la loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe. Il reste, certes, encore quelques étapes avant qu’elle soit promulguée mais elle le sera de toute manière. Que nous soyons d’accord, pas d’accord ou que cela demeure une interrogation cette loi devra s’appliquer, comme toutes les autres. La démocratie c’est aussi cela : accepter que ceux qui nous représentent fassent des choix en notre nom, au nom du mandat que nous leur avons confié par notre bulletin de vote. Maintenant que cette loi est votée, peut-être que les voix qui se sont élevées de toutes parts, ces manifestations grandiloquentes, ces vedettes haranguant la foule, tels des camelots, pourraient rester sur leur lancée pour dénoncer les injustices sociales, les conditions de vie des personnes roms dans notre pays, les licenciements injustes… Bref, tout ce qui bafoue la dignité de l’être humain ! Continuer la lecture de « Ajustés au service »

Ambassadeurs de la grâce du Christ

« Christ est ressuscité, Alleluia ! » a été proclamé samedi au cœur de la vigile pascale. Ce cri de joie qui déchire la nuit du tombeau est le cœur de la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi » nous dit Paul dans son épître aux Corinthiens. Avouons que cette affirmation qui change tout à notre vie, qui nous dynamise et dont nous avons, pour certains, fait l’expérience, a de quoi étonner. Cette résurrection, cette sève, cette joie qui parcourt la vie des chrétiens est parfois bien terne et difficilement explicable. Comment ne pas penser à tous ceux et celles qui souffrent en ce jour de Pâques au-delà de nos frontières comme sur les lits de nos hôpitaux, dans les maisons de retraite ou bien encore ceux qui souffrent de solitude, de pauvreté, d’exclusion… Pâques est pourtant aussi pour eux mais comment leur donner de goûter à Celui qui nous sauve, alors que leur vie peut ressembler au vendredi saint et à cette autre cri qui a déchiré les cieux : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ? Continuer la lecture de « Ambassadeurs de la grâce du Christ »

Au service de sa divine Majesté

Le siège de Pierre est vacantLe siège de Pierre est vacant. Benoît XVI, souverain pontife émérite, après avoir souhaité bonne nuit à la foule réunie à Castel Gandolfo s’est retiré dans la paix pour se consacrer à l’étude, à la prière et… à son piano. Voilà une situation inhabituelle pour l’Église catholique et ses fidèles : faire comme si le souverain pontife n’était plus de ce monde, alors qu’en fait il est mais émérite. Ces derniers jours du Pape sortant ont été d’une grande intensité et pas seulement dans le registre de l’émotion. Benoît XVI est resté cet « humble serviteur à la vigne du Seigneur » et a invité les fidèles de l’Église qu’il a servie durant presque huit ans comme successeur de Pierre à se tourner vers Celui qu’il n’a jamais cessé de servir : le Dieu père, fils et Esprit Saint.
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Retrouver l’Humain

la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre
La technologie devient un bouclier, une armure

Notre société nous abreuve d’informations à travers le flux continu des chaînes d’informations, radios, médias, internet… A vrai dire, est-ce vraiment de l’information car nous manquons de recul et de temps pour assimiler toutes ces données. Tout va vite, tout va trop vite pour comprendre les enjeux de notre société et le plus grave est que nous y devenons addictifs. Parfois, nous aimerions pouvoir dire « pouce » comme lors des jeux d’enfants. Mais, ce qui m’interroge le plus c’est que derrière toutes ces informations, il y a la vie des hommes, des femmes, des enfants.  Nous avons l’impression que tout cela se passe dans un univers parallèle, quelque part mais pas  dans notre monde. Il me semble plus qu’urgent de prendre le temps de ressaisir cet essentiel, de remettre, plus que jamais, la personne humaine au cœur de notre monde.

Dieu choisit l’Homme

Dans les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, le passage de la contemplation de l’incarnation dit bien le choix de Dieu d’épouser notre humanité. Ignace invite le retraitant à

demander une connaissance intérieure du Seigneur qui, pour moi s’est fait homme afin que je l’aime et le suive davantage

L’intention de Dieu dans cette décision de rejoindre l’homme est de le sauver, de le conduire sur le chemin du partage, de l’échange. Il désire que celui qu’il a créé à son image soit davantage tourné vers l’altérité et la générosité que vers le repli sur soi et l’égocentrisme. Cela peut ressembler à un vœu pieux dans notre temps où la guerre est souvent plus prompte à être déclarée que les traités de paix et les pactes de non agression voire de coopération à être signés. Je ne parle pas tant des guerres avec les armes à feux, comme aujourd’hui au Mali ou bien encore en Syrie, mais de celles quotidiennes dans nos lieux de vie, de travail.

S’enrichir des différences

Nous avons tellement souvent soif de reconnaissance, de paraître, de posséder que nous oublions que l’autre est notre semblable. Qu’il est doté, lui aussi, de désir, de passion, de préoccupation. Pourquoi vouloir le réduire à un objet, à un exécutant qui n’a pas son mot à dire car il n’est pas décideur ? Ne pourrions-nous pas essayer de changer nos manières de voir nos contemporains, essayer, ne serait-ce qu’une fois, d’accepter leur  diversité qui fait peur. Si l’autre ne pense pas comme moi, je peux peut-être essayer de saisir comment cet écart peut porter des fruits. Il ne s’agit pas de niveler les points de vue, mais de les comprendre, de prendre le temps de les saisir pour ce qu’ils sont et non pour ce que je voudrais qu’ils soient. Il y a beaucoup trop souvent de malentendus dans nos échanges malgré les moyens modernes de communication. Ces derniers, au lieu de nous rapprocher, creusent la distance. Il devient commode d’envoyer un courriel au lieu de prendre son téléphone ou de se déplacer pour franchir la porte de l’autre. Cela devient un obstacle à la rencontre et la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre.

La bienveillance en premier

Se souvenir de ce choix de Dieu en faveur de l’homme doit nous aider à saisir que l’entente, le dialogue est une manière de servir à la construction du Royaume. Acceptons de nous décentrer afin d’entrer dans une attitude d’écoute bienveillante de l’autre. Privilégions la conciliation à la confrontation. Nul n’est propriétaire de la vérité, aucune position personnelle ne doit être imposée à l’autre sous forme de diktat. Soyons dans une attitude de réception bienveillante de la parole de l’autre. Même si nous aimons avoir raison, il faut nous habituer à habiter notre temps avec une attitude humble ; acceptant que la fragilité de ma parole puisse rejoindre celle de celui qui me parle. Nous ne sommes pas des robots qui réagissent selon une programmation prédéfinie. Nous sommes des êtres de chair, d’os et de cœur héritiers d’un parcours de vie singulier qui oriente une manière de penser et de vivre qui, cependant, peut évoluer avec les rencontres, les lectures… tout ce qui dans notre vie nous déplace, nous transforme et nous fait devenir chaque jour davantage ressemblance avec ce Christ qui a choisi de nous rencontrer en épousant notre humanité.

Faire le bien

Dans les pages de l’Evangile, il est inscrit que Jésus passait en faisant le bien. Faire le bien pourrait être une invitation concrète afin de rejoindre le Christ. Souvent la distance qui nous sépare de nos contemporains est la même qui nous sépare du Christ. Nous ne pouvons pas aller à Dieu, si nous n’allons pas vers nos frères. Ils ne sont pas nos ennemis, des empêcheurs de tourner en rond mais, comme nous, invités à collaborer à l’œuvre de Dieu et à contribuer à construire la Cité de Dieu dans la Cité des Hommes. Un des obstacles pour que ces deux cités se rencontrent est, sans doute, notre quête incessante de productivité et de pouvoir, nous en voulons toujours plus et n’en avons jamais assez : un peu comme des enfants gâtés capricieux. Dans le même temps nous voulons tout maîtriser, les machines comme notre destin ou nos relations. C’est là une quête vaine, nul n’a connaissance de son avenir  et les autres ne pourront jamais être à l’image de nos désirs. Mettons le respect en premier dans nos rencontres, gardons au cœur et à l’esprit que l’autre est digne d’intérêt, que sa valeur ne réside pas en sa puissance de travail ou d’influence. Ce qui devrait faire notre joie c’est cette alliance entre sa singularité et ma singularité. Ensemble, cherchons à construire une œuvre commune fondée sur l’épanouissement et la croissance de l’humanité de chacun.

La crèche : berceau pour aimer !

En enfant nous est né, un fils nous est donné
En enfant nous est né, un fils nous est donné

Nous sommes arrivés à cette belle fête de Noël. Ce temps où le Seigneur vient nous retire qu’aucunes ténèbres n’aura le dernier mot. La lumière, sa lumière vient jaillir au plus cœur de la nuit pour transformer nos désespérances en éternelle espérance; nos peurs en consolations, nos doutes en conviction que l’Amour a et aura toujours le dernier mot.

Entrons dans le mystère de Noël

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi – Isaïe 9, 1

Le prophète Isaïe par cette parole prophétique et poétique vient nous aider à entrer dans le mystère de Noël. Cette grande lumière qui resplendit peut évoquer toutes ces vitrines des grands magasins qui s’animent de toutes parts en cette période. Ces éclairages nous attirent vers ces nouveaux sanctuaires afin de consommer et de dépenser quelques subsides. La lumière qui nous est amenée par la venue du Christ en notre chair, en cette nuit de la Nativité, est aussi une invitation à nous déplacer, à aller voir ce qui se passe. Mais c’est un paradoxe auquel nous sommes ici renvoyé : il n’y a rien de bien grandiose à voir, pas de miracle, pas de lumière scintillante seulement un tout petit bébé, dans une mangeoire, au fond d’une étable entouré de ces parents. A Noël, Dieu, au travers la fragilité de la vie, de l’enfant qui nait, vient nous inviter à estimer la manière dont la lumière vient dissiper nos ténèbres.

L’Amour en partage

Trop souvent nous passons à côté de ce qui pourrait nous combler car trop attachés à ce qui nous fait paraître aux yeux des autres. Le Christ, en son incarnation, a choisi un tout autre champ. Il vient à nous dans la simplicité, déjà offert en partage par amour. C’est le cadeau de Noël que Dieu nous fait ; un amour inconditionnel et un appel à cette ressemblance. Devant l’enfant de la crèche, nous pouvons prendre un temps de prière pour contempler le verbe qui s’est fait chair. Sa fragilité nous dit l’option que Dieu a choisie pour régner dans ce monde : Etre. Un enfant qui vient de naître incarne cet être, il n’a rien, ne possède rien. Sa seule richesse est l’amour et le bonheur de ses parents.

En son incarnation, Dieu nous invite à entrer dans ce déplacement qui consiste d’abord à savourer ce qui nous fait exister, ce qui donne à notre existence son importance : pouvoir aimer et être aimé. C’est tout simple mais cela demande de notre part, une véritable conversion. En cette nuit de Noël, demandons tout simplement à Dieu de nous donner la grâce d’un amour sincère et véritable qui porte du fruit

Mettre l’Evangile en action

Ces derniers jours Rome a attiré l’attention des médias avec l’ouverture du procès du majordome de Benoît XVI. D’autres pulsations de la vie de l’Église catholique sont intéressantes comme le voyage du Successeur de Pierre à Lorette, sur les pas du Bienheureux Jean XXIII. Ce déplacement est signe de la volonté de Benoît XVI de remettre l’humain, hommes et femmes, au cœur de la société, au cœur de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Dans la crise actuelle, qui ne concerne pas seulement l’économie, mais plusieurs secteurs de la société. Incarnation du Fils de Dieu nous dit combien l’homme est important pour Dieu et Dieu pour l’homme.

Basilique saint Pierre à Rome - (c) PBCCes mots du Successeur de Pierre à Lorette replace la foi des chrétiens, en ce Dieu fait homme, dans une responsabilité commune. L’importance de l’amour de Dieu pour l’homme exige de lui qu’il en rende compte par sa vie et ses actions. Aimer c’est témoigner. Il ne s’agit pas d’ensemble de prescriptions, de règles à respecter mais bien d’incarner, de témoigner par son quotidien que Dieu s’intéresse à l’homme et que toutes ses activités sont donc dignes d’intérêt.
L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société
Alors que vont s’ouvrir mercredi prochain, les festivités autour des 50 ans du début du Concile Oecuménique Vatican II, il est bon de se souvenir que ce dernier fait le lien avec la vie des hommes et des femmes de ce temps. C’est d’ailleurs ce que dit dès le début un des textes de ce Concile : la Constitution Pastorale sur l’Église en ce monde et en ce temps dit :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.

L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société, elle doit être au cœur même de la vie des hommes pour y amener celui que les Chrétiens ont découvert comme celui qui les sauvait.
Élargir l’espace de sa tente
Dieu nous invite sans cesse à élargir l’espace de sa tente, à faire l’expérience de la rencontre de ses contemporains.. Dans ce texte du Concile j’entends vraiment l’appel à se mettre en route sans cesse vers ceux d’abord qui façonnent mon quotidien. Ce Salut que le Concile nous amène, à la suite du Christ, à apporter au Monde est à vivre dans cette banalité du quotidien qui se succède. Cette banalité peut se révéler extraordinaire si, avec la grâce de Dieu et la prière de nos frères et sœurs, nous tâchons de nous souvenir de cette exigence de non-condamnation de l’autre. Il ne s’agit pas de tout accepter mais d’exercer une intime bienveillance. Ce qui doit guider l’action ce n’est pas d’imposer une quelconque vérité mais de servir  de la personne humaine dans toutes ses dimensions.
Qu’est-ce qu’évangéliser ?
Benoit XVI dans son homélie d’ouverture du Synode pour la Nouvelle Évangélisation a dit que « L’Église existe pour évangéliser ». J’espère que les Pères Synodaux se poseront la question de savoir ce que cela signifie en premier lieu. Si c’est favoriser la catéchèse, la liturgie et parler boutique c’est, à mon sens, faire erreur. En revanche, si cela nous invite à « fixer le regard sur le Seigneur Jésus » et à trouver en ce monde, les signes des temps nécessaires pour rejoindre nos contemporains sur leur chemin de vie, c’est une bonne nouvelle. L’évangélisation doit d’abord passer par cette ouverture au monde voulue par Jean XXIII. Sa phrase célèbre :« Je veux ouvrir la fenêtre de l’Eglise, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous » nous y pousse. Vatican II nous invite à devenir des missionnaires de l’annonce mais cette dernière doit, à mon sens, passer par capillarité, par nos modes de vie, de pensée, par une fraternité manifestée à tout à chacun.
S’enraciner dans la Parole puis agir
Cela demande d’assumer pleinement notre héritage chrétien, d’être vraiment enraciné dans la Parole pour la vivre dans notre quotidien, telle la boussole qui indique le nord. Lire, goûter, savourer la Parole est l’oxygène du chrétien, elle nous aide à mieux entrer dans le projet de salut que Dieu nous offre. Bien que cela soit nécessaire, essentiel et indispensable, cela n’est pas suffisant pour nous qui sommes dans ce monde. Si nous voulons que le règne de Dieu s’y installe il me parait logique que nous agissions en son sein pour ceux auxquels nous sommes envoyés. C’est-à-dire qu’il faut s’atteler chaque jour davantage à ce que nos frères et sœurs en humanité, puissent vivre dans des conditions où la justice ne soit pas bafouée, où le droit ne soit pas ignoré, où la fragilité, le handicap, la dépendance ne soient pas perçus comme des freins au développement mais comme une véritable chance. Enfin, évangéliser c’est sans aucun doute tout faire pour que l’humain ne soit pas une variable d’ajustement, ni même une ressource mais un coopérateur pour permettre à Dieu de se révéler anonymement dans les petites choses, les petits gestes quotidiens.

« Voir le visage de l’autre là où on ne le voit pas »

Olivier AbelOlivier Abel, disciple de Paul, Ricoeur, professeur de philosophie, d’éthique à la Faculté Libre de Théologie Protestante de Paris a accepté de répondre, pour l’Armée du Salut, aux questions posées par votre serviteur.

 

1. L’autorité est souvent perçue comme une course au pouvoir, ou comme la satisfaction d’un besoin de posséder, de maîtriser. Peut-on la comprendre autrement que ce qui m’empêche d’être libre ?

L’autorité est le propre de ceux qui se sont retirés du pouvoir et qui permettent ainsi aux autres de prendre pleinement leur place. Elle est ce que l’on reconnaît, ce qui permet de grandir. Cette reconnaissance est liée à l’autonomie de celui qui en est le sujet. Sans cela, il ne peut y avoir d’autorité. Egalement, il est important de se rappeler la distinction effectuée par Hannah Arendt entre autorité et pouvoir. Pour cette philosophe, le pouvoir s’exerce tout d’abord à plusieurs et consiste en la capacité de faire, le pouvoir de réaliser. Quant à l’autorité, il faut selon elle revenir au Sénat romain, constitué d’anciens magistrats, et qui n’avait aucun pouvoir, mais auquel revenait d’autoriser, et d’approuver. Le pouvoir consulaire pouvait très bien se passer de l’autorité mais il n’avait alors pas son appui.

Ce rapport à l’autorité est ce qui manque à nos démocraties. Il faudrait penser mieux cette dialectique entre pouvoir et autorité. Par exemple, il pourrait être souhaitable d’élargir les fonctions du Sénat à tous ceux qui se seront retirés des offices et pouvoirs dans les différentes sphères d’activité. Nous sommes, aujourd’hui, dans une conception gestionnaire ; nous manquons d’imagination. Quant aux relations entre ceux qui font notre société, les rapports d’égal à égal sont valorisés, cela crée alors une dimension de soupçon quant au rapport vertical. Il devient nécessaire de le penser autrement. Il nous faut toujours avoir à l’esprit que tout ordre, tout impératif doit être toujours d’amour. On ne peut obliger par la langue, si on ne mobilise pas par le cœur. L’obéissance doit toujours venir de l’intérieur, d’un consentement libre comme en réponse à un appel ; le philosophe Paul Ricoeur parlait d’obéissance aimante.

2. L’identité est un concept qui revient sur le devant de la scène. Comment la concevoir comme une dynamique, le fruit d’une histoire et non comme un carcan ?

La demande d’identité me semble la contrepartie de l’injonction à la modernité. Cette idée d’une ouverture générale ; d’une sorte de melting-pot où l’on peut toujours recommencer, qu’il est possible de se faire une identité ailleurs. Certes, au cœur de cela, il y a une dimension mystique. En Christ tout serait interchangeable, dans une charité absolue où l’identité individuelle n’est pas ce qui importe. Mais nous devons prendre garde à ne pas sous-estimer le besoin d’identité, le besoin d’inéchangeable, et finalement le besoin de finitude. En ce sens cette relativisation de l’identité est plus facile pour les « nantis », je veux dire pour ceux qui ont beaucoup d’identité, que pour ceux qui sont ballottés de lieux en lieux, contraints à fuir, les migrants. Des individus détachés de leurs racines vont rechercher des groupes identitaires.

Mais nous devons aussi avoir conscience que nous venons d’origines plurielles. Il faut développer le sentiment de multi appartenance. Les personnes ne sont ni jetées dans un melting-pot, ni ghettoïsées. Il est tout à fait possible d’être ceci et cela. Il y a des profils pluriels, de la même manière que personne n’est tout. L’identité est quelque chose d’ondulatoire et nous devons la chercher autant autour de la notion de promesse autant que dans un rapport élargi au passé, ce que nous ne faisons plus.

Ensuite, la rencontre de l’autre est essentielle. Mais pour que cela soit possible, il faut qu’il y ait un autre. Cela exige la découverte de soi qui se fait aussi dans la rencontre. En découvrant l’étroitesse de l’autre, je découvre la mienne propre. Il faut à la fois découvrir ses propres limites et que l’on appartient à une société plurielle. Dans notre relation aux autres nous avons à réapprendre à dire « Je » qui nous conduira à dire « Nous ». Ce « nous » suppose d’accepter la conflictualité et d’être altéré, c’est un conflit à la fois surmonté et honoré. Il y a quelque chose d’intriguant dans une relation. Nous préférons demeurer ensemble à cause de ce qui nous différencie, ce sur quoi nous ne sommes pas d’accord, plutôt que d’être séparé. Assumer notre identité c’est accepter, c’est être capable de vivre ces différentes tensions.

D’autre part, il nous faut prendre conscience qu’il y a des choses qui m’échappent et que je ne peux changer, ni échanger. Nos contemporains ont besoin de trouver une dialectique entre cette ouverture et ce lieu nécessaire pour se retrouver. L’Ecriture enseigne qu’il y a un temps pour tout. Aussi, il est important de trouver le rythme qui me fait être en plénitude. Un des chemins pour cette découverte est d’accepter de se faire confiance ; d’accepter que ce que je dis peut intéresser l’autre.

3. De quelle manière accueillir l’autre comme celui qui est « le différent de moi », mon semblable mais non mon identique ?

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ce commandement de l’Ecriture nous invite à travailler sur le thème de la ressemblance. Il s’agit, en fait, de voir le visage de l’autre là où on ne le voit pas. L’altérité consiste à se considérer soi-même comme un autre tout en sachant qu’il y a un va-et-vient permanent entre ressemblance et altérité. Il est important de rechercher une manière juste d’être en relation avec l’autre ; ce qui est différent de la proximité. Toutes les grandes religions, les grandes manifestations artistiques cherchent à manifester ce qui rapproche les êtres entre eux.  Notre société à besoin de ce rapprochement, de cette recherche de la bonne distance. Aujourd’hui notre société ne pense que les injustices et ne voit pas les humiliations, ce qui la rend donc incomplète. On ne cesse de répondre à un mal par un autre mal. C’est pourquoi il est essentiel d’établir un rapport prudent à l’égard du mal effectué.

D’autre part, même si nous avons la faculté de nous mettre à la place des autres il ne faut jamais croire trop vite que l’on est à la place des autres, croire qu’on le comprend. Il est important de travailler d’une manière dialectique sur la ressemblance et la différence ou si l’on préfère sur le couple respect/empathie. Cette dernière notion, dans son côté religieux, fait parfois peur. Mais la contraindre à rester dans le domaine religieux, où elle peut prendre le nom de « compassion », « charité », c’est la priver d’exister dans l’espace civique. Cependant, il nous faut être là aussi prudent car nos capacités d’empathie sont susceptibles d’humilier les autres. Il est important lorsque nous l’exerçons de toujours laisser une place à l’altérité, au respect car nous ne pouvons pas aller plus loin que cela dans une relation. L’altérité et le respect sont à exercer avec prudence car l’excès de l’un entraîne la domestication de l’autre, l’esclavage, et l’excès de l’autre entraîne le rejet, l’indifférence et l’exclusion. Une émulsion fine d’altérité et de ressemblance doit exister pour vivre une relation ajustée et échapper ainsi à ces deux écueils.