Retrouver la miséricorde du Père

Fils prodigue
Retrouver la miséricorde du Père

Traditionnellement, ce 4ᵉ dimanche de Carême est celui du « Laetare »  le dimanche de la joie. Le dimanche où nous entendons l’Évangile dit du « Fils prodigue ». Nous sentons que bien le calendrier s’accélère et que la grande et belle fête de Pâques approche. Les yeux de notre cœur sont fixés sur cette échéance même si nous avons que nous aurons à passer par le vendredi saint. Il n’y a pas de résurrection sans croix mais surtout il n’y a pas de foi en Christ sans la joie. Continuer la lecture de « Retrouver la miséricorde du Père »

Une Église d’étrangers

Dès les premières pages de la Bible, le croyant est confronté au déracinement, à la nécessité de quitter sa terre pour marcher vers une terre promise. Le fait de partir, de chercher à découvrir une « terre promise » est comme inscrit dans les gènes de celui qui a mis sa foi dans le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus.  C’est peut être également une invitation à ne pas rester au connu et à continuer de s’aventurer sur les routes humaines, à la rencontre de nos contemporains. Continuer la lecture de « Une Église d’étrangers »

Joyeux Carême

Le sourire du RessucitéLe compte à rebours est lancé : depuis le mercredi 13 février, nous sommes entrés en Carême. Ce temps sonne souvent comme une période triste, terne, ténébreuse. Pourtant, c’est tout le contraire. Nous sommes invités à nous préparer à festoyer aux noces de l’Agneau. Disposons nos cœurs à cette joie durant ces 40 jours qui nous séparent de Pâques. N’hésitons pas, courons à la rencontre du Christ, avec endurance, pour nous convertir et croire davantage à l’Evangile, comme nous avons été invité lors du mercredi des Cendres. Continuer la lecture de « Joyeux Carême »

Pleins feux sur les pauvres

Ces dernières semaines, les projecteurs ont été mis sur l’actualité de l’Eglise catholique en France. Ses positions fermes et définitives quant au refus du mariage pour tous préparé par le gouvernement ont été fortement relayées. Pourtant, il y aurait tant à dire sur des initiatives qui germent ici ou là quant à l’accueil de l’autre, d’autant plus lorsqu’il est en situation de pauvreté et de précarité. Il serait bon de se rappeler que l’Eglise, ce n’est pas que le Pape, les cardinaux et consorts, mais tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans cette fraternité offerte par le Christ. Ce que l’Eglise appelle la diaconie.

Dès les premières pages de l’Evangile, nous voyons Jésus choisir les apôtres pour « être avec lui ». Cette notion est, pour moi, le cœur de toute annonce de la Parole, de toute action au service de notre prochain. « Etre avec », c’est respecter l’autre, le considérer comme un alter ego, une personne digne d’intérêt. C’est parfois difficile au quotidien, et plus encore lorsque nous sommes auprès de personnes en situation de pauvreté, dont certaines mendient. C’est une vraie question que cette pauvreté pour celui qui se dit disciple du Christ. Lui-même nous a laissé une phrase choc : « Des pauvres, vous en aurez toujours » Mt 26,3. Même s’il y aura toujours un écart entre les riches et les pauvres, cela n’est aucunement satisfaisant. Depuis des années, des hommes et des femmes disciples du Christ se battent pour que des personnes parmi les plus démunies le soient moins, qu’elles puissent vivre dans des conditions les moins mauvaises possibles. Hélas, ce combat semble perdu d’avance, année après année, lorsqu’on lit les derniers rapports du Secours Catholique ou ceux du Samu Social, qui n’arrive pas à endiguer le flux de personne qui demandent un hébergement d’urgence. Que faire, si ce n’est ouvrir toujours plus de lieux d’accueil ? Or, l’espace n’est pas extensible et la ou les solutions sont sans doute autre part. Accueillir, héberger, mettre à l’abri est une bonne chose en vue, si possible, d’une insertion et d’un nouveau départ mais c’est un peu comme vider la mer à la petite cuillère.

Se battre en faveur de la justice

La phrase de Marx « les problèmes des pauvres ne trouveront pas leur solution dans l’aumône mais dans l’exigence que justice soit faite » peut nous aider à saisir qu’il s’agit bien plus d’agir en amont, de réfléchir sur les causes que d’aménager cette pauvreté. Un des axes est d’abord de mettre un point d’arrêt à la stigmatisation : les personnes en situation de pauvreté n’ont pas choisi délibérément de vivre dans cette situation, contrairement à ce que certains discours politiques de ces dernières années ont laissé entendre. Ensuite, c’est essayer de comprendre comment elles en sont arrivées là, quel est leur parcours de vie, où sont la ou les pierres qui l’ont fait trébucher. Ce dialogue patient et attentif peut aider à trouver les lieux des fractures sociales et de mettre en place des dispositifs alternatifs. La société véhicule également des modèles de réussite qui peuvent être stigmatisants et anéantir toute volonté de mener à bien un projet personnel du fait du regard de l’autre ou de la méconnaissance de dispositifs adaptés …. Tous ces éléments sont des champs d’investissement et d’investigation sur lesquels les chrétiens ont leur mot à dire. C’est une réelle question de justice. En 1971, les évêques réunis en synode sur ce thème ne disaient pas autre chose :

Agir au nom de la justice et participer à la transformation du monde sont, à nos yeux, une dimension constitutive de l’annonce de l’Evangile ou, ce qui revient au même, de la mission de l’Eglise pour la rédemption du genre humain et sa libération de toute forme d’oppression.

C’est lorsque ce souci de la justice et de la justesse de l’attitude, enracinée dans l’Evangile, sera au cœur des dispositifs que notre investissement vis-à-vis des personnes en situation de pauvreté produira des fruits pérennes.

Servir les pauvres

Le service de l’autre, c’est le service du Christ. Nous ne servons pas le pauvre pour être en règle avec l’Eglise mais parce que le Christ nous fait saisir que dans cet autre, plus fragile, se dit le véritable enjeu de la relation humaine. Cette relation est de l’ordre du don, qui n’a pour récompense que la joie du service accompli, espérant en même temps être utile à l’autre. Ce terme de service, dans l’Eglise, nous vient du grec « diakonia ». Peter-Hans Kovenbach, ancien général de la Compagnie de Jésus, en donne une très bonne définition dans un article paru en 2007 :

la signification complète de ‘diakonia’ n’est pas seulement de servir à table mais d’être un intermédiaire. Il s’agit de la personne envoyée par quelqu’un pour faire quelque chose au bénéfice de quelqu’un d’autre.

J’aime bien cette notion de « faire quelque chose au bénéfice de ». Cela oriente l’action, qui est toujours tournée vers le bien, vers une amélioration. Le service des plus pauvres est non seulement une manière de se rendre utile mais aussi d’offrir quelque chose de plus à celui que l’on sert au nom d’un autre. A l’heure où l’Eglise réfléchit à l’annonce de l’Evangile, il est important de ne pas oublier que son seul but est d’aider les hommes et les femmes de ce temps à rejoindre le Christ. Nous ne devons pas être des obstacles à cette rencontre mais, à notre manière, des relais qui disent en actes et en paroles, malgré nos propres pauvretés, quelque chose de la tendresse de Dieu.

Etre avec les pauvres

S’engager au service des pauvres ne doit pas nous faire oublier que tout service est relation. Cela doit être une invitation à nous laisser débarrasser de tout désir de pouvoir, de prendre l’avantage sur l’autre parce que je le sers. Ce service de l’autre demande une véritable écoute, une véritable attention de chaque instant. Il y a des échanges qui ne sont pas forcément de l’ordre du parler, dans cette relation qui se tisse au fur et à mesure. Ce service est avant tout une rencontre et dans cette rencontre, c’est l’humanité qui passe avant tout. Jésus, dans l’Evangile, se laisse déplacer par ses rencontres. Il invite certes à emprunter le chemin qui mène à son Père mais n’en impose pas l’itinéraire. C’est cette idée que nous devons avoir en tête dans toutes nos relations, et notamment dans celles avec des personnes en situation de pauvreté. Acceptons qu’elles puissent nous révéler des chemins pour lutter avec elles contre ces injustices qui mènent aux situations de pauvreté. Leurs paroles peuvent être tout aussi expertes, leurs opinions sont très souvent aussi, voire plus pertinentes que celles des commentateurs ou éditorialistes que l’on voit à longueur de temps sur les chaînes de télévision.

A l’heure où l’Eglise catholique réfléchit sur la manière d’annoncer ce trésor de la foi aux hommes et aux femmes de ce temps, il me semble urgent qu’elle concentre ses efforts sur cette notion vitale du service du frère, de cette diaconie plutôt que sur le mariage pour tous. Elle est en ce dernier domaine sans aucun doute victime du prisme des médias, qui ne s’intéressent à l’Eglise que lorsqu’elle parle d’(homo)-sexualité. Je pense qu’elle a suffisamment de  relais dans les sphères d’influence pour peser de tout son poids sur les décideurs et faire bénéficier de son savoir-faire, de son savoir-être et de son expertise en matière de lutte contre les exclusions. Alors, messieurs les évêques, à vous de jouer. Montrez-nous concrètement que les pauvres doivent occuper les premieres places tant dans les églises que dans les colonnes des journaux et les préoccupations des responsables politiques, en vue de trouver des solutions justes et pérennes.

Mettre l’Evangile en action

Ces derniers jours Rome a attiré l’attention des médias avec l’ouverture du procès du majordome de Benoît XVI. D’autres pulsations de la vie de l’Église catholique sont intéressantes comme le voyage du Successeur de Pierre à Lorette, sur les pas du Bienheureux Jean XXIII. Ce déplacement est signe de la volonté de Benoît XVI de remettre l’humain, hommes et femmes, au cœur de la société, au cœur de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Dans la crise actuelle, qui ne concerne pas seulement l’économie, mais plusieurs secteurs de la société. Incarnation du Fils de Dieu nous dit combien l’homme est important pour Dieu et Dieu pour l’homme.

Basilique saint Pierre à Rome - (c) PBCCes mots du Successeur de Pierre à Lorette replace la foi des chrétiens, en ce Dieu fait homme, dans une responsabilité commune. L’importance de l’amour de Dieu pour l’homme exige de lui qu’il en rende compte par sa vie et ses actions. Aimer c’est témoigner. Il ne s’agit pas d’ensemble de prescriptions, de règles à respecter mais bien d’incarner, de témoigner par son quotidien que Dieu s’intéresse à l’homme et que toutes ses activités sont donc dignes d’intérêt.
L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société
Alors que vont s’ouvrir mercredi prochain, les festivités autour des 50 ans du début du Concile Oecuménique Vatican II, il est bon de se souvenir que ce dernier fait le lien avec la vie des hommes et des femmes de ce temps. C’est d’ailleurs ce que dit dès le début un des textes de ce Concile : la Constitution Pastorale sur l’Église en ce monde et en ce temps dit :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.

L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société, elle doit être au cœur même de la vie des hommes pour y amener celui que les Chrétiens ont découvert comme celui qui les sauvait.
Élargir l’espace de sa tente
Dieu nous invite sans cesse à élargir l’espace de sa tente, à faire l’expérience de la rencontre de ses contemporains.. Dans ce texte du Concile j’entends vraiment l’appel à se mettre en route sans cesse vers ceux d’abord qui façonnent mon quotidien. Ce Salut que le Concile nous amène, à la suite du Christ, à apporter au Monde est à vivre dans cette banalité du quotidien qui se succède. Cette banalité peut se révéler extraordinaire si, avec la grâce de Dieu et la prière de nos frères et sœurs, nous tâchons de nous souvenir de cette exigence de non-condamnation de l’autre. Il ne s’agit pas de tout accepter mais d’exercer une intime bienveillance. Ce qui doit guider l’action ce n’est pas d’imposer une quelconque vérité mais de servir  de la personne humaine dans toutes ses dimensions.
Qu’est-ce qu’évangéliser ?
Benoit XVI dans son homélie d’ouverture du Synode pour la Nouvelle Évangélisation a dit que « L’Église existe pour évangéliser ». J’espère que les Pères Synodaux se poseront la question de savoir ce que cela signifie en premier lieu. Si c’est favoriser la catéchèse, la liturgie et parler boutique c’est, à mon sens, faire erreur. En revanche, si cela nous invite à « fixer le regard sur le Seigneur Jésus » et à trouver en ce monde, les signes des temps nécessaires pour rejoindre nos contemporains sur leur chemin de vie, c’est une bonne nouvelle. L’évangélisation doit d’abord passer par cette ouverture au monde voulue par Jean XXIII. Sa phrase célèbre :« Je veux ouvrir la fenêtre de l’Eglise, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous » nous y pousse. Vatican II nous invite à devenir des missionnaires de l’annonce mais cette dernière doit, à mon sens, passer par capillarité, par nos modes de vie, de pensée, par une fraternité manifestée à tout à chacun.
S’enraciner dans la Parole puis agir
Cela demande d’assumer pleinement notre héritage chrétien, d’être vraiment enraciné dans la Parole pour la vivre dans notre quotidien, telle la boussole qui indique le nord. Lire, goûter, savourer la Parole est l’oxygène du chrétien, elle nous aide à mieux entrer dans le projet de salut que Dieu nous offre. Bien que cela soit nécessaire, essentiel et indispensable, cela n’est pas suffisant pour nous qui sommes dans ce monde. Si nous voulons que le règne de Dieu s’y installe il me parait logique que nous agissions en son sein pour ceux auxquels nous sommes envoyés. C’est-à-dire qu’il faut s’atteler chaque jour davantage à ce que nos frères et sœurs en humanité, puissent vivre dans des conditions où la justice ne soit pas bafouée, où le droit ne soit pas ignoré, où la fragilité, le handicap, la dépendance ne soient pas perçus comme des freins au développement mais comme une véritable chance. Enfin, évangéliser c’est sans aucun doute tout faire pour que l’humain ne soit pas une variable d’ajustement, ni même une ressource mais un coopérateur pour permettre à Dieu de se révéler anonymement dans les petites choses, les petits gestes quotidiens.

Paroles pour Parole

Pendant que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel revêtent leur tenue de sauveur de l’Euro et des banques, sans oublier de sauver la Grèce de la faillite (ce qui est tout de même une bonne nouvelle), les déclarations idiotes, iniques et ubuesques de certains ministres français demeurent. Il est vrai que la campagne pour 2012 s’est intensifiée, que le sortant sort du bois et que, celui que je soutiens, François Hollande, est en capacité de le remplacer. Cependant, une parole de l’Ecriture, entendue récemment, me semble être un point d’appui essentiel si nous voulons reprendre notre dignité et surtout, permettre à ceux que notre mépris ou tout simplement notre peur en prive, la retrouve.

 A croire que nous sommes sans cesse dans cet effet de balancier qui vise à ce que tout ce qui peut être positif se transforme en négatif. C’est une des forces majeures de ce gouvernement : la course à la proposition la plus immensément démagogique sans aucun lien avec le bien-être des personnes. Mais, à bien y réfléchir, nos gouvernants ne vivent peut être pas dans le même monde que nous. Ils ne connaissent pas les fins de mois difficiles, ni la nécessité de payer des factures toujours plus fortes pour ceux qui ont des revenus de moins en moins élevés. J’en veux pour preuve la déclaration de M. Wauquiez  (leader de la droite sociale – sic)  de « réserver une partie des logements sociaux à ceux qui travaillent. ». Faut-il comprendre que pour ce ministre de la République, chargé de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, les personnes sans emploi le font, non seulement exprès, mais sont en plus des profiteurs qui ont un magot leur permettant d’avoir une résidence principale confortable à… Neuilly ? Ou bien encore dernièrement l’évocation par certains parlementaires de créer un nouveau de taux de TVA pour renflouer les caisses de l’Etat. Si j’en crois les informations entendues récemment ce serait sur des produits qui aujourd’hui sont à 5.5% comme les plats préparés. Comme par hasard, une fois encore ( ?) ce sont des produits souvent achetés par des personnes aux revenues modestes… Nous marchons vraiment sur la tête et il est vraiment temps que nous changions de méthode de gouvernement, de gouvernants et, plus largement de manière de considérer nos concitoyens. Le Général de Gaulle avait dit que les Français étaient des veaux… Alors faisons honneur à cette expression et saisissons-nous de notre instinct grégaire pour affirmer démocratiquement, en 2012, notre volonté de changement.

 Il est de notoriété publique que je soutiens François Hollande. C’est un soutien raisonné car je crois qu’il est capable de battre Nicolas Sarkozy et de proposer un autre modèle aux Français. Pour autant, je ne crois pas aux miracles, ni aux belles déclarations. Je crois le candidat du PS lorsqu’il dit, dans son discours d’investiture, avoir entendu (et écouté j’espère) les souffrances des plus fragiles, de ceux qui travaillent et ne peuvent vivre que difficilement de ces revenus. Egalement, lorsqu’il manifeste sa confiance dans la capacité de mobilisation et de sursaut des Français. Mais, et il y a toujours un mais, s’il est élu, quelle sera sa capacité d’action, quelles marges de manœuvres aura-t-il dans une économie qui est de plus mondialisée où la finance a bien (trop) souvent plus de poids que le politique. Aura-t-il non pas la volonté mais cette désobéissante pugnacité de mener à bien son désir que « le rêve français », dont il est l’ardent défenseur, devienne réalité ? Ses quatre principes présentés lors de son investiture, comme candidat du PS, semble l’augurer et cette volonté de vérité, transparence, volonté et justice me permette de le croire. Alors, avec François Hollande partons à l’assaut et tâchons de permettre à cette espérance qu’il promeut de devenir réalité.

 Toutefois et conscient de l’impératif de séparation des pouvoirs entre le spirituel et le temporel et celui de non confusion des champs d’investissement, je ne peux m’empêcher de penser que l’Ecriture peut être utile dans un discernement chrétien en vue de l’action politique. Un passage de l’écriture me reste ancré dans le cœur depuis la fin de la semaine dernière. Il s’agit d’une lecture tirée du livre de l’Exode (22, 20-26) :

Quand Moïse transmettait au peuple les lois du Seigneur, il disait : « Tu ne maltraiteras point l’immigré qui réside chez toi, tu ne l’opprimeras point, car vous étiez vous-mêmes des immigrés en Égypte. Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. Ma colère s’enflammera et je vous ferai périr par l’épée : vos femmes deviendront veuves, et vos fils, orphelins.
Si tu prêtes de l’argent à quelqu’un de mon peuple, à un pauvre parmi tes frères, tu n’agiras pas envers lui comme un usurier : tu ne lui imposeras pas d’intérêts. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil. C’est tout ce qu’il a pour se couvrir ; c’est le manteau dont il s’enveloppe, la seule couverture qu’il ait pour dormir. S’il crie vers moi, je l’écouterai, car moi, je suis compatissant ! »

C’est en quelque sorte la profession de foi de Dieu. Dans ce texte, Dieu fait saisir à son peuple qu’il ne le laissera maltraiter le plus démuni, celui qui est immigré, affamé, transit de froid. Ce texte n’est pas non plus angélique mais juste ; il met au centre de l’action l’homme. Au delà de toute dette ce qui doit être préservé c’est l’intégrité de l’homme, ne pas l’accabler ni lui faire rendre gorge parce qu’il doit quelques subsides. Cette attitude de respect à l’égard du prochain et surtout du « blessé de la vie » devrait nous faire réfléchir bien au-delà de la sphère ecclésiale et de la prédication domicile plus ou moins bien réussie. Il s’agit d’un enjeu d’humanité : celui de considérer l’autre de la même manière que j’aimerai être considéré par lui. C’est un présupposé chrétien mais surtout un présupposé humain.

Peut être que nos édiles et surtout ceux qui aspirent à la magistrature suprême devraient lire et relire ce texte le matin en se rasant. Ils y trouveraient, sans aucun doute, de quoi nourrir leur action politique et démocratique. Mais, la condition à la fois ultime et première est que ces mots aient véritablement un sens pour eux.

« Voir le visage de l’autre là où on ne le voit pas »

Olivier AbelOlivier Abel, disciple de Paul, Ricoeur, professeur de philosophie, d’éthique à la Faculté Libre de Théologie Protestante de Paris a accepté de répondre, pour l’Armée du Salut, aux questions posées par votre serviteur.

 

1. L’autorité est souvent perçue comme une course au pouvoir, ou comme la satisfaction d’un besoin de posséder, de maîtriser. Peut-on la comprendre autrement que ce qui m’empêche d’être libre ?

L’autorité est le propre de ceux qui se sont retirés du pouvoir et qui permettent ainsi aux autres de prendre pleinement leur place. Elle est ce que l’on reconnaît, ce qui permet de grandir. Cette reconnaissance est liée à l’autonomie de celui qui en est le sujet. Sans cela, il ne peut y avoir d’autorité. Egalement, il est important de se rappeler la distinction effectuée par Hannah Arendt entre autorité et pouvoir. Pour cette philosophe, le pouvoir s’exerce tout d’abord à plusieurs et consiste en la capacité de faire, le pouvoir de réaliser. Quant à l’autorité, il faut selon elle revenir au Sénat romain, constitué d’anciens magistrats, et qui n’avait aucun pouvoir, mais auquel revenait d’autoriser, et d’approuver. Le pouvoir consulaire pouvait très bien se passer de l’autorité mais il n’avait alors pas son appui.

Ce rapport à l’autorité est ce qui manque à nos démocraties. Il faudrait penser mieux cette dialectique entre pouvoir et autorité. Par exemple, il pourrait être souhaitable d’élargir les fonctions du Sénat à tous ceux qui se seront retirés des offices et pouvoirs dans les différentes sphères d’activité. Nous sommes, aujourd’hui, dans une conception gestionnaire ; nous manquons d’imagination. Quant aux relations entre ceux qui font notre société, les rapports d’égal à égal sont valorisés, cela crée alors une dimension de soupçon quant au rapport vertical. Il devient nécessaire de le penser autrement. Il nous faut toujours avoir à l’esprit que tout ordre, tout impératif doit être toujours d’amour. On ne peut obliger par la langue, si on ne mobilise pas par le cœur. L’obéissance doit toujours venir de l’intérieur, d’un consentement libre comme en réponse à un appel ; le philosophe Paul Ricoeur parlait d’obéissance aimante.

2. L’identité est un concept qui revient sur le devant de la scène. Comment la concevoir comme une dynamique, le fruit d’une histoire et non comme un carcan ?

La demande d’identité me semble la contrepartie de l’injonction à la modernité. Cette idée d’une ouverture générale ; d’une sorte de melting-pot où l’on peut toujours recommencer, qu’il est possible de se faire une identité ailleurs. Certes, au cœur de cela, il y a une dimension mystique. En Christ tout serait interchangeable, dans une charité absolue où l’identité individuelle n’est pas ce qui importe. Mais nous devons prendre garde à ne pas sous-estimer le besoin d’identité, le besoin d’inéchangeable, et finalement le besoin de finitude. En ce sens cette relativisation de l’identité est plus facile pour les « nantis », je veux dire pour ceux qui ont beaucoup d’identité, que pour ceux qui sont ballottés de lieux en lieux, contraints à fuir, les migrants. Des individus détachés de leurs racines vont rechercher des groupes identitaires.

Mais nous devons aussi avoir conscience que nous venons d’origines plurielles. Il faut développer le sentiment de multi appartenance. Les personnes ne sont ni jetées dans un melting-pot, ni ghettoïsées. Il est tout à fait possible d’être ceci et cela. Il y a des profils pluriels, de la même manière que personne n’est tout. L’identité est quelque chose d’ondulatoire et nous devons la chercher autant autour de la notion de promesse autant que dans un rapport élargi au passé, ce que nous ne faisons plus.

Ensuite, la rencontre de l’autre est essentielle. Mais pour que cela soit possible, il faut qu’il y ait un autre. Cela exige la découverte de soi qui se fait aussi dans la rencontre. En découvrant l’étroitesse de l’autre, je découvre la mienne propre. Il faut à la fois découvrir ses propres limites et que l’on appartient à une société plurielle. Dans notre relation aux autres nous avons à réapprendre à dire « Je » qui nous conduira à dire « Nous ». Ce « nous » suppose d’accepter la conflictualité et d’être altéré, c’est un conflit à la fois surmonté et honoré. Il y a quelque chose d’intriguant dans une relation. Nous préférons demeurer ensemble à cause de ce qui nous différencie, ce sur quoi nous ne sommes pas d’accord, plutôt que d’être séparé. Assumer notre identité c’est accepter, c’est être capable de vivre ces différentes tensions.

D’autre part, il nous faut prendre conscience qu’il y a des choses qui m’échappent et que je ne peux changer, ni échanger. Nos contemporains ont besoin de trouver une dialectique entre cette ouverture et ce lieu nécessaire pour se retrouver. L’Ecriture enseigne qu’il y a un temps pour tout. Aussi, il est important de trouver le rythme qui me fait être en plénitude. Un des chemins pour cette découverte est d’accepter de se faire confiance ; d’accepter que ce que je dis peut intéresser l’autre.

3. De quelle manière accueillir l’autre comme celui qui est « le différent de moi », mon semblable mais non mon identique ?

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ce commandement de l’Ecriture nous invite à travailler sur le thème de la ressemblance. Il s’agit, en fait, de voir le visage de l’autre là où on ne le voit pas. L’altérité consiste à se considérer soi-même comme un autre tout en sachant qu’il y a un va-et-vient permanent entre ressemblance et altérité. Il est important de rechercher une manière juste d’être en relation avec l’autre ; ce qui est différent de la proximité. Toutes les grandes religions, les grandes manifestations artistiques cherchent à manifester ce qui rapproche les êtres entre eux.  Notre société à besoin de ce rapprochement, de cette recherche de la bonne distance. Aujourd’hui notre société ne pense que les injustices et ne voit pas les humiliations, ce qui la rend donc incomplète. On ne cesse de répondre à un mal par un autre mal. C’est pourquoi il est essentiel d’établir un rapport prudent à l’égard du mal effectué.

D’autre part, même si nous avons la faculté de nous mettre à la place des autres il ne faut jamais croire trop vite que l’on est à la place des autres, croire qu’on le comprend. Il est important de travailler d’une manière dialectique sur la ressemblance et la différence ou si l’on préfère sur le couple respect/empathie. Cette dernière notion, dans son côté religieux, fait parfois peur. Mais la contraindre à rester dans le domaine religieux, où elle peut prendre le nom de « compassion », « charité », c’est la priver d’exister dans l’espace civique. Cependant, il nous faut être là aussi prudent car nos capacités d’empathie sont susceptibles d’humilier les autres. Il est important lorsque nous l’exerçons de toujours laisser une place à l’altérité, au respect car nous ne pouvons pas aller plus loin que cela dans une relation. L’altérité et le respect sont à exercer avec prudence car l’excès de l’un entraîne la domestication de l’autre, l’esclavage, et l’excès de l’autre entraîne le rejet, l’indifférence et l’exclusion. Une émulsion fine d’altérité et de ressemblance doit exister pour vivre une relation ajustée et échapper ainsi à ces deux écueils.

La Contemplation dans l’action


Il nous arrive parfois de tout attendre de Dieu, de nous comporter en notre monde comme spectateur de la scène où Dieu jouerait. Ainsi, il est facile de se lamenter et de s’interroger sur l’action de Dieu en notre monde. L’Ecriture nous enseigne, depuis ses premières pages, que Dieu nous a offert la liberté afin que nous soyons « les intendants bons et fidèles » de sa création. Il nous place dans une attitude de responsabilité avec pour mission une véritable vigilance, non seulement quant au monde dans lequel nous vivons et évoluons, mais surtout à l’égard de nos frères et sœurs avec lesquels nous le partageons.
Parfois, nous pouvons être tentés, poussés par l’esprit de concurrence latent qui règne dans nos sociétés, de fragiliser l’autre, de le mépriser et de faire en sorte qu’il fasse une erreur. Cette attitude est contraire à ceux qui se réclament du Christ et nécessite une vraie conversion, un changement radical de comportement. Il ne s’agit pas de respecter une consigne mais bien d’établir le règne de la Paix et de la Justice dans notre monde.
La contemplation du Christ peut nous aider à sortir d’une sorte de légalisme religieux afin de rechercher ce qui nous fait grandir davantage. Il ne s’agit pas non plus de se comporter en mercenaire de l’Amour de Dieu. La justesse d’attitude et d’action doit guider nos vies. Nous pourrons alors rechercher les modalités concrètes qui améliorent le quotidien de chacun. Quand le Christ reprochait aux pharisiens leurs comportements ce n’était pas pour les enfoncer, mais pour leur montrer le contraste qui existait entre leurs paroles, la Parole qu’ils proclamaient, et leurs vies. Nous aussi, nous sommes constamment invités à mesurer cet écart afin de nous accorder à la douce mélodie de l’Amour  du Père, qu’Il ne cesse de nous porter malgré nos fragilités et nos faiblesses.
Gardons confiance dans le don de l’Esprit et relevons nos manches pour que ce monde soit habitable pour chacun.