Noël : une révolution

Noël : une révolutionEn cette nuit de Noël, Dieu choisit de faire en nous sa demeure pour que nous nous établissions en Lui.  Dieu a choisi de s’allier avec nous en se faisant homme. Voilà la vraie révolution, celle que nous promet Dieu. Ce choix de Dieu est inaliénable et profondément gratuit. Pour autant, si nous reconnaissons l’enfant de la crèche comme « Celui qui vient libérer nos vies » cela exige de notre part de reconnaître que Sa confiance nous entraîne, nous émonde, nous édifie. Cette confiance de Dieu doit nous conduire à vivre de sa Joie, guidés par sa lumière.
Tout au long du temps de l’Avent qui vient de se terminer, la tradition veut que chaque dimanche une bougie soit allumée. Cette lumière nous la retrouvons dans la première lecture de cette nuit de Noël. Nous avons entendu « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur le pays de l’ombre une lumière a resplendi » dans le livre d’Isaïe. Même si nous avons la foi, la connaissance de la divinité du Christ mort et ressuscité dont nous célébrons la naissance cette nuit, nos vies sont parfois ténébreuses. Le quotidien nous pèse, les soucis nous envahissent, même à la messe. Nous avons du mal à faire de la place à l’annonce de la Bonne Nouvelle. Reconnaissons humblement ces pauvretés, ces contingences qui font notre humanité. Mais, ne cédons pas à la culpabilité. Dieu vient nous retrouver dans ces espaces d’ombre. Il vient – pourvu que nous l’accueillions – les habiter pour que nous-même nous acceptions de faire cohabiter notre vie avec le don de Dieu. Il vient se révéler aujourd’hui dans le silence et la simplicité de cette mangeoire. Il s’offre à nous pour que nous nous offrions à Lui. Ainsi, nous serons assuré de cette joie que nous annoncent les textes de la liturgie.
Jalons
Lumière et joie sont les deux mots que nous pouvons retenir pour cette nuit de Noël. Ce sont deux mots, jalons pour notre route à la suite du Christ, ce sont comme deux bâtons pour nous aider dans notre marche à la rencontre de nos contemporains. Cette lumière est ce qui nous permet de tenir dans cette joie à la fois promise et donnée. La Joie de Dieu n’est pas forcément l’exubérance, le rire aux éclats et autres manifestations plus ou moins brillantes. Cette joie est ce don offert et sans cesse renouvelé, qui nous enracine dans l’espérance. C’est cette assurance d’un amour par dessus tout, qui nous aide à tenir dans la fidélité non seulement à la foi reçue des apôtres mais surtout à tout ce que nous avons promis, à ce à quoi nous nous sommes engagés. Nous tenons parce qu’un autre nous fait tenir. Tels Marie et Joseph qui se sont engagés à suivre les demandes de Dieu par les paroles des Anges.
Confiance
« Ne crains pas » leur a dit l’Ange. Nous pourrions comprendre fais-moi confiance car  Dieu nous dit que sa parole est une Parole de Vie qui nous emmènera bien plus loin que nous pouvons imaginer. Faire confiance à Dieu est aussi une révolution. C’est-à-dire que cela nous conduit à venir à l’origine, au fondement de ce qui nous fait devenir chaque jour davantage « Enfant de Dieu » : l’Amour inconditionnel de ce Dieu qui nous offre cette nuit son Fils unique. Croire en l’Amour c’est bien souvent ce qui nous manque pour que notre vie puisse être pleinement déployée et que nous vivions de cette vie en abondance promise et annoncée par le Christ. Noël c’est aussi accueillir l’inouï de la vie que le Père nous donne en la naissance de son fils, cet enfant que nous contemplons aussi dans l’humble mangeoire de la crèche.
Accueillir, faire confiance à Dieu c’est donc marcher avec Lui qui est la lumière par excellence pour que nos vies soient porteuses de Sa Joie. Voici donc la proposition que Dieu nous fait en cette nuit particulière. Entrons donc avec un cœur émerveillé dans cette invitation que le Seigneur nous fait ce soir. Avec Lui et en communion les uns avec les autres autres, aidés par le Saint Esprit, nous goûterons à sa tendresse qu’il ne cesse de nous offrir, jour après jour.

Pour une diplomatie de la paix en Syrie

(c) JRS InternationalDepuis 3 ans, la situation de la Syrie ne fait que s’aggraver. Le Pape François avait au cœur cette situation catastrophique lors de son message de Noël. Ce sont 8 millions de personnes qui sont déplacés soit l’équivalent de la ville de New-York. Des centaines de milliers de Syriens sont assignés à résidence dans des zones contrôlées par les forces gouvernementales et assiégées par des groupes de l’opposition. Continuer la lecture de « Pour une diplomatie de la paix en Syrie »

Une Église d’étrangers

Dès les premières pages de la Bible, le croyant est confronté au déracinement, à la nécessité de quitter sa terre pour marcher vers une terre promise. Le fait de partir, de chercher à découvrir une « terre promise » est comme inscrit dans les gènes de celui qui a mis sa foi dans le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus.  C’est peut être également une invitation à ne pas rester au connu et à continuer de s’aventurer sur les routes humaines, à la rencontre de nos contemporains. Continuer la lecture de « Une Église d’étrangers »

Retrouver l’Humain

la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre
La technologie devient un bouclier, une armure

Notre société nous abreuve d’informations à travers le flux continu des chaînes d’informations, radios, médias, internet… A vrai dire, est-ce vraiment de l’information car nous manquons de recul et de temps pour assimiler toutes ces données. Tout va vite, tout va trop vite pour comprendre les enjeux de notre société et le plus grave est que nous y devenons addictifs. Parfois, nous aimerions pouvoir dire « pouce » comme lors des jeux d’enfants. Mais, ce qui m’interroge le plus c’est que derrière toutes ces informations, il y a la vie des hommes, des femmes, des enfants.  Nous avons l’impression que tout cela se passe dans un univers parallèle, quelque part mais pas  dans notre monde. Il me semble plus qu’urgent de prendre le temps de ressaisir cet essentiel, de remettre, plus que jamais, la personne humaine au cœur de notre monde.

Dieu choisit l’Homme

Dans les Exercices spirituels d’Ignace de Loyola, le passage de la contemplation de l’incarnation dit bien le choix de Dieu d’épouser notre humanité. Ignace invite le retraitant à

demander une connaissance intérieure du Seigneur qui, pour moi s’est fait homme afin que je l’aime et le suive davantage

L’intention de Dieu dans cette décision de rejoindre l’homme est de le sauver, de le conduire sur le chemin du partage, de l’échange. Il désire que celui qu’il a créé à son image soit davantage tourné vers l’altérité et la générosité que vers le repli sur soi et l’égocentrisme. Cela peut ressembler à un vœu pieux dans notre temps où la guerre est souvent plus prompte à être déclarée que les traités de paix et les pactes de non agression voire de coopération à être signés. Je ne parle pas tant des guerres avec les armes à feux, comme aujourd’hui au Mali ou bien encore en Syrie, mais de celles quotidiennes dans nos lieux de vie, de travail.

S’enrichir des différences

Nous avons tellement souvent soif de reconnaissance, de paraître, de posséder que nous oublions que l’autre est notre semblable. Qu’il est doté, lui aussi, de désir, de passion, de préoccupation. Pourquoi vouloir le réduire à un objet, à un exécutant qui n’a pas son mot à dire car il n’est pas décideur ? Ne pourrions-nous pas essayer de changer nos manières de voir nos contemporains, essayer, ne serait-ce qu’une fois, d’accepter leur  diversité qui fait peur. Si l’autre ne pense pas comme moi, je peux peut-être essayer de saisir comment cet écart peut porter des fruits. Il ne s’agit pas de niveler les points de vue, mais de les comprendre, de prendre le temps de les saisir pour ce qu’ils sont et non pour ce que je voudrais qu’ils soient. Il y a beaucoup trop souvent de malentendus dans nos échanges malgré les moyens modernes de communication. Ces derniers, au lieu de nous rapprocher, creusent la distance. Il devient commode d’envoyer un courriel au lieu de prendre son téléphone ou de se déplacer pour franchir la porte de l’autre. Cela devient un obstacle à la rencontre et la technologie devient un bouclier, une armure qui fait écran à cette indispensable rencontre.

La bienveillance en premier

Se souvenir de ce choix de Dieu en faveur de l’homme doit nous aider à saisir que l’entente, le dialogue est une manière de servir à la construction du Royaume. Acceptons de nous décentrer afin d’entrer dans une attitude d’écoute bienveillante de l’autre. Privilégions la conciliation à la confrontation. Nul n’est propriétaire de la vérité, aucune position personnelle ne doit être imposée à l’autre sous forme de diktat. Soyons dans une attitude de réception bienveillante de la parole de l’autre. Même si nous aimons avoir raison, il faut nous habituer à habiter notre temps avec une attitude humble ; acceptant que la fragilité de ma parole puisse rejoindre celle de celui qui me parle. Nous ne sommes pas des robots qui réagissent selon une programmation prédéfinie. Nous sommes des êtres de chair, d’os et de cœur héritiers d’un parcours de vie singulier qui oriente une manière de penser et de vivre qui, cependant, peut évoluer avec les rencontres, les lectures… tout ce qui dans notre vie nous déplace, nous transforme et nous fait devenir chaque jour davantage ressemblance avec ce Christ qui a choisi de nous rencontrer en épousant notre humanité.

Faire le bien

Dans les pages de l’Evangile, il est inscrit que Jésus passait en faisant le bien. Faire le bien pourrait être une invitation concrète afin de rejoindre le Christ. Souvent la distance qui nous sépare de nos contemporains est la même qui nous sépare du Christ. Nous ne pouvons pas aller à Dieu, si nous n’allons pas vers nos frères. Ils ne sont pas nos ennemis, des empêcheurs de tourner en rond mais, comme nous, invités à collaborer à l’œuvre de Dieu et à contribuer à construire la Cité de Dieu dans la Cité des Hommes. Un des obstacles pour que ces deux cités se rencontrent est, sans doute, notre quête incessante de productivité et de pouvoir, nous en voulons toujours plus et n’en avons jamais assez : un peu comme des enfants gâtés capricieux. Dans le même temps nous voulons tout maîtriser, les machines comme notre destin ou nos relations. C’est là une quête vaine, nul n’a connaissance de son avenir  et les autres ne pourront jamais être à l’image de nos désirs. Mettons le respect en premier dans nos rencontres, gardons au cœur et à l’esprit que l’autre est digne d’intérêt, que sa valeur ne réside pas en sa puissance de travail ou d’influence. Ce qui devrait faire notre joie c’est cette alliance entre sa singularité et ma singularité. Ensemble, cherchons à construire une œuvre commune fondée sur l’épanouissement et la croissance de l’humanité de chacun.

La crèche : berceau pour aimer !

En enfant nous est né, un fils nous est donné
En enfant nous est né, un fils nous est donné

Nous sommes arrivés à cette belle fête de Noël. Ce temps où le Seigneur vient nous retire qu’aucunes ténèbres n’aura le dernier mot. La lumière, sa lumière vient jaillir au plus cœur de la nuit pour transformer nos désespérances en éternelle espérance; nos peurs en consolations, nos doutes en conviction que l’Amour a et aura toujours le dernier mot.

Entrons dans le mystère de Noël

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; sur ceux qui habitaient le pays de l’ombre, une lumière a resplendi – Isaïe 9, 1

Le prophète Isaïe par cette parole prophétique et poétique vient nous aider à entrer dans le mystère de Noël. Cette grande lumière qui resplendit peut évoquer toutes ces vitrines des grands magasins qui s’animent de toutes parts en cette période. Ces éclairages nous attirent vers ces nouveaux sanctuaires afin de consommer et de dépenser quelques subsides. La lumière qui nous est amenée par la venue du Christ en notre chair, en cette nuit de la Nativité, est aussi une invitation à nous déplacer, à aller voir ce qui se passe. Mais c’est un paradoxe auquel nous sommes ici renvoyé : il n’y a rien de bien grandiose à voir, pas de miracle, pas de lumière scintillante seulement un tout petit bébé, dans une mangeoire, au fond d’une étable entouré de ces parents. A Noël, Dieu, au travers la fragilité de la vie, de l’enfant qui nait, vient nous inviter à estimer la manière dont la lumière vient dissiper nos ténèbres.

L’Amour en partage

Trop souvent nous passons à côté de ce qui pourrait nous combler car trop attachés à ce qui nous fait paraître aux yeux des autres. Le Christ, en son incarnation, a choisi un tout autre champ. Il vient à nous dans la simplicité, déjà offert en partage par amour. C’est le cadeau de Noël que Dieu nous fait ; un amour inconditionnel et un appel à cette ressemblance. Devant l’enfant de la crèche, nous pouvons prendre un temps de prière pour contempler le verbe qui s’est fait chair. Sa fragilité nous dit l’option que Dieu a choisie pour régner dans ce monde : Etre. Un enfant qui vient de naître incarne cet être, il n’a rien, ne possède rien. Sa seule richesse est l’amour et le bonheur de ses parents.

En son incarnation, Dieu nous invite à entrer dans ce déplacement qui consiste d’abord à savourer ce qui nous fait exister, ce qui donne à notre existence son importance : pouvoir aimer et être aimé. C’est tout simple mais cela demande de notre part, une véritable conversion. En cette nuit de Noël, demandons tout simplement à Dieu de nous donner la grâce d’un amour sincère et véritable qui porte du fruit

L’urgence n’est pas le sexe mais l’Amour

La Prière pour la France écrite et proposée par André Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris a déchaîné les passions (surtout celles de la braguette) et a ouvert l’inénarrable boîte de Pandore des rapports entre le sexe et l’Eglise. Le site A la table des chrétiens de gauche traite cette question sous la plume de René Poujol. Certes, le sexe et l’Eglise forment un couple chaotique, leur cohabitation ne semble pas être des plus faciles mais aujourd’hui, n’il y a-t-il pas d’autres urgences que de se cristalliser sur le bas ventre ? Même si c’est de là que la vie provient, ne pourrions-nous pas nous élever et tâcher de faire entendre autre chose que ce sempiternel refrain « l’Eglise est contre le sexe » ?

La position du missionnaire c'est renconter l’autre  - DRL’Eglise et la sexualité c’est un peu comme les feux de l’amour ou autre série fleuve. Cela revient sur le devant de la scène, comme ça, parce qu’un prélat a osé prendre une position, souvent prudente, un tantinet sibylline et peut être maladroite. S’en suivent les gros titres des journaux, des échanges enflammés sur les réseaux sociaux et de nombreux billets sur des blogs. Tant mieux ! Cela crée du débat, de l’émulation mais c’est souvent vain car chacun campe sur ses positions. Certains, dans l’Eglise, ne sont d’ailleurs pas en reste quant à cette obstination.

La sexualité en dialogue

Nous pouvons trouver parmi les ardents défenseurs de cette position dure les passionnés d’ornements ecclésiaux et autres lingeries en dentelles… mais ne généralisons pas… Il m’apparaît important de sortir de cette stérilité en débat pour entrer, enfin, en dialogue. N’est-ce pas d’ailleurs le point d’ancrage de toute vie le dialogue ? Nous sommes toujours gagnant à ouvrir l’échange, à la condition d’une part de bien comprendre ce que l’autre dit, et d’autre part d’accepter d’être déplacé dans sa compréhension des choses. Sinon, c’est une perte de temps. Un ami prêtre me disait récemment que lorsqu’il doit écrire quelque chose à propos du couple, de la morale sexuelle il se tourne naturellement vers plusieurs de ses amis mariés ou en couple qui connaissent bien mieux la réalité que lui, célibataire pour le Royaume. Il n’est sans doute pas le seul dans cette situation mais cela donne une méthode humble qui m’apparaît pertinente. L’institution ecclésiale n’est pas omnisciente et en matière de sexualité sa pratique est assez limitée. Nos clercs ont certes aussi à faire des efforts dans ce domaine, mais chacun a des torts. Les médias en premier : quand l’Eglise parle de régulation financière, de dignité des conditions de travail, travaille au milieu des nations pour que la paix puisse voir le jour… nul, sauf la presse spécialisée, n’en parle. Pourtant l’information existe et est accessible à qui veut bien se donner la peine de chercher.

L’urgence n’est pas le sexe

Pour moi, l’urgence pour l’Eglise ne réside en des questions de sexe, d’homosexualité, de pilules, préservatifs et autre questions contraceptives. Elles sont intéressantes mais dans une vue d’ensemble, dans une réflexion sur ce que chacun veut faire de sa vie. De quelle manière il veut vivre son rapport aux autres. Cela demande de pouvoir éclairer sa conscience. L’urgence, pour l’Eglise, est d’annoncer le Seigneur « jusqu’à ce qu’il revienne », comme nous le chantons à la messe. Annoncer le Christ ce n’est pas dire « fais pas çi, fais pas ça ». Même si’institution ecclésiale s’est bien permise de le faire durant trop longtemps en montant en épingle l’enfer et les phrases de type : « c’est le petit Jésus qui t’a puni ». Pendant trop longtemps, il y a eu une infantilisation, une mainmise sur les fidèles pour mieux, sans doute, les manipuler. Mais les temps et les mentalités ont changé, le Concile Vatican II est passé par là et les fenêtres de l’Eglise ont été invitées à s’ouvrir. La Mission de l’Eglise c’est d’annoncer que Dieu aime infiniment chacun.

La raison d’être de l’Eglise c’est l’annonce de l’Evangile

La position première du chrétien doit être celle du missionnaire ; elle devrait être pour chacun une nécessité comme le dit Paul dans son épitre aux chrétiens de Corinthe (1 Co 9, 16). Etre missionnaire c’est aller à la rencontre de l’autre, des autres, ce qui demande du temps, de la conversion, et une ouverture de cœur à toute épreuve. Rencontrer l’autre dans une attitude de respect, plus prompt à sauver sa proposition qu’à la condamner, comme dirait Ignace. La position est délicate car nous sommes souvent tentés d’imposer notre point de vue avant même d’avoir entendu celui de l’autre. Et, en même temps, annoncer l’Evangile ce n’est pas simplement bavarder, échanger c’est témoigner que celui qui me fait vivre s’est fait chair. L’urgence est l’annonce que ce Dieu nous convoque à l’Amour et veut que nous le vivions avec nos contemporains. Ce qui demande d’être vigilant et combattif à toutes les situations où la dignité de l’homme est menacée notamment lorsqu’il connaît des situations de précarité ou de pauvreté. Là est l’urgence, là nous devrions mobiliser nos énergies pour chercher ensemble comment dire Dieu aux hommes et aux femmes de ce temps. Comment témoigner sans prosélytisme, dans le respect mais avec la passion de l’Evangile au corps et au cœur. Voilà ce qui me paraît plus important que nos histoires de fesses. Notre devoir de chrétien est de montrer que nous sommes le prochain de notre prochain et non de condamner tout ce qui ne nous semblerait subversif.

J’espère que le synode qui se déroulera à Rome en octobre prochain sur la nouvelle évangélisation permettra un renversement de vapeur. Que la priorité sera davantage mise sur les questions de l’annonce, sur la manière de rejoindre les hommes et les femmes de notre temps dans leurs questionnements vitaux plutôt que sur ces questions de sexualité, non négligeables mais qui ne me semblent pas, aujourd’hui, l’urgence. C’est en partant de l’expérience, de la vie de nos contemporains que nous trouverons la manière de les rejoindre en leur témoignant de la vie de Celui qui nous fait vivre. Cela demande de sortir de nos idées toutes faites, de puiser dans la richesse de la tradition de l’Eglise et de faire preuve d’une généreuse inventivité. Dieu, à nous d’inventer la vie qui va avec !

Consentir à la volonté de Dieu

Suivre le Christ
Suivre le Christ

Devant les tribulations de ce monde où les peuples s’entre-déchirent et les dirigeants exacerbent la partie la plus vile de leur autorité, de leur humanité, je me suis senti un peu oppressé et perdu. Est-ce possible que tout aille de mal en pis, que l’Etre humain n’ait rien appris de son passé, que l’histoire soit vaine ? Et puis ce moment de découragement passé, il m’est revenu à l’esprit un passage des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola. Fidèle à cette tradition spirituelle, je me suis dit que l’Esprit Saint aidant, Dieu désirait me faire saisir sa présence active en ce monde.

Ignace de Loyola, dans ce passage (Ex. sp. 102) nous demande de contempler l’incarnation. L’histoire que nous donne à saisir le fondateur de la Compagnie de Jésus est lorsque les trois personnes divines ont décidé que la seconde « se fasse homme afin de sauver le genre humain ». Cette thématique du Salut de tout les hommes m’a interpellé en ce temps de Carême d’autant plus que la décision de Dieu est la conséquence de la conduite des hommes qui « descendaient tous en enfers ». Il est ici question du Salut qui résonne avec celle de la liberté des l’homme d’ignorer l’appel à la Vie que Dieu leur fait. Cette histoire peut ressembler à une sorte d’ingérence dans l’histoire des Hommes. « En quoi devrais-je obéir à Dieu, cela amputerait ma liberté » sommes-nous susceptibles de rétorquer. Cependant, nous ne pouvons tout de même reprocher à Dieu, à l’auteur de nos jours, de chercher à nous montrer le sens de la vie et sa raison d’être. Voilà le sens pour moi que prend cette délibération que nous demande de contempler Ignace de Loyola pour entrer dans le projet de Dieu de nous sauver.

L’auteur des Exercices veut aussi nous inviter à entrer dans une « connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin que je l’aime et le suive davantage » (Ex. sp. 104). Il s’agit d’entrer en communion personnelle avec le Christ, avec celui qui s’est incarné pour nous, pour nous sauver. Ignace avant toute chose nous invite à une intimité avec le Christ, à devenir, par sa seule grâce, son compagnon. Cette invitation peut nous faire comprendre que le Salut n’est pas d’abord d’agir pour agir mais agir dans et au nom de quelqu’un et de quelque chose. Nous pouvons toujours parcourir le monde, faire le bien autour de nous, nous dévouer en toutes choses, toutes œuvres de charité si nous ne sommes pas d’abord enracinés dans un désir mature nous risquons d’être déçu et d’y perdre notre vie.

Le désir dans notre vie est essentiel. Il ne faut pas confondre désir et convoitise. Le désir consiste à croire, à se développer, à rechercher une communion, une plénitude. Lé désir est en quelque sorte le consentement de la liberté. Ignace dans ce passage des Exercices nous fait demander au Seigneur d’accroitre notre désir de le suivre au plus près et en même temps nous donne de sentir et de goûter, au plus intime de ce que nous sommes, le désir, la volonté, l’ambition, la sagesse des trois personnes divines de sauver les hommes qui se dirigent « tous en enfer » par le don de la « seconde personne ».

Pâques est, par conséquent, l’achèvement du projet de Dieu, commencé à l’incarnation, de vivre la vie des hommes pour nous apporter le Salut. Ce projet prend tout son sens dans l’événement de la Résurrection qui nous dit que l’Espérance demeure et que la Vie a toujours le dernier mot. Mais comment passer du spirituel au temporel ? Comment faire en sorte que ce désir de rencontre de Dieu avec l’Homme pour le sauver me conduise non seulement au désir de le rencontrer mais d’aller vers mes contemporains qui sont, eux aussi, sujet du Salut de Dieu ? En fait, il s’agit de trouver le point de rencontre entre contemplation et action qui permet de rechercher Dieu en toutes choses.

Il faut revenir, il me semble, à ce que propose Ignace dans cette contemplation. Il nous propose de voir, d’entendre et de regarder. Et si nous utilisions, à notre tour, ces trois verbes avant de mener une action décisive. Si nous prenions le temps de bien analyser ce qui est en jeu. Un peu comme Ignace à la lecture de la vie des saints qui eu le désir d’entreprendre de grandes choses à l’image de François d’Assise ou de Dominique pour la plus grande gloire de Dieu, osons l’imiter pour mieux le servir et mieux l’aimer et par conséquent nos contemporains.

Cette contemplation de l’incarnation nous amène donc à réaffirmer notre désir de suivre le Christ en l’enracinant dans le discernement. Il ne s’agit pas seulement de vivre en Sa divine présence mais de vivre de Sa divine présence. Cette délibération nous offre le Salut mais fait aussi appel à notre liberté. Libre d’accepter ce Salut signifie que nous avons la liberté de nous reconnaître aimé d’une manière gratuite et infinie par ce Dieu là, qui a choisit de venir à notre rencontre dans l’intimité et l’humilité de notre condition humaine. De cette liberté, de ce choix qui doit être sans cesse renouvelé nous devons en faire bénéficier les « autres hommes parcourant la face de la terre » en leur permettant eux aussi de vivre de cette grâce. Autrement dit, il m’apparaît nécessaire de s’engager sous « l’étendard de la croix » au service de nos contemporains dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. Les solutions de paix au niveau des États ne pourront germer que si cette dernière existe non seulement en nos cœurs mais aussi au niveau le plus élémentaire de nos lieux de vie, pour reprendre ce que dit le Bienheureux Jean XXIII dans son encyclique Pacem in Terris (n° 165). Soyons donc attentif à faire régner la Paix en prenant tout les moyens nécessaires.

La Contemplation dans l’action


Il nous arrive parfois de tout attendre de Dieu, de nous comporter en notre monde comme spectateur de la scène où Dieu jouerait. Ainsi, il est facile de se lamenter et de s’interroger sur l’action de Dieu en notre monde. L’Ecriture nous enseigne, depuis ses premières pages, que Dieu nous a offert la liberté afin que nous soyons « les intendants bons et fidèles » de sa création. Il nous place dans une attitude de responsabilité avec pour mission une véritable vigilance, non seulement quant au monde dans lequel nous vivons et évoluons, mais surtout à l’égard de nos frères et sœurs avec lesquels nous le partageons.
Parfois, nous pouvons être tentés, poussés par l’esprit de concurrence latent qui règne dans nos sociétés, de fragiliser l’autre, de le mépriser et de faire en sorte qu’il fasse une erreur. Cette attitude est contraire à ceux qui se réclament du Christ et nécessite une vraie conversion, un changement radical de comportement. Il ne s’agit pas de respecter une consigne mais bien d’établir le règne de la Paix et de la Justice dans notre monde.
La contemplation du Christ peut nous aider à sortir d’une sorte de légalisme religieux afin de rechercher ce qui nous fait grandir davantage. Il ne s’agit pas non plus de se comporter en mercenaire de l’Amour de Dieu. La justesse d’attitude et d’action doit guider nos vies. Nous pourrons alors rechercher les modalités concrètes qui améliorent le quotidien de chacun. Quand le Christ reprochait aux pharisiens leurs comportements ce n’était pas pour les enfoncer, mais pour leur montrer le contraste qui existait entre leurs paroles, la Parole qu’ils proclamaient, et leurs vies. Nous aussi, nous sommes constamment invités à mesurer cet écart afin de nous accorder à la douce mélodie de l’Amour  du Père, qu’Il ne cesse de nous porter malgré nos fragilités et nos faiblesses.
Gardons confiance dans le don de l’Esprit et relevons nos manches pour que ce monde soit habitable pour chacun.