Ajustés au service

Ajustés au serviceLe parlement a voté la semaine dernière la loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe. Il reste, certes, encore quelques étapes avant qu’elle soit promulguée mais elle le sera de toute manière. Que nous soyons d’accord, pas d’accord ou que cela demeure une interrogation cette loi devra s’appliquer, comme toutes les autres. La démocratie c’est aussi cela : accepter que ceux qui nous représentent fassent des choix en notre nom, au nom du mandat que nous leur avons confié par notre bulletin de vote. Maintenant que cette loi est votée, peut-être que les voix qui se sont élevées de toutes parts, ces manifestations grandiloquentes, ces vedettes haranguant la foule, tels des camelots, pourraient rester sur leur lancée pour dénoncer les injustices sociales, les conditions de vie des personnes roms dans notre pays, les licenciements injustes… Bref, tout ce qui bafoue la dignité de l’être humain ! Continuer la lecture de « Ajustés au service »

Prier ce n’est pas jouer avec la laïcité

A quelques jours de la fête de l’Assomption, le 15 août, je reviens pour les chrétiens de gauche sur la  » Prière pour la France » proposée par André Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris à ses frères dans l’épiscopat.
Beaucoup d’avis ont été postés sur le net à ce propos, souvent de façon caricaturale ou polémique. Il est difficile de se contenter d’une telle position ; les évêques ne cherchent pas à faire de cette prière un sujet politique mais à aider les catholiques à unir leur prière devant tant d’enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société et de notre pays.
Ce sont quatre intentions de prière que propose le cardinal Vingt-Trois. Elles sont assez classiques dans les thèmes abordés et ressemblent à celles prononcées chaque dimanche. Soulignons que la première d’entre elles concerne tous ceux que la crise touche. Le devenir des hommes et des femmes de ce temps est aussi le souci de l’Eglise, et donc des évêques. Certains ont, à plusieurs reprises, exprimé leur préoccupation à cet égard. L’Eglise, par ses évêques, est pleinement dans son rôle lorsqu’elle défend la solidarité et la justice.
Certes, elle n’a pas de légitimité « démocratique » comme le dit le Secrétaire national du Parti radical de gauche en charge de la laïcité, Pascal-Eric Lalmy. Mais l’Eglise est porteuse des paroles de l’Evangile où Dieu se révèle comme l’ami des pauvres et des petits, alors comment pourrait-elle ignorer ceux qui sont les victimes d’une économie davantage tournée vers le profit que vers le service de l’homme ?
Ensuite, c’est la vocation de l’Eglise, peuple de Dieu, de prier. Alors pourquoi lui reprocher ce qui est dans sa nature ? C’est donc un faux procès qui est fait ici par le PRG. L’Eglise n’est pas et n’a pas à être le bouc-émissaire d’une laïcité mal comprise.
La suite est A la table des chrétiens de gauche

Mots pour maux ?

D’ici une centaine de jours, le dimanche 22 avril 2012, nous serons conviés à élire le président de la République. Les candidats à ce poste occupent la scène médiatique plus par des invectives que par des propositions concrètes. Et si cela changeait ?

Nous sommes dans une phase de campagne électorale. Il m’apparaît que cette dernière est bien étrange. Car, loin d’entendre les prétendants (du moins leur écurie) débattre sur le fond à coup de programme et contre-programme, ils agissent en arguant sur de potentiels dangers effrayants de l’élection d’aucun et d’autres singeant l’actuel locataire en faisant des imitations, peut-être drôles, mais peu pertinentes. Le plus grave étant ceux qui font des discours de récupération d’électeurs.
En fait, tout semble bâti comme si la polémique devait prendre le pas sur le politique. Pourtant, nous aurions bien besoin, en ces temps peu rassurants à entendre les médias, que ceux et celles qui veulent diriger la nation demain, prennent de la hauteur et se souviennent que leur rôle est de servir leurs concitoyens et d’améliorer, au quotidien, leurs conditions de vie.
Pour autant, il me semble que les électeurs ne doivent pas non plus fuir leurs responsabilités. Le vote n’est pas un jeu télévisé où le meilleur gagne une croisière sur un joli yacht… Il s’agit de donner une direction, une impulsion à notre pays pour qu’il soit crédible à la face des nations et surtout que chaque concitoyen puisse avoir des conditions de vie dignes, où le pauvre, la veuve, l’étranger, l’immigré… ne soit pas inquiété pour ce qu’il est. Il est impératif d’être attentif à ne pas oublier qu’il nous revient, à chacun, et cela passe par le vote également, de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble ». Le destin de notre pays passe par notre voix, par notre choix. Nous sommes les acteurs premiers de notre avenir. Alors, même si nos hommes et femmes politiques, peuvent vous sembler peu crédibles et vous apparaissent tels bonnets blancs et blancs bonnets, ne vous laissez pas bercer par ce constat. C’est la voie ouverte aux idées les plus passéistes, les plus archaïques qui poussent à mettre au pouvoir des personnes dont la seule passion est d’opposer plutôt que de rassembler ou surtout d’avoir des préférences catégorielles….
Quant aux hommes et aux femmes politiques, par respect pour nous, concitoyens, mais plus encore par respect pour vous et ce que vous représentez, je vous appelle à prendre de la hauteur, à ne pas vous laisser allez à la facilité d’un « bon mot », d’un tweet qui sera repris par toute la toile. Soyez à la mesure du poste que vous désirez en faisant preuve de pédagogie, de bon sens, de propositions innovantes pour notre monde. Ne guidez pas votre action sur les sondages ou les bas-instincts. Les citoyens attendent de vous, non pas des miracles, mais des décisions courageuses, responsables. Ils comptent sur vous pour que leur quotidien devienne moins lourd mais ne sont pas, pour autant, stupides, aveugles et prêts à croire n’importe quoi, n’importe qui. En résumé, ayez le courage d’être des citoyens honnêtes dans tout ce que cet adjectif peut avoir de sens.
Même s’il est souvent dit que l’on rentre en politique comme en religion, son but n’est pas de proclamer une bonne nouvelle mais d’être un champ d’action. Même si le combat politique existe, que les idées divergent, il ne doit pas, pour autant, être un champ de bataille qui se transformerait inévitablement en un champ de ruines.

« La Politique n’est pas une bonne nouvelle, c’est un champ d’action »

Michel RocardMonsieur Michel Rocard, ancien premier ministre de la France (1988-1991) a bien voulu accorder à la rédaction d’Avec Vous, journal interne de la Congrégation de l’Armée du Salut l’entretien ci-dessous. Propos recueillis par l’auteur de ce blog
1.  La Politique est aujourd’hui trop souvent synonyme de petits arrangements entre amis, critique systématique de l’autre camp etc.  Un des marqueurs de votre engagement politique est ce goût du parler vrai, du respect de l’autre, de la défense des valeurs qui font la dignité de l’Homme.  Est-il possible alors de redonner toute sa place à l’action politique au service de la République (res-publica).
Il est important de considérer tout d’abord la politique dans sa dimension de gestion des affaires courantes. Malheureusement, et l’histoire est là pour le prouver (cf. Cicéron ou Saint Simon), les magouilles sont une constante absolue. Même si, dans les pays développés, la pratique est moins brutale. Ensuite, il faut bien avoir à l’esprit que la manière dont la politique est regardée est essentielle. Le principal vecteur d’information, ce sont les médias ; ceux-ci sont soumis à l’économie de profit et doivent donc vendre pour vivre. Ainsi, l’information essentielle est évacuée au profit du spectacle. Il y a de grandes décisions en politique qui sont prises, des choses absolument énormes et les médias se limitent aux faits divers. Tout cela contribue à donner une idée fausse de la politique et rend par conséquent quasiment impossible la pratique du politique.
Du fait de l’évolution culturelle de l’humanité, il y a deux dimensions de l’action qui ne sont pas médiatisées. Tout d’abord, celle de la nécessité d’agir dans la durée, dans la vision du long terme, à l’inverse de la tendance à ne parler que du proche immédiat, qui pousse à avoir une vision courte des choses. A côté de cela, il y a une tendance lourde à faire disparaître ce qui est complexe, tout ce qui nécessite une explication austère.  Il est alors demandé de résumer ces problématiques en deux ou trois phrases ; ce qui est bien sûr loin d’être suffisant. Aujourd’hui, on ne sait plus penser à très long terme. Il y a des choses qui le méritent pourtant et peu de gouvernements ont le temps de se saisir de l’état de ces problèmes.
Par ailleurs, le monde gagne en interdépendance. Il y a un accroissement de la complexité des problèmes et donc de la complexité de la prise de bonnes décisions. Les mandats électoraux et exécutifs sont trop courts et les systèmes de communication ne permettent pas de parler de ce qui se passera après vous. Même si la politique n’est pas une bonne nouvelle, c’est un champ d’action.
L’action politique est aujourd’hui méprisée. La demande des citoyens devient irrationnelle ; ils veulent des politiques saints, pauvres et révocables à merci. La morale a pris le pas sur la compétence, même si la première est loin d’être négligeable. La limitation du cumul des mandats produit des effets pervers. Si on perd une élection, ce qui peut arriver, et si l’on n’a pas d’autres mandats derrière, il faut bien trouver une activité pour vivre. Ce qui induit que les politiques doivent avoir un autre métier derrière, une autre formation professionnelle. Cette insécurité de la politique entraîne une dérive qui se transforme en combines. Faire de la politique devient infaisable, la suspicion est permanente ; il n’y a pas plus d’escrocs dans ce monde qu’ailleurs. Le problème c’est que lorsqu’un politique est mis en cause, c’est l’ensemble de la profession qui est stigmatisé et accusé de « tous pourris ». Il est difficile alors aujourd’hui de faire de la politique dans la noblesse du terme. Malheureusement, beaucoup de ceux qui s’y engagent le font par dépit, par revanche d’une existence ratée. Je crois au déclin des sociétés démocratiques au profit de la non gouvernance, de l’anarchie. Il est important que des organisations comme l’Armée du Salut réfléchissent à cette question.
2.  La notion de crise domine l’actualité. Vous élargissez et alertez nos consciences sur un aspect qui est assez marginal et pourtant essentiel, le respect de la création et la défense de celle-ci  au risque de « poly-catastrophe ». Comment faire prendre conscience de cette urgence pour l’avenir de notre planète ?
Le fait que l’activité humaine produise des effets néfastes comme l’effet de serre, les déchets etc. et sont une véritable menace pour la survie de la planète, est une découverte récente. La prise de conscience des citoyens commence à se faire. Cependant, nous n’allons pas jusqu’au bout de la réflexion, nous sommes en quelque sorte prisonniers de l’organisation sociale des lumières.  Nous avons une vision infinie et indéracinable du progrès. Nous avons construit notre économie au mépris du changement et de la limitation de nos ressources. Notre pensée sur l’économie est en faute. Le problème, c’est qu’il n’existe pas de bilan, d’état de stock de l’activité. Il faudrait introduire dans le fonctionnement de l’économie des paramètres nouveaux au regard de nos ressources, qui ne sont pas illimitées.
Le problème, aujourd’hui, n’est pas la prise de conscience, il est que personne ne sait comment s’y prendre, ni comment trouver une solution. Les problèmes portant sur les ressources de notre terre sont mondiaux et personne n’a de solution, même pas les grands pays tels que la Chine ou les Etats-Unis. Ceci dit, même si l’on savait quoi faire, on ne saurait pas comment le faire.  Il est nécessaire de constituer une gouvernance mondiale, peu importe les modalités immédiates.  Devant cette prise de conscience mondiale croissante, le citoyen de base ne sait pas vers quel choix politique s’acheminer, ce qui n’est pas sans créer des tensions, une sorte de dysharmonie sociale.
3. Dans un ouvrage de 2007, Bernard Stasi en appelle à un réveil, à un sursaut des consciences et à une action pour bâtir  « cet insaisissable vivre ensemble ».  Quelles en seraient pour vous les modalités ?
Il y a toujours eu des migrations, des déplacements de populations, ceci est une constante. Ce qui est sûr, c’est que l’on n’y échappe pas. La raison majeure en est souvent la volonté d’échapper aux inégalités de revenus. Il est important de régler cette question des inégalités de revenus entre les personnes. Cela passe par un retour au plein emploi. Il existe une concurrence dans le monde du travail, surtout en ce qui concerne les « petits boulots » entre les natifs et les personnes issues de migrations. Les premiers craignent qu’on leur vole leur travail. Ce qui crée des tensions et entraîne des replis identitaires débouchant sur des votes extrémistes. Voilà la principale cause du rejet de l’autre. Il faut user de pédagogie. Plus une population est pauvre, rejetée, mise à l’écart, plus il va y avoir en son sein des crispations et une dérive vers la délinquance afin qu’elle puisse survivre.
La crise que nous subissons actuellement doit nous amener à réformer radicalement l’économie mondiale. Nous pouvons espérer voir germer une nouvelle façon de penser pour créer le plein emploi.
L’intégration de l’autre passe par une amélioration des conditions de logement, un accueil de qualité au sein de l’école et qu’il n’y ait pas de discrimination à l’embauche, de même qu’une politique fiscale qui accueille correctement les immigrés.
En Europe, il y a un problème de natalité, de renouvellement des populations. L’ensemble des pays européens est à la baisse.  Le pourcentage d’actifs est en baisse, ce qui a un impact important sur les retraites et la protection sociale.  Il faut donc une immigration forte. Les immigrés bien accueillis créent de la richesse. Il faut s’affranchir de la peur et oser accepter cette immigration, sinon nous entretenons un système autobloquant.

Servir la « res publica »

Étymologiquement, la république est la chose publique. S’engager en politique c’est d’abord être mû, j’espère, par ce désir d’apporter un renouveau, un bien à cette chose publique dont chaque citoyen, en démocratie, a la responsabilité. Nous sommes tous responsables de la cité. Au travers de scrutins électoraux, nous déléguons cette responsabilité à des hommes et des femmes qui sont appelés à nous en rendre compte au quotidien et pas seulement en période électorale. Les élections sont la confirmation ou l’infirmation de la bonne gestion du projet pour lequel nous avons mandaté ces représentants. Gageons qu’ils sont tous, de prime abord, sensibles à l’amélioration du bien commun, des conditions de vie de leurs concitoyens. Ensuite, ce sont les méthodes, les idées, les concepts et leurs mises en œuvre qui changent selon les partis politiques. Cependant, dans notre pays, nous pouvons avoir certains doutes et interrogations, tant l’image qu’ils renvoient, et ce dans l’ensemble de la classe politique, sans exception, est déplorable. Cette piètre image est peut-être la cause de cette désaffection du politique (tant au niveau du nombre d’électeurs qui se rendent aux urnes que du nombre d’adhérents au sein des partis politiques).
Il me semble que le combat d’idées, d’un modèle de société, d’une manière d’être laissé la place à la lutte à qui sera le plus populaire, le plus influent, le plus… C’est au bout d’un moment le pouvoir qui est recherché et non plus le service. Cependant, si nous voulons « refonder » la politique, il est indispensable de retrouver la motion première. C’est par l’exemple que nous pourrons redonner confiance à ceux que nous choisissions de servir. Il s’agit d’un service à rendre et non pas une soif de pouvoir à assouvir.
S’engager en politique, ce n’est pas d’abord partir à la quête d’un mandat. C’est s’inscrire d’abord dans une logique d’adhésion aux principes défendus par la famille politique choisie. C’est accepter le débat ad intra pour le porter sur la place publique. Au sein du parti politique, il est important d’appliquer la même éthique que celle que nous défendons à l’extérieur. Sinon, quelle crédibilité, quel chemin du service de nos concitoyens s’il n’y a pas de dialogue, de respect, de partages des idées ? Cela paraît une vue du monde politique très certainement utopique… Cependant, comment être crédible si le lieu d’apprentissage de la politique, n’est pas empreint de valeurs ? Le réel dit l’inverse : au sein même du parti, les luttes intestines existent. Qu’il y ait des divergences, des modalités différentes de mettre en œuvre les lignes de force, c’est plutôt sain. Mais ce qui apparaît, c’est bien plus faire taire celui qui ne pense pas comme le chef, par peur qu’il prenne la place. Cessons ce jeu de dupe. L’écoute est censée être l’un des fondements de toutes les relations humaines. Apprenons donc, surtout en politique, à écouter la parole de l’autre, même et surtout différente, elle enrichit. C’est le média principal de l’action politique, et par elle nous nous engageons et engageons les autres sur cette parole publique. Si nous ne voulons pas entendre chanter, à la fin de chaque discours, « paroles, paroles, paroles », soyons attentif à sa justesse. Elle doit résonner non seulement en cohérence avec l’action, mais aussi avec les idées.
Même s’il s’agit de l’exercice d’un pouvoir, l’action politique doit être avant tout orientée pleinement vers les autres, et non pas vers une catégorie de personnes. Même si le mandat qui est confié est le fait d’une partie, certes majoritaire, mais une partie seulement des électeurs. Il y a là un discernement à opérer et ne pas oublier la fin pour laquelle de l’élection existe : remplir un service pour le peuple. Il est indispensable d’avoir cela au cœur lorsque l’on s’engage en politique. Ce désir de se mettre au service des autres, de devenir une sorte de levier pour améliorer la vie quotidienne doit allier partage, débat d’idées et action. Ceci dans le respect d’une éthique. Il est inconcevable de faire n’importe quoi pour gagner des voix. Non seulement cela porte atteinte à la dignité de la politique et la décrédibilise, mais porte atteinte surtout à la dignité de l’homme. C’est sur les projets et leurs mises en œuvre que doit se jouer le combat politique.
Ce qui compte aussi, à mon sens, c’est la vérité d’une action associée à celle d’une parole. Celui qui s’engage en politique n’a pas la science infuse et le mandat qui lui a été confié ne lui donne pas une connaissance immanente. D’où l’importance de l’humilité, d’accepter de devoir s’appuyer sur d’autres, sur des collaborateurs, militants ou non, qui peuvent éclairer tel ou tel aspect. C’est une question de crédibilité. Accepter de déléguer, de travailler avec d’autres, de se laisser conseiller, même dans un militantisme de base, atteste que c’est un projet commun qui est porté, que c’est une équipe, une famille de pensée qui veut faire avancer, dans une certaine direction, les affaires publiques. Bien sûr, il faut des leaders, des têtes d’affiches, mais ce n’est pas une course au pouvoir solitaire ou une quelconque conquête du graal pour satisfaire un je ne sais quel nombrilisme. C’est marcher, ensemble, dans une même direction. C’est soutenir celui ou celle qui est « le meilleur d’entre-nous », le « plus apte » à nous représenter.
Porter une responsabilité politique, c’est véritablement entrer dans une démarche de médiation. Non seulement parce que l’on incarne une certaine idée du vivre ensemble pour ceux que nous représentons, mais aussi parce que nous avons à faire du lien. C’est peut-être ce qui manque le plus aussi. Nos concitoyens se plaignent de voir ceux qu’ils ont élus seulement en période de campagne électorale. Même si c’est faux, il demeure que la proximité est essentielle. Elle ne consiste pas seulement en des poignées de main mais dans une écoute véritable. C’est valable pour tout militant politique. Nos concitoyens ont sans doute plus besoin de sentir pris en compte de manière attentive et performative leurs problématiques qu’une pseudo-réponse immédiate et surtout peu pérenne (éviter le « je vous ai compris » suivi d’une non action). C’est une question de confiance, de respect et d’humilité.
Servir la « res-publica », c’est chercher avant tout à promouvoir, à mettre en avant, à soutenir tout ce qui peut améliorer le quotidien de nos concitoyens. Il est nécessaire de prendre de la hauteur et d’avoir en ligne de mire le bien commun, ce qui apportera des conditions aussi optimales que possible en vue d’un véritable vivre ensemble. Malheureusement, c’est trop souvent perçu comme des coups bas, les querelles de personnes, des petites phrases stériles le plus souvent, drôles parfois. Mais tout cela ne donne ni le goût de s’investir, ni de s’intéresser à un véritable débat d’idées. Alors pour redonner le goût de la politique, lui rendre ses lettres de noblesse, il faut que les militants et dirigeants politiques aient au cœur la vertu de l’exemplarité. Il est impératif que les idées prennent définitivement le pas sur tout autre chose qui parasite cette volonté de servir ses concitoyens. Le respect, l’écoute et la bienséance doivent être les maîtres-mots de l’agir en politique. C’est le porche d’une véritable éthique, d’une charte de bonne conduite de l’homme, de la femme politique.