Une Église d’étrangers

Dès les premières pages de la Bible, le croyant est confronté au déracinement, à la nécessité de quitter sa terre pour marcher vers une terre promise. Le fait de partir, de chercher à découvrir une « terre promise » est comme inscrit dans les gènes de celui qui a mis sa foi dans le Dieu d’Abraham, d’Isaac, de Jacob et de Jésus.  C’est peut être également une invitation à ne pas rester au connu et à continuer de s’aventurer sur les routes humaines, à la rencontre de nos contemporains. Continuer la lecture de « Une Église d’étrangers »

Mettre l’Evangile en action

Ces derniers jours Rome a attiré l’attention des médias avec l’ouverture du procès du majordome de Benoît XVI. D’autres pulsations de la vie de l’Église catholique sont intéressantes comme le voyage du Successeur de Pierre à Lorette, sur les pas du Bienheureux Jean XXIII. Ce déplacement est signe de la volonté de Benoît XVI de remettre l’humain, hommes et femmes, au cœur de la société, au cœur de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Dans la crise actuelle, qui ne concerne pas seulement l’économie, mais plusieurs secteurs de la société. Incarnation du Fils de Dieu nous dit combien l’homme est important pour Dieu et Dieu pour l’homme.

Basilique saint Pierre à Rome - (c) PBCCes mots du Successeur de Pierre à Lorette replace la foi des chrétiens, en ce Dieu fait homme, dans une responsabilité commune. L’importance de l’amour de Dieu pour l’homme exige de lui qu’il en rende compte par sa vie et ses actions. Aimer c’est témoigner. Il ne s’agit pas d’ensemble de prescriptions, de règles à respecter mais bien d’incarner, de témoigner par son quotidien que Dieu s’intéresse à l’homme et que toutes ses activités sont donc dignes d’intérêt.
L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société
Alors que vont s’ouvrir mercredi prochain, les festivités autour des 50 ans du début du Concile Oecuménique Vatican II, il est bon de se souvenir que ce dernier fait le lien avec la vie des hommes et des femmes de ce temps. C’est d’ailleurs ce que dit dès le début un des textes de ce Concile : la Constitution Pastorale sur l’Église en ce monde et en ce temps dit :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.

L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société, elle doit être au cœur même de la vie des hommes pour y amener celui que les Chrétiens ont découvert comme celui qui les sauvait.
Élargir l’espace de sa tente
Dieu nous invite sans cesse à élargir l’espace de sa tente, à faire l’expérience de la rencontre de ses contemporains.. Dans ce texte du Concile j’entends vraiment l’appel à se mettre en route sans cesse vers ceux d’abord qui façonnent mon quotidien. Ce Salut que le Concile nous amène, à la suite du Christ, à apporter au Monde est à vivre dans cette banalité du quotidien qui se succède. Cette banalité peut se révéler extraordinaire si, avec la grâce de Dieu et la prière de nos frères et sœurs, nous tâchons de nous souvenir de cette exigence de non-condamnation de l’autre. Il ne s’agit pas de tout accepter mais d’exercer une intime bienveillance. Ce qui doit guider l’action ce n’est pas d’imposer une quelconque vérité mais de servir  de la personne humaine dans toutes ses dimensions.
Qu’est-ce qu’évangéliser ?
Benoit XVI dans son homélie d’ouverture du Synode pour la Nouvelle Évangélisation a dit que « L’Église existe pour évangéliser ». J’espère que les Pères Synodaux se poseront la question de savoir ce que cela signifie en premier lieu. Si c’est favoriser la catéchèse, la liturgie et parler boutique c’est, à mon sens, faire erreur. En revanche, si cela nous invite à « fixer le regard sur le Seigneur Jésus » et à trouver en ce monde, les signes des temps nécessaires pour rejoindre nos contemporains sur leur chemin de vie, c’est une bonne nouvelle. L’évangélisation doit d’abord passer par cette ouverture au monde voulue par Jean XXIII. Sa phrase célèbre :« Je veux ouvrir la fenêtre de l’Eglise, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous » nous y pousse. Vatican II nous invite à devenir des missionnaires de l’annonce mais cette dernière doit, à mon sens, passer par capillarité, par nos modes de vie, de pensée, par une fraternité manifestée à tout à chacun.
S’enraciner dans la Parole puis agir
Cela demande d’assumer pleinement notre héritage chrétien, d’être vraiment enraciné dans la Parole pour la vivre dans notre quotidien, telle la boussole qui indique le nord. Lire, goûter, savourer la Parole est l’oxygène du chrétien, elle nous aide à mieux entrer dans le projet de salut que Dieu nous offre. Bien que cela soit nécessaire, essentiel et indispensable, cela n’est pas suffisant pour nous qui sommes dans ce monde. Si nous voulons que le règne de Dieu s’y installe il me parait logique que nous agissions en son sein pour ceux auxquels nous sommes envoyés. C’est-à-dire qu’il faut s’atteler chaque jour davantage à ce que nos frères et sœurs en humanité, puissent vivre dans des conditions où la justice ne soit pas bafouée, où le droit ne soit pas ignoré, où la fragilité, le handicap, la dépendance ne soient pas perçus comme des freins au développement mais comme une véritable chance. Enfin, évangéliser c’est sans aucun doute tout faire pour que l’humain ne soit pas une variable d’ajustement, ni même une ressource mais un coopérateur pour permettre à Dieu de se révéler anonymement dans les petites choses, les petits gestes quotidiens.

« Être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante »

Claude Baty, pasteur et Président de la fédération protestante de France a accepté de répondre, pour l’Armée du Salut, aux questions posées par votre serviteur.

  1. En tant que Président de la Fédération protestante de France, de quelles manières œuvrez-vous afin que l’unité soit en marche dans cette diversité d’Eglises rassemblées ?

 Il n’y a pas que des Églises dans la Fédération, il y a aussi des œuvres et des mouvements. Cela ajoute de la complexité. Il est important, tout d’abord, de se référer à la Charte de la Fédération Protestante. Il ne s’agit pas d’une confession de foi mais d’une charte de partenariat qui repose sur l’affirmation centrale de l’annonce du Salut par la grâce, reçue par la foi seule. Sur cette base qui crée une communion – manifestée par l’accueil mutuel à la Sainte Cène – nous proposons un projet partagé qui ouvre sur la rencontre avec les autres. Cela part d’une disposition d’esprit qui considère que les différences sont stimulantes même si ce n’est pas sans difficulté. La Charte est ainsi un moyen de progression. Ce qui est essentiel, pour moi, c’est cette volonté de rencontrer les autres à partir d’un socle commun qui sert de tremplin.

La vocation de la Fédération Protestante de France consiste à encourager l’ouverture et l’unité. Cette ouverture nous préserve de nous croire les dépositaires de la grâce. Nous ne cherchons pas à circonscrire, à barricader, mais, par notre ouverture, nous souhaitons être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante. Ainsi, par rapport à l’Armée du Salut, nous pouvons l’interpeller sur son rapport à la Sainte Cène et lui laisser la latitude de nous interpeller sur l’importance donnée aux sacrements dans les autres Églises membres de la Fédération.

 2. Comme chrétiens nous sommes invités à « rendre compte de l’espérance qui est en nous ». Pourtant nous vivons souvent en tension entre le « service de Dieu » et le « service du Frère ». Comment vivre alors ces deux dimensions essentielles d’une manière pacifiée ?

 En principe, il ne devrait pas y avoir de tension. Dans l’Évangile, il est exclu de faire un choix. Tout le monde en est convaincu. Engagement social et évangélisation ne sont pas opposés, au contraire, ils sont indissociables. Mais, dans l’histoire, nous savons que cela n’a pas toujours été le cas. Il y a toujours un effet de balancier. Au XIXe siècle, il y a eu une croissance de l’engagement social. Cette accentuation de l’engagement social a fait craindre par la suite un engagement politique dangereux et a donc provoqué un repli sur  l’évangélisation et sur l’Église. Pour le croyant, le monde est alors perçu comme quelque chose de mauvais. Cette tendance existe encore dans certaines Églises. Elles prônent le repli communautaire pour vivre une foi pure. Ces positions extrémistes ne sont pas tenables. Être chrétien c’est tenir ensemble l’engagement social et l’annonce de l’Évangile. Il me semble important de réaffirmer cette nécessité. Cela signifie qu’il faut sans cesse s’interroger sur le pourquoi de notre engagement, au nom de qui nous allons vers nos frères et sœurs.

J’admets volontiers que les évolutions peuvent être difficiles et chaotiques mais il est essentiel de prendre conscience que nous n’avons pas à privilégier l’engagement ou l’évangélisation. Souvent dans notre action nous pouvons être suspectés, à tort, de faire du prosélytisme si nous affichons au nom de quoi, au nom de qui nous agissons. Cette question rejoint celle de la place du religieux dans la société.

 3. Vous êtes un ardent défenseur d’une laïcité ouverte, qui permet à chacun de vivre d’une manière apaisée sa religion. En même temps vous redoublez de prudence et de vigilance quant à son utilisation politique et polémique. Quels critères de discernement pouvez-vous donner pour vivre comme chrétien, de manière pleinement apaisée et ajustée, dans cette société en quête de sens ?

La relation entre Église et pouvoir a toujours été problématique et souvent malsaine. Là où il y a du pouvoir, il y a danger d’abus de pouvoir et perte de l’esprit de service. Quand l’Église s’associe au pouvoir pour asseoir ses convictions et, de même, lorsque le pouvoir cherche à utiliser l’Église, c’est calamiteux. D’autant plus que cela peut être au mépris de ceux qui ne sont pas membres de « l’Église officielle » et qui risquent de subir des persécutions. C’est pourquoi il faut être attentif à une égalité des citoyens dans la République. Chacun a le droit, et c’est inscrit dans la Constitution de notre pays, de professer sa foi et de célébrer son culte sans que cela lui porte préjudice. D’ailleurs, personne ne conteste ce principe. L’Église catholique a été, autrefois, en position de monopole par rapport aux autres religions et elle peut parfois connaître, encore aujourd’hui, des difficultés de positionnement et se sentir affaiblie. Le contexte actuel l’invite à partager sa place…

Les luttes autour de la loi de 1905 ont laissé des traces. Certains ont combattu l’Église pensant qu’elle souhaitait prendre le pouvoir. Or ce n’est pas là la vocation de l’Église. C’est la même réaction de certains « laïcards » aujourd’hui vis-à-vis de l’islam. Ils le voient comme une institution qui passe son temps à « tester » la République. Penser cela, c’est ne pas être dans la réalité mais dans le fantasme partagé, d’ailleurs, par certains politiques à des fins électoralistes.

Les questions de laïcité deviennent des enjeux politiques et il est important que les religieux ne se laissent pas instrumentaliser. C’est d’ailleurs le sens que prend la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France . Elle rappelle des vérités simples afin que personne ne puisse se permettre de parler à notre place. Il est fondamental de repréciser que la religion n’est pas synonyme de violence. Il ne faut pas se laisser piéger par ces raccourcis. Nous refusons toute association entre la violence et la religion. Cette parole commune est significative.