« Malheur à moi, si je n’annonce pas l’Evangile » 1 Co 9,16

Ce vieux débat entre la foi et les œuvres est encore bien trop souvent présent en nous. Ces deux dimensions de notre vie de croyants ne sont pourtant pas contradictoires. Bien au contraire, elles sont ordonnées l’une à l’autre. Il ne peut pas y avoir de vie chrétienne sans un engagement plein et entier au service des autres.

Annoncer l’Evangile est au fondement de notre vie chrétienne. Nous avons pour tâche d’être témoins du Ressuscité et de proclamer au monde entier Sa Bonne Nouvelle du Salut. Le témoignage est constitutif de notre foi. Partager la Parole avec d’autre doit lui permettre d’être assimilée par celui qui la reçoit La Parole de Dieu est le pain nécessaire pour la marche, ce qui nous met debout, en route (cf. Dt 8,3). C’est prendre au sérieux cet appel de Christ à devenir et à faire devenir disciple. Cette mission est souvent l’affaire d’une vie et appelle une conversion sans cesse renouvelée. Là aussi, la Parole peut nous aider, nous faire comprendre de quelle manière nous devons ajuster notre Vie à celle du Christ pour être en cohérence avec notre proclamation.

Faire la volonté du Père

Jésus nous demande, sans cesse, de faire, à sa suite, la volonté du Père. Cette volonté est exigeante puisqu’elle nous demande une foi qui s’enracine dans la découverte de l’autre. Pas une découverte superficielle mais une vraie rencontre mûrie dans la Charité. La Charité n’est pas une attitude condescendante, mais une dynamique chrétienne qui nous fait considérer l’autre avec dignité, respect. Le chrétien ne doit jamais se croire meilleur ou supérieur aux autres. Dans les relations que nous nouons les uns avec les autres l’attitude juste qui convient est celle de l’égalité. La hiérarchie ou les responsabilités sont d’un autre ordre.

Une charité active

Notre charité se doit d’être active et c’est ce que nous faisons au long des jours au sein des postes par l’action sociale de proximité ou simplement par un café offert, une poignée de main au visiteur ou un offrir un regard attentif aux voyageurs croisés dans le métro. L’action, la rencontre gratuite, désintéressée est une autre manière d’annoncer l’Evangile. Cela peut sembler assez peu efficace au premier abord. Nous avons peut-être l’impression de perdre notre temps alors qu’il y a tant de « foules sans berger » qui n’ont jamais entendu parler de Christ. Certes, mais pour entendre parler de Lui, il faut que les « oreilles du cœur » soient disposées à entendre. Là se trouve l’un des génies du Fondateur : redonner d’abord à l’autre une dignité à travers la soupe et le savon, puis seulement, lui annoncer celui au nom de qui nous faisons cela. Si Dieu a pris soin de nous rejoindre dans notre humanité, n’est-ce pas qu’il considérait l’humanité comme digne de Le rencontrer ? Refonder, établir du lien social c’est participer, d’une manière qui nous est propre, à l’œuvre de création, d’alliance de l’Eternel. Nous portons cette responsabilité, comme chrétiens, de la faire fructifier afin de construire, chaque jour davantage, le Royaume de Dieu et sa justice.

Ne mettons pas en tension et en opposition les actes et la foi, la proclamation et les actions. Ce sont en quelque sorte deux poumons qui nous aident à respirer pleinement et à être fidèle à notre vocation de chrétiens. Tâchons de ne pas non plus préférer l’action à la proclamation. Il faut que l’une et l’autre s’ajustent mutuellement pour résonner en harmonie.

Servir la « res publica »

Étymologiquement, la république est la chose publique. S’engager en politique c’est d’abord être mû, j’espère, par ce désir d’apporter un renouveau, un bien à cette chose publique dont chaque citoyen, en démocratie, a la responsabilité. Nous sommes tous responsables de la cité. Au travers de scrutins électoraux, nous déléguons cette responsabilité à des hommes et des femmes qui sont appelés à nous en rendre compte au quotidien et pas seulement en période électorale. Les élections sont la confirmation ou l’infirmation de la bonne gestion du projet pour lequel nous avons mandaté ces représentants. Gageons qu’ils sont tous, de prime abord, sensibles à l’amélioration du bien commun, des conditions de vie de leurs concitoyens. Ensuite, ce sont les méthodes, les idées, les concepts et leurs mises en œuvre qui changent selon les partis politiques. Cependant, dans notre pays, nous pouvons avoir certains doutes et interrogations, tant l’image qu’ils renvoient, et ce dans l’ensemble de la classe politique, sans exception, est déplorable. Cette piètre image est peut-être la cause de cette désaffection du politique (tant au niveau du nombre d’électeurs qui se rendent aux urnes que du nombre d’adhérents au sein des partis politiques).
Il me semble que le combat d’idées, d’un modèle de société, d’une manière d’être laissé la place à la lutte à qui sera le plus populaire, le plus influent, le plus… C’est au bout d’un moment le pouvoir qui est recherché et non plus le service. Cependant, si nous voulons « refonder » la politique, il est indispensable de retrouver la motion première. C’est par l’exemple que nous pourrons redonner confiance à ceux que nous choisissions de servir. Il s’agit d’un service à rendre et non pas une soif de pouvoir à assouvir.
S’engager en politique, ce n’est pas d’abord partir à la quête d’un mandat. C’est s’inscrire d’abord dans une logique d’adhésion aux principes défendus par la famille politique choisie. C’est accepter le débat ad intra pour le porter sur la place publique. Au sein du parti politique, il est important d’appliquer la même éthique que celle que nous défendons à l’extérieur. Sinon, quelle crédibilité, quel chemin du service de nos concitoyens s’il n’y a pas de dialogue, de respect, de partages des idées ? Cela paraît une vue du monde politique très certainement utopique… Cependant, comment être crédible si le lieu d’apprentissage de la politique, n’est pas empreint de valeurs ? Le réel dit l’inverse : au sein même du parti, les luttes intestines existent. Qu’il y ait des divergences, des modalités différentes de mettre en œuvre les lignes de force, c’est plutôt sain. Mais ce qui apparaît, c’est bien plus faire taire celui qui ne pense pas comme le chef, par peur qu’il prenne la place. Cessons ce jeu de dupe. L’écoute est censée être l’un des fondements de toutes les relations humaines. Apprenons donc, surtout en politique, à écouter la parole de l’autre, même et surtout différente, elle enrichit. C’est le média principal de l’action politique, et par elle nous nous engageons et engageons les autres sur cette parole publique. Si nous ne voulons pas entendre chanter, à la fin de chaque discours, « paroles, paroles, paroles », soyons attentif à sa justesse. Elle doit résonner non seulement en cohérence avec l’action, mais aussi avec les idées.
Même s’il s’agit de l’exercice d’un pouvoir, l’action politique doit être avant tout orientée pleinement vers les autres, et non pas vers une catégorie de personnes. Même si le mandat qui est confié est le fait d’une partie, certes majoritaire, mais une partie seulement des électeurs. Il y a là un discernement à opérer et ne pas oublier la fin pour laquelle de l’élection existe : remplir un service pour le peuple. Il est indispensable d’avoir cela au cœur lorsque l’on s’engage en politique. Ce désir de se mettre au service des autres, de devenir une sorte de levier pour améliorer la vie quotidienne doit allier partage, débat d’idées et action. Ceci dans le respect d’une éthique. Il est inconcevable de faire n’importe quoi pour gagner des voix. Non seulement cela porte atteinte à la dignité de la politique et la décrédibilise, mais porte atteinte surtout à la dignité de l’homme. C’est sur les projets et leurs mises en œuvre que doit se jouer le combat politique.
Ce qui compte aussi, à mon sens, c’est la vérité d’une action associée à celle d’une parole. Celui qui s’engage en politique n’a pas la science infuse et le mandat qui lui a été confié ne lui donne pas une connaissance immanente. D’où l’importance de l’humilité, d’accepter de devoir s’appuyer sur d’autres, sur des collaborateurs, militants ou non, qui peuvent éclairer tel ou tel aspect. C’est une question de crédibilité. Accepter de déléguer, de travailler avec d’autres, de se laisser conseiller, même dans un militantisme de base, atteste que c’est un projet commun qui est porté, que c’est une équipe, une famille de pensée qui veut faire avancer, dans une certaine direction, les affaires publiques. Bien sûr, il faut des leaders, des têtes d’affiches, mais ce n’est pas une course au pouvoir solitaire ou une quelconque conquête du graal pour satisfaire un je ne sais quel nombrilisme. C’est marcher, ensemble, dans une même direction. C’est soutenir celui ou celle qui est « le meilleur d’entre-nous », le « plus apte » à nous représenter.
Porter une responsabilité politique, c’est véritablement entrer dans une démarche de médiation. Non seulement parce que l’on incarne une certaine idée du vivre ensemble pour ceux que nous représentons, mais aussi parce que nous avons à faire du lien. C’est peut-être ce qui manque le plus aussi. Nos concitoyens se plaignent de voir ceux qu’ils ont élus seulement en période de campagne électorale. Même si c’est faux, il demeure que la proximité est essentielle. Elle ne consiste pas seulement en des poignées de main mais dans une écoute véritable. C’est valable pour tout militant politique. Nos concitoyens ont sans doute plus besoin de sentir pris en compte de manière attentive et performative leurs problématiques qu’une pseudo-réponse immédiate et surtout peu pérenne (éviter le « je vous ai compris » suivi d’une non action). C’est une question de confiance, de respect et d’humilité.
Servir la « res-publica », c’est chercher avant tout à promouvoir, à mettre en avant, à soutenir tout ce qui peut améliorer le quotidien de nos concitoyens. Il est nécessaire de prendre de la hauteur et d’avoir en ligne de mire le bien commun, ce qui apportera des conditions aussi optimales que possible en vue d’un véritable vivre ensemble. Malheureusement, c’est trop souvent perçu comme des coups bas, les querelles de personnes, des petites phrases stériles le plus souvent, drôles parfois. Mais tout cela ne donne ni le goût de s’investir, ni de s’intéresser à un véritable débat d’idées. Alors pour redonner le goût de la politique, lui rendre ses lettres de noblesse, il faut que les militants et dirigeants politiques aient au cœur la vertu de l’exemplarité. Il est impératif que les idées prennent définitivement le pas sur tout autre chose qui parasite cette volonté de servir ses concitoyens. Le respect, l’écoute et la bienséance doivent être les maîtres-mots de l’agir en politique. C’est le porche d’une véritable éthique, d’une charte de bonne conduite de l’homme, de la femme politique.