Un Apostolat au cœur du monde

Le Christ et Saint Jean
(c) Boutique Théophile

Ce mois de juin est celui du Cœur de Jésus. Évoquer le cœur de Jésus peut, de suite, laisser penser à une spiritualité surannée voire à des images de cœur sortant et irradiant de la poitrine du Christ. Il nous faut aller plus loin et nous laisser toucher par la grâce de Dieu, qui en son Fils, vient nous dire l’absolue densité de son amour pour les Hommes. Nous ne pouvons pas séparer le Cœur du Christ de son Corps Eucharistique.
Appeler à rencontrer le Christ
L’annonce de l’Évangile est une urgence pour notre temps, spécialement sur le continent européen. Nous pouvons bien sûr mettre en œuvre de nombreuses méthodes issues d’écoles de spiritualité pour attirer le plus grand nombre à l’Église. Cependant, je ne suis pas certain que notre mission est de faire nombre. Nous sommes davantage invités à promouvoir la rencontre du Christ qu’à remplir les églises. Même si cette connaissance intime du Christ incitera à rencontrer d’autres chrétiens pour faire mémoire, ensemble, autour des deux tables de ce « cœur qui a tant aimé le monde ». Annoncer l’Évangile c’est d’abord prendre le temps de la contemplation active. Il s’agit de regarder de quelle manière le Christ, lui-même, s’est révélé ; de quelle manière il a offert son cœur, son amour, pour ouvrir au monde la gratuité.
Un temps pour se nourrir de l’Amour de Dieu
L’antépénultième général de la Compagnie de Jésus, Pedro Arrupe, témoignait que dans la petite chapelle qui jouxtait son bureau à la Curie à Rome, il trouvait toute l’énergie et le dynamisme apostolique pour conduire la Compagnie de Jésus sur le chemin du Christ. Nous sommes là au cœur même d’un paradoxe : le temps de la prière, de la célébration de l’Eucharistie et de l’humble contemplation du Christ au Tabernacle comme lieux essentiels de respiration, de discernement et de décision. Nous sommes bien loin de cette sagesse. Nous, nous aimons établir des comités, des conseils, des réunions et faire appel à moult consultants avant toute chose. Alors qu’il faudrait d’abord apprendre à nous recevoir du Christ. Nous pourrions demander la grâce de pouvoir être unis davantage à cet amour qui ne cesse de se donner dans l’Eucharistie. Il ne s’agit pas de faire de la sensiblerie mais de « sentir et de goûter intérieurement » ce que le Seigneur veut de moi.
Se laisser aimer
Accepter de me laisser aimer, comme nous le demande l’actuel successeur de Pierre, n’est pas si facile. C’est reconnaître que nous ne sommes pas notre propre origine. C’est accepter, à la suite de Pierre (Jn 21), d’être envoyés sur un chemin qui nous n’avons pas choisi mais il nous faut avoir l’assurance que c’est là que le Seigneur nous devance.
Marcher sous l’étendard du Christ
Nous serons « porteurs des grâces du Royaume » si nous acceptons véritablement de mettre l’amour de Dieu en premier dans notre vie. C’est cet amour qui continue de sauver le monde jusqu’à la fin des temps. Ce n’est pas de l’angélisme, c’est reconnaître dans l’agir du Christ un chemin pour rendre notre monde plus juste, plus fraternel. Il nous revient de marcher derrière l’étendard du Christ pour abattre les murs qui séparent les hommes et les femmes de l’amour de Dieu. Cet amour n’est autre qu’un synonyme de la justice qui manque tant dans notre société. Cette justice ne consiste pas en un égalitarisme forcené mais à donner à chacun le droit de vivre dans la dignité. Aimer le Christ doit nous entraîner à relever nos manches, à nous engager là où nous sentons que nous serons utiles aux autres. Ce chemin de la justice, ce chemin de l’amour c’est aussi le chemin du service.
Découvrir le cœur du Christ comme chemin de l’amour
N’oublions pas, non plus, que le cœur du Christ se dit aussi dans le lavement des pieds. Soyons tout de même vigilants à ne pas nous perdre dans l’activisme. Le cœur de notre action doit puiser sa force dans le cœur du Christ. Pour cela, le temps de l’oraison, de la prière silencieuse, du partage de la Parole… ne doit pas être négligé. Comment trouver le chemin de l’amour, si nous n’accueillons pas celui qui est la source au cœur de nos déserts (Os 2, 16) que sont nos doutes, nos retournements, notre si difficile conversion. Pour prier, là aussi il y a de multiples manières. Prier, avec toute l’Église, aux intentions mensuelles du Vicaire du Christ, confiées à l’Apostolat de la Prière peut permettre de sentit battre le cœur de l’Église.
Découvrir le cœur du Christ comme le cœur de la Mission
Le Cœur du Christ est l’âme de l’Apostolat de la Prière puisque la mission première de l’Évêque de Rome est de fortifier ses frères et sœurs dans la foi et de les conduire à la source même de la mission : « aimer et servir davantage ». Ce service, humble et confiant de l’Église, confié à la Compagnie de Jésus, donne une coloration particulière à la vie chrétienne. Au travers des intentions du Successeur de Pierre notre cœur est appelé à battre aux rythmes du monde entier conscient que :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire. Gaudium et Spes 1

Vouloir vivre et aimer dans la dynamique du cœur du Christ ce n’est pas donc vouloir faire ressurgir une quelconque dévotion d’autrefois. Il s’agit d’être saisi par ce cœur divin qui est devenu un cœur humain et nous invite à accepter notre fragilité. Acceptons d’être touchés, au plus profond de notre cœur, par l’Amour de Dieu. Il viendra transformer notre cœur de pierre en cœur de chair (Ez 36, 26). Il nous donnera la force pour parcourir le chemin de son Amour malgré nos fatigues, nos contradictions, «  nos cœurs sans intelligence si lents à croire » (Lc 24, 25). Nourrissons notre apostolat par la douce contemplation de sa miséricorde. Et, comme saint Jean, en toute confiance, reposons-nous sur le Cœur du Christ. Il nous donnera sans aucun doute la grâce de marcher à sa suite pour annoncer à nos contemporains que la douceur, la confiance, la tendresse sont des chemins pour rendre notre monde davantage solidaire et fraternel.

4 réflexions sur « Un Apostolat au cœur du monde »

  1. Merci pour ce bel article. J’y lis en filigrane, notamment dans les premiers paragraphes, un thème qui me semble une constante de nos sociétés : une incapacité à recevoir au profit du « prendre ». Recevoir, c’est accepter un mouvement vers soi, dont on n’a pas l’initiative, un don parfois inattendu, déroutant, non choisi, un don possiblement gratuit – gratuité que notre société marchande et calculatrice a en horreur; ne la comprenant pas, elle y fantasme on ne sait quelle menace – recevoir, c’est une relation dont on ne maîtrise pas tout. Alors que prendre ! Prendre (des ressources, des conseils), choisir, capter, s’emparer, lancer ses pinces en avant, être le maître – ça, on aime. Mais l’amour ne peut être que reçu et donné, jamais pris.

    1. Merci de votre commentaire. Notre tentation est de posséder toujours plus. Nous pensons, à tord, que c’est la quantité, la main mise sur les autres, et les choses qui font notre valeur. Nous pourrions sans doute mettre à profit la méditation des tentations du Christ. Il remet en perspective l’essentiel : « faire la volonté du Père ». Oui, il s’agit bien d’agir par amour et de se laisser guider par elle. A condition d’accepter qu’elle devienne le moteur premier de notre vie.

      1. ça te tient à coeur ? /j’ai le coeur brisé / j’ai eu gros coeur de le laisser/il a bon coeur/on avait le coeur battant/il a du coeur à l’ouvrage etc etc. Qui pourrait dire que parler du coeur est un vieux langage ?

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