Le discernement pour vivre au cœur du monde
Après la pluie et la neige, voilà que l’Évangile nous parle de fournaise ce dimanche. Le lieu des pleurs et des grincements de dents. Les discours en paraboles sont imagés pour mieux faire saisir ce que le Seigneur nous dit. Tout est donc une question de mesure et de discernement chez le Christ. Il fait, avec nous, de l’horlogerie, de l’orfèvrerie pour nous mener à la plénitude de notre humanité.
Le discernement au cœur de nos vies
En nous, sommeillent à la fois l’ivraie et le bon grain. Il est important d’en avoir conscience. Nous ne sommes pas des êtres purs, dénués de fragilité, de tentation, de défi et autres volontés de puissance.
Difficile indifférence
Même si nous voulons servir le bien, nous constatons que ce service n’est pas toujours, pas complètement, désintéressé. Il y a toujours un petit quelque chose, une petite voix intérieure — tel le diable de Milou dans les albums de Tintin — qui veut se servir pour sa propre gloriole. Pour autant, s’empêcher de vouloir servir, de désirer être disponible pour les autres au nom de cette tentation serait trop facile. Cela reviendrait à enlever l’ivraie et le bon grain en même temps et donc à tout détruire. Ce que le Seigneur nous demande, c’est de discerner, de séparer ce qui, dans nos vies, nous entrave de ce qui nous élance.
Discerner la volonté de Dieu
La période d’été actuelle, malgré les chaleurs, est propice à ce type d’exercice. Nous pouvons poser cette recherche intérieure lentement, tranquillement, au rythme de nos jours. C’est important d’identifier ce qui nous empêche de porter du fruit, et aussi la manière dont, parfois, nous agissons et nuisons ainsi aux fruits des autres. Prendre le temps de se regarder en face avec l’aide de l’Esprit, non pas pour nous affliger et nous désoler, mais pour laisser l’Esprit nous consoler. C’est-à-dire nous faire entrer dans le discernement de ce qui est bon pour nous et nos frères et sœurs en humanité. Cet exercice est bon pour nous, car il nous offre une occasion de relecture de tout ce que nous faisons, de toutes ces actions que nous enchaînons les unes après les autres. Notre vie peut ressembler à une accélération permanente ; nous aimerions faire tant de choses, mais le temps et l’énergie nous manquent. Ce sont là des désirs de démiurge.
Porter notre regard sur le Christ
Regardons le Christ. Il se laissait rencontrer, toucher, interpeller. Il était sans cesse en interaction, mais en prenant véritablement le temps de la rencontre. Nous, nous nous comportons comme l’ennemi de la parabole : nous semons, l’ivraie de l’ivresse de notre faire, au milieu du champ de blé de ce que nous sommes.
Oser « perdre » du temps
Il est vraiment important de se poser, de faire cet effort de discernement. Ce n’est pas du temps perdu que de s’arrêter pour mieux entendre ce que le Seigneur veut nous dire. C’est dans ce silence parlant que nous pouvons reprendre souffle, écouter ce qu’il susurre à l’oreille de notre cœur. Ainsi, dans ce discernement, nous sentirons le vent de l’Esprit nous inviter à reprendre la route à sa suite. Pour autant, cela demande d’accepter de « perdre » notre précieux temps et de nous laisser conduire par l’Esprit.
Notre course perpétuelle
Nous sommes souvent des gens pressés, trop pressés, qui passent à côté des choses essentielles de la vie. Gardons vraiment au cœur l’importance du temps des semailles et des récoltes.
Se donner avec générosité
Regardons le grain de moutarde dont Jésus nous parle dans l’Évangile. Il est tout petit, mais quand il pousse, il devient une plante généreuse. Aussi, dans notre vie spirituelle et temporelle, ne négligeons pas ce qui est petit. Car c’est le premier pas qui compte, puisqu’il entraîne le second et ainsi de suite. Si nous ne plantons rien, rien ne risque de pousser. C’est du bon sens qu’il nous faut garder au cœur. Nous sommes parfois frileux dans nos initiatives, certains que c’est une impasse. Là aussi, le discernement doit être un réflexe.
Le discernement pour faire grandir le Royaume et sa Justice
La question que nous avons à poser, à nous poser, c’est de quelles manières cela fait grandir le Royaume et sa justice ? Autrement dit, comment ce que nous voulons entreprendre peut aider à faire croître le monde dans lequel nous vivons. Car l’essentiel est là. Il n’est pas dans l’accumulation, l’accroissement, l’engrangement, mais dans ce qui apporte du « davantage », du mieux. Si nous voulons demeurer les « fils du Royaume », cherchons vraiment ce qui conduit à un plus grand service de nos frères et sœurs en humanité. C’est peut-être ainsi que nous éviterons cette fournaise et autres pleurs et grincements de dents, et pourrons être davantage ajustés à la plénitude de l’amour de Dieu.
Se laisser porter par la grâce de Dieu
Ce n’est pas facile, car cela demande vraiment de se laisser porter par la grâce de Dieu, de se soumettre toujours à la vigilance de l’Esprit pour orienter le sens de notre action. Agir ainsi, c’est faire preuve de prudence ; cela permet de marcher dans la vérité de ce que nous sommes et de ce que nous voulons au nom du Seigneur.
Faire croître la foi, l’espérance et la charité
S’il nous faut user de discernement dans toutes les choses, c’est pour que l’espérance, la foi et la charité puissent croître davantage en ce monde et en ce temps. Ainsi, nous pourrons transmettre le message du Christ, que nous portons dans des vases d’argile, par et dans ce que nous sommes. Mais, une fois encore, ce n’est pas à la force de nos actions, en multipliant les plans stratégiques, que nous pourrons porter du fruit.
Vivre une qualité de présence
C’est bien plus en tâchant d’être davantage présents à ce qui germe en ce monde, en nous mettant à l’écoute la clameur des pauvres et des clameurs de la terre, que nous pourrons faire resplendir la Gloire de Dieu. Elle n’est autre qu’œuvrer en faveur de la dignité de toute personne et de chaque personne.
Dieu se dit dans nos rencontres
Privilégions les relations, les rencontres, les échanges. Laissons résonner ces mots partagés ; ils sont souvent saveur d’Évangile. Alors, prenons le temps d’être avec ceux et celles qui nous sont donnés, savourons leur présence au cœur du temps. Ils nous révèlent que Dieu se dit dans la rencontre, dans une parole qui se laisse saisir par le don de l’Esprit.
Pour autant, demandons la grâce à ce même Esprit, pour nous-mêmes et les uns pour les autres, de mettre une garde à notre bouche pour que nos paroles soient conformes à nos actes et ne sèment pas l’ivraie au cœur du bon grain.