21° dimanche ordinaire : l’Église douane ou hôpital de campagne ?

L’Évangile de ce 21ᵉ dimanche ordinaire nous présente le principe du pouvoir des clefs. Jésus remet à Pierre l’autorité de lier et de délier. Serions-nous alors prisonniers du Christ et de l’Église, soumis au bon vouloir du pouvoir d’un geôlier ? Si c’était le cas, toute la prédication du Christ serait alors nulle et non avenue !

L’Église douane ou hôpital de campagne ?

Il faut entendre ces mots sous le signe du lien, de l’attachement, de l’Alliance. Souvenons-nous des mots du pape François : « Si l’Église place un douanier à la porte, ce n’est plus l’Église du Christ. » Ainsi, si elle cherche à enfermer, à endoctriner, elle échoue dans sa mission. Cette dernière est de proposer l’Alliance avec le Christ, de faciliter la rencontre, le cœur à cœur avec l’Éternel Seigneur de toutes choses. L’Église est bien appelée à être cet hôpital de campagne, la maison du Père aux portes grandes ouvertes pour accueillir les assoiffés, le mendiant de l’Amour qui cherche la consolation et l’espérance.

Montrer la voie de Dieu

Si Pierre, et donc l’Église, ont ce pouvoir des clefs, c’est bien pour tendre la main aux femmes et aux hommes de ce temps et leur montrer la voie de Dieu. Cette Alliance n’est pas une aliénation, elle est une école d’amour et de liberté pour choisir de vivre une vie en abondance.

Avec le Christ

Lorsque nous prenons le Christ comme allié, nous pouvons affronter les bourrasques, les tempêtes, les déferlantes auxquelles la vie nous confronte. Il nous assure et nous lie les uns aux autres par la communion fraternelle, membres d’une même cordée spirituelle. L’attachement que nous portons au Christ est la réponse à l’amour qu’il nous porte en premier. Il est le premier de cordée qui nous entraîne, à sa suite, à faire le bien et à créer, à notre tour, des liens pour continuer de construire et à prendre ce monde à cœur. Tout cela est possible si, à la suite de Pierre – et de l’Église –, nous reconnaissons, mus par la grâce, que le Christ est Seigneur.

Faire confiance à Dieu

C’est bien dans cette confession de foi, dans cet acte de confiance que nous reconnaissons que « tout est de lui, et par lui, et pour lui », comme nous l’entendons dans la seconde lecture. Alors, si nous acceptons de devenir ce peuple de l’Alliance, unis par le sang du Christ, en pacte d’amour, de quoi avons-nous besoin d’être déliés, libérés, délivrés ?

Dépasser l’égoïsme

En fait, tout simplement de tout ce qui nous éloigne de l’Alliance, de tout ce qui nous fait préférer le chacun pour soi au chacun pour tous. Il suffit de regarder notre monde et certains de ses dirigeants pour en avoir l’illustration. Pour autant, avant de critiquer la paille dans l’œil du voisin, regardons la poutre qui est dans le nôtre et qui nous fait manquer notre cible, notre mission.

Conversion et conversation

Mais, n’entrons pas dans une culpabilisation mortifère et infertile. Regardons plutôt comment nous engager dans un chemin de conversion, de conversation avec Dieu et nos contemporains pour agir et aimer davantage. Avec lucidité, nous pouvons regarder ce qui, dans nos vies, entrave le don de l’Alliance que le Seigneur nous fait. Sommes-nous toujours attentifs à la voix de l’Esprit qui nous conduit sur les chemins escarpés de la contemplation dans l’action ou sur les autoroutes de l’activisme et de la mondanité ? Sans doute que non, mais, au final, qu’est-ce qui nous séduit ? Briller ? Dominer ? Parader, ou bien chercher à vivre en plénitude, attentifs à cette fin de commencement du souffle d’une brise légère, tel le prophète Élie ?

A la recherche de la vie

C’est peut-être de notre volonté de puissance, de maîtrise du monde et des événements dont nous avons besoin d’être libérés, déliés. Il ne s’agit pas pour autant d’être dans le laisser-aller, mais, bien plutôt, de chercher dans le discernement quotidien quant à ce qui me fait être davantage ce que je suis. La prière communautaire, la célébration des sacrements sont complémentaires dans cette recherche de la vie qui coule en nous.

Devenir des amoureux de Dieu

Pierre – et donc l’Église comme peuple des amoureux de Dieu – nous offre l’occasion de nous sentir portés vers un plus grand bien, un plus grand amour. Ensemble, nous nous supportons pour chercher comment mieux vivre dans la clarté pascale et déployer la grâce de notre baptême au cœur du monde. C’est vers cette mutuelle sollicitude que nous sommes appelés à marcher. Si notre désir est tel, alors nous pourrons être déliés de ce qui nous entrave et nous immobilise. Toutefois, il nous faut d’abord compter sur la grâce de Dieu.

Vivre dans et pour la mission

Dès lors, nous comprenons que c’est bien le Seigneur qui vient à nous pour nous confier sa mission de louange et d’espérance. La louange conduit à l’espérance. Aussi, soyons attentifs à chercher et trouver Dieu en toutes choses dans la contemplation de la création. Cette création est bien sûr la nature où nous voyons l’œuvre de Dieu, mais aussi dans les bruissements du monde.

Annoncer l’Évangile en ce monde et en ce temps

Dieu veut que Pierre, donc l’Église, aide à la rencontre avec lui, et nous donne d’abandonner les barrières qui nous séparent les uns des autres. C’est dans son projet créateur afin que nous transformions le monde avec lui. C’est un appel à annoncer l’Évangile en ce monde et en ce temps. Notre mission est bien de présenter notre souci de lier et de délier comme l’assurance que nous sommes du côté de la vie, que nous choisissons de vivre au cœur du monde avec toutes les femmes et les hommes de ce temps.

Témoins discrets

C’est cela annoncer l’Évangile, être là aux carrefours du monde, témoins discrets, mais néanmoins présents, de la tendresse de Dieu. Celui-là même qui désire toujours le mieux pour nous, pour que nous soyons heureux. Ne réduisons pas la justice de Dieu à la justesse du plateau d’une balance qui jaugerait le permis et le défendu. Nous serions alors sans doute surpris par la mesure de sa démesure.

Faire grandir le Royaume et sa justice

Tâchons, en ce qui nous concerne, d’être toujours prêts à faire de notre mieux pour faire grandir le Royaume et sa justice en ce monde et en ce temps. Ne soyons pas les gardiens d’un livre de droit, rigide et froid, mais les veilleurs du livre qui annonce à toute la terre la joie de l’Évangile. Entrons donc dans la louange d’avoir un tel Dieu pour Père qui donne l’Esprit, pour que nous prenions la suite du Fils au long de nos jours.