De la vigne du Seigneur au vin de l’Alliance


Méditations au coeur du monde, Temps liturgiques / samedi, mai 1st, 2021
Temps de lecture : 5 minutes
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(Last Updated On: 1 mai 2021)

De la vigne du Seigneur au vin de l'AllianceDemeurer greffés sur la vigne du Christ, telle est l’invitation qui nous est faite en ce cinquième dimanche du temps pascal. Cette vigne est celle qui nous donne le vin de l’alliance nouvelle et éternelle. Mais, même si c’est le Christ qui est la vigne, nous sommes les fruits, le raisin. Ainsi, nous comprenons que sans le Christ, nous ne pouvons pas porter de fruits, mais il nous revient pleinement d’être de bons fruits, pour porter la vie en abondance.

De la vigne au vin

C’est le sens que prend notre baptême : nous sommes plongés dans la grâce de Dieu, nous le choisissons pour « maître et pour ami ». Mais, il nous revient de porter, en plein monde, cette vie de Dieu qui nous est confiée. Il n’y a pas de bons vins, sans bons et beaux raisins, à la condition qu’ils soient portés par de belles vignes. Nous voyons, ainsi, comme aime le dire le pape François : tout est lié. Notre baptême engage notre responsabilité de rendre ce monde conforme à la promesse de fécondité que le Seigneur nous fait. Donc, Dieu ne fait pas sans nous. Il a besoin de notre témoignage, de notre engagement pour que sa vigne porte du fruit.

Soyons le bon vin du Seigneur

Ne soyons pas exclusifs dans cette mission d’annonce, par nos vies, par nos œuvres, du bon vin que le Christ, par nous, vient faire. Nous le voyons bien avec Paul dans la seconde lecture. Il a reçu l’appel du Christ à rejoindre sa vigne, et au vu de son « pedigree », la méfiance est de mise. Certes, il était empli d’un zèle contre les disciples du Christ, mais sa rencontre avec ce dernier a changé sa vie.

La richesse du discernement

La conversion, qui est le propre de notre quête, existe et nous avons à la reconnaître chez les autres. N’oublions pas que l’arbre se juge à ses fruits et non à sa réputation. C’est donc un appel à la prudence sur le regard que nous portons sur les autres. Leurs différences ne les rendent ni pires, ni meilleurs que nous. Elles sont une richesse si elles sont mises au service du corps entier et la vigne ne peut que s’enrichir de cette greffe.

À la recherche de la mission

La miséricorde doit toujours être première et irriguer toute notre vie. Ce n’est pas facile, mais l’exemple de Paul peut nous y aider. Toutes les capacités, les aspirations, les manières de faire et de voir sont bonnes si elles sont orientées dans la bonne direction. Mais, parfois, la méfiance est telle qu’il faut changer la greffe de pied de vigne pour être viable. Ce qui reste essentiel, c’est le discernement dans la mission. Celle-ci est une : annoncer la Bonne Nouvelle du Christ par et dans toute notre vie.

Le fol amour de Dieu

L’évangélisation n’est pas autre chose que de faire découvrir l’immensité de l’amour que le Christ nous porte. À nous, ensuite, de le décliner, de le faire fleurir là et comme nous sommes. Pour cela, nous pouvons commencer par louer Dieu. Le reconnaître comme l’auteur de la création, celui qui nous donne la « vie, l’espérance et l’être » (Ac 17, 28). C’est une bonne manière de marcher à sa suite, de porter du fruit et de faire advenir de beaux et bons raisins à sa vigne.

Serviteurs de la mission du Christ

Cette manière d’entrer en relation avec le Seigneur nous donne de comprendre que nous ne sommes que des « serviteurs ». Chacun d’entre nous porte une part de la mission du Seigneur et la louange nous apprend à nous ajuster à cet appel. Dans cet ajustement, nous pourrons entendre la promesse qui nous est faite dans le psaume 21 (22) lu ce dimanche : « À vous, toujours, la vie et la joie ! » Que demander de plus ? Notre louange doit donc nous conduire à l’émerveillement devant le don si grand du Seigneur. Ce n’est ni l’or, ni la gloire, ni la réussite qui nous sont promis, mais bien plus. La vie et la joie sont, peut-être, ce qui nous manque le plus. La pandémie, qui continue de nous frapper, nous dispose plutôt à la désespérance qu’à cette promesse qui doit nous conduire à l’enthousiasme. Il nous faut donc tenir ensemble et pas tout seul.

Compter sur le Christ

Notre planche de salut est la vigne du Christ. Sachons d’abord compter sur Lui, mais aussi les uns sur les autres. Notre appartenance au Christ nous conduit à nous reconnaître en communion avec les femmes et les hommes de ce temps. Ensemble, nous portons ces germes d’espérance dont le monde a tant besoin. Nous portons un appel à faire communion, à faire corps les uns avec les autres. C’est la vocation de l’Église que d’« être un lieu de vérité et de liberté, de justice et de paix afin que toute personne puisse y trouver une raison d’espérer encore » (prière eucharistique pour des rassemblements). Nous y puisons la force pour la mission. Nous témoignons ainsi, à notre monde, de la tendresse de Dieu, de son fol amour et de son espérance pour sa création.

Se laisser rejoindre

Nous pouvons essayer de bâtir des cathédrales et partir sur les routes humaines dans l’espérance d’amener des gens au Christ. Mais, si nous ne nous laissons pas rejoindre par Lui au cœur de nos détresses et de nos vies, là où bat le cœur du monde, nous passons à côté de l’essence même de son message. L’essentiel n’est pas les projets apostoliques, mais de sentir battre en nous le cœur du Christ. C’est cela demeurer, être greffé sur la vigne du Seigneur. Nous avons vraiment à contempler ce Christ qui nous donne accès, par le don de l’Esprit, à la sève de sa vigne. Nous pouvons devenir ainsi ce bon vin qui réjouit le cœur et le corps.

Du vin pour nos contemporains

Nous sommes invités à faire circuler sa vie au cœur de toutes nos actions, à la rendre présente dans chaque moment de l’existence. Ce n’est pas facile. C’est bien pour cela que nous avons à rester auprès du Christ. Il a choisi de prendre notre humanité. Il nous fait ainsi participer à sa vie divine, comme nous le dit la prière sur les offrandes de ce dimanche. Cela oriente notre vie, lui donne une direction. Elle est celle qui mène à nos frères et sœurs en humanité. Cette fraternité universelle, si chère au pape François, doit nous aider à transformer nos vies.

Demandons donc, en ce dimanche, au maître de la vigne de nous faire devenir, pour notre monde, le vin qui réjouit les invités aux noces éternelles. Puisse notre vie être une occasion de joie et ainsi participer jour après jour aux noces de l’Agneau. Elles sont, certes, célébrées dans le sacrement de l’Eucharistie.  Mais aussi dans nos vies quotidiennes lorsque nous cherchons à servir avec justesse nos contemporains, et par conséquent, le Seigneur.