Demeurer dans la tente de l’Amour

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Demeurer dans la tente de l’AmourNous voici entre Ascension et Pentecôte. Nous vivons une sorte d’entre-deux. Notre tente est plantée, prête à accueillir l’Esprit. Mais le Christ Ressuscité n’est plus au milieu de ses apôtres et l’Esprit Saint n’a pas encore donné totalement naissance à l’Église. Alors, que peut-il bien se passer pour nous en cet entre-deux ? Nous arrêtons, pendant dix jours, d’annoncer à temps et à contre-temps la joie du Ressuscité ? Bien sûr que non. Nous pouvons prendre ce temps comme une occasion de relire ce que nous avons vécu depuis la fête de Pâques. Comme les disciples, nous n’avons pas forcément compris ce qui s’est passé. Pourtant, comme eux, nous avons su élargir l’espace de nos tentes pour accueillir l’inédit dans notre vie. Même si c’est le cœur lourd de toutes ces personnes touchées par la Covid-19, nous continuons d’ancrer notre espérance dans le Christ.

Redécouvrir la contemplation

Ce que nous contemplons, ce n’est pas le Ciel où le Christ est monté, mais ces femmes et ces hommes qui partagent notre humanité. Eux aussi ont besoin de la tendresse du Christ. Il nous revient de leur témoigner qu’ils sont appelés, eux aussi, à être signe de l’Amour de Dieu. Sa tente est large et disposée à accueillir largement son peuple. Plus nous serons nombreux à vivre de la vie du Seigneur, à faire l’expérience de son incommensurable amour, mieux nous pourrons contribuer à apporter à ce monde de la consolation.

Faire l’expérience de la tente de la rencontre

Toutefois, n’oublions pas que nous ne sommes pas envoyés entre notre nom, mais en Celui du Ressuscité, qui a donné sa vie par amour pour nous. Par son incarnation, il a planté, au milieu de l’humanité déchirée, la tente de la rencontre et de la réconciliation. Son amour est une invitation à dissiper, en nous, tout ce qui peut être colère, amertume et autres désirs désordonnés. L’appel qui nous est fait nous conduit à rechercher une manière personnelle d’être unis par et dans ce fol amour de Dieu pour apporter de la paix, de la joie et de l’Amour aux femmes et aux hommes de ce temps. C’est cet état d’esprit qui a poussé les apôtres à combler la place manquante de Judas. Ils ont eu sans doute conscience qu’ils ne seraient pas assez de onze pour parvenir à la mission.

Élargir l’espace de notre tente

Aujourd’hui aussi, même si nous sommes bien plus de onze et qu’il n’y a pas de Judas dans nos communautés, nous avons besoin d’élargir l’espace de notre tente. Nous ne serons jamais assez nombreux pour déployer la force de l’Amour. Non seulement parce que cela nous dépasse, mais aussi parce que nous ne comprendrons jamais suffisamment combien l’Amour de Dieu nous dépasse, comme pour dilater notre cœur.

Déployer le fol amour de Dieu

Aussi, nous pouvons entendre cet urgence d’annoncer, par notre quotidien, l’actualité de l’Amour de Dieu. Même si, dans notre monde, il y a beaucoup de ténèbres et d’occasions de désespérance, nous pouvons trouver d’humbles serviteurs à la vigne du Seigneur. Ils sont prêts à planter, dans les déserts de nos vies, la tente du Seigneur. Simple tente de la rencontre, de la main tendue, fraternelle. Un lieu où se rencontrent la vérité de Dieu et de la personne humaine, comme pour (re)nouer une alliance.

Hôte de la tente de Dieu

Si nous cherchons bien, nous trouverons au cœur du monde ces havres de paix. Peut-être, d’ailleurs, en sommes-nous les hôtes. Nous y entendrons de la part du Seigneur Jésus une invitation à y demeurer. Il ne s’agit pas de s’y réfugier, comme pour fuir notre réalité, mais d’y contempler son amour pour vivre en plein monde son dynamisme. Demeurer dans le sein de Dieu, c’est accepter de se laisser dépasser par la vie. Il s’agit de ne pas renoncer à ce qui fait la grandeur de l’Amour, celui qui vient de Dieu et nous amène à vivre pour que toute la grandeur de l’homme soit honorée.

Servir la mission du Christ

Lorsque nous servons l’autre, c’est le Christ que nous servons. Ne cherchons pas plus loin la matière de demeurer dans la tente de l’Amour du Seigneur. Il s’agit d’être là, comme des femmes et des hommes de bonne volonté qui sont assoiffés de justice et qui tâchent de conformer leur vie à cet idéal. Voilà ce que nous demande le Seigneur dans cet entre-deux. <

Au cœur de la mission

La mission continue à temps et à contretemps. L’Esprit Saint, qui nous sera donné à la Pentecôte, est vraiment ce qui permet de nous accrocher à l’annonce de l’Amour de Dieu. Mais, dès la création du monde, il nous a été donné pour que notre monde respire la bonne odeur de l’amour du Seigneur. L’Incarnation nous l’a fait saisir, particulièrement dans le « oui » de Marie, et le Christ nous l’a annoncé comme celui qui nous affirmerait. L’Esprit est ce qui fait la jonction entre le monde de Dieu et le monde des Hommes, et cet entre-deux fêtes dans lequel nous sommes ce dimanche permet de préparer nos cœurs et nos esprits.

Se laisser unir par Dieu

« Unir » : voilà bien un verbe qui est au cœur de l’annonce du Royaume instauré par le Christ. Unir Dieu et les Hommes, mais surtout les Hommes entre eux. Nous sommes si différents, habités de tant de désirs contradictoires. Toutefois, tous nous aspirons à une seule chose : aimer et être aimé pour ce que nous sommes. C’est cet Amour plein et entier que nous promet le Christ, et nous avons à nous laisser entraîner par un tel don.

Lâcher prise

Laissons-nous donc conduire par ce désir. Il nous conduira à vivre comme des femmes et des hommes habités de la force du Ressuscité. Nous pourrons ainsi faire l’expérience de cet amour que nous montre le Christ au fil de l’Évangile. Toutefois, il nous faut accepter de nous laisser saisir par une force plus puissante que notre amour-propre. C’est entrer dans l’expérience de Pierre et nous laisser conquérir, saisir par la tendresse du Ressuscité.

Alors, pourquoi attendre demain pour prier le Seigneur de nous conduire dans la tente de sa compagnie ? Puissions-nous, comme nous y invite le psaume de ce dimanche, « battre des mains et acclamer Dieu par nos cris de joie », car il est celui qui « nous donne la vie, le mouvement et l’être ».