Entrer dans la radicalité du don


Méditations au coeur du monde, Temps liturgiques / vendredi, juin 24th, 2022
Temps de lecture : 5 minutes(Last Updated On: 24 juin 2022)

La radicalité du donCe 13e dimanche du Temps ordinaire, la liturgie nous invite à suivre le Christ dans la radicalité du don de nous-mêmes. Il semble qu’il faille laisser tout en plan pour prendre la suite du Fils de Dieu et servir la mission du Christ. C’est ce que les apôtres font sur le lac (Lc 5, 11). Cette radicalité du don, pour la mission, serait donc la marque de fabrique de ceux qui veulent suivre Jésus. Avancer sans saluer les siens… Cela ressemble à de l’abandon et est paradoxal par rapport à l’amour que nous devons avoir pour nous parents.

Prendre cet appel à la radicalité du don de nous-mêmes au pied de la lettre peut très vite nous conduire à l’égoïsme, au chacun pour soi, à une sorte d’élitisme spirituel. Cela ne ressemble pas trop à l’appel du Christ à sortir de nous-mêmes pour partir sur la route à la rencontre des hommes et des femmes de ce temps.

La radicalité du don pour la mission

Pourtant, nous sommes appelés par notre baptême à cette radicalité du don. Nous devons la comprendre non dans une sorte d’absolutisation mais dans une dynamique préférentielle. Notre foi ne doit pas nous conduire à entrer dans une idolâtrie de Dieu et un enfermement de nos relations aux autres. Au contraire, par notre choix de suivre le Christ de plus près, nous orientons notre vie vers les autres mais avec pour seule boussole la Parole de Dieu. C’est elle qui nous révèle le vrai sens de cette radicalité du don que nous sommes appelés à vivre.

Suivre le Christ mais jusqu’où ?

Notre attachement au Christ nous ordonne au monde. Cela exige de nous une qualité de témoignage, une manière de vivre. C’est, peut-être, dans cette dynamique que nous pouvons comprendre les exigences des textes de la liturgie de ce dimanche. La question que nous pouvons nous poser est « qu’est-ce qui m’empêche, m’entrave pour suivre le Christ de plus près ? Ai-je des préférences, des biais qui me font prendre une route qui ne témoigne pas de la joie de cette radicalité du don que je choisis ? . Nous voyons bien Élisée qui hésite à se laisser emporter par l’appel d’Élie. Mais la mission lui brûle le cœur et il choisit de rompre avec son aisance pour devenir prophète.

Prophète d’espérance

Nous pouvons aussi entendre cet appel à vivre notre vocation de prophète, reçue lors de notre baptême. Le prophète est celui qui porte la parole au monde de la part de Dieu. Il est appelé à être au carrefour du monde pour saisir les appels de l’Esprit et porter au monde la vie de Dieu. Ce n’est pas facile, reconnaissons-le, mais c’est un chemin de liberté, car nous sommes portés par l’Esprit. Si nous choisissons le Christ pour maître et pour ami nous sommes certains que nous sommes aidés de l’Esprit dans notre mission.

La joie et la croix

Pour autant, même si le psaume de ce dimanche nous promet « débordement de joie », le chemin à la suite du Christ est un chemin de croix. Il n’est pas facile de renoncer à soi-même, à son bon plaisir pour aller vers les autres. C’est l’appel que nous fait Paul dans la seconde lecture. Il nous met en garde contre nous-mêmes. L’égoïsme, l’égocentrisme nous conduisent à être esclaves de nous-mêmes et à oublier que dans toute relation, nous sommes invités à voir le visage du Christ. Nous avons donc besoin de force de l’Esprit pour vivre la radicalité du don à laquelle nous sommes appelés.

Du don de l’Esprit à la radicalité du don

Cet Esprit nous aidera à aller en eaux profondes pour vivre du don de Dieu au cœur de notre quotidien. Nous sommes invités à nous reposer sur le cœur du Christ, que nous avons fêté vendredi pour prendre les forces dont nous avons besoin afin de vivre l’Évangile en plein monde. Dans les bourrasques de la vie, lorsque le bateau tangue, n’oublions pas que le Christ est aussi présent avec nous, au cœur de notre vie. Le psaume 15 (16) que nous méditons aujourd’hui peut nous aider dans notre chemin à la suite du Christ. Pour autant, même si de lui « dépend notre sort » et que nous avons à mettre notre vie dans ses mains, nous sommes acteurs de notre chemin.

Compter sur Dieu

Certes, nous ne choisissons pas les vagues et autres vents parfois violents, mais nous comptons sur la force du Christ pour les affronter et ne pas sombrer en pleine mer. Cette radicalité du don de nous-mêmes est un peu comme une danse avec le Seigneur. Pour être dans le rythme, nous avons à écouter la musique qui vient de son cœur. C’est au diapason de ce dernier que nous pourrons entendre et écouter les appels du Seigneur à le suivre, à Lui offrir notre vie en réponse au don de la sienne.

Écouter les appels du Seigneur

Les appels du Seigneur ne se disent pas toujours de manière explicite. Nous avons besoin de prendre du temps et de la distance pour bien comprendre de quelles manières nous pouvons mieux le servir et servir ce monde. Entrons dans ce chemin d’offrande que le Seigneur nous propose aujourd’hui. C’est une voie de liberté, de joie, mais aussi de responsabilité. Dieu a besoin de nous pour répandre son amour sur toute la Terre. Il a choisi de nouer entre nous et Lui une Alliance pour que l’Amour de son nom conduise les femmes et les hommes de ce temps à développer davantage de charité les uns envers les autres.

Témoins de l’Évangile au cœur de notre vie

C’est par notre comportement, notre ressemblance avec le Christ qui est mort par amour pour nous que nous pourrons témoigner que l’Évangile est puissance de salut et de résurrection. Au fil de nos journées, nous rencontrons des personnes diverses. Certaines nous annoncent le salut, par leur comportement, leur chaleur, leur propos, leur silence et d’autres nous paraissent des contre-témoignages. Louons le Seigneur pour les premieres qui nous donnent un avant-goût de l’Éternité et prions le Christ miséricordieux de nous emplir le cœur de sa charité pour les seconds.

Acteurs de réconciliation

Souvenons-nous que notre mission de baptisés, témoins de la radicalité du don, est d’être acteurs de réconciliation. De nos propres forces, c’est impossible, notre cœur est bien trop aride, mais l’Esprit, lui, sait féconder ces terres hostiles et semer le bon grain de l’Amour de Dieu.
Gardons donc confiance en cet Esprit que nous avons célébré à la Pentecôte.Qu’il dilate notre cœur et impulse la charité afin que nous puissions vivre les uns et les autres en frères et sœurs, amis dans le Seigneur.