Être consumé par l’amour du repas pascal

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Être consumé par l’amour du repas pascalNous voici rassemblés autour du Christ pour son dernier repas pascal « Heureux sommes-nous d’être invités au repas des noces de l’Agneau », disons-nous à chaque eucharistie. Ces mots prennent tout leur poids aujourd’hui. Qu’y a-t-il de plus joyeux qu’un repas ? Être entourés de ceux que nous aimons pour partager la joie d’être ensemble, celle de l’amitié, de l’affection. Cela prend davantage sens aujourd’hui, alors que les contraintes sanitaires nous obligent à restreindre ces moments conviviaux.

Dernier repas pascal

Pour Jésus, ce repas pascal est particulier. Il est certes entouré des siens, de ses disciples, de ceux qu’il a choisis et qui l’accompagnent au quotidien, mais c’est le dernier repas de sa vie d’homme libre. C’est cette liberté qu’il choisit de consacrer. « Ma vie, nul ne la prend, c’est moi qui la donne », avons-nous entendu. Le Christ ne garde pas sa vie, ne fuit pas devant la mission : il l’achève, il la consacre et lui donne une dimension prophétique. Il ne retient rien, il donne.

Le chemin du Christ

Le jeudi saint est l’incarnation de la mission du Christ, il est comme le résumé de son cheminement parmi nous. Il nous aide à comprendre que par le choix de s’incarner, Dieu choisit le chemin de l’humilité. Il n’a jamais été dans une position de supériorité. Par la vie du Christ, en partageant notre condition d’homme, il s’est inséré dans un peuple pour lui montrer, par sa vie, par ses gestes, un chemin. C’est celui du plus grand amour. Aimer comme le Christ nous aime et aimé par le Père, dans l’Esprit, signifie accepter de se mettre à genoux devant les autres.

Se dévêtir par amour

Lorsqu’il lave les pieds de ses disciples, il se dévêt et prend le vêtement du serviteur. La nudité du Christ se revêt de l’humilité, voire de l’humiliation de l’esclave. Certes, il est « maître et seigneur », mais surtout cet agneau de Dieu qui enlève le péché, l’orgueil du monde. Aussi, il vient s’agenouiller devant nous pour que nous nous agenouillions, nous aussi, les uns devant les autres, pour mieux les servir et les aimer.

Vivre le repas des noces de l’agneau

Participer à l’eucharistie, à ce repas des noces de l’agneau, n’est pas une simple formalité que nous accomplissons, comme pour être en règle. C’est une démarche qui nous fait devenir un membre du peuple de Dieu qui se donne en nourriture pour les autres. Comme le Christ s’est donné en partage, nous aussi, nous avons à nous déposséder et à entrer dans la plénitude d’un don qui nous dépasse. Participer à la célébration de l’eucharistie, c’est accepter, nous aussi, « d’être moulu sous la dent des bêtes, pour devenir le pain immaculé du Christ », comme le disait Ignace d’Antioche. Nous avons à accepter d’être ce viatique qui rassasie la faim et assèche la soif des hommes et des femmes de ce temps.

Porter la paix et la joie

Souvenons-nous de la multiplication des pains et du commandement du Seigneur : « Donnez-leur vous-mêmes à manger ». Cette consigne était comme une préfiguration de ce dont nous faisons mémoire aujourd’hui. De même qu’il nous faut donner à manger, au nom du Christ, aux femmes et aux hommes de ce temps, nous avons un impératif de service. Tout ce qui peut conduire à briser la solitude, la tristesse – qui fait la joie de l’ennemi de la nature humaine – est une manière concrète de servir le Christ. La solitude de nos contemporains est telle que nous devons être pour eux des porteurs de sollicitudes. Partager un temps d’écoute, échanger un sourire… Tous ces petits riens font que nous devenons porteurs de la paix et de la joie du Christ.

Servir rend libre

À une seule condition, que nous acceptions de sortir d’une posture. Nous avons à abandonner toute velléité de pouvoir, de domination, de désir de prendre la première place. Nous ne sommes ni meilleurs, ni pires que les autres. Ensemble, nous marchons avec le poids du jour et sommes invités à nous tenir la main pour traverser cette terre glaiseuse qui colle à nos pieds. Ceux-là mêmes que le Christ vient nous laver en ce soir du repas pascal. Notre baptême nous a lavé de tout pêché, de toute velléité de prendre sa place. Mais en marchant sur la route de nos vies quotidiennes, cette tentation peut nous guetter. Alors, ce soir, il se fait suppliant et nous montre que le maître et seigneur choisit l’humble place. Comment alors ne pas penser à ces mots du jésuite Didier Rimaud : « Servir Dieu rend l’homme libre comme Lui ».

Heureux de partager le repas des noces de l’Agneau

Réjouissons-nous donc ce soir d’être invités au repas des noces de l’Agneau et laissons-le Seigneur venir nous laver les pieds. C’est un geste prophétique. Il nous appelle à renoncer à tout ce qui peut nous faire tenir – encore – à toutes volontés de maîtrise et puissance. Le Christ n’a rien gardé pour Lui, même pas ce qui le lie à son Père : l’amour. C’est d’ailleurs cet avantage qu’il vient nous transmettre en ce jeudi saint. Sans cette union entre Lui et le Père que nous manifeste l’Esprit, l’Eucharistie n’aurait aucun sens. Nous comprenons bien ce soir que tout est don dans le chemin du Christ.

Reconnaître la dignité de l’autre

Dans ce pain et ce vin offerts, dans ce geste d’humilité, il nous conduit à porter notre regard sur autre chose que notre quotidien, mais qui est pourtant notre unique nécessaire. Le Christ nous pousse à sortir de nos tombeaux pour entrer dans une dynamique d’abondance, d’une joie qui se donne lorsque nous reconnaissons à l’autre le droit d’exister. Il vient nous entraîner dans la dignité de notre humanité par la purification de notre regard, de notre manière d’aimer. Ce soir, en partageant son repas pascal, le Christ nous installe comme ses frères. Nous devons ces disciples-missionnaires soucieux de porter la tenue du serviteur. Ce vêtement spirituel témoigne du seul impératif qui vaille dans notre vie : se laisser consommer par ses frères et sœurs en humanité pour la vie du monde.

C’est la signification profonde du repas pascal que nous partageons en souvenir de celui du Christ. Que ce pain et de vin consacrés nous aident à vivre, en plein monde, notre consécration baptismale.

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