Prière de ne pas déranger Jésus


Méditations au coeur du monde, Temps liturgiques / samedi, octobre 23rd, 2021
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(Last Updated On: 23 octobre 2021)

Prière de ne pas déranger JésusPrière de ne pas déranger Jésus. C’est l’état d’esprit des disciples dans la scène d’Évangile que nous contemplons ce 30e dimanche ordinaire de l’année B. Jésus chemine, avec autour de lui de nombreux disciples. Il est entouré de personnes qui sont séduites par sa personnalité, son enseignement… Nul ne sait exactement pourquoi cette foule nombreuse l’accompagne. Elle veut garder Jésus pour « elle ». Elle se veut comme propriétaire de cet homme qui guérit et qui a une parole séduisante, bien que – parfois – un peu rugueuse. Si d’aventure, quelque chose ou quelqu’un venait le déranger, Jésus ne serait plus à eux… Mais, voilà qu’Il s’intéresse aux périphéries. Un homme crie et ces bonnes gens qui entourent Jésus l’écartent. Mais, il crie de plus belle. Bien qu’il soit aveugle, son désir de voir Jésus est premier.

Les cris au bord du chemin

Cet homme, nous dit l’Évangile, est « au bord du chemin et mendie ». Il est comme mis au ban de la société. La figure de cet homme, Bartimée, peut nous interroger sur notre rapport à la personne de Jésus. Sommes-nous, dans nos communautés, comme cette foule qui chemine avec Jésus ? Nous sommes confortables dans nos habitudes et venir les déranger serait insupportable ? Ou bien sommes-nous attentifs aux cris qui nous viennent du bord du chemin ? « Il y a quelque chose de pire que d’avoir une âme même perverse. C’est d’avoir une âme habituée. » Ces mots de Charles Péguy peuvent résonner dans nos esprits à la lecture de ce texte d’Évangile.

Le Christ se laisse déranger

Quand nous prenons le temps de regarder Jésus agir, nous constatons qu’il ne cesse de se laisser déranger. Ces rencontres, ces échanges lui permettent de sortir d’une vision monolithique de la manière dont il pensait vivre sa mission. Elle devient, grâce à ce bousculement, à ces débordements des uns et des autres, universaliste. « Je suis venu pour que vous ayez la vie et la vie en abondance » (Jn 10, 10) nous dit le Christ dans l’Évangile de Jean. Il n’est pas question de quelques uns qui seraient plus dignes que les autres, qui auraient plus d’abondance que les autres. Le Christ vient nous libérer de ces carcans de nos pensées, de nos castes intellectuelles qui nous emprisonnent. Il veut nous rendre attentifs à toutes ces personnes isolées, au bord du chemin, qui veulent voir Jésus.

Laisser le Christ rencontrer Bartimée

Voici leur espérance et nous ne devons pas être des paravents du Christ. Nous ne devons pas le cacher derrière tant de « bonnes raisons ». Elles sont, pour reprendre les paroles du pape François, un venin. Puisons dans le Christ la grâce de nous laisser déranger sans cesse. Dans nos habitudes, dans nos façons de penser, de voir, d’entendre, de concevoir… ouvrons-nous sans cesse à la nouveauté en étant attentifs au souffle de l’Esprit qui aiguise l’oreille de notre cœur. Nous pourrons alors entendre, au bord du chemin, tous ces Bartimée qui veulent voir Jésus. Aussi, n’attendons pas leurs cris pour les prendre avec nous dans notre maison commune, dans notre chemin commun vers l’Espérance. Ils sont tout autant que nous figure du Christ, que nous, chrétiens habitués de nos communautés.

Accepter de se laisser déranger

Aussi, la question que nous pouvons nous poser est celle de la manière dont nous avons à nous laisser déranger. Il y a bien sûr la question de l’accueil dans nos communautés, mais aussi dans notre vie. Il y a des dérangements quotidiens qui nous agacent… À nous de les relire pour regarder de quelles manières ils sont ou non porteurs de vie. Parce que ce qui est essentiel, au cœur de nos vies, c’est bien de vivre la corporéité de l’amour du Christ. Nous sommes, comme baptisés, son corps mystique appelé à porter des fruits, à ne laisser personne au bord du chemin. Ce corps se fortifie de la présence de tous. Nul ne peut en être exclu pour la raison que Jésus nous appartient, que nous savons ce qu’Il veut pour l’autre. Agir ainsi ce serait pêcher contre l’Esprit et par conséquent contre l’Amour du Christ qui nous invite à l’unité.

Ne pas être des paravents du Christ

Gardons bien en tête cet impératif de ne pas être des paravents du Christ. C’est d’autant plus urgent en ces temps où l’Église est sous le choc du rapport « Sauvé » et en même temps où le pape a ouvert un synode sur la synodalité. L’Esprit nous pousse donc à nous laisser déranger par l’actualité. Avec effroi, colère, rage, incompréhension… quant aux crimes perpétrés par des membres de l’Église sur des enfants, mais avec joie et grande espérance devant l’audace du Vicaire du Christ à conduire l’Église vers le bord du chemin.

Nous sommes tous des Bartimée

L’exemple de Bartimée peut illustrer cette recherche, cette exigence à laquelle nous sommes sans cesse appelés. Cet homme au bord du chemin peut être un inconnu, mais tout aussi une personne blessée par nous, par la communauté ecclésiale. Nous l’aurions mise au bord du chemin et elle mendie notre reconnaissance tout en continuant de confesser le Christ. Mais, ce peut être aussi nous. Un nous, qui est tout autant individuel que collectif, qui avons été rejetés de la maison commune et qui crions aussi vers Jésus. Notons que Jésus demande à ceux qui le « protègent » de l’amener. Nous pouvons y voir un appel à la communauté des disciples à intégrer celui qui a été comme banni. Cet appel nous avons aussi à l’entendre.

Aller vers Jésus

Jésus nous dit, à nous aussi, de Lui amener ceux qui osent nous déranger. Cette invitation du Christ n’est pas pour être jugé, mais être aimé et appelé à la joie de la mission. Elle s’adresse à chacun de nous. Le Christ nous appelle à nous réjouir, à bondir et courir de joie vers Lui. C’est en nous attachant à la personne du Christ que nous pourrons comprendre davantage le sens profond de l’Église. Elle ne peut être composée que de personnes qui désirent attirer vers Jésus même et surtout si son message peut déranger nos plans et autres planifications bien établis.

Demandons donc la grâce de savoir répondre avec sagesse et discernement à tout ce qui vient nous déranger. Nous y trouverons sans aucun doute des signes de son amour et de sa joie qui nourriront nos journées pour porter l’Évangile en plein monde.