Ambassadeurs de la grâce du Christ

« Christ est ressuscité, Alleluia ! » a été proclamé samedi au cœur de la vigile pascale. Ce cri de joie qui déchire la nuit du tombeau est le cœur de la foi chrétienne. « Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est notre foi » nous dit Paul dans son épître aux Corinthiens. Avouons que cette affirmation qui change tout à notre vie, qui nous dynamise et dont nous avons, pour certains, fait l’expérience, a de quoi étonner. Cette résurrection, cette sève, cette joie qui parcourt la vie des chrétiens est parfois bien terne et difficilement explicable. Comment ne pas penser à tous ceux et celles qui souffrent en ce jour de Pâques au-delà de nos frontières comme sur les lits de nos hôpitaux, dans les maisons de retraite ou bien encore ceux qui souffrent de solitude, de pauvreté, d’exclusion… Pâques est pourtant aussi pour eux mais comment leur donner de goûter à Celui qui nous sauve, alors que leur vie peut ressembler au vendredi saint et à cette autre cri qui a déchiré les cieux : « Mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » ?
La date de Pâques 2013 est également dans notre pays celle de la fin de la trêve hivernale en matière d’expulsion et d’hébergement d’urgence. Comment entendre le renouveau, cet appel à l’espérance contre toute désespérance alors que des hommes, des femmes, des familles vont se retrouver à la rue sans solutions pérennes. Malgré les promesses électorales devenues des affirmations ministérielles sur la fin de la gestion au thermomètre de l’hébergement d’urgence, tout est comme avant. C’est un comme si nous n’avions pas changé de gouvernement sans parler de cette politique d’expulsion et de destruction des camps de Roms. L’inquiétude est grande sur le rapport que nos gouvernants, toutes couleurs politiques confondues, entretiennent avec leurs frères. Mais, se lamenter et crier dans le désert n’est pas une stratégie qui porte des fruits. Pour autant, que faire de nouveau si ce n’est combattre et soutenir les initiatives du tissu associatif ?
S’engager c’est vivre en ressuscité
C’est peut-être dans cet engagement que l’effet de la résurrection peut se faire sentir. Nous pouvons rester au tombeau, regarder le linceul plié et l’absence de Jésus et puis s’en contenter et retourner à notre quotidien. L’autre solution consiste à repartir du tombeau vide convaincu qu’il fallait construire à partir de cette nouveauté avec le secours de la grâce. Dans son homélie pour la vigile pascale, l’évêque de Rome nous invite à ne pas nous fermer à la nouveauté et à ne pas nous laisser aller à la tristesse, à nos déceptions… Le Vicaire du Christ nous invite à inventer de nouvelles manières de faire découvrir le chemin pour dire l’Amour de Dieu pour les Hommes.
Le service de l’autre n’est pas facultatif
Une de ces manières qui me paraît essentielle est le service de l’autre, le service à l’autre, le service pour l’autre. Cette fraternité ne doit pas être facultative pour le chrétien. Devant tant de défis, de souffrances, de questionnements qui naissent jour après jour, nous ne pouvons pas laisser l’espérance que nous avons reçu en héritage demeurer lettre morte. Aussi, relevons les bras et bâtissons ensemble des solutions qui servent la dignité de l’homme. Dans ce mouvement ne faisons pas à la place de l’autre mais avec l’autre. La fragilité n’est pas une maladie ni honteuse ou même contagieuse, la preuve c’est qu’elle a été choisie et assumée par le Christ. Le Seigneur s’est fait pauvre pour nous montrer que la dignité de l’homme ne consistait pas en des richesses et autres parures mais dans sa capacité à entrer en relation avec l’autre. Notre vraie richesse, celle qui vaut plus que des comptes en banque bien remplis, c’est cette capacité que nous avons à pouvoir nous laisser émouvoir par l’autre et de là être entrainé à sa suite pour le soutenir, faire un bout de chemin avec lui. Il ne s’agit pas d’être des super héros ou des supers chrétiens mais d’agir comme ambassadeurs de la grâce du Christ.