Demander la grâce de la rencontre

Étonnant que ce récit que nous connaissons bien de l’aveugle Bartimée. Tournons d’abord notre regard sur Jésus. Il ne fait rien de particulier, il ne prononce pas de paroles, les disciples et la foule non plus. Pourtant, l’aveugle sait que c’est Jésus. Tout les oppose dans cette scène d’Évangile. L’un est en mouvement, l’autre est assis en mendiant. Chacun semble cantonné à son rôle. Jésus passe de lieux en lieux, annonçant la Bonne Nouvelle du Salut, l’aveugle tâche de subsister, tant bien que mal, en recevant ses subsides de la générosité des autres. Rien d’original ici, nos villes sont emplies de ces mendiants qui tendent leurs sébiles. Laissons-nous saisir cependant par la réaction de Bartimée lorsqu’il entend que Jésus arrive, il crie.
Crier
Il crie non pas ce qu’il désire comme guérison. Il crie son désir d’être sauvé. Il crie qu’il désire être rempli de la grâce de Dieu, de sa force. Il sait au fond de son cœur, que cet homme qui passe par son chemin, ce Jésus de Nazareth est celui qui peut lui donner la grâce de vivre en plénitude. Bartimée réalise ainsi une confession de foi. La foi non pas dans un quelconque thaumaturge qui pourrait le guérir de sa nécessité, ce qui serait déjà beaucoup. Non, une foi dans une personne dont il ne sait presque rien mais qui est celui pour qui son cœur brûle de désir. Ce peut être un appel pour nous, quand nous relisons notre vie à la lumière de l’Évangile. Avons-nous conscience que Jésus passe aussi près de nous. Avons-nous comme le fait Bartimée, le désir de recevoir de Jésus la force de vivre. La force de continuer la route malgré nos fragilités et handicap. La force d’être réconcilié avec nous-même, avec nos désirs profonds, avec notre soif de rencontrer ce qui nous donne l’élan de la mission, l’élan de vivre notre baptême en plénitude, avec joie.
Convertir
Regardons aussi ceux qui veulent empêcher Bartimée de crier. Ne serait-ce pas aussi un peu nous ? Nous qui, parfois, sommes emplis de savoir. Nous qui savons mieux que les autres ce qui est bien pour eux. Reconnaissons humblement que parfois nous voulons faire taire les autres. C’est parfois de la jalousie, de la toute puissance ou de l’autoritarisme. Il est important de reconnaître que nous n’agissons pas toujours de manière charitable ou miséricordieuse. Que nous sommes de faux témoins de ce Dieu que nous professons honnêtement. Pour autant, réjouissons-nous que notre attitude ne nous condamne pas. Dieu demeure miséricordieux et nous invite à nous convertir, à nous habiller le cœur de la douceur de son amour.
Conduire
Si nous nous apercevons d’une telle conduite, d’ attitudes peu cohérentes avec l’Évangile : crions vers Jésus de toutes de nos forces : « Sauve-moi, prends pitié de moi ». Alors, nous pourrons continuer notre route avec Jésus, emplis de sa miséricorde et de la force de son amour. Nous pourrons aussi amener vers Jésus ceux et celles qui ont des difficultés sur leur route, qui ne voient pas trop où aller, aveuglés par tant de choses. Aveuglés de leur suffisance, comme nous pouvons l’être nous aussi. Tous nous sommes à la fois des aveugles désireux d’aller vers Jésus, tous nous sommes des personnes qui veulent conduire vers Jésus. Il est important de nous reconnaître comme des personnes en route à la suite de Jésus qui peinent sur ce chemin. Non pas parce que nous ne serions pas à la hauteur de ses exigences mais simplement parce que nous manquons d’amour et de foi d’abord en nous et ensuite en Dieu.
Dans les déserts de notre monde, dans ce lieu où certains sont plus préoccupés de leur propre salut, que du salut que Dieu leur offre demeurons ce cri de Bartimée. Faisons porter notre voix, notre désir d’être sauvé par le Christ qui passe en notre vie. Demandons-lui la grâce de pouvoir le rencontrer et le reconnaître même si notre cœur est aveugle.