Libres pour aimer davantage – dimanche des Rameaux et de la Passion

Nous entrons ce dimanche dans la semaine sainte. Elle nous conduira jusqu’au sommet de l’année liturgique et par conséquent à celle de de notre vie chrétienne. Aujourd’hui nous célébrerons deux événements contraires mais indissociables. L’acclamation par la foule de Jésus entrant à Jérusalem et sa passion. Ces deux événements contradictoires ressemblent à notre cœur, à notre vie de foi. D’un côté nous confessons qu’il est le sauveur du monde, le roi des rois, le Seigneur des seigneurs et de l’autre nous refusons, plus ou moins malgré nous de suivre sa route et ses commandements en le mettant au cœur de notre vie. Nous sommes pour ainsi dire de drôles de croyants qui aimerions avoir tout sans pour autant demander la grâce de la conversion radicale.Dans l’Évangile lu pour la procession des Rameaux, Jésus demande à ceux qui vont demander le nécessaire pour sa montée à Jérusalem de répondre s’il on les questionne : « Le Seigneur en a besoin. ». Aujourd’hui de quoi le Seigneur a-t-il besoin pour que son règne advienne ? Cette question ne vaut que si nous consentons à croire que la toute puissance de Dieu est liée à la pleine liberté de la personne humaine appelée par le Seigneur, à participer à son œuvre de salut. En fait, le Seigneur a uniquement besoin de femmes et d’hommes qui sont libres. Libres pour aimer et donc qui cherchent à bâtir pleinement des relations davantage fondées sur la coopération, une altérité responsable et non de mettre la main sur l’autre pour en faire l’objet de ma complaisance, palliant mes frustrations et autre quête malsaine du pouvoir. Pour bâtir le Royaume avec Jésus, il faut donc devenir plus des coopérateurs pour la mission que des esclaves obéissants par peur d’être châtiés. Cette liberté que le Seigneur veut de nous, est comme consacrée par la suite de la phrase demandée d’être dite par Jésus : « Il vous le renverra bientôt ». Nous ne sommes pas vendus à Dieu, il ne vient pas non plus voler, ni violer notre liberté mais l’utilise, avec notre consentement, pour construire son règne. Notre coopération pleinement libre à l’œuvre de Dieu entraîne pour nous une abondance de grâce et féconde notre cœur pour aimer davantage. Voilà un des mystères de sa passion.

Libres pour aimer c’est aussi un appel à vivre pour réconcilier, vivre pour réconforter. C’est le sens de la première lecture. Ces mots du prophète Isaïe sont d’une urgence apostolique aujourd’hui. Tant de femmes et d’hommes se sentent seuls, désemparés, en détresse et n’ont pas de lieux, de personnes de confiance à qui s’ouvrir. Ils peuvent se trouver comme le Christ en croix, en proie au désarroi : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné » ? Le mystère du crucifié vient embrasser tous ces personnes en détresse. Avec Lui, par Lui et en Lui elle sont unies à son cœur sacré et portées, par la force de la Résurrection, devant le Père. Pour autant, il est important que nous soyons attentifs à nos contemporains et à pouvoir être, si le charisme nous en est donné, cette oreille bienveillante, attentive et consolatrice. Comme chrétiens, il est de notre responsabilité de continuer à bâtir un monde plus juste et plus fraternel. Demandons la grâce de pouvoir continuer ou d’être engagé davantage au service de ce Bien Commun. Même si la force l’Esprit nous conduit en des lieux et des temps que nous n’avons pas encore imaginés, sachons être dociles et prompts à rendre grâce de l’Espérance qui est en nous.

Au cours de cette semaine qui nous conduira à vivre de la lumière resplendissante du Ressuscité, prenons le temps de goûter et de sentir intérieurement de quelle manière s’est exercée la liberté du Christ. Qu’elle soit pour nous une invitation à transformer nos réticences et limites en audace et courage apostoliques afin que nous devenions davantage libres dans l’Esprit pour louer et servir le Seigneur par et dans toute notre vie.