Aux morts !

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La France, la nation rend hommage, ce mardi 19 juillet, aux soldats morts ces derniers jours en Afghanistan. C’est, bien sûr, une bien triste nouvelle que de savoir ces jeunes hommes tombés sous le feu des bombes ou dans une embuscade. L’émotion a, sans doute, due être grande dans la cathédrale saint Louis des Invalides puis dans la cour des Invalides, lorsque le président de la République a prononcé l’éloge funèbre et lorsque les honneurs militaires ont été rendus. Le protocole a été respecté et les familles et les proches de ces jeunes, trop jeunes, militaires, n’en seront pas plus consolées  pour autant. Cependant, il y a des rites qui aident et qui marquent une étape essentielle pour avancer dans ce travail de deuil, si difficile.
Ce charivari médiatique autour du décès de ces soldats m’inspirent quelques réflexions. Tout d’abord un agacement. Ces militaires appartenaient, sauf erreur de ma part, à des troupes d’élites préparées, comme tout bon militaire, à l’exercice de cette mission. Certes, ils ne partent pas pour mourir mais connaissent le risque lorsqu’ils se sont engagés. Cela n’empêche pas leurs proches de ressentir de la tristesse et de la douleur quant à la mort de ces soldats. Cependant, au lieu de faire dans la gnangnan et la polémique politicienne, il me semble préférable de revenir aux fondamentaux du métier des armes et de mettre en valeur le professionnalisme de nos soldats. Également, il est important de souligner que le risque zéro n’existe pas.
Ensuite, en écoutant certains médias qui sont pourtant, d’habitude, gages de qualité et de retenue, réaliser des interviews de parents de soldats mort dans des conditions similaires ; j’aimerai les appeler à plus de respect et de professionnalisme. Il est aisé de comprendre qu’il n’est pas à la joie et que ce n’est pas avec légèreté de cœur et allégresse qu’il va (re)vivre ces moments d’hommage de la nation. Je n’accuse personne, mais j’en appelle, modestement, à de la retenue devant la douleur de ces personnes. Nous ne sommes pas aux jeux du cirque et il n’y a point besoin de pathos. De plus,  cela n’ajoute rien à l’information.
Devant le flux d’information concernant ces soldats défunts m’est revenu ce texte de Charles Péguy (1873-1914) :

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle
Mais pourvu que ce fût dans une juste guerre.
Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre.
Heureux ceux qui sont morts d’une mort solennelle.
Heureux ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol, à la face de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts sur un dernier haut-lieu,
Parmi tout l’appareil des grandes funérailles.
Heureux ceux qui sont morts pour des cités charnelles,
Car elles sont le corps de la cité de Dieu.
Heureux ceux qui sont morts pour leur âtre et leur feu
Et les pauvres honneurs des maisons charnelles.
Heureux ceux qui sont morts, car ils sont retournés
Dans la première argile et la première terre.
Heureux ceux qui sont morts dans une juste guerre.
Heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

Respectons donc la douleur, faisons silence pour respecter ces défunts mais n’en faisons pas trop. Chaque vie est unique et possède la même valeur que l’on soit « mort au front » à 20 ans ou isolé à plus de 90 ans, dans une maison de retraite. Les conditions et l’âge sont juste différents mais la tristesse et la douleur sont la même pour ceux qui reste et qui aiment ces personnes défuntes.