Pour une diplomatie de la paix en Syrie

(c) JRS InternationalDepuis 3 ans, la situation de la Syrie ne fait que s’aggraver. Le Pape François avait au cœur cette situation catastrophique lors de son message de Noël. Ce sont 8 millions de personnes qui sont déplacés soit l’équivalent de la ville de New-York. Des centaines de milliers de Syriens sont assignés à résidence dans des zones contrôlées par les forces gouvernementales et assiégées par des groupes de l’opposition. Continuer la lecture de « Pour une diplomatie de la paix en Syrie »

Un Apostolat au cœur du monde

Le Christ et Saint Jean
(c) Boutique Théophile

Ce mois de juin est celui du Cœur de Jésus. Évoquer le cœur de Jésus peut, de suite, laisser penser à une spiritualité surannée voire à des images de cœur sortant et irradiant de la poitrine du Christ. Il nous faut aller plus loin et nous laisser toucher par la grâce de Dieu, qui en son Fils, vient nous dire l’absolue densité de son amour pour les Hommes. Nous ne pouvons pas séparer le Cœur du Christ de son Corps Eucharistique. Continuer la lecture de « Un Apostolat au cœur du monde »

François : un jésuite argentin, évêque de Rome

pape_francoisHabemus Papam ! Le siège de l’évêque de Rome n’est plus vacant, un argentin vient d’être élu pour l’occuper et ainsi présider toutes les Eglises locales catholiques. Un Italien était attendu, voir un Québécois ou même un Brésilien et c’est un argentin jésuite qui crée la surprise. François, Jose Mario cardinal Bergoglio, est devenu ainsi le successeur de Pierre.
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Combattre pour la justice

« Les yeux fixés sur Jésus-Christ, entrons dans le combat de Dieu ». Cette antienne de ce temps de carême, nous place au cœur même du désir de Dieu combattre pour et avec lui en compagnie de son Fils. Mais quel peut bien être ce combat ? Il est sans aucun doute vaste, mais une constante apparaît à la lecture de sa Parole notamment chez le Prophète Isaïe (58, 6-7), lorsqu’il est question du jeûne qui plait à Dieu : « faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs. N’est-ce pas partager ton pain avec celui qui a faim, recueillir chez toi le malheureux sans abri, couvrir celui que tu verras sans vêtement, ne pas te dérober à ton semblable ? ». En d’autres mots, se mettre à la suite du Christ et entrer dans le combat en faveur de la justice sociale qui est inévitablement lié au service de la foi.

Pour le Chrétien, le combat en faveur de la justice sociale prend sa source dans la Parole de Dieu : « Ce que vous avez fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous l’avez fait ». Il n’est pas optionnel, c’est une question de crédibilité et de cohérence inhérente à notre attachement au Christ.

La justice sociale, avant d’être un champ d’action, c’est d’abord une passion, une obsession et une préoccupation de chaque instant. C’est aussi et surtout un devoir de solidarité les uns par rapport aux autres, au-delà de toutes différences et de toutes sortes de frontières. Elle consiste à ne pas se satisfaire du fait que des hommes et des femmes puissent être instrumentalisés, ignorés, méprisés ; qu’au plus près de chez nous, nos contemporains soient contraints à vivre dans des conditions contraires à la dignité humaine. En fait, c’est une manière de considérer l’autre comme mon semblable, titulaire comme moi de droits, de devoirs mais surtout de dignité. Ce doit être une dominante de notre engagement au service de nos contemporains. Il nous revient de la faire dialoguer avec d’autres catégories comme notamment la bonté et bien sûr la dignité.

Promouvoir la justice sociale, en faire une priorité dans nos actions et dans nos vies est un véritable défi. Cela demande de notre part, une attention sans cesse renouvelée à ce qui se passe autour de nous. Nous devons aussi essayer de réfléchir avec d’autres à des solutions concrètes à mettre en place pour instaurer cette justice sociale et aider ainsi nos contemporains. Un véritable travail en réseau est pour cela nécessaire ; c’est une force devant les enjeux de notre société. Une vigilance accrue est indispensable, en premier dans notre travail, mais également dans notre pays pour que cette « justice sociale » soit davantage instaurée sans oublier une ouverture sur le monde. Il y a bien des lieux, des situations que nous ne connaissons pas forcément qui méritent notre attention et notre investissement. Par exemple tout ce qui concerne le trafic des êtres humains ou bien encore l’accès à l’eau et à des conditions sanitaires dignes. Sans oublier ceux qui fuient leur pays en guerre pour trouver un espace de paix et de tranquillité même au prix de condition de vie précaire. Même si cela n’impacte pas directement et immédiatement nos conditions de vie, cela porte tout de même à conséquence. Nous ne pouvons pas rester indifférents à ces enjeux.

Pour autant, ce combat quotidien pour la justice sociale demande de notre part de nous tenir informé des nouveaux enjeux de notre société. En fait, être attentif à la justice sociale c’est l’être aussi au « vivre ensemble ». Il s’agit de manifester de la reconnaissance à nos contemporains et de les aider à être reconnus comme sujet. C’est-à-dire saisir, agir et comprendre, là où nous sommes, avec ce que nous sommes, qu’ils sont avant toutes choses des hommes et des femmes qui ont une histoire personnelle avant d’être dans telle ou telle situation particulière. C’est en faisant attention à tout ce qui se vit au quotidien même, et surtout, dans ce qui ne se dit pas que nous pourrons avoir une action efficace et efficiente.

D’ailleurs, les évêques lors du synode sur la justice de 1971 résumaient ainsi cet engagement : « La mission de pêcher l’Evangile exige, aujourd’hui, l’engagement radical pour la libération de l’homme, dès maintenant, dans la réalité même de son existence en ce monde. Si le message chrétien d’amour et de justice ne se réalise pas, en effet, dans l’action pour la justice dans le monde, il paraîtra difficilement crédible aujourd’hui ». Ce temps de carême qui vient de s’ouvrir il y a peu, est l’occasion de se rappeler cette exigence. Nous sommes appelés à prendre notre part à cette annonce de l’Evangile dont nous ont parlé les évêques. Cette annonce est destinée à des hommes et des femmes que nous devons servir à la suite du Christ.

N’oublions pas que la seule valeur ajoutée de notre société est la dignité humaine. Ce doit être une valeur repère qui doit guider nos choix. En cette période électorale, il est bon de ne pas oublier cette dominante essentielle et primordiale s’il on désire bâtir « un monde juste, durable, digne, inclusif qui favorise la vie collective ».

Allez au cœur de Jésus avec Pedro Arrupe, sj

Pedro ArrupePedro Arrupe a été préposé général de la Compagnie de Jésus durant 18 ans. Ce jésuite basque nourrissait une dévotion particulière pour le Cœur de Jésus. Il y trouvait la plénitude de la foi, cet amour de Dieu qui s’est fait homme, en Jésus, pour chacun de nous.

Le cœur du Christ, symbole de l’amour de Dieu, est pour le Père Arrupe ce qui l’a soutenu tout au long de sa vie. Malgré sa spiritualité toute tournée vers le cœur de Jésus, le Père Arrupe n’a pas souhaité en faire un axe majeur de son généralat. Toujours soucieux de ne pas choquer inutilement, il avait conscience des présentations parfois désuètes du cœur de Jésus. Il préféra alors en vivre intensément, comme la sève de son ministère, et laisser le temps à cette spiritualité faire son chemin et rejoindre, au temps favorable, les hommes et les femmes de ce temps.

Cependant, le cœur de Jésus, est, pour ce successeur d’Ignace, une des portes d’entrée les plus aisées pour aller vers le Christ. Il nous ouvre une intimité parfaite avec Dieu, il nous conduit vers la tendresse de son amour et nous aide à aller vers nos frères et sœurs avec un cœur paisible et attentif.

Le cœur du Christ peut également, selon de Père Arrupe, nous ouvrir à la tendresse miséricordieuse du Père. Il nous donne de connaître davantage Dieu. En s’attachant au cœur de son fils, nous sommes invités à entrer au plus près de l’amour de Dieu. Il nous dit sa tendresse pour chacun de nous et son désir de nous voir libre et heureux. Ce cœur de Dieu nous révèle l’intimité des relations entre les trois personnes divines. Ainsi nous saisissons que chacune n’existe que si elle est en communion avec les deux autres. A nous de suivre cet exemple, de nous ouvrir, en vérité, aux autres dans une réelle disponibilité. Cet attachement au cœur du Christ doit nous aider, pour reprendre les mots même d’Ignace de Loyola, à avoir le « désir d’être plus disposé à sauver l’expression de la pensée d’autrui qu’à la condamner » (E.S. 22).

Pour aller plus loin : http://www.jesuites.com/histoire/arrupe/

Consentir à la volonté de Dieu

Suivre le Christ
Suivre le Christ

Devant les tribulations de ce monde où les peuples s’entre-déchirent et les dirigeants exacerbent la partie la plus vile de leur autorité, de leur humanité, je me suis senti un peu oppressé et perdu. Est-ce possible que tout aille de mal en pis, que l’Etre humain n’ait rien appris de son passé, que l’histoire soit vaine ? Et puis ce moment de découragement passé, il m’est revenu à l’esprit un passage des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola. Fidèle à cette tradition spirituelle, je me suis dit que l’Esprit Saint aidant, Dieu désirait me faire saisir sa présence active en ce monde.

Ignace de Loyola, dans ce passage (Ex. sp. 102) nous demande de contempler l’incarnation. L’histoire que nous donne à saisir le fondateur de la Compagnie de Jésus est lorsque les trois personnes divines ont décidé que la seconde « se fasse homme afin de sauver le genre humain ». Cette thématique du Salut de tout les hommes m’a interpellé en ce temps de Carême d’autant plus que la décision de Dieu est la conséquence de la conduite des hommes qui « descendaient tous en enfers ». Il est ici question du Salut qui résonne avec celle de la liberté des l’homme d’ignorer l’appel à la Vie que Dieu leur fait. Cette histoire peut ressembler à une sorte d’ingérence dans l’histoire des Hommes. « En quoi devrais-je obéir à Dieu, cela amputerait ma liberté » sommes-nous susceptibles de rétorquer. Cependant, nous ne pouvons tout de même reprocher à Dieu, à l’auteur de nos jours, de chercher à nous montrer le sens de la vie et sa raison d’être. Voilà le sens pour moi que prend cette délibération que nous demande de contempler Ignace de Loyola pour entrer dans le projet de Dieu de nous sauver.

L’auteur des Exercices veut aussi nous inviter à entrer dans une « connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin que je l’aime et le suive davantage » (Ex. sp. 104). Il s’agit d’entrer en communion personnelle avec le Christ, avec celui qui s’est incarné pour nous, pour nous sauver. Ignace avant toute chose nous invite à une intimité avec le Christ, à devenir, par sa seule grâce, son compagnon. Cette invitation peut nous faire comprendre que le Salut n’est pas d’abord d’agir pour agir mais agir dans et au nom de quelqu’un et de quelque chose. Nous pouvons toujours parcourir le monde, faire le bien autour de nous, nous dévouer en toutes choses, toutes œuvres de charité si nous ne sommes pas d’abord enracinés dans un désir mature nous risquons d’être déçu et d’y perdre notre vie.

Le désir dans notre vie est essentiel. Il ne faut pas confondre désir et convoitise. Le désir consiste à croire, à se développer, à rechercher une communion, une plénitude. Lé désir est en quelque sorte le consentement de la liberté. Ignace dans ce passage des Exercices nous fait demander au Seigneur d’accroitre notre désir de le suivre au plus près et en même temps nous donne de sentir et de goûter, au plus intime de ce que nous sommes, le désir, la volonté, l’ambition, la sagesse des trois personnes divines de sauver les hommes qui se dirigent « tous en enfer » par le don de la « seconde personne ».

Pâques est, par conséquent, l’achèvement du projet de Dieu, commencé à l’incarnation, de vivre la vie des hommes pour nous apporter le Salut. Ce projet prend tout son sens dans l’événement de la Résurrection qui nous dit que l’Espérance demeure et que la Vie a toujours le dernier mot. Mais comment passer du spirituel au temporel ? Comment faire en sorte que ce désir de rencontre de Dieu avec l’Homme pour le sauver me conduise non seulement au désir de le rencontrer mais d’aller vers mes contemporains qui sont, eux aussi, sujet du Salut de Dieu ? En fait, il s’agit de trouver le point de rencontre entre contemplation et action qui permet de rechercher Dieu en toutes choses.

Il faut revenir, il me semble, à ce que propose Ignace dans cette contemplation. Il nous propose de voir, d’entendre et de regarder. Et si nous utilisions, à notre tour, ces trois verbes avant de mener une action décisive. Si nous prenions le temps de bien analyser ce qui est en jeu. Un peu comme Ignace à la lecture de la vie des saints qui eu le désir d’entreprendre de grandes choses à l’image de François d’Assise ou de Dominique pour la plus grande gloire de Dieu, osons l’imiter pour mieux le servir et mieux l’aimer et par conséquent nos contemporains.

Cette contemplation de l’incarnation nous amène donc à réaffirmer notre désir de suivre le Christ en l’enracinant dans le discernement. Il ne s’agit pas seulement de vivre en Sa divine présence mais de vivre de Sa divine présence. Cette délibération nous offre le Salut mais fait aussi appel à notre liberté. Libre d’accepter ce Salut signifie que nous avons la liberté de nous reconnaître aimé d’une manière gratuite et infinie par ce Dieu là, qui a choisit de venir à notre rencontre dans l’intimité et l’humilité de notre condition humaine. De cette liberté, de ce choix qui doit être sans cesse renouvelé nous devons en faire bénéficier les « autres hommes parcourant la face de la terre » en leur permettant eux aussi de vivre de cette grâce. Autrement dit, il m’apparaît nécessaire de s’engager sous « l’étendard de la croix » au service de nos contemporains dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. Les solutions de paix au niveau des États ne pourront germer que si cette dernière existe non seulement en nos cœurs mais aussi au niveau le plus élémentaire de nos lieux de vie, pour reprendre ce que dit le Bienheureux Jean XXIII dans son encyclique Pacem in Terris (n° 165). Soyons donc attentif à faire régner la Paix en prenant tout les moyens nécessaires.