2013, année missionnaire

Il y a quelques jours, nous tournions définitivement la page de l’année 2012. Elle fut riche en événements, tant ecclésiaux que politiques. Plusieurs bonnes nouvelles ont permis de se réjouir comme la victoire, tant attendue, de François Hollande à la Présidence de la République ou bien encore le Synode sur la Nouvelle Evangélisation. Pour autant, tout reste à faire. Nous voyons bien les crispations existantes tant dans notre Eglise que dans la vie politique. Beaucoup seraient tentés de se résigner, de jeter l’éponge, mais je préfère, pour ma part, tenir dans l’espérance, cette petite fille chère à Charles Péguy. Même si des attentes ont été déçues, il nous revient, comme chrétiens, de continuer à travailler dans ce monde pour y faire germer des semences de joie, de fraternité et de solidarité.
Une question m’obsède depuis des années : « Comment rejoindre, comme chrétien, madame Dugenou ? Comment lui témoigner l’insondable joie de connaître le Christ et d’essayer de bâtir, avec ses frères et sœurs, la communauté chrétienne ? » Je n’ai, hélas, toujours pas trouvé la réponse ou les réponses à ces questions essentielles. Même si l’enjeu, aujourd’hui, est de montrer la lisibilité de l’Eglise. Trop souvent, c’est une institution qui fait penser à quelque chose d’un peu ancien, sentant l’encaustique et l’encens et scandant des leçons de morale. Le (non) débat actuel à propos du mariage des personnes homosexuelles me donne, à regret, raison. N’il y a-t-il pas d’autres sujets, d’autres enjeux sur lesquels nous pourrions porter de la voix ? J’ai l’impression de me répéter, de prêcher dans le désert à longueur de billet…
Servir et non sévir
Il faut croire que, même dans l’Eglise, pour exister il faut se coucher devant les poncifs et autres obsessions de la hiérarchie. Je ne conteste pas l’importance de ce débat et ses enjeux mais ce ne sont pas les seuls problèmes qui existent en France et dans le monde. Que disent leurs éminences de ces étrangers que l’on a malmenés et que l’on continue de malmener malgré le changement de gouvernement ? Quelles réponses ou quels éléments de réflexions ont-il portés sur la place publique quant au respect de notre terre, au désarment, aux bombes, etc. Je sais bien que des paroles existent, que des organismes chrétiens font de ce combat leur cheval de bataille, mais je n’ai pas l’impression que l’influence de nos hiérarques catholiques les aide dans leurs luttes qui, pourtant, mettent en jeu une vision de la civilisation et de l’humanité. J’aimerais tant entendre de leur part, que, là où toute dignité humaine est bafouée, ils se battront. Non, ce que j’entends c’est que le sexe les obsède et les crispe dans une position d’autorité. Au lieu de reconnaître des divergences qui peuvent aider à construire ce corps qui est l’Eglise, montrer qu’elle est, comme tout à chacun, plurielle tout en cherchant son unification. C’est le commandement militaire : « Je ne veux voir qu’une tête » qui prévaut !
« Abattre le mur »
Emmanuel Cardinal Suhard a voulu, il y a 70 ans, en fondant la Mission de France, « abattre le mur » qui sépare l’Eglise et la Société. Ce mur, malgré de nombreux ouvriers valeureux qui travaillent à sa chute, est encore bien debout. Certains, dans l’Eglise, semblent vouloir le bétonner comme si elle était une réserve de pieux emplis d’une vérité que seuls eux possèdent. Désirer « abattre ce mur » c’est aussi, à mon sens, accepter la pluralité des opinions dans l’Eglise et dans la société. Les chrétiens sont de la même veine que les non chrétiens, ils ne sont pas meilleurs ou pires. Ils cherchent juste à faire résonner leur vie avec le chemin que Dieu a esquissé dans l’Evangile. Un chemin proposé de rencontres respectueuses, de fraternité, au cœur du monde. C’est là où il faut habiter, dans ce monde, avec nos concitoyens, partageant avec eux leurs joies, leurs peines, leurs espérances… Sans chercher ni le consensus, ni la conversion, ni la négation de notre foi. Etre là parmi eux tel Jésus au milieu de ses disciples. Ces derniers, comme nous, aujourd’hui, n’étaient pas forcément tout le temps d’accord. Qu’importe, le Christ a respecté ces divergences et en a fait une force pour l’annonce de sa Bonne Nouvelle.
En ce début d’année 2013, je souhaite que nous, les chrétiens, soyons véritablement missionnaires. Que notre Eglise n’oublie pas tous ces « petits » qui attentent une parole en actes qui réconforte, relève, réchauffe plutôt que de se crisper. Le dialogue est toujours bénéfique, ainsi que le débat.
Soyons en cette année nouvelle des « artisans de paix » comme nous le demande le pape Benoît XVI, dans le sillage du bienheureux Jean XXIII. Souvenons-nous aussi que ce dernier avait souhaité ouvrir grandes les fenêtres de l’Eglise au travers du Concile Vatican II. Ne refermons pas ces fenêtres, n’ayons pas peur des courants d’air ; ils nous inviteront à nous rapprocher les uns des autres… et nous enverront, poussés par l’Esprit, sur les routes des hommes partager leur vie pour la plus grande gloire de Dieu.

Ensemble luttons contre la pauvreté

(c) DR
Le logement est plus qu’une urgence

La semaine qui vient de se terminer a connu une actualité sociale particulièrement agitée, entre les remous du feuilleton dramatique d’Arcelor-Mittal, la manifestation du collectif des associations unies pour le logement, la commémoration des morts de la rue et les propos maladroits de Cécile Duflot par rapport à l’engagement de l’Eglise envers les plus pauvres –

la charité n’a pas d’heure disait le fondateur du Secours Catholique : Jean Rodhain (sic).

Celle qui arrive s’ouvre par un événement politiquement important : la Conférence contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Gageons que cette dernière permettra de notables avancés dans la prise en compte de ces 8 millions de personnes les plus défavorisées. J’espère aussi, même si j’ai quelques doutes, que cela permettra au gouvernement en place de se démarquer des 5 années de mépris que nous venons de connaître, notamment sur ces questions.
La neige s’abat un peu partout sur la France, le froid poursuit son offensive et de nombreuses personnes emmitouflées, bonnet vissé sur la tête, courent dans les sanctuaires de notre modernité pour faire le plein de cadeaux pour ceux qui leurs sont chers. Pourtant, pendant ce temps là, nous pouvons voir ici ou là, dans le renfoncement d’un porche d’immeuble (quand des décorations idoines ne l’empêchent pas), les couloirs du métro…. des personnes, elles-aussi, emmitouflées, non dans des manteaux mais dans des couvertures de fortune. Quand mon chemin les croise, un malaise m’envahit. Comment est-ce possible qu’aujourd’hui des personnes puissent en être réduites à se mettre à l’abri ainsi ? Quelle est donc cette société, soi disant riche, qui laisse derrière elle ses plus fragiles. Certes les places d’hébergement d’urgence sont saturées, le 115 ne répond pas, les associations ne savent pas trop comment faire. Bref, c’est un peu la chienlit en France pour les pauvres. Pour autant, le Président Hollande nous a promis le changement, de sortir de cette politique de l’urgence hivernale pour entrer dans une vraie politique de l’hébergement et la construction de 150000 logements sociaux. Mais, telle sœur Anne, nous ne voyons rien venir
Le logement durable c’est pour quand ?
Un des problèmes majeurs dans la lutte contre la précarité c’est ce manque de logement ou du moins d’offres de logement qui soient adaptées aux revenus faibles. Souvent, pour louer un logement, il faut faire preuve d’une solidité à toute épreuve associée à des garants et à un CDI. C’est déjà difficile pour un salarié dans la moyenne alors pour une personne en précarité, je n’ose imaginer. D’autant plus que les cautions publiques ne sont pas forcément acceptées dans le secteur privé. Une vraie réflexion est à poser et à approfondir sur ce nécessaire accès au logement. Un autre souci, dans cette même thématique est le dispositif social qui ressemble à un mille feuille. Du fait, notamment, du manque de logement autonome, des personnes restent dans des dispositifs type Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale ou dans des hôtels sociaux alors qu’ils ont simplement besoin d’un accompagnement social léger par exemple pour gérer leur budget ou retrouver un travail. Ce mode de fonctionnement cantonne les personnes dans une dépendance qui ne leur permet pas de (re)trouver une autonomie et une dignité suffisantes à mon sens. Gageons que là aussi cette conférence du début de la semaine prochaine change les pratiques actuelles et fasse du logement une vraie priorité nationale.
Accueil et accompagner
Si nous parvenons à une véritable politique du logement d’abord, initiée par le précédent gouvernement, souhaitée par les associations, ce sera une véritable avancée.  Cependant, il ne suffit pas de loger les gens correctement pour que tout se passe bien. Nous voyons bien ce qui se passe à la fin de la période hivernale où l’on ouvre gymnases, casernes, salles paroissiales et autres abris de fortune. Ces personnes accueillies sont remises gentiment, poliment à la rue. Tout de monde est désolé mais il fait moins froid, le gouvernement ne donne plus de moyens car la trêve est rompue alors « au revoir et… à l’année prochaine ». Même si, lorsque ce sont des professionnels de l’action sociale qui gèrent ces lieux, certaines personnes peuvent raccrocher avec le cours ordinaire d’une vie de citoyen. Ajoutons que c’est, hélas, conditionné au fait qu’ils possèdent des papiers voire la nationalité française. Soulignons, au passage, l’abrogation du forfait de 30€ pour les sans papier voulant consulter un médecin.
Il ne suffit donc pas seulement d’accueillir, il faut absolument mettre tout en place pour accompagner les personnes hébergées. Elles sont besoin d’un toit, de repas chauds, de vêtements propres mais surtout d’une écoute professionnelle bienveillante qui puisse les orienter convenablement. Ici encore la bonne volonté, la grandeur de cœur et l’ouverture d’esprit ne suffisent pas. Il est nécessaire que l’exclusion, enfin l’inclusion, tout comme l’hébergement soient au premier rang des politiques publiques. N’oublions pas également que les premiers concernées, c’est-à-dire, les personnes accueillies et qui sont en situation d’exclusion, puissent et doivent avoir voix au chapitre. Accompagnées par des professionnels de l’action sociale, elles sont capables d’exprimer des pistes pour une politique publique efficace qui réponde à leurs besoins.
Au bout de six mois de présidence de François Hollande, le bilan est plutôt mitigé voire décevant. J’attendais de grandes décisions sociales, fidèles aux valeurs de gauche. Je ne vois que de timides errements et hélas, pour seule grande réforme sociale, le mariage homosexuel. Une fois encore ce débat mérite d’avoir lieu mais la souffrance des personnes les plus fragiles et démunies devrait être la priorité numéro un. Alors, j’exhorte ce Président que j’ai élu, soutenu depuis la primaire à l’Elysée, à ne pas décevoir ceux qui attendaient un vrai changement dans l’exercice du pouvoir. Ce ne sont pas de mesurettes dont les Français ont besoin mais de signe fort en faveur des moins favorisés. S’occuper de la crise économique est important, des minorités sexuelles aussi, mais des minorités au niveau du pouvoir d’achat et de la vie quotidienne tout autant. Alors, monsieur le Président, je vous le demande, n’oubliez pas les pauvres.

Prier ce n’est pas jouer avec la laïcité

A quelques jours de la fête de l’Assomption, le 15 août, je reviens pour les chrétiens de gauche sur la  » Prière pour la France » proposée par André Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris à ses frères dans l’épiscopat.
Beaucoup d’avis ont été postés sur le net à ce propos, souvent de façon caricaturale ou polémique. Il est difficile de se contenter d’une telle position ; les évêques ne cherchent pas à faire de cette prière un sujet politique mais à aider les catholiques à unir leur prière devant tant d’enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société et de notre pays.
Ce sont quatre intentions de prière que propose le cardinal Vingt-Trois. Elles sont assez classiques dans les thèmes abordés et ressemblent à celles prononcées chaque dimanche. Soulignons que la première d’entre elles concerne tous ceux que la crise touche. Le devenir des hommes et des femmes de ce temps est aussi le souci de l’Eglise, et donc des évêques. Certains ont, à plusieurs reprises, exprimé leur préoccupation à cet égard. L’Eglise, par ses évêques, est pleinement dans son rôle lorsqu’elle défend la solidarité et la justice.
Certes, elle n’a pas de légitimité « démocratique » comme le dit le Secrétaire national du Parti radical de gauche en charge de la laïcité, Pascal-Eric Lalmy. Mais l’Eglise est porteuse des paroles de l’Evangile où Dieu se révèle comme l’ami des pauvres et des petits, alors comment pourrait-elle ignorer ceux qui sont les victimes d’une économie davantage tournée vers le profit que vers le service de l’homme ?
Ensuite, c’est la vocation de l’Eglise, peuple de Dieu, de prier. Alors pourquoi lui reprocher ce qui est dans sa nature ? C’est donc un faux procès qui est fait ici par le PRG. L’Eglise n’est pas et n’a pas à être le bouc-émissaire d’une laïcité mal comprise.
La suite est A la table des chrétiens de gauche

Le but de l’Église, c’est la rencontre de Dieu

Claude Dagens, membre de l’Académie Française et évêque du diocèse d’Angoulème, a répondu aux questions de l’auteur de ce blog, pour le journal Avec Vous, journal interne de la Congrégation de l’Armée du Salut en France et en Belgique. Normalien et docteur ès lettres, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et rapports portant notamment sur l’inscription chrétienne dans une société sécularisée.
La foi chrétienne a toujours été et est toujours un signe de contradiction. Comment faire de cette originalité une force pour à la fois approfondir notre foi en Christ et en témoigner aujourd’hui?        
Le terme “foi chrétienne” est moins souvent utilisé que celui de “christianisme”. Ce dernier évoque plutôt un système religieux, avec  une organisation plus ou moins complexe. Alors que la foi chrétienne est une réalité d’un autre genre. Ce n’est pas un système. C’est un appel auquel nous répondons en disant: “JE crois en Dieu qui s’est fait homme en son Fils Jésus”. C’est le témoignage de l’apôtre Pierre chez le centurion Corneille : Pierre parle du Christ en expliquant “qu’il passait en faisant le bien” et qu’il est vivant. Il est important d’être des croyants qui témoignent du Christ, même si la foi chrétienne est et demeure un signe de contradiction.
Dès le début de l’Église, il y a eu des chrétiens incompris, rejetés, persécutés. Aujourd’hui encore, il y a des personnes qui sont martyrisées à cause de leur foi en Dieu, le Père de Jésus-Christ. Dans nos pays sécularisés (là où la référence religieuse ne fait plus la loi), le phénomène chrétien est marginalisé. En fait, le christianisme est souvent méconnu plus que rejeté. Souvent, on se contente d’une image préfabriquée, plus ou moins caricaturale,  alors que l’Église n’a pas d’autre but que d’ouvrir des chemins qui conduisent à Dieu. La foi chrétienne est aujourd’hui signe de contradiction à un double titre: elle témoigne de l’espérance en un temps d’incertitude et elle milite pour le respect de tout être humain.

  • L’effondrement du système communiste a suivi d’un sentiment d’ euphorie. L’avenir du monde semblait ouvert grâce à la croissance économique et à des relations internationales pacifiées. Et puis, il y a eu le 11 septembre, l’attentat de New-York sur les tours du World-Trade-Center. Certains ont alors parlé de “conflit des civilisations”. A l’échelle des peuples, le monde ne vit pas sous le signe de la confiance. Il est plutôt marqué par le désenchantement. Je suis toujours surpris dans les lettres que les jeunes m’envoient pour demander le sacrement de la confirmation par les nombreuses références au mal, à la souffrance, à la mort. Il y a donc un combat chrétien à mener, celui “d’espérer contre toute espérance”. C’est un peu le message des moines de Tibhirine qui ont vécu au milieu des violences, sans prendre parti, en terre algérienne. Après leur mort, leur témoignage demeure. Espérer c’est remettre l’avenir entre les mains de Dieu.
  • Le respect de chaque personne humaine, avec ce qui fait qu’elle est unique, est fondamental. Une des dérives qui marque notre société, ce sont les processus de déshumanisation. Nombreux sont les refus de prendre en compte la dignité humaine au profit d’impératifs techniques ou financiers immédiats. La foi chrétienne inspire un combat pour la dignité de chaque être humain et surtout en faveur des plus fragiles. C’est d’ailleurs, il me semble, ce que l’Armée du Salut veut promouvoir. Quand la précarité est trop importante, il n’y a pas de cris, il n’y a que de la souffrance et lorsque cela devient insupportable, cette souffrance explose.

Il est de la responsabilité des chrétiens de veiller, de discerner , de regarder au-delà des apparences. Il y a toujours près de nous une personne humaine qui attend d’être reconnue et aimée.
De quelles manières les Chrétiens, mus de leur foi et par cette passion de l’homme et surtout du plus fragile, peuvent-ils être force de proposition dans la société actuelle, alors que leur parole est à la fois attendue et rejetée ?
Il y a le charivari des phénomènes  médiatiques qui jouent avec l’éphémère, l’immédiat et donc qui voient mal ce qui n’est pas immédiatement visible. Cela ne me trouble pas. Ce qui importe c’est l’existence d’ hommes et de femmes qui, au fond d’eux-mêmes, portent des attentes profondes et qui demandent à être reconnus pour ce qu’ils sont. Souvent, pris par l’immédiat, on ne trouve pas des chemins pour aller à l’essentiel.
Nous devons, comme Chrétiens, ne pas nous laisser fasciner par ce charivari et discerner ce qui est révélateur de Dieu, ce qui atteste loe travail de Dieu au sein de notre humanité. Certains faits récents sont significatifs: par exemple le film Des hommes et des dieux qui a été vu par beaucoup de spectateurs. Combien de fois n’entendons-nous pas, sur la place publique, ces interrogations adressées à Dieu : “où es-tu ?” “que fais-tu quand le mal, la maladie, la souffrance surviennent ?…”. N’oublions pas non plus toutes ces personnes adultes qui se préparent à recevoir le baptême et les familles qui le demandent pour leurs enfants.
Notre société d’indifférence est en même temps traversée par une attente, un désir de Dieu. Pour répondre, il faut d’abord alors faire silence, écouter la Parole et écouter aussi les cris de notre humanité. Ensuite, laissons faire Dieu, son action est toujours surprenante. Il est le Dieu de la promesse, le Dieu qui tient parole, le Dieu qui console. Consoler ce n’est pas effacer les larmes, c’est rendre plus solide que ce qui peut nous blesser. La naissance de Jésus est inimaginable. Il est difficile de penser l’événement de Noël. Ainsi, Dieu demeure avec nous pour toujours et il désire faire de nous ses témoins. En Jésus, Dieu s’engage en se liant avec chacun de nous, jusque dans les situations de détresse. Un autre étonnement peut nous saisir lorsque nous pensons à la la mort de Jésus. Crucifié, il est abandonné de tous, seules demeurent quelques femmes, une de ses dernières paroles est “Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font”. (Lc 23, 34). Cette parole de Jésus sur la croix est le plus grand signe de contradiction, car elle signifie que l’Amour  de Dieu est plus fort que toutes violences et que“l’acte de pardon est aussi décisif que l’acte de création”, pour reprendre une expression de saint Thomas d’Aquin.
Comment penser l’Église d’abord comme Corps et sacrement du Christ, “don de Dieu en Jésus-Christ”,  ferment de fraternité, et non comme une organisation qu’il faudrait faire fonctionner ?
Il faut sortir de ces catégories enfermantes pour nous-mêmes qui voudraient que d’un côté il y ait l’Esprit et de l’autre le Corps. C’est un peu comme dans le débat sur la bioéthique où l’on sépare les réalités biologiques et les réalités spirituelles.  Nous avons du mal à faire la synthèse des deux. Nous sommes constitués  d’un  corps (avec tout ce qui exprime notre sensiblité) , d’une âme ( principe de vie intérieure) et de l’ Esprit (qui nous est donné de Dieu). Il est nécessaire d’apprendre à laisser l’Esprit nous travailler. Si nous vivons notre relation à l’Eglise comme la participation à une organisation religieuse, nous sommes infidèles au don du Christ. Avec son Esprit, Il nous appelle à devenir pleinement son corps en solidarité avec nos frères et soeurs. Cependant, une institution (ce qui fait tenir) est nécessaire. Mais l’Église n’est pas instituée pour devenir son propre but. Le but de l’Église, ce n’est pas l’Eglise. Elle est comme le doigt de Jean-Baptiste qui montre celui qui vient et qui invite à la découverte de Dieu. L’Église, c’est le corps du Christ qui se déploie en nous et qui fait signe pour le monde.
Je suis toujours surpris qu’il y ait encore tant de personnes qui n’ont jamais rencontré Jésus de façon personnelle. Un des lieux où est proposée cette rencontre, c’est la communauté oecuménique de Taizé, en Bourgogne. Le silence, la Parole, la lumière, la contemplation des icônes, les chants répétés… Toutes ces choses simples sont autant d’éléments qui peuvent conduire au mystère du Christ et  à sa présence. Là est le coeur de L’Église.

A Noël, Dieu fait de nous ses enfants

La nuit de Noël, nous nous souviendrons, avec respect de la venue du fils de Dieu en notre humanité. La nativité doit nous conforter dans notre foi et dans notre action auprès de ceux qui nous sont confiés. Aussi aride que puisse être ce chemin à la suite du Christ, ne perdons jamais cette Espérance, cette étoile qui jaillit au cœur de cette nuit de Noël.

Dieu choisit, par l’incarnation de son fils, de faire définitivement alliance avec nous, en partageant pleinement notre humanité, Dès ce moment-là, Dieu vient nous dire, d’une manière particulière, qu’il compte sur nous, que nous sommes ceux en qui « il a mis tout son amour ». Si nous en doutons, relisons l’Evangile. Il ne nous abandonne pas après la mort du Christ, il le ressuscite et nous donne l’Esprit pour continuer la route. Ce chemin d’annonce au prochain, par un savoir-être au quotidien, de l’incommensurable amour de Dieu.

Noël est le début de cette nouvelle alliance avec Dieu que nul ne peut détruire. Peu importe ce que les autres peuvent penser de nous, peu importe notre fragilité, ce qui est essentiel c’est cet Amour inconditionnel du Père pour chacun de nous, ce même amour qu’il a pour son fils. A Noël, nous devenons, à notre tour, enfant de Dieu, « co-héritier du Christ ».

Que cette fête de Noël nous aide à affermir davantage notre foi, nous renouvelle dans l’Espérance et dynamise notre charité.