Ainsi soient-ils : Amour, soutane et compassion

Le Jeudi 22 octobre 2015 ont été diffusés les derniers épisodes de la série culte d’Arte : Ainsi soient-ils. Au fil des épisodes nous avons fait route avec des jeunes hommes sentant en eux le de désir rejoindre les hommes et les femmes de ce temps au travers du presbytérat. Du séminaire aux premiers temps de leur exercice ministériel nous avons pu parcourir leurs difficultés et être confrontés aux difficultés, joies, questionnements, conversions de ces hommes devenus prêtres. Sur ce chemin, ce sont aussi des visages d’Église qui nous ont été présentés au travers de cette fiction ô combien réaliste…
Engagement
ainsisoientilsDu séminaire des Capucins aux couloirs de la Conférence des Évêques de France en passant par ceux de Rome ou de presbytères peu accueillants, voilà le décor d’Ainsi soient-ils. Nous pouvons nous étonner par cette atmosphère parfois complotiste où la foi et l’attachement au Christ sont loin. Ou bien encore par ces moments d’hésitation, de retournement intérieurs de nos séminaristes avec leur passé ou de ceux qui ont charge de gouverner l’Église. Des histoires d’amour, de passion… des histoires d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur engagement au cœur de leur humanité.
Nous pouvons bien sûr juger tel ou tel qui semble « infidèle » à son célibat ou bien se dire que ces fragilités sont belles car nous appellent et nous invitent à relire, revisiter les nôtres. Quel appel fait jaillir en nous cet amour de Yann avec Fabienne, la quête du père Bosco avec son amie magnétiseuse qui lui redonne vie et espérance et en même temps qu’une nouvelle appétence pour la rencontre ? Même les errements du père Abel avec sœur Antonietta sont signes de cette humanité partagée avec ceux qui sont dits « mis à part » du fait de sacrement de l’ordre….
Cette série, qui reste une fiction, est pourtant bien réaliste quant aux combats – gagnés ou même perdus – d’hommes, de femmes appelés à vivre une certaine radicalité dans l’engagement.
D’aucuns dans doute s’en offusquent trouvant scandaleux que l’Église soit une fois de plus décriée au travers d’affaires de pédophilie, d’homosexualité, de secrets d’alcôves sous couvert de soutanes rouges, violettes ou blanches… mais, malheureusement, c’est peu ou prou la vérité. Ainsi soient-ils, pour autant, ne vient pas jeter l’opprobre sur l’Église, ne se focalise pas sur les faits mais vient nous inviter à partager une expérience, à rencontrer, au travers de la caméra, des situations concrètes qui ont été, sont et seront vécues par des vrais gens et pas seulement au cinéma.
Amour
Ainsi soient-ils est une série qui ne fait que parler d’Amour. Amour de Dieu, Amour de l’Église, Amour des uns et des autres, Amour du pouvoir… Nous voyons bien en regardant cette série que rien de ce qui fait la vie des hommes et des femmes de ce temps n’est étranger à ces gens d’Église. La passion du père Fromenger pour aider les séminaristes à choisir par eux-mêmes ou celle de son conseil pour la règle et le dogme nous confrontent à nos propres passions au regard de nos contradictions. C’est une invitation à toujours chercher au plus profond de nous ce qui nous fait vivre davantage en faisant, parfois, fi de la règle. Car, comme Bernanos l’écrit dans Le dialogue des Carmélites : « Ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle ».
Au cœur de cette passion du pouvoir, qui semble être le fer de lance des couloirs de la Conférence des Évêques de France, ou dans le désir d’une Église plus « humaine et plus proche » voulue par le père Fromenger et ses amis, nous voyons s’opposer deux visons de l’Église mais un seul et même mouvement : celui de rendre le Christ présent.
Tensions
Cette Église, que l’on soit proche de l’une ou l’autre vision, peut soit nous faire horreur, soit inviter à nous laisser habiter par nos tensions. Par exemple : pour Yann ,dénoncer son curé pédophile et vivre avec l’amour de Fabienne ; vivre son sacerdoce en cohérence avec son homosexualité pour Guillaume et transcender son curé veule et désagréable pour pouvoir vivre la joie d’une rencontre avec d’autres croyants ou non ; accepter que Tom n’entre pas dans son schéma de pensée pour José ou bien encore pour Mgr Poileaux rester fidèle à son humilité et à ses promesses au risque de perdre le Vatican. Ainsi soient-ils est en fait presque une école de discernement. Un discernement pour vivre davantage de la grâce de la rencontre par delà toutes entraves, fatigues et autres contradictions.
Capucins
L’esprit des Capucins scande les épisodes de cette série. Un esprit, forgé par le père Bosco, qui a réussi à percer la carapace de Mgr Poileaux à la fin du dernier épisode. Cette transformation, cette conversion de ce dernier, parfois hésitant, est due, à mon sens, à la découverte de son désir profond d’annoncer le Christ au-delà de toutes manipulations contrairement à son successeur, présenté comme carriériste et défendant une vision de l’Église quelque peu poussiéreuse. Le retour de Rome de Mgr Poileaux après le Conclave, sa passation de responsabilité de l’Église qui est en France lui a ouvert les yeux, tel Paul sur le chemin de Damas. C’est un chemin de liberté qui lui est ainsi offert, invitant à trouver des compagnons assoiffés comme lui d’une vie qui se déploie, au nom du Christ, par un quotidien, même pétris de contradictions. Mais n’est-ce pas cela la foi ? Entrer dans un mouvement d’amour nous amenant à nous interroger chaque jour davantage sur le poids de son choix et à s’enraciner en ceux qui nous font vivre davantage ?
Cette série des trois saisons est vraiment à visionner. Pour celui ou celle que la foi chrétienne habite c’est une occasion de la confronter avec les situations décrites dans Ainsi soient-ils. Situations qui résonnent sans nul doute avec une réalité passée ou présente. Laissons-nous rejoindre également par tel ou tel personnage, peut-être nous sentons-nous proche de l’un ou l’autre… Les auteurs nous invitent, sans doute à leur insu, à un itinéraire intérieur spirituel. C’est en quelque sorte le message que Mgr Poileaux veut nous faire passer lorsque avec empressement il veut faire revivre l’esprit des Capucins afin de vaincre une Église qu’il dit moribonde. Cet esprit n’attend pas pour annoncer le Royaume du Christ aux hommes et aux femmes de ce temps car comme dirait Mgr Poileaux : « Il est là, devant nous. Ça a toujours commencé ; ça a toujours déjà commencé »

Un Apostolat au cœur du monde

Le Christ et Saint Jean
(c) Boutique Théophile

Ce mois de juin est celui du Cœur de Jésus. Évoquer le cœur de Jésus peut, de suite, laisser penser à une spiritualité surannée voire à des images de cœur sortant et irradiant de la poitrine du Christ. Il nous faut aller plus loin et nous laisser toucher par la grâce de Dieu, qui en son Fils, vient nous dire l’absolue densité de son amour pour les Hommes. Nous ne pouvons pas séparer le Cœur du Christ de son Corps Eucharistique. Continuer la lecture de « Un Apostolat au cœur du monde »

Consentir à la volonté de Dieu

Suivre le Christ
Suivre le Christ

Devant les tribulations de ce monde où les peuples s’entre-déchirent et les dirigeants exacerbent la partie la plus vile de leur autorité, de leur humanité, je me suis senti un peu oppressé et perdu. Est-ce possible que tout aille de mal en pis, que l’Etre humain n’ait rien appris de son passé, que l’histoire soit vaine ? Et puis ce moment de découragement passé, il m’est revenu à l’esprit un passage des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola. Fidèle à cette tradition spirituelle, je me suis dit que l’Esprit Saint aidant, Dieu désirait me faire saisir sa présence active en ce monde.

Ignace de Loyola, dans ce passage (Ex. sp. 102) nous demande de contempler l’incarnation. L’histoire que nous donne à saisir le fondateur de la Compagnie de Jésus est lorsque les trois personnes divines ont décidé que la seconde « se fasse homme afin de sauver le genre humain ». Cette thématique du Salut de tout les hommes m’a interpellé en ce temps de Carême d’autant plus que la décision de Dieu est la conséquence de la conduite des hommes qui « descendaient tous en enfers ». Il est ici question du Salut qui résonne avec celle de la liberté des l’homme d’ignorer l’appel à la Vie que Dieu leur fait. Cette histoire peut ressembler à une sorte d’ingérence dans l’histoire des Hommes. « En quoi devrais-je obéir à Dieu, cela amputerait ma liberté » sommes-nous susceptibles de rétorquer. Cependant, nous ne pouvons tout de même reprocher à Dieu, à l’auteur de nos jours, de chercher à nous montrer le sens de la vie et sa raison d’être. Voilà le sens pour moi que prend cette délibération que nous demande de contempler Ignace de Loyola pour entrer dans le projet de Dieu de nous sauver.

L’auteur des Exercices veut aussi nous inviter à entrer dans une « connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin que je l’aime et le suive davantage » (Ex. sp. 104). Il s’agit d’entrer en communion personnelle avec le Christ, avec celui qui s’est incarné pour nous, pour nous sauver. Ignace avant toute chose nous invite à une intimité avec le Christ, à devenir, par sa seule grâce, son compagnon. Cette invitation peut nous faire comprendre que le Salut n’est pas d’abord d’agir pour agir mais agir dans et au nom de quelqu’un et de quelque chose. Nous pouvons toujours parcourir le monde, faire le bien autour de nous, nous dévouer en toutes choses, toutes œuvres de charité si nous ne sommes pas d’abord enracinés dans un désir mature nous risquons d’être déçu et d’y perdre notre vie.

Le désir dans notre vie est essentiel. Il ne faut pas confondre désir et convoitise. Le désir consiste à croire, à se développer, à rechercher une communion, une plénitude. Lé désir est en quelque sorte le consentement de la liberté. Ignace dans ce passage des Exercices nous fait demander au Seigneur d’accroitre notre désir de le suivre au plus près et en même temps nous donne de sentir et de goûter, au plus intime de ce que nous sommes, le désir, la volonté, l’ambition, la sagesse des trois personnes divines de sauver les hommes qui se dirigent « tous en enfer » par le don de la « seconde personne ».

Pâques est, par conséquent, l’achèvement du projet de Dieu, commencé à l’incarnation, de vivre la vie des hommes pour nous apporter le Salut. Ce projet prend tout son sens dans l’événement de la Résurrection qui nous dit que l’Espérance demeure et que la Vie a toujours le dernier mot. Mais comment passer du spirituel au temporel ? Comment faire en sorte que ce désir de rencontre de Dieu avec l’Homme pour le sauver me conduise non seulement au désir de le rencontrer mais d’aller vers mes contemporains qui sont, eux aussi, sujet du Salut de Dieu ? En fait, il s’agit de trouver le point de rencontre entre contemplation et action qui permet de rechercher Dieu en toutes choses.

Il faut revenir, il me semble, à ce que propose Ignace dans cette contemplation. Il nous propose de voir, d’entendre et de regarder. Et si nous utilisions, à notre tour, ces trois verbes avant de mener une action décisive. Si nous prenions le temps de bien analyser ce qui est en jeu. Un peu comme Ignace à la lecture de la vie des saints qui eu le désir d’entreprendre de grandes choses à l’image de François d’Assise ou de Dominique pour la plus grande gloire de Dieu, osons l’imiter pour mieux le servir et mieux l’aimer et par conséquent nos contemporains.

Cette contemplation de l’incarnation nous amène donc à réaffirmer notre désir de suivre le Christ en l’enracinant dans le discernement. Il ne s’agit pas seulement de vivre en Sa divine présence mais de vivre de Sa divine présence. Cette délibération nous offre le Salut mais fait aussi appel à notre liberté. Libre d’accepter ce Salut signifie que nous avons la liberté de nous reconnaître aimé d’une manière gratuite et infinie par ce Dieu là, qui a choisit de venir à notre rencontre dans l’intimité et l’humilité de notre condition humaine. De cette liberté, de ce choix qui doit être sans cesse renouvelé nous devons en faire bénéficier les « autres hommes parcourant la face de la terre » en leur permettant eux aussi de vivre de cette grâce. Autrement dit, il m’apparaît nécessaire de s’engager sous « l’étendard de la croix » au service de nos contemporains dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. Les solutions de paix au niveau des États ne pourront germer que si cette dernière existe non seulement en nos cœurs mais aussi au niveau le plus élémentaire de nos lieux de vie, pour reprendre ce que dit le Bienheureux Jean XXIII dans son encyclique Pacem in Terris (n° 165). Soyons donc attentif à faire régner la Paix en prenant tout les moyens nécessaires.