Se convertir par le cœur du Christ

Se convertir par le coeur du Christ
Se convertir par le coeur du Christ

Il est d’usage de dire que la curiosité est un vilain défaut. Dans la première lecture, Dieu use de cette capacité de la personne humaine à aller vers l’étonnement pour entrer en dialogue avec elle. Un peu comme dimanche dernier, avec la transfiguration de Jésus. Continuer la lecture de « Se convertir par le cœur du Christ »

Attentifs ensemble !

Notre temps peut nous inciter à une certaine autarcie et à voir dans les autres un danger, un ennemi. Pourtant, il est essentiel de s’ouvrir à cet autre et de créer avec lui de vrais espaces de rencontre pour grandir en humanité et construire ensemble notre société sur des bases saines.
Faire attention aux choses est une constante dans notre quotidien. Sur les quais de gare, nous entendons constamment cet appel à la vigilance tant au niveau des objets des autres, au cas où ils contiendraient des bombes, que des nôtres, au cas où il y aurait des pickpockets… En fait, cet appel risque de nous conduire facilement à considérer l’autre comme une menace, comme celui qui risque de venir pour me nuire. C’est peut-être la cause de tant d’attitudes de repli sur soi, d’incivisme et d’impolitesse. L’autre devenant une menace, je me protège en devenant piquant, tel un cactus, et je me referme sur moi et mon « petit pré carré ».
Les autres sont une chance
Pourtant, les autres sont une chance car ils me permettent de grandir dans ce qui me fait être et devenir. C’est pour cela qu’il ne faut jamais négliger les rencontres, pour autant que la bienveillance soit de mise et qu’il n’y ait pas de volonté de manipuler l’autre. Elles sont une vraie richesse. Nous ne devons pas avoir peur de dire ce que nous sommes, quelles sont nos convictions profondes. Ces occasions de rencontres fonctionnent très souvent comme des révélateurs de ce que je porte comme désir intérieur. En ouvrant le dialogue avec l’autre, dans la confiance, je peux affiner mon opinion, mes convictions et m’ouvrir à de nouveaux horizons.
Respecter la parole d’autrui
Dans une parole vraie, posée en confiance, c’est souvent un peu de la vie de celui qui parle qui est offerte. Il nous faut donc apprendre à la respecter avec d’infinies précautions, même et surtout si elle me pose question et si je suis en désaccord, sous réserve tout de même du bon sens et des bonnes mœurs. Ce respect pour la parole de l’autre est inévitablement lié au respect de la densité de l’autre. Cela passe par cette retenue dans mon comportement à son égard. La vie de l’autre, la pensée de l’autre, l’agir de l’autre sont infiniment précieux et en aucun cas, je ne dois m’immiscer, sans avoir été invité, dans son intimité. A quel titre aurais-je droit de le contraindre à faire ce que j’ai décidé, sous prétexte que « c’est bon pour lui » ? Que savons-nous de ce qui est bon pour l’autre ? C’est prendre le risque d’imposer nos choix, notre façon de voir. Se comporter ainsi c’est restreindre la liberté de l’autre et le condamner à marcher sur une route qui n’est pas la sienne, qui ne lui convient pas. C’est également ne pas respecter la profondeur de son humanité et sa capacité à grandir dans ses choix. Toutefois, il est du devoir de chacun d’alerter lorsque l’autre semble partir vers une situation dangereuse ou vers ce qui me semble être une impasse. Là encore, il faut agir avec une douceur et une délicatesse infinie. La force, la coercition ne sont jamais de bonnes conseillères, de même que la violence verbale, voire physique.
Soyons donc doux et vigilants avec nos contemporains. L’être humain est une valeur qui à un prix inestimable, qui vaut bien plus que de l’or ou je ne sais quel métal précieux. Ayons donc à cœur de manifester à chacun de ceux qui sont nos frères et nos sœurs en humanité un véritable intérêt pour ce qu’ils sont en profondeur.

Sauvés pour servir

Le service de l’autre, au nom de l’Evangile, est une priorité pour celui qui désire être disciple du Christ. C’est une manière concrète de vivre ce salut offert gratuitement par Dieu  à chaque être humain.

Servir l’autre ce n’est pas se substituer à sa liberté, ni à son autonomie. Il s’agit de l’accompagner, de l’aider pour un temps et une tâche déterminée. Quelle peut bien être l’utilité du service, de la main tendue dans nos sociétés qui semblent s’enfermer dans une sorte d’égoïsme, de repli, même s’il demeure ici où là  des îlots de générosités?
L’autre est source de richesse
Servir c’est d’abord se décentrer, reconnaître l’importance de l’altérité ; que la présence de l’autre est signe pour moi d’un monde où la richesse est avant tout relationnelle. Il est important de passer par la gratuité dans nos échanges. Les relations tissées ne sont pas des marchandises dont nous devons négocier le prix. Nous devrions avoir en tête la singularité des personnes rencontrées avant toute autre chose, c’est une question de respect non seulement de l’autre mais aussi de moi. C’est à cette seule condition que le service aura une pertinence.
Oser la rencontre
Servir c’est aussi reconnaître que je suis différent du fait de mon histoire, de mes connaissances, de mon savoir tout autant que l’autre. Servir ce n’est pas se croire supérieur à l’autre mais penser en terme de complémentarité dans une altérité bien ajustée. Cela nécessite de prendre le temps de connaître celui que je sers et inversement. Ne restons pas à l’apparence, au regard qui juge promptement et risque le mépris et l’ignorance. La peur du regard de l’autre ou même la peur de mon propre regard sur l’autre peut parfois être un obstacle à la rencontre. Un effort est alors nécessaire pour briser la glace naturelle des relations. C’est une longue et bénéfique marche qu’il faut alors entreprendre pour un accomplissement serein du lien qui se noue.
Se laisser rejoindre
Accomplir un service, c’est s’engager librement. Cela demande de l’abnégation, du courage et surtout de consentir à la cause pour laquelle on s’engage. Cette liberté est importante, sinon l’action ne sera pas pérenne et le but ne sera pas atteint. Lorsque l’on se fait serviteur de l’autre, ce n’est pas un hobby, une occupation pour tuer le temps mais une action qui compte et engage toute la personne dans l’ensemble des dimensions de son être. C’est une dynamique de don de soi à l’autre qui va au-delà du service que l’on rend. C’est un double mouvement, celui qui reçoit donne aussi à l’autre et souvent bien plus. Nous ne sommes pas dans du donnant-donnant équilibrant une relation mais dans un accueil réciproque.
Servir c’est accepter non seulement d’être dépossédé de ce que l’on donne à l’autre et surtout d’être rejoint par ce dernier dans l’inattendu des événements.