Dignité pour les Roms

CCommunauté Mission de Franceela va faire bientôt un an que François Hollande a été élu. Sur la politique économique les choses sont certainement complexes et longues à permettre un changement. En revanche, nous aurions pu attendre une véritable inclinaison des politiques de lutte contre les exclusions et sur la manière dont les personnes Roms sont traitées. Aujourd’hui encore, des campements sont expulsés manu militari. Alors, le changement, là encore c’est pour quand ? Continuer la lecture de « Dignité pour les Roms »

Mettre l’Evangile en action

Ces derniers jours Rome a attiré l’attention des médias avec l’ouverture du procès du majordome de Benoît XVI. D’autres pulsations de la vie de l’Église catholique sont intéressantes comme le voyage du Successeur de Pierre à Lorette, sur les pas du Bienheureux Jean XXIII. Ce déplacement est signe de la volonté de Benoît XVI de remettre l’humain, hommes et femmes, au cœur de la société, au cœur de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Dans la crise actuelle, qui ne concerne pas seulement l’économie, mais plusieurs secteurs de la société. Incarnation du Fils de Dieu nous dit combien l’homme est important pour Dieu et Dieu pour l’homme.

Basilique saint Pierre à Rome - (c) PBCCes mots du Successeur de Pierre à Lorette replace la foi des chrétiens, en ce Dieu fait homme, dans une responsabilité commune. L’importance de l’amour de Dieu pour l’homme exige de lui qu’il en rende compte par sa vie et ses actions. Aimer c’est témoigner. Il ne s’agit pas d’ensemble de prescriptions, de règles à respecter mais bien d’incarner, de témoigner par son quotidien que Dieu s’intéresse à l’homme et que toutes ses activités sont donc dignes d’intérêt.
L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société
Alors que vont s’ouvrir mercredi prochain, les festivités autour des 50 ans du début du Concile Oecuménique Vatican II, il est bon de se souvenir que ce dernier fait le lien avec la vie des hommes et des femmes de ce temps. C’est d’ailleurs ce que dit dès le début un des textes de ce Concile : la Constitution Pastorale sur l’Église en ce monde et en ce temps dit :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.

L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société, elle doit être au cœur même de la vie des hommes pour y amener celui que les Chrétiens ont découvert comme celui qui les sauvait.
Élargir l’espace de sa tente
Dieu nous invite sans cesse à élargir l’espace de sa tente, à faire l’expérience de la rencontre de ses contemporains.. Dans ce texte du Concile j’entends vraiment l’appel à se mettre en route sans cesse vers ceux d’abord qui façonnent mon quotidien. Ce Salut que le Concile nous amène, à la suite du Christ, à apporter au Monde est à vivre dans cette banalité du quotidien qui se succède. Cette banalité peut se révéler extraordinaire si, avec la grâce de Dieu et la prière de nos frères et sœurs, nous tâchons de nous souvenir de cette exigence de non-condamnation de l’autre. Il ne s’agit pas de tout accepter mais d’exercer une intime bienveillance. Ce qui doit guider l’action ce n’est pas d’imposer une quelconque vérité mais de servir  de la personne humaine dans toutes ses dimensions.
Qu’est-ce qu’évangéliser ?
Benoit XVI dans son homélie d’ouverture du Synode pour la Nouvelle Évangélisation a dit que « L’Église existe pour évangéliser ». J’espère que les Pères Synodaux se poseront la question de savoir ce que cela signifie en premier lieu. Si c’est favoriser la catéchèse, la liturgie et parler boutique c’est, à mon sens, faire erreur. En revanche, si cela nous invite à « fixer le regard sur le Seigneur Jésus » et à trouver en ce monde, les signes des temps nécessaires pour rejoindre nos contemporains sur leur chemin de vie, c’est une bonne nouvelle. L’évangélisation doit d’abord passer par cette ouverture au monde voulue par Jean XXIII. Sa phrase célèbre :« Je veux ouvrir la fenêtre de l’Eglise, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous » nous y pousse. Vatican II nous invite à devenir des missionnaires de l’annonce mais cette dernière doit, à mon sens, passer par capillarité, par nos modes de vie, de pensée, par une fraternité manifestée à tout à chacun.
S’enraciner dans la Parole puis agir
Cela demande d’assumer pleinement notre héritage chrétien, d’être vraiment enraciné dans la Parole pour la vivre dans notre quotidien, telle la boussole qui indique le nord. Lire, goûter, savourer la Parole est l’oxygène du chrétien, elle nous aide à mieux entrer dans le projet de salut que Dieu nous offre. Bien que cela soit nécessaire, essentiel et indispensable, cela n’est pas suffisant pour nous qui sommes dans ce monde. Si nous voulons que le règne de Dieu s’y installe il me parait logique que nous agissions en son sein pour ceux auxquels nous sommes envoyés. C’est-à-dire qu’il faut s’atteler chaque jour davantage à ce que nos frères et sœurs en humanité, puissent vivre dans des conditions où la justice ne soit pas bafouée, où le droit ne soit pas ignoré, où la fragilité, le handicap, la dépendance ne soient pas perçus comme des freins au développement mais comme une véritable chance. Enfin, évangéliser c’est sans aucun doute tout faire pour que l’humain ne soit pas une variable d’ajustement, ni même une ressource mais un coopérateur pour permettre à Dieu de se révéler anonymement dans les petites choses, les petits gestes quotidiens.

La grâce de d’être enraciné dans le Christ

Notre foi chrétienne nous fait demeurer en « ambassade pour le Christ ». Sur cette terre, nous avons, comme chrétien, à porter le message d’espérance, de salut et de consolation que le Christ lui-même a semé au cours de sa vie sur terre. Il s’agit bien plus d’un savoir être que de tomber dans un activisme aussi louable soit-il. Il s’agit de vivre la « diaconie » dans sa dimension théologique.

Ramener la diaconie, même si c’est utile, au bon geste, à la solidarité serait réducteur. Il s’agit d’amener ce qui fait l’Eglise au monde et d’amener ce qui fait le Monde à l’Eglise. Le but ultime est la construction d’un édifice cohérent où chacun a sa place. Cela nécessite bien évidemment l’engagement aussi bien ecclésial que civil afin que cet aller-retour puisse se réaliser dans des conditions optimales. Notons que l’histoire de l’Eglise témoigne que ce souci du plus fragile doit être une priorité pour celui qui a la charge d’un peuple. C’est bien le signe qu’il est de la vocation du peuple chrétien de secourir les plus fragiles, motivés par celui qui en assume l’unité du corps. Il nous faut tout de même garder à l’esprit, nous les chrétiens, que cette préoccupation, nous l’assumons à la suite du Christ. D’où la nécessité de faire entrer en dialogue le culte et la solidarité. En nous rendant présent au plus fragile, c’est au Christ que nous nous rendons présent, nous avons rendez-vous avec lui. Il ne s’agit pas tant de servir pour servir mais de l’effectuer en conformité avec l’agir même du Christ, cette manière si singulière d’aimer l’autre en le servant. Ce service passe surtout par la restauration de l’humanité de l’autre, par la refondation des liens avec sa communauté. Pour le Christ servir l’autre c’est lui redonner toute sa place, la plénitude de son humanité.

Il faut être prudent dans notre désir d’agir à tout prix, d’être dans une dynamique d’actes pour les autres voire avec les autres. La diaconie, dans le sens chrétien, c’est avant tout mettre ses pas dans ceux du Christ. Ce cheminement doit nous placer dans une attitude d’homme debout, libre à l’égard de tous car serviteur du Christ (1 Co 9, 19). Ce compagnonnage avec Lui nous fait aussi grandir dans la foi, dans la confiance que nous mettons dans Sa grâce et Sa parole. C’est aussi là un sens essentiel du service car cela nous fait saisir davantage que nous devons nous enraciner en Dieu, le considérer comme la boussole de notre vie. C’est donc un appel à nous laisser dessaisir de nos idoles, de notre besoin de tout contrôler. Vivre en Serviteur du Christ, c’est saisir qu’il n’y a pas de premières ou dernières places, que la seule qui vaille est celle qui est la mieux ajustée à ce que je suis dans le cœur du Christ. Il s’agit de venir travailler à la vigne du Seigneur, comme nous sommes, avec ce que nous sommes. C’est la démarche, le déplacement qui compte, celui qui consiste à nous mettre en route, à quitter nos soi-disant sécurités pour rencontrer le « maître de la moisson ». Le service consiste à se rendre disponible d’abord à Dieu et en cela à nos frères et sœurs en humanité. Il s’agit bien de vivre dans une profonde intimité avec le Seigneur, source et sommet de la manière juste de servir et donc d’aimer. Sachant que l’amour doit précéder le service, mais que ce dernier est l’expression concrète du premier.

Enracines dans le Christ, nous désirons aimer et servir nos frères. Prenons alors le temps de lui demander cette grâce afin que nous soyons d’un seul cœur tendus vers cette mission et que nous tenions bon malgré les fatigues et les contradictions.