Devenir disponible pour la mission

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« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? », avons-nous entendu dans la première lecture de ce dimanche. Nous entendons la réponse d’Isaïe : « Me voici : envoie-moi ! ». Ces phrases nous invitent à réfléchir à la mission que le Seigneur nous confie. Continuer la lecture de « Devenir disponible pour la mission »

François : un jésuite argentin, évêque de Rome

pape_francoisHabemus Papam ! Le siège de l’évêque de Rome n’est plus vacant, un argentin vient d’être élu pour l’occuper et ainsi présider toutes les Eglises locales catholiques. Un Italien était attendu, voir un Québécois ou même un Brésilien et c’est un argentin jésuite qui crée la surprise. François, Jose Mario cardinal Bergoglio, est devenu ainsi le successeur de Pierre.
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Envoyés et réconciliés pour la Mission

Du 7 au 28 octobre 2012, 262 évêques du monde entier entourés d’experts dont certains laïcs, se sont réunis en synode autour du thème de la nouvelle évangélisation. Ils ont abouti au bout d’un long processus à 58 propositions qu’ils ont remises au Pape et un message qu’ils ont adressé au Peuple de Dieu. Un texte fort qui manque malgré tout d’audace et d’ouverture.

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De Rome au monde, l’annonce de l’Evangile est une priorité

 

Le début de ce texte invite à s’enraciner dans l’espérance et à demeurer acteur d’une recherche qui puisse conduire à une plénitude. Il s’agit d’une invitation à prendre le chemin du Christ notamment lorsqu’il rencontra la Samaritaine. J’aime particulièrement ces premiers paragraphes qui font l’éloge de la rencontre personnelle qui peut ouvrir à un questionnement, à une recherche du Sauveur, qui se dit dans l’aujourd’hui, dans le quotidien. Le texte parle de « rendre présent le Seigneur » à la vie des personnes. Bien sûr c’est indispensable mais ce qui l’est d’autant plus c’est de ne pas chercher à convertir, à convaincre. L’évangélisation dans ce côte à côte doit être désintéressée, se placer dans un cheminement où chacun se laisse interroger par l’autre. Révéler le Christ c’est accepter que le chemin de l’autre soit différent du mien. Je ne suis pas favorable à une évangélisation de recrutement mais à celle de proposer, de susciter de prendre le chemin de l’Evangile, dans l’absolue liberté. Peut-être, alors, qu’à un temps du chemin, certains reconnaîtront le Christ comme celui qui leur permet d’avoir le cœur brûlant tels les disciples d’Emmaüs. Le but de l’évangélisation, à mon sens, n’est pas d’imposer une vérité ou de sortir d’un potentiel aveuglement nos contemporains – nos yeux ne sont pas meilleurs du fait de notre foi. Il s’agit de témoigner, par notre vie, que cette Bonne Nouvelle nous enracine dans une joie intérieure et nous invite à nous engager au service de chacun. Il s’agit d’entrer dans le dynamisme du lavement du pied, celui du Fils de Dieu qui a choisi de prendre la place du serviteur. Ce qui fait la cohérence de notre foi, c’est la capacité de servir et de nous laisser interroger par tout ce qui en notre monde entrave les plus fragiles. Le message du Synode n’est d’ailleurs pas en reste sur la dimension diaconale.

L’accueil, porche de l’évangélisation

Dans les propos que les pères synodaux adressent au Peuple de Dieu, il est question de la qualité de communion, d’accueil, etc, de la part des communautés chrétiennes. Peut-être faudrait-il d’abord bâtir les communautés, aider les uns et les autres, ceux notamment qui sont en dehors des groupes formels tels le catéchisme, les équipes liturgiques, etc, à se rencontrer, à s’apprivoiser. Un véritable effort est à faire dans l’accueil afin que chacun puisse se sentir accueilli et attendu comme membre d’une même famille. Cela est d’autant plus important que cet accueil est le premier contact avec la paroisse ; cela peut autant décourager que favoriser la rencontre. Dans les grandes agglomérations, il est facile de choisir sa paroisse et donc son style et les gens que l’on rencontre. Mais dans les communes plus petites, de quelles manières l’unité de l’Eglise dans la liturgie peut-elle se faire ?. Certaines paroisses sont déjà heureuses d’avoir un « vieux » prêtre qui puisse présider l’Eucharistie voire en avoir une tous les quinze jours. Je n’ose pas imaginer les pays dits « de mission » où la messe est célébrée épisodiquement. Soyons donc réalistes sur ce domaine.

En revanche, pour ce qui est d’encourager le contact avec la Parole de Dieu c’est de l’ordre de l’urgence absolue. C’est grâce à cette fréquentation continue, voire à cette confrontation avec la Parole, que les chrétiens le deviendront en plénitude à la condition d’accepter de la partager avec d’autres venant d’horizons divers. Il faut pour cela, comme le dit en son numéro 5 ce message des pères synodaux « vaincre la peur par la foi, le découragement par l’espérance, l’indifférence par l’amour ».

Dedans mais dehors

Sur la partie qui concerne la famille, le message reste très, trop classique même s’il met l’accent sur l’accompagnement des couples avant et après le mariage. Nous noterons au passage, l’affirmation fréquente, dans ce texte, du mariage comme celui d’un homme et d’une femme. Rien de plus traditionnel que cette distinction mais cela prend une épaisseur particulière dans le contexte français où l’Eglise combat de pied ferme le mariage pour tous… Il y a sur ce thème de la famille quelque chose de décevant dans ce texte notamment quant aux couples divorcés-remariés. La discipline de l’interdiction d’accéder aux sacrements de l’Eucharistie et à celui de la Réconciliation est réaffirmée en même temps que leur pleine participation à la communauté ecclésiale. Cela m’interroge. Comment peut-on appartenir à une communauté qui vous prive de l’accès à sa source. La douleur de de la rupture doit être, j’imagine, suffisamment lourde et difficile à porter, sans que ceux qui veulent participer à la vie de l’Eglise soient chargés d’un nouveau fardeau. Même si les sacrements ne sont pas des droits, ils sont ce qui nous aide, par la seule grâce de Dieu, à devenir davantage disciple et nous invitent à être configurés à Sa ressemblance. Certes, la grâce transcende les sacrements et la puissance de Dieu n’est pas contenue dans ces derniers. Mais ce refus constitue, pour moi, un grave signe de fermeture et fait entrave à cette dynamique d’accueil et d’ouverture mentionnée à de nombreuses reprises dans leur texte. C’est d’autant plus surprenant que ceux qui édictent ces préceptes sont les ministres officiels de la miséricorde et surtout sont, par choix et par obligation canonique, célibataires… pour le Royaume. Espérons que dans un proche avenir, l’Eglise aura le courage de revenir sur cette discipline et s’ouvre davantage à la réconciliation. Cette dernière ne doit pas concerner que les intégristes de la fraternité Saint Pie X… mais tous ceux et toutes celles qui, attachés à l’Evangile sont comme au ban de l’Eglise. Je pense aux divorcés-remariés, mais aussi aux prêtres qui ont quitté le sacerdoce presbytéral pour se marier etc.

Se convertir pour vivre pleinement

L’invitation du Christ dans son Evangile est pour tout à chacun sans jugement sur sa manière d’être ou d’agir. Il invite à la conversion pour que la vie soit pleinement vécue. Cette conversion doit être avant tout une conversion de regard et de cœur avant d’être un enfermement dans une discipline telle n’importe quelle structure humaine. Il est paradoxal d’affirmer en même temps cette « limite » à la participation à la vie de l’Eglise et d’écrire un peu plus loin :

Témoigner de l’Evangile n’est le privilège de personne. Ainsi reconnaissons-nous avec joie la présence de tant d’hommes et de femmes qui par leur vie se font signe de l’Evangile au milieu du monde.

Faudrait-il comprendre que l’Evangile peut faire signe dans la vie de chacun mais que l’Eglise ne peut le reconnaître que dans la vie de ceux qui respectent ses codes disciplinaires ? Il y a là, à mon sens, un réel paradoxe. Comme Adolfo Nicolàs, préposé général de la Compagnie de Jésus, je pense « Que le pardon et la réconciliation sont les raccourcis les plus efficaces vers le cœur de l’Evangile. ».

Coresponsable mais pas vraiment

J’aimerai revenir aussi sur ce terme de coresponsabilité entre clercs et laïcs. Il est noble de l’affirmer mais dans ce cas pourquoi tant de prêtres voient les laïcs comme des auxiliaires voire des concurrents. La mission reçue d’annonce de l’Evangile est la même pour tous au travers des sacrements de l’initiation chrétienne ; c’est juste la modalité du ministère qui change. Le Concile Vatican II l’a dit mais cela a du mal à faire son chemin parmi certains évêques et les prêtres.

Vaste monde ma paroisse ?

L’Eglise se doit d’être au milieu du monde et ses ministres ordonnés aussi. Je ne suis pas certain que le modèle paroissial que vante ce document soit vraiment l’avenir. Beaucoup de ne s’y retrouvent pas ou plus. Le déplacement des personnes dû notamment à la recherche de travail ne favorise pas ce modèle et l’intégration dans le tissu paroissial est lent et fastidieux surtout lorsqu’il est tenu depuis de longues années pas les mêmes personnes. En revanche, les mouvements et services d’Eglise sont des occasions de dynamisme pour vivre la mission du Christ. C’est aussi une occasion de reprendre, relire son vécu, son action pour y discerner la présence de Dieu et ses appels pour vivre et annoncer sa Parole dans son quotidien. Mais cela demande que les évêques acceptent cette manière de concevoir l’Evangélisation…

Des ministres disponibles

Cet appel à ce que les laïcs prennent pleinement part à cette nouvelle évangélisation aux côtés de ministres ordonnés sous-entend que ces derniers soient disponibles. Trop souvent nous les voyons ployer sous la charge malgré la présence de laïcs à leur côté. Il faudrait, d’une part, qu’ils comprennent que cette indisponibilité constante n’est ni appelante ni accueillante mais surtout que les évêques saisissent que leurs prêtres ne sont pas des surhommes. Cet appel que font les pères synodaux à mettre la personne humaine au centre du développement économique, penser ce développement lui-même comme une occasion  de croissance du genre humain dans la justice et l’unité est valable aussi pour les prêtres. Un prêtre, jeune ordonné, qui devant la lourde tâche à accomplir, la difficulté de la vie fraternelle avec les prêtres de la ville…, s’est tourné vers son évêque pour lui faire part de ses difficultés dans le ministère. Ce dernier ne lui a pas manifesté beaucoup de compassion et d’écoute et lui ai fat des réponses toutes faites peu réalistes et difficilement praticable. Aujourd’hui, ce prêtre cherche toujours comme vivre son presbytérat en fidélité avec l’appel qu’il perçoit du Seigneur, loin de son église locale… La vie ministérielle est tout aussi difficile que la vie quotidienne de chacun d’entre nous. Si ceux qui ont la charge spécifique, par l’ordination, d’être attentifs à toute la portion du peuple de Dieu qui leur est confiée ne sont pas vigilants à leurs plus proches, comment le reste du peuple de Dieu peut entendre cet appel à considérer l’autre comme son propre frère ?

Attentifs ensemble

Dans tous les domaines de notre vie, peu importe la responsabilité, le ministère que l’on porte ou qui nous est confié, nous sommes plus que jamais les gardiens de nos frères. Ne ternissons pas l’appel du Christ par notre comportement volontaire ou par omission ; nous en sommes coresponsables. Ce « Voyez comme ils s’aiment » de Tertullien, cité d’ailleurs dans le message des pères synodaux est un impératif : comment pouvons-nous aimer Dieu, le monde si nous ne nous aimons pas d’abord nous mêmes et si nous n’aimons pas nos frères qui partagent la même foi. Cet amour doit nous engager à aller à la rencontre des hommes et des femmes de ce temps dans cette gratuité d’une annonce qui se dit par notre comportement et notre vie.

De belles idées habitent de ce message des pères synodaux mais il ne va pas assez loin àmon goût. A sa lecture, nous reconnaissons l’impulsion d’évêques français tels Yves Patenôtre, prélat de la Mission de France et archevêque de Sens-Auxerre ou bien encore Claude Dagens, évêque d’Angoulême sur cette importance de vivre au milieu des hommes, témoin de ce Christ et de cette Eglise qui a choisi de proclamer dans Vatican II que

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.

Je perçois aussi dans ce textes des crispations notamment sur les ministères, sur ceux qui se sont éloignés de l’Eglise ou bien encore sur le modèle paroissial. Cependant, je retiens cette volonté d’aller à la rencontre des hommes et des femmes de ce temps, conscient qu’ils ont quelque chose à nous dire du Christ même s’ils ne le confessent pas. Espérons que le Pape, dans sa future exhortation, pourra reprendre avec force cette volonté même si cette idée même d’exhortation est un coup de canif dans la collégialité et l’autonomie des évêques voulues par Vatican II.

Le but de l’Église, c’est la rencontre de Dieu

Claude Dagens, membre de l’Académie Française et évêque du diocèse d’Angoulème, a répondu aux questions de l’auteur de ce blog, pour le journal Avec Vous, journal interne de la Congrégation de l’Armée du Salut en France et en Belgique. Normalien et docteur ès lettres, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et rapports portant notamment sur l’inscription chrétienne dans une société sécularisée.
La foi chrétienne a toujours été et est toujours un signe de contradiction. Comment faire de cette originalité une force pour à la fois approfondir notre foi en Christ et en témoigner aujourd’hui?        
Le terme “foi chrétienne” est moins souvent utilisé que celui de “christianisme”. Ce dernier évoque plutôt un système religieux, avec  une organisation plus ou moins complexe. Alors que la foi chrétienne est une réalité d’un autre genre. Ce n’est pas un système. C’est un appel auquel nous répondons en disant: “JE crois en Dieu qui s’est fait homme en son Fils Jésus”. C’est le témoignage de l’apôtre Pierre chez le centurion Corneille : Pierre parle du Christ en expliquant “qu’il passait en faisant le bien” et qu’il est vivant. Il est important d’être des croyants qui témoignent du Christ, même si la foi chrétienne est et demeure un signe de contradiction.
Dès le début de l’Église, il y a eu des chrétiens incompris, rejetés, persécutés. Aujourd’hui encore, il y a des personnes qui sont martyrisées à cause de leur foi en Dieu, le Père de Jésus-Christ. Dans nos pays sécularisés (là où la référence religieuse ne fait plus la loi), le phénomène chrétien est marginalisé. En fait, le christianisme est souvent méconnu plus que rejeté. Souvent, on se contente d’une image préfabriquée, plus ou moins caricaturale,  alors que l’Église n’a pas d’autre but que d’ouvrir des chemins qui conduisent à Dieu. La foi chrétienne est aujourd’hui signe de contradiction à un double titre: elle témoigne de l’espérance en un temps d’incertitude et elle milite pour le respect de tout être humain.

  • L’effondrement du système communiste a suivi d’un sentiment d’ euphorie. L’avenir du monde semblait ouvert grâce à la croissance économique et à des relations internationales pacifiées. Et puis, il y a eu le 11 septembre, l’attentat de New-York sur les tours du World-Trade-Center. Certains ont alors parlé de “conflit des civilisations”. A l’échelle des peuples, le monde ne vit pas sous le signe de la confiance. Il est plutôt marqué par le désenchantement. Je suis toujours surpris dans les lettres que les jeunes m’envoient pour demander le sacrement de la confirmation par les nombreuses références au mal, à la souffrance, à la mort. Il y a donc un combat chrétien à mener, celui “d’espérer contre toute espérance”. C’est un peu le message des moines de Tibhirine qui ont vécu au milieu des violences, sans prendre parti, en terre algérienne. Après leur mort, leur témoignage demeure. Espérer c’est remettre l’avenir entre les mains de Dieu.
  • Le respect de chaque personne humaine, avec ce qui fait qu’elle est unique, est fondamental. Une des dérives qui marque notre société, ce sont les processus de déshumanisation. Nombreux sont les refus de prendre en compte la dignité humaine au profit d’impératifs techniques ou financiers immédiats. La foi chrétienne inspire un combat pour la dignité de chaque être humain et surtout en faveur des plus fragiles. C’est d’ailleurs, il me semble, ce que l’Armée du Salut veut promouvoir. Quand la précarité est trop importante, il n’y a pas de cris, il n’y a que de la souffrance et lorsque cela devient insupportable, cette souffrance explose.

Il est de la responsabilité des chrétiens de veiller, de discerner , de regarder au-delà des apparences. Il y a toujours près de nous une personne humaine qui attend d’être reconnue et aimée.
De quelles manières les Chrétiens, mus de leur foi et par cette passion de l’homme et surtout du plus fragile, peuvent-ils être force de proposition dans la société actuelle, alors que leur parole est à la fois attendue et rejetée ?
Il y a le charivari des phénomènes  médiatiques qui jouent avec l’éphémère, l’immédiat et donc qui voient mal ce qui n’est pas immédiatement visible. Cela ne me trouble pas. Ce qui importe c’est l’existence d’ hommes et de femmes qui, au fond d’eux-mêmes, portent des attentes profondes et qui demandent à être reconnus pour ce qu’ils sont. Souvent, pris par l’immédiat, on ne trouve pas des chemins pour aller à l’essentiel.
Nous devons, comme Chrétiens, ne pas nous laisser fasciner par ce charivari et discerner ce qui est révélateur de Dieu, ce qui atteste loe travail de Dieu au sein de notre humanité. Certains faits récents sont significatifs: par exemple le film Des hommes et des dieux qui a été vu par beaucoup de spectateurs. Combien de fois n’entendons-nous pas, sur la place publique, ces interrogations adressées à Dieu : “où es-tu ?” “que fais-tu quand le mal, la maladie, la souffrance surviennent ?…”. N’oublions pas non plus toutes ces personnes adultes qui se préparent à recevoir le baptême et les familles qui le demandent pour leurs enfants.
Notre société d’indifférence est en même temps traversée par une attente, un désir de Dieu. Pour répondre, il faut d’abord alors faire silence, écouter la Parole et écouter aussi les cris de notre humanité. Ensuite, laissons faire Dieu, son action est toujours surprenante. Il est le Dieu de la promesse, le Dieu qui tient parole, le Dieu qui console. Consoler ce n’est pas effacer les larmes, c’est rendre plus solide que ce qui peut nous blesser. La naissance de Jésus est inimaginable. Il est difficile de penser l’événement de Noël. Ainsi, Dieu demeure avec nous pour toujours et il désire faire de nous ses témoins. En Jésus, Dieu s’engage en se liant avec chacun de nous, jusque dans les situations de détresse. Un autre étonnement peut nous saisir lorsque nous pensons à la la mort de Jésus. Crucifié, il est abandonné de tous, seules demeurent quelques femmes, une de ses dernières paroles est “Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font”. (Lc 23, 34). Cette parole de Jésus sur la croix est le plus grand signe de contradiction, car elle signifie que l’Amour  de Dieu est plus fort que toutes violences et que“l’acte de pardon est aussi décisif que l’acte de création”, pour reprendre une expression de saint Thomas d’Aquin.
Comment penser l’Église d’abord comme Corps et sacrement du Christ, “don de Dieu en Jésus-Christ”,  ferment de fraternité, et non comme une organisation qu’il faudrait faire fonctionner ?
Il faut sortir de ces catégories enfermantes pour nous-mêmes qui voudraient que d’un côté il y ait l’Esprit et de l’autre le Corps. C’est un peu comme dans le débat sur la bioéthique où l’on sépare les réalités biologiques et les réalités spirituelles.  Nous avons du mal à faire la synthèse des deux. Nous sommes constitués  d’un  corps (avec tout ce qui exprime notre sensiblité) , d’une âme ( principe de vie intérieure) et de l’ Esprit (qui nous est donné de Dieu). Il est nécessaire d’apprendre à laisser l’Esprit nous travailler. Si nous vivons notre relation à l’Eglise comme la participation à une organisation religieuse, nous sommes infidèles au don du Christ. Avec son Esprit, Il nous appelle à devenir pleinement son corps en solidarité avec nos frères et soeurs. Cependant, une institution (ce qui fait tenir) est nécessaire. Mais l’Église n’est pas instituée pour devenir son propre but. Le but de l’Église, ce n’est pas l’Eglise. Elle est comme le doigt de Jean-Baptiste qui montre celui qui vient et qui invite à la découverte de Dieu. L’Église, c’est le corps du Christ qui se déploie en nous et qui fait signe pour le monde.
Je suis toujours surpris qu’il y ait encore tant de personnes qui n’ont jamais rencontré Jésus de façon personnelle. Un des lieux où est proposée cette rencontre, c’est la communauté oecuménique de Taizé, en Bourgogne. Le silence, la Parole, la lumière, la contemplation des icônes, les chants répétés… Toutes ces choses simples sont autant d’éléments qui peuvent conduire au mystère du Christ et  à sa présence. Là est le coeur de L’Église.

Vivre en Christ, dans l’Eglise, en ce monde et en ce temps

Il m’a été transmis le texte du Groupe de travail de la Conférence des Evêques de France, présidé par Claude Dagens, évêque d’Angoulême. Ce document intitulé « Indifférence religieuse, visibilité de l’Église et évangélisation », a la saveur de l’Evangile, d’une Bonne Nouvelle. Il ne cède pas à la facilité en prônant des idées simples voire même simpliste, il prend racine dans la Tradition de l’Eglise pour y trouver pour les ressources nécessaires pour annoncer l’Evangile aujourd’hui.
Les lignes qui vont suivre n’en sont pas un résumé académique, mais un écho de ce que j’y ai entendu, comme appel, comme élan, pour vivre en et comme Chrétien, membre de l’Église, en ce monde et en ce temps.
Ce qui me frappe tout d’abord est ce message d’Espérance, et non de résignation qui parcourt ce texte. Il n’y a pas de démission, de remise à une fatalité mais bien un appel à entendre ce que le Christ désire nous faire saisir au coeur même des épreuves que connaît l’Eglise. Il s’agit de se réapproprier La Parole, qui doit être le centre de notre vie chrétienne. Cette Parole nous clame la fidélité de notre Dieu qui tient promesse de présence au milieu de nous. Aussi, il ne s’agit pas non plus de nous réfugier dans « ce qui marchait hier » mais de témoigner de ce qui fait « l’être » chrétien. C’est d’abord l’expérience spirituelle qui nous donne de témoigner du mystère pascal, coeur de notre foi. C’est véritablement au travers de ce témoignage que nous pourrons donner le goût de l’Autre. Nous avons tendance, peut-être, à rétorquer que ce qui fait obstacle à ce témoignage, c’est l’Église. Ce peut-être vrai, mais à condition de ne pas comprendre, intérieurement, ce qu’est l’Eglise.
Voilà pour moi, un autre marqueur essentiel de ce texte, la redéfinition de ce qu’est l’Eglise. Elle n’est pas une institution mais d’abord le sacrement de Dieu. Ce signe visible qui témoigne de l’Amour et de la de confiance indéfectible de Dieu pour chacun de nous. Par le don de son Fils et de l’Esprit Saint il vient nous donner mission de l’annoncer au Monde. C’est en puisant à la source de ce don que nous serons force de transformation à la fois pour le monde, mais de notre propre vie.
Ce document confesse, avec humilité, la fragilité de l’homme et sa capacité d’être blessé et de blesser. De même il atteste de cette présence insondable du mal en nos vies et dans le mal, bien qu’il fût anéanti par le sacrifice du Christ. Une fois, encore, loin de donner des réponses toute faites, il invite à poser notre regard et à se poser devant l’essentiel, le Christ. Etre Chrétien ne donne pas la réponse à cette question du mal mais permet de la traverser, avec un compagnon de route, le Christ. La croix doit nous donner de comprendre que cet instrument de supplice est devenue, par le Christ, un instrument de salut. Sur la croix, il a adressé à ses bourreaux, un message de pardon. A nous de nous plonger dans cette capacité de pardon, de nous unir au Christ pour vivre de son pardon. Ce texte nous invite à ne pas nous résigner à la puissance du mal mais à le combattre. Le quotidien est notre champs de bataille, pour illustrer cela, ce document nous donne pour exemple Charles de Foucauld ou Madeleine Delbrël qui vivait de la « pastorale de la bonté ». Associée à celle-là nous sommes aussi invités à vivre une pastorale de l’espérance qui est indissociable de la bonté. Avec force, les rédacteurs de ce document nous invitent à entrer en résistance contre toutes ces petites morts que nous pouvons semer au quotidien. Etre chrétien c’est demeurer résolument dans ces deux dynamique, la bonté et l’espérance, qui sont, elles-mêmes, les attitudes fondamentales du Père, envers chacun de nous.
Ce texte, pose, ensuite, les questions de transmission de la foi au regard de cette indifférence qui semble se faire jour, de plus en plus, en France. Il ne se voile pas non plus la face, mais s’interroge sur le fait que cette indifférence est peut-être due à une méconnaissance de ce qu’est le Christianisme. Les médias jouent ici un rôle majeur et ils ne montrent, trop souvent, qu’en surface une face organique du catholicisme incarnée par le Pape ou des déclarations hiérarchiques, parfois mal commentées ou mal expliquées voire tirées de leur contexte. L’originalité de ce texte consiste à comprendre et à trouver des lieux d’action au coeur même de cette indifférence. Pour autant, il ne cache pas la blessure, l’interrogation de ceux qui ont toujours connu la foi ou de ceux chargés de la transmettre d’une manière spécifique (prêtres, catéchistes etc.). A y regarder attentivement, nous pouvons saisir que cette annonce se fait d’une manière autre aujourd’hui, peut-être plus dans un compagnonnage à l’occasion de visite institutionnelle à l’Eglise et des interrogations de croyants. Ce texte nous invite à nous réjouir de ces personnes qui viennent demander le baptême, un sacrement pour eux ou leurs enfants, organiser des funérailles chrétiennes… Ce sont des passerelles qui, loin de n’être totalement que des rites de passages, sont des lieux où il est possible d’entendre quelque chose de l’Evangile mais aussi d’une Église qui écoute et accueille. Pour autant elle est présente également au coeur du monde, dans la multitude des engagements des chrétiens. Ce document invite fortement à ne pas dissocier ce qui serait présence au monde par l’action et une dimension, à proprement parler cultuelle. Les deux sont à lier et à vivre ensemble puisqu’elles s’interpellent mutuellement.
Dans cette présence au monde, nous sommes vivement invités à ne pas radicaliser, ni même minimiser notre identité de croyant. Nous le sommes et cela suffit oserais-je dire. Cela suffit si nous vivons en cohérence avec ce que cette identité contient. En même temps se dire catholique et le vivre suppose quelques attitudes fondamentales. Tout d’abord le texte insiste sur le lien avec la Parole de Dieu, ce n’est pas seulement un texte pieux mais une dynamique qui doit nous nourrir et nous dire qui est Dieu. La Parole est aussi le Pain pour la route, ce qui nous fait rencontrer Dieu et nous fait sentir et goûter intérieurement sa présence en notre vie et en notre monde. Aussi, il n’est pas possible de croire en Christ sans avoir le désir que d’autres partagent cette joie, cette découverte. Découverte qui passe par le mystère pascal et donc, par le combat contre le péché, qui laisse la part belle au mal dans notre vie et dans notre monde, même s’il est vaincu d’une manière définitive par le sacrifice de la croix.
Etre catholique n’est pas qu’une proclamation de foi et un engagement au coeur du monde, c’est aussi appartenir à un corps social qui est l’Eglise, à une communauté de croyants qui se rassemble au nom, justement, de cette foi dans le nom de ce Dieu, Père-Fils-Esprit Saint. Cette appartenance pose question aujourd’hui où se multiplient les occasions de faire des expériences spirituelles dans tant de lieux. Cependant, le lieu majeur où se fonde cette appartenance est la célébration des sacrements qui marquent et jalonnent la vie des croyants. Cela ne suffit pas à comprendre la nature même de l’Eglise, « qui est un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain » (Concile Vatican II, Gaudium&Spes n°1). Ce texte nous en parle comme le lieu où se mûrit « l’appel gratuit à devenir disciple » dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. C’est le lieu où peut se comprendre et se faire sentir la fidélité de Dieu qui se dit en notre vie. C’est aussi le lieu qui nous fait devenir missionnaires. Etre chrétien, catholique, c’est oser affirmer sa foi dans sa vie, sans prosélytisme pour autant. Il y a tant de lieux de combats pour la dignité et le respect de l’homme dans la société où l’enracinement chrétien à des choses à dire (bioéthique, engagement social…). Aussi, dans ce témoignage nous avons à rendre compte de notre foi et de la manière dont elle nous fait vivre.
L’Eglise, comme corps constitué, souffre parfois d’une visibilité réductrice et amputée de sa nature même. Il est dangereux de ne la présenter qu’au travers de positions, d’annonces. Avant toute chose elle est une assemblée de croyants envoyés au coeur du monde pour annoncer l’insondable mystère de l’amour de Dieu pour chaque homme. Sa visibilité n’est que parce qu’elle se rassemble au nom d’un Autre, autour de sa Parole et des signes visibles de sa présence (sacrements). Il est dangereux d’appliquer la loi du nombre. Ce n’est par parce qu’il y a pléthore qu’il y a Église, c’est parce que des croyants sont rassemblés en son nom que l’Eglise se manifeste. Notre foi, notre appartenance à l’Eglise nous appelle à rejoindre le monde, comme en ambassade pour le Christ. Une présence, cette attention que nous portons au monde et à l’autre sont le signe de cette attention, de cette présence que Dieu a choisi de manifester à l’humanité par l’incarnation de son fils. Ce document insiste aussi sur l’unité de vie. Nous avons à relier nos engagements, notre présence au monde, notre quotidien à ce que nous célébrons et proclamons en Église. Une relecture de notre action, à la lumière de la Parole de Dieu, peut nous aider à y voir les traces de Dieu et à puiser, dans les sacrements, et spécialement dans celui de l’Eucharistie, la force et le discernement nécessaires pour continuer.
En conclusion, ce texte nous invite à devenir de véritables témoins du Christ mus par un véritable amour de l’échange notamment avec ceux qui ne partagent pas forcément notre foi ou qui ne la comprennent pas. Il ne s’agit pas de convaincre, mais d’expliquer, de rendre compte en se mettant à l’écoute de ce que l’autre à a me dire dans ce dialogue entrepris, véritable, ouvert et confiant. Dans ce dialogue, il faut compter également sur la présence de l’Esprit Saint qui en fera une véritable expérience spirituelle.
Aussi, ce témoignage, cette présence au monde ne peut pas se contenter de la simple générosité, la formation est importante. Comprendre ce que nous proclamons, d’où nous venons peut être utile pour enraciner nos engagements dans la foi, dans le nom de Celui qui nous appelle à la vie et à la mission. De même, il ne faut pas négliger la prière, la rencontre intime avec Dieu. C’est le lieu pour reprendre souffle et pour entendre les appels que Dieu nous fait. Cette prière peut-être personnelle mais aussi communautaire. Inviter à faire silence pour entrer en dialogue avec le Père peut être une manière aussi de l’annoncer.
Ce document nous invite à construire une véritable fraternité même dans la diversité d’opinion. Nous sommes invités à accepter la différence de l’autre et à vivre de ce pardon du Christ sur la Croix. Là réside, aussi, la vitalité d’une communauté, dans la capacité à pardonner.
Enfin, il devient important de nous enraciner, de nous laisser gagner par cette invitation à l’Espérance, surtout dans ces périodes incertaines. C’est ainsi que nous laisserons Dieu nous faire signe de sa présence au monde en nous laissant déplacer au sein même de nos résistances et de nos frilosités.
Ce texte mérite vraiment d’être lu et travaillé. Il n’est pas une somme de choses à faire pour que la foi soit présente au monde et que nous soyons tranquilles et bien rassurés dans nos pratiques quotidiennes. Il nous invite, tel l’Evangile, à nous mettre en route, à redécouvrir, dans l’Eglise, l’insondable mystère du Christ et l’héritage des siècles passés. Il peut parfois être aride et déplaire mais c’est peut-être l’occasion d’entrer en dialogue avec d’autres croyants et de se faire expliquer ce qu’il ressort de ces difficultés. Le souffle de l’Esprit s’est répandu sur ses auteurs, espérons que nous sachions le recevoir et en tirer la substantifique moelle pour notre vie.