Prier ce n’est pas jouer avec la laïcité

A quelques jours de la fête de l’Assomption, le 15 août, je reviens pour les chrétiens de gauche sur la  » Prière pour la France » proposée par André Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris à ses frères dans l’épiscopat.
Beaucoup d’avis ont été postés sur le net à ce propos, souvent de façon caricaturale ou polémique. Il est difficile de se contenter d’une telle position ; les évêques ne cherchent pas à faire de cette prière un sujet politique mais à aider les catholiques à unir leur prière devant tant d’enjeux cruciaux pour l’avenir de notre société et de notre pays.
Ce sont quatre intentions de prière que propose le cardinal Vingt-Trois. Elles sont assez classiques dans les thèmes abordés et ressemblent à celles prononcées chaque dimanche. Soulignons que la première d’entre elles concerne tous ceux que la crise touche. Le devenir des hommes et des femmes de ce temps est aussi le souci de l’Eglise, et donc des évêques. Certains ont, à plusieurs reprises, exprimé leur préoccupation à cet égard. L’Eglise, par ses évêques, est pleinement dans son rôle lorsqu’elle défend la solidarité et la justice.
Certes, elle n’a pas de légitimité « démocratique » comme le dit le Secrétaire national du Parti radical de gauche en charge de la laïcité, Pascal-Eric Lalmy. Mais l’Eglise est porteuse des paroles de l’Evangile où Dieu se révèle comme l’ami des pauvres et des petits, alors comment pourrait-elle ignorer ceux qui sont les victimes d’une économie davantage tournée vers le profit que vers le service de l’homme ?
Ensuite, c’est la vocation de l’Eglise, peuple de Dieu, de prier. Alors pourquoi lui reprocher ce qui est dans sa nature ? C’est donc un faux procès qui est fait ici par le PRG. L’Eglise n’est pas et n’a pas à être le bouc-émissaire d’une laïcité mal comprise.
La suite est A la table des chrétiens de gauche

« Être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante »

Claude Baty, pasteur et Président de la fédération protestante de France a accepté de répondre, pour l’Armée du Salut, aux questions posées par votre serviteur.

  1. En tant que Président de la Fédération protestante de France, de quelles manières œuvrez-vous afin que l’unité soit en marche dans cette diversité d’Eglises rassemblées ?

 Il n’y a pas que des Églises dans la Fédération, il y a aussi des œuvres et des mouvements. Cela ajoute de la complexité. Il est important, tout d’abord, de se référer à la Charte de la Fédération Protestante. Il ne s’agit pas d’une confession de foi mais d’une charte de partenariat qui repose sur l’affirmation centrale de l’annonce du Salut par la grâce, reçue par la foi seule. Sur cette base qui crée une communion – manifestée par l’accueil mutuel à la Sainte Cène – nous proposons un projet partagé qui ouvre sur la rencontre avec les autres. Cela part d’une disposition d’esprit qui considère que les différences sont stimulantes même si ce n’est pas sans difficulté. La Charte est ainsi un moyen de progression. Ce qui est essentiel, pour moi, c’est cette volonté de rencontrer les autres à partir d’un socle commun qui sert de tremplin.

La vocation de la Fédération Protestante de France consiste à encourager l’ouverture et l’unité. Cette ouverture nous préserve de nous croire les dépositaires de la grâce. Nous ne cherchons pas à circonscrire, à barricader, mais, par notre ouverture, nous souhaitons être un lieu d’interpellation mutuelle et bienveillante. Ainsi, par rapport à l’Armée du Salut, nous pouvons l’interpeller sur son rapport à la Sainte Cène et lui laisser la latitude de nous interpeller sur l’importance donnée aux sacrements dans les autres Églises membres de la Fédération.

 2. Comme chrétiens nous sommes invités à « rendre compte de l’espérance qui est en nous ». Pourtant nous vivons souvent en tension entre le « service de Dieu » et le « service du Frère ». Comment vivre alors ces deux dimensions essentielles d’une manière pacifiée ?

 En principe, il ne devrait pas y avoir de tension. Dans l’Évangile, il est exclu de faire un choix. Tout le monde en est convaincu. Engagement social et évangélisation ne sont pas opposés, au contraire, ils sont indissociables. Mais, dans l’histoire, nous savons que cela n’a pas toujours été le cas. Il y a toujours un effet de balancier. Au XIXe siècle, il y a eu une croissance de l’engagement social. Cette accentuation de l’engagement social a fait craindre par la suite un engagement politique dangereux et a donc provoqué un repli sur  l’évangélisation et sur l’Église. Pour le croyant, le monde est alors perçu comme quelque chose de mauvais. Cette tendance existe encore dans certaines Églises. Elles prônent le repli communautaire pour vivre une foi pure. Ces positions extrémistes ne sont pas tenables. Être chrétien c’est tenir ensemble l’engagement social et l’annonce de l’Évangile. Il me semble important de réaffirmer cette nécessité. Cela signifie qu’il faut sans cesse s’interroger sur le pourquoi de notre engagement, au nom de qui nous allons vers nos frères et sœurs.

J’admets volontiers que les évolutions peuvent être difficiles et chaotiques mais il est essentiel de prendre conscience que nous n’avons pas à privilégier l’engagement ou l’évangélisation. Souvent dans notre action nous pouvons être suspectés, à tort, de faire du prosélytisme si nous affichons au nom de quoi, au nom de qui nous agissons. Cette question rejoint celle de la place du religieux dans la société.

 3. Vous êtes un ardent défenseur d’une laïcité ouverte, qui permet à chacun de vivre d’une manière apaisée sa religion. En même temps vous redoublez de prudence et de vigilance quant à son utilisation politique et polémique. Quels critères de discernement pouvez-vous donner pour vivre comme chrétien, de manière pleinement apaisée et ajustée, dans cette société en quête de sens ?

La relation entre Église et pouvoir a toujours été problématique et souvent malsaine. Là où il y a du pouvoir, il y a danger d’abus de pouvoir et perte de l’esprit de service. Quand l’Église s’associe au pouvoir pour asseoir ses convictions et, de même, lorsque le pouvoir cherche à utiliser l’Église, c’est calamiteux. D’autant plus que cela peut être au mépris de ceux qui ne sont pas membres de « l’Église officielle » et qui risquent de subir des persécutions. C’est pourquoi il faut être attentif à une égalité des citoyens dans la République. Chacun a le droit, et c’est inscrit dans la Constitution de notre pays, de professer sa foi et de célébrer son culte sans que cela lui porte préjudice. D’ailleurs, personne ne conteste ce principe. L’Église catholique a été, autrefois, en position de monopole par rapport aux autres religions et elle peut parfois connaître, encore aujourd’hui, des difficultés de positionnement et se sentir affaiblie. Le contexte actuel l’invite à partager sa place…

Les luttes autour de la loi de 1905 ont laissé des traces. Certains ont combattu l’Église pensant qu’elle souhaitait prendre le pouvoir. Or ce n’est pas là la vocation de l’Église. C’est la même réaction de certains « laïcards » aujourd’hui vis-à-vis de l’islam. Ils le voient comme une institution qui passe son temps à « tester » la République. Penser cela, c’est ne pas être dans la réalité mais dans le fantasme partagé, d’ailleurs, par certains politiques à des fins électoralistes.

Les questions de laïcité deviennent des enjeux politiques et il est important que les religieux ne se laissent pas instrumentaliser. C’est d’ailleurs le sens que prend la déclaration de la Conférence des responsables de culte en France . Elle rappelle des vérités simples afin que personne ne puisse se permettre de parler à notre place. Il est fondamental de repréciser que la religion n’est pas synonyme de violence. Il ne faut pas se laisser piéger par ces raccourcis. Nous refusons toute association entre la violence et la religion. Cette parole commune est significative.

A Dieu Bernard !

Bernard StasiBernard Stasi est décédé dans la nuit du 3 au 4 mai 2011. Brutale nouvelle qui vient assombrir notre paysage politique. Ce grand homme fait partie des rares politiques qui ne cherchaient pas à flatter l’électeur, telle une vache au Salon de l’agriculture, à la recherche de voix. Il cherchait à dire ce qui lui semblait le plus utile, le plus vrai, le plus authentique pour ceux qu’il était appelé à servir.
A Epernay, il tâchait de favoriser les populations marginales, ce qui ne plaisait pas à la droite. Sur la scène nationale, il était le héraut du combat contre les idées nauséabondes du Front National. C’était véritablement un homme politique, un homme tourné vers la Cité pour ses concitoyens. Soucieux des plus fragiles, de ceux qui étaient en péril, il n’a jamais hésité à prendre une parole authentique, quitte à se faire des ennemis et à perdre des voix voire un mandat.
J’ai eu la chance de côtoyer Bernard Stasi. Il a été le maire de ma commune et surtout le Président du Centre des Démocrates Sociaux de la Marne. Il m’a donné le goût de l’engagement public et politique. Il m’a aidé à comprendre que les convictions intérieures ne doivent pas entrer en conflit avec les convictions politiques. L’une et l’autre doivent entrer en dialogue pour trouver ce qui est meilleur pour le service de la cité. Si aujourd’hui je cherche où servir, c’est bien parce cet exemple d’authenticité de l’action me hante. Où aujourd’hui s’engager, dans quelle formation politique trouvons nous cette audace du « dire ce qui déplaît », cette volonté de déplacer les montagnes pour faire vivre cet « indéniable vivre ensemble ?»
Sa voix s’est éteinte, il était déjà silencieux depuis quelques années, affecté par la maladie d’Alzheimer. L’image que je garde de lui c’est cet homme affaibli qui avait fait le déplacement à Reims pour le meeting présidentiel de Bayrou. Porté à bout de bras par quelques proches, il avait été acclamé par l’assistance. Lui aussi croyait que Bayrou était l’homme de la situation, d’ailleurs il avait pris fait et cause pour lui dans un article du Monde. Ensuite, c’est cet ouvrage : Tous français, formidable analyse de notre société qui mériterait d’être sur la table de nuit de beaucoup de responsable politique et sur les gondoles des librairies. Un livre à la hauteur de cet homme au langage simple mais non simpliste, clair et percutant. Un livre dont le contenu est tiré du terrain, de l’expérience.
Bernard Stasi, nous manque déjà. Même si sa maladie nous a habitué au silence, son souvenir lui, j’espère, ne le restera pas. Ce qu’il incarné, tout ce qu’il a défendu mérite bien mieux que de belles phrases funèbres et in memoriam. Ses combats faisaient le respect et l’unanimité de tous, même le Parti Communiste adresse son respect par ces mots : « attaché aux valeurs fondamentales de la République et au sens de l’Etat qui ne se perdit jamais dans les compromissions électoralistes avec les franges les plus xénophobes de la droite ». C’est dire la grandeur de cet homme.
Des hommes comme Bernard Stasi font l’honneur de la France, de son système d’intégration et de la grandeur de l’engagement politique. Reste maintenant que ses « successeurs » sauront garder intact cet héritage. Nous avons besoin de consensus, de sens, de conscience intelligente morale comme l’était Bernard Stasi.
Gageons que ceux qui lui rendront hommage sauront marcher dans ses traces et faire honneur à cet homme qui avait la « Politique au Cœur ».

 Merci, Bernard !

Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

Aujourd’hui, nous fêtons avec faste la naissance en notre monde du Fils de Dieu. Nos tables sont bien garnies entourées de ceux que nous aimons. Noël est devenue le prétexte à une fête de famille pour ceux qui sont loin de la foi chrétienne ou plus simplement de nos églises. C’est une belle et bonne chose qui ne déplaira tout de même pas, j’espère, au plus chagrin des laïcards de notre France moderne !

A bien y réfléchir, il y a quelque chose de scandaleux dans cette naissance.  Jésus nait dans une sorte de famille monoparentale ou plutôt pluriparentale :

Premier scandale, pour s’incarner il y a eu la nécessité du OUI de Marie. Sans ce Oui, Dieu ne nous aurait pas rejoint. Il ne vient jamais s’imposer mais se propose. Il en est de même encore aujourd’hui, nous sommes invités à le contempler, à mettre nos pas dans les siens dans une humble confiance à l’image de Joseph, qui accepta de devenir son père ici-bas.

Second scandale, personne n’accepte de recevoir ce jeune couple dont l’épouse est  en voie d’accoucher. C’est indécent tout de même de ne pas faire de place à une femme enceinte. Ces hôteliers et ces habitants de la cité de David ne sont pas très accueillant. C’est alors qu’il nait dans la simplicité d’une grange. C’est peut être l’occasion pour nous de saisir que la simplicité, ce qui nous paraît sans valeur est le lieu de l’essentiel. Ce dépouillement de la naissance du Fils de Dieu nous permet de centrer notre regard sur l’événement lui-même et non sur des oripeaux qui masquerait l’essentiel. Avec la naissance de l’Emmanuel, Dieu veut et vient éduquer notre regard. Il vient nous enseigner l’émerveillement puisque devant un petit enfant nous sommes captivés, heureux et tournés spontanément vers le merveilleux d’une naissance, d’une génèse, d’un a-venir qui se dit, qui se donne et s’offre à nos yeux, à nos vies.

Ces scandales rejoignent celui de la croix et tout ceux qui ont permis à Jésus d’interpeller, d’ouvrir aux autres, la porte du sens et même de la révolte tout au long de sa vie mais plus encore dans ce qu’il en reste : l’Evangile. L’Evangile, la Parole de Dieu faite chair, est scandale ie pierre d’achoppement, un lieu de résistance intérieure qui choque notre raisonnement, notre compréhension naturelle des choses.  Et c’est là, dans ce trébuchement que peut naitre un brèche, telle la crèche ouverte sur le monde des homme, qui nous oriente vers le lieu de Dieu : notre humanité, notre vie intérieure.  Depuis ce jour du temps, ce premier noël, Dieu n’est plus le lointain mais ce très proche, ce « plus intime à moi-même que moi-même » si cher à Saint Augustin.

A Noël, comme à Pâques, nous sommes invités à ne pas demeurer les yeux rivés sur l’événement mais à  élever notre regard vers les réalités d’en haut afin de vivre pleinement notre incarnation qui est présence de Dieu à chacun de ces hommes et femmes qui sont autant de frères et sœurs. Dieu ne se dit pas autrement. Il agit avec nous et par nous et pas sans doute. L’Esprit demeure pour nous inciter à « vivre de la vie de Dieu » ie celle du Fils qui « a pris notre humanité ».

Devant une telle réalité, et l’assurance de cet amour inconditionnel de Dieu qui est donné à chacun, il y a de quoi crier un scandale. Il est quelque part gênant d’être déplacé dans nos  certitudes par un Dieu qui aime, qui donne son propre Fils de la crèche au crucifiement et qui nous rend responsable de ce monde. Nous préférerions sans doute un démiurge nous laissant sans liberté de décider. Ce serait plus confortable et plus rassurant que de mettre notre confiance en cet inconnu qui se fait connaître dans l’inconnu de la crèche.

 

 

Noël, Dieu se dit comme signe de contradiction

Vivre en Christ, dans l’Eglise, en ce monde et en ce temps

Il m’a été transmis le texte du Groupe de travail de la Conférence des Évêques de France, présidé par Claude Dagens, évêque d’Angoulême. Ce document intitulé « Indifférence religieuse, visibilité de l’Église et évangélisation », a la saveur de l’Évangile, d’une Bonne Nouvelle. Il ne cède pas à la facilité en prônant des idées simples voire même simpliste, il prend racine dans la Tradition de l’Église pour y trouver pour les ressources nécessaires pour annoncer l’Évangile aujourd’hui.

Indifférence religieuse, visibilité de l'Église et évangélisationLes lignes qui vont suivre n’en sont pas un résumé académique, mais un écho de ce que j’y ai entendu, comme appel, comme élan, pour vivre en et comme Chrétien, membre de l’Église, en ce monde et en ce temps.

Ce qui me frappe tout d’abord est ce message d’Espérance, et non de résignation qui parcourt ce texte. Il n’y a pas de démission, de remise à une fatalité mais bien un appel à entendre ce que le Christ désire nous faire saisir au coeur même des épreuves que connaît l’Eglise. Il s’agit de se réapproprier La Parole, qui doit être le centre de notre vie chrétienne. Cette Parole nous clame la fidélité de notre Dieu qui tient promesse de présence au milieu de nous. Aussi, il ne s’agit pas non plus de nous réfugier dans « ce qui marchait hier » mais de témoigner de ce qui fait « l’être » chrétien. C’est d’abord l’expérience spirituelle qui nous donne de témoigner du mystère pascal, coeur de notre foi. C’est véritablement au travers de ce témoignage que nous pourrons donner le goût de l’Autre. Nous avons tendance, peut-être, à rétorquer que ce qui fait obstacle à ce témoignage, c’est l’Église. Ce peut-être vrai, mais à condition de ne pas comprendre, intérieurement, ce qu’est l’Eglise.

Voilà pour moi, un autre marqueur essentiel de ce texte, la redéfinition de ce qu’est l’Eglise. Elle n’est pas une institution mais d’abord le sacrement de Dieu. Ce signe visible qui témoigne de l’Amour et de la de confiance indéfectible de Dieu pour chacun de nous. Par le don de son Fils et de l’Esprit Saint il vient nous donner mission de l’annoncer au Monde. C’est en puisant à la source de ce don que nous serons force de transformation à la fois pour le monde, mais de notre propre vie.

Ce document confesse, avec humilité, la fragilité de l’homme et sa capacité d’être blessé et de blesser. De même il atteste de cette présence insondable du mal en nos vies et dans le mal, bien qu’il fût anéanti par le sacrifice du Christ. Une fois, encore, loin de donner des réponses toute faites, il invite à poser notre regard et à se poser devant l’essentiel, le Christ. Etre Chrétien ne donne pas la réponse à cette question du mal mais permet de la traverser, avec un compagnon de route, le Christ. La croix doit nous donner de comprendre que cet instrument de supplice est devenue, par le Christ, un instrument de salut. Sur la croix, il a adressé à ses bourreaux, un message de pardon. A nous de nous plonger dans cette capacité de pardon, de nous unir au Christ pour vivre de son pardon. Ce texte nous invite à ne pas nous résigner à la puissance du mal mais à le combattre. Le quotidien est notre champs de bataille, pour illustrer cela, ce document nous donne pour exemple Charles de Foucauld ou Madeleine Delbrël qui vivait de la « pastorale de la bonté ». Associée à celle-là nous sommes aussi invités à vivre une pastorale de l’espérance qui est indissociable de la bonté. Avec force, les rédacteurs de ce document nous invitent à entrer en résistance contre toutes ces petites morts que nous pouvons semer au quotidien. Etre chrétien c’est demeurer résolument dans ces deux dynamique, la bonté et l’espérance, qui sont, elles-mêmes, les attitudes fondamentales du Père, envers chacun de nous.

Ce texte, pose, ensuite, les questions de transmission de la foi au regard de cette indifférence qui semble se faire jour, de plus en plus, en France. Il ne se voile pas non plus la face, mais s’interroge sur le fait que cette indifférence est peut-être due à une méconnaissance de ce qu’est le Christianisme. Les médias jouent ici un rôle majeur et ils ne montrent, trop souvent, qu’en surface une face organique du catholicisme incarnée par le Pape ou des déclarations hiérarchiques, parfois mal commentées ou mal expliquées voire tirées de leur contexte. L’originalité de ce texte consiste à comprendre et à trouver des lieux d’action au coeur même de cette indifférence. Pour autant, il ne cache pas la blessure, l’interrogation de ceux qui ont toujours connu la foi ou de ceux chargés de la transmettre d’une manière spécifique (prêtres, catéchistes etc.). A y regarder attentivement, nous pouvons saisir que cette annonce se fait d’une manière autre aujourd’hui, peut-être plus dans un compagnonnage à l’occasion de visite institutionnelle à l’Eglise et des interrogations de croyants. Ce texte nous invite à nous réjouir de ces personnes qui viennent demander le baptême, un sacrement pour eux ou leurs enfants, organiser des funérailles chrétiennes… Ce sont des passerelles qui, loin de n’être totalement que des rites de passages, sont des lieux où il est possible d’entendre quelque chose de l’Evangile mais aussi d’une Église qui écoute et accueille. Pour autant elle est présente également au coeur du monde, dans la multitude des engagements des chrétiens. Ce document invite fortement à ne pas dissocier ce qui serait présence au monde par l’action et une dimension, à proprement parler cultuelle. Les deux sont à lier et à vivre ensemble puisqu’elles s’interpellent mutuellement.

Dans cette présence au monde, nous sommes vivement invités à ne pas radicaliser, ni même minimiser notre identité de croyant. Nous le sommes et cela suffit oserais-je dire. Cela suffit si nous vivons en cohérence avec ce que cette identité contient. En même temps se dire catholique et le vivre suppose quelques attitudes fondamentales. Tout d’abord le texte insiste sur le lien avec la Parole de Dieu, ce n’est pas seulement un texte pieux mais une dynamique qui doit nous nourrir et nous dire qui est Dieu. La Parole est aussi le Pain pour la route, ce qui nous fait rencontrer Dieu et nous fait sentir et goûter intérieurement sa présence en notre vie et en notre monde. Aussi, il n’est pas possible de croire en Christ sans avoir le désir que d’autres partagent cette joie, cette découverte. Découverte qui passe par le mystère pascal et donc, par le combat contre le péché, qui laisse la part belle au mal dans notre vie et dans notre monde, même s’il est vaincu d’une manière définitive par le sacrifice de la croix.

Etre catholique n’est pas qu’une proclamation de foi et un engagement au coeur du monde, c’est aussi appartenir à un corps social qui est l’Eglise, à une communauté de croyants qui se rassemble au nom, justement, de cette foi dans le nom de ce Dieu, Père-Fils-Esprit Saint. Cette appartenance pose question aujourd’hui où se multiplient les occasions de faire des expériences spirituelles dans tant de lieux. Cependant, le lieu majeur où se fonde cette appartenance est la célébration des sacrements qui marquent et jalonnent la vie des croyants. Cela ne suffit pas à comprendre la nature même de l’Eglise, « qui est un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain » (Concile Vatican II, Gaudium&Spes n°1). Ce texte nous en parle comme le lieu où se mûrit « l’appel gratuit à devenir disciple » dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. C’est le lieu où peut se comprendre et se faire sentir la fidélité de Dieu qui se dit en notre vie. C’est aussi le lieu qui nous fait devenir missionnaires. Etre chrétien, catholique, c’est oser affirmer sa foi dans sa vie, sans prosélytisme pour autant. Il y a tant de lieux de combats pour la dignité et le respect de l’homme dans la société où l’enracinement chrétien à des choses à dire (bioéthique, engagement social…). Aussi, dans ce témoignage nous avons à rendre compte de notre foi et de la manière dont elle nous fait vivre.

L’Eglise, comme corps constitué, souffre parfois d’une visibilité réductrice et amputée de sa nature même. Il est dangereux de ne la présenter qu’au travers de positions, d’annonces. Avant toute chose elle est une assemblée de croyants envoyés au coeur du monde pour annoncer l’insondable mystère de l’amour de Dieu pour chaque homme. Sa visibilité n’est que parce qu’elle se rassemble au nom d’un Autre, autour de sa Parole et des signes visibles de sa présence (sacrements). Il est dangereux d’appliquer la loi du nombre. Ce n’est par parce qu’il y a pléthore qu’il y a Église, c’est parce que des croyants sont rassemblés en son nom que l’Eglise se manifeste. Notre foi, notre appartenance à l’Eglise nous appelle à rejoindre le monde, comme en ambassade pour le Christ. Une présence, cette attention que nous portons au monde et à l’autre sont le signe de cette attention, de cette présence que Dieu a choisi de manifester à l’humanité par l’incarnation de son fils. Ce document insiste aussi sur l’unité de vie. Nous avons à relier nos engagements, notre présence au monde, notre quotidien à ce que nous célébrons et proclamons en Église. Une relecture de notre action, à la lumière de la Parole de Dieu, peut nous aider à y voir les traces de Dieu et à puiser, dans les sacrements, et spécialement dans celui de l’Eucharistie, la force et le discernement nécessaires pour continuer.

En conclusion, ce texte nous invite à devenir de véritables témoins du Christ mus par un véritable amour de l’échange notamment avec ceux qui ne partagent pas forcément notre foi ou qui ne la comprennent pas. Il ne s’agit pas de convaincre, mais d’expliquer, de rendre compte en se mettant à l’écoute de ce que l’autre à a me dire dans ce dialogue entrepris, véritable, ouvert et confiant. Dans ce dialogue, il faut compter également sur la présence de l’Esprit Saint qui en fera une véritable expérience spirituelle.

Aussi, ce témoignage, cette présence au monde ne peut pas se contenter de la simple générosité, la formation est importante. Comprendre ce que nous proclamons, d’où nous venons peut être utile pour enraciner nos engagements dans la foi, dans le nom de Celui qui nous appelle à la vie et à la mission. De même, il ne faut pas négliger la prière, la rencontre intime avec Dieu. C’est le lieu pour reprendre souffle et pour entendre les appels que Dieu nous fait. Cette prière peut-être personnelle mais aussi communautaire. Inviter à faire silence pour entrer en dialogue avec le Père peut être une manière aussi de l’annoncer.

Ce document nous invite à construire une véritable fraternité même dans la diversité d’opinion. Nous sommes invités à accepter la différence de l’autre et à vivre de ce pardon du Christ sur la Croix. Là réside, aussi, la vitalité d’une communauté, dans la capacité à pardonner.

Enfin, il devient important de nous enraciner, de nous laisser gagner par cette invitation à l’Espérance, surtout dans ces périodes incertaines. C’est ainsi que nous laisserons Dieu nous faire signe de sa présence au monde en nous laissant déplacer au sein même de nos résistances et de nos frilosités.

Ce texte mérite vraiment d’être lu et travaillé. Il n’est pas une somme de choses à faire pour que la foi soit présente au monde et que nous soyons tranquilles et bien rassurés dans nos pratiques quotidiennes. Il nous invite, tel l’Evangile, à nous mettre en route, à redécouvrir, dans l’Eglise, l’insondable mystère du Christ et l’héritage des siècles passés. Il peut parfois être aride et déplaire mais c’est peut-être l’occasion d’entrer en dialogue avec d’autres croyants et de se faire expliquer ce qu’il ressort de ces difficultés. Le souffle de l’Esprit s’est répandu sur ses auteurs, espérons que nous sachions le recevoir et en tirer la substantifique moelle pour notre vie.