Ensemble luttons contre la pauvreté

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Le logement est plus qu’une urgence

La semaine qui vient de se terminer a connu une actualité sociale particulièrement agitée, entre les remous du feuilleton dramatique d’Arcelor-Mittal, la manifestation du collectif des associations unies pour le logement, la commémoration des morts de la rue et les propos maladroits de Cécile Duflot par rapport à l’engagement de l’Eglise envers les plus pauvres –

la charité n’a pas d’heure disait le fondateur du Secours Catholique : Jean Rodhain (sic).

Celle qui arrive s’ouvre par un événement politiquement important : la Conférence contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Gageons que cette dernière permettra de notables avancés dans la prise en compte de ces 8 millions de personnes les plus défavorisées. J’espère aussi, même si j’ai quelques doutes, que cela permettra au gouvernement en place de se démarquer des 5 années de mépris que nous venons de connaître, notamment sur ces questions.
La neige s’abat un peu partout sur la France, le froid poursuit son offensive et de nombreuses personnes emmitouflées, bonnet vissé sur la tête, courent dans les sanctuaires de notre modernité pour faire le plein de cadeaux pour ceux qui leurs sont chers. Pourtant, pendant ce temps là, nous pouvons voir ici ou là, dans le renfoncement d’un porche d’immeuble (quand des décorations idoines ne l’empêchent pas), les couloirs du métro…. des personnes, elles-aussi, emmitouflées, non dans des manteaux mais dans des couvertures de fortune. Quand mon chemin les croise, un malaise m’envahit. Comment est-ce possible qu’aujourd’hui des personnes puissent en être réduites à se mettre à l’abri ainsi ? Quelle est donc cette société, soi disant riche, qui laisse derrière elle ses plus fragiles. Certes les places d’hébergement d’urgence sont saturées, le 115 ne répond pas, les associations ne savent pas trop comment faire. Bref, c’est un peu la chienlit en France pour les pauvres. Pour autant, le Président Hollande nous a promis le changement, de sortir de cette politique de l’urgence hivernale pour entrer dans une vraie politique de l’hébergement et la construction de 150000 logements sociaux. Mais, telle sœur Anne, nous ne voyons rien venir
Le logement durable c’est pour quand ?
Un des problèmes majeurs dans la lutte contre la précarité c’est ce manque de logement ou du moins d’offres de logement qui soient adaptées aux revenus faibles. Souvent, pour louer un logement, il faut faire preuve d’une solidité à toute épreuve associée à des garants et à un CDI. C’est déjà difficile pour un salarié dans la moyenne alors pour une personne en précarité, je n’ose imaginer. D’autant plus que les cautions publiques ne sont pas forcément acceptées dans le secteur privé. Une vraie réflexion est à poser et à approfondir sur ce nécessaire accès au logement. Un autre souci, dans cette même thématique est le dispositif social qui ressemble à un mille feuille. Du fait, notamment, du manque de logement autonome, des personnes restent dans des dispositifs type Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale ou dans des hôtels sociaux alors qu’ils ont simplement besoin d’un accompagnement social léger par exemple pour gérer leur budget ou retrouver un travail. Ce mode de fonctionnement cantonne les personnes dans une dépendance qui ne leur permet pas de (re)trouver une autonomie et une dignité suffisantes à mon sens. Gageons que là aussi cette conférence du début de la semaine prochaine change les pratiques actuelles et fasse du logement une vraie priorité nationale.
Accueil et accompagner
Si nous parvenons à une véritable politique du logement d’abord, initiée par le précédent gouvernement, souhaitée par les associations, ce sera une véritable avancée.  Cependant, il ne suffit pas de loger les gens correctement pour que tout se passe bien. Nous voyons bien ce qui se passe à la fin de la période hivernale où l’on ouvre gymnases, casernes, salles paroissiales et autres abris de fortune. Ces personnes accueillies sont remises gentiment, poliment à la rue. Tout de monde est désolé mais il fait moins froid, le gouvernement ne donne plus de moyens car la trêve est rompue alors « au revoir et… à l’année prochaine ». Même si, lorsque ce sont des professionnels de l’action sociale qui gèrent ces lieux, certaines personnes peuvent raccrocher avec le cours ordinaire d’une vie de citoyen. Ajoutons que c’est, hélas, conditionné au fait qu’ils possèdent des papiers voire la nationalité française. Soulignons, au passage, l’abrogation du forfait de 30€ pour les sans papier voulant consulter un médecin.
Il ne suffit donc pas seulement d’accueillir, il faut absolument mettre tout en place pour accompagner les personnes hébergées. Elles sont besoin d’un toit, de repas chauds, de vêtements propres mais surtout d’une écoute professionnelle bienveillante qui puisse les orienter convenablement. Ici encore la bonne volonté, la grandeur de cœur et l’ouverture d’esprit ne suffisent pas. Il est nécessaire que l’exclusion, enfin l’inclusion, tout comme l’hébergement soient au premier rang des politiques publiques. N’oublions pas également que les premiers concernées, c’est-à-dire, les personnes accueillies et qui sont en situation d’exclusion, puissent et doivent avoir voix au chapitre. Accompagnées par des professionnels de l’action sociale, elles sont capables d’exprimer des pistes pour une politique publique efficace qui réponde à leurs besoins.
Au bout de six mois de présidence de François Hollande, le bilan est plutôt mitigé voire décevant. J’attendais de grandes décisions sociales, fidèles aux valeurs de gauche. Je ne vois que de timides errements et hélas, pour seule grande réforme sociale, le mariage homosexuel. Une fois encore ce débat mérite d’avoir lieu mais la souffrance des personnes les plus fragiles et démunies devrait être la priorité numéro un. Alors, j’exhorte ce Président que j’ai élu, soutenu depuis la primaire à l’Elysée, à ne pas décevoir ceux qui attendaient un vrai changement dans l’exercice du pouvoir. Ce ne sont pas de mesurettes dont les Français ont besoin mais de signe fort en faveur des moins favorisés. S’occuper de la crise économique est important, des minorités sexuelles aussi, mais des minorités au niveau du pouvoir d’achat et de la vie quotidienne tout autant. Alors, monsieur le Président, je vous le demande, n’oubliez pas les pauvres.

Accepter que la vie nous déborde

Les pauvres nous excedent
Livre de Philippe Demmestère, sj : Les pauvres nous excèdent

Dans les pauvres nous excèdent*, ouvrage que vient de publier Philippe Demestère, prêtre de la Compagnie de Jésus, ce dernier fait un retour sur l’expérience de vie qu’il mène depuis plus de quarante ans avec des personnes « sans domicile fixe » notamment à la Margelle (association fondée par l’auteur, avec quelques personnes SDF, qui créé un lieu de vie ouvert, pour et avec ces personnes, en région parisienne d’abord, puis, à partir de 1994, dans un village de Haute-Marne). L’auteur de cet ouvrage a accepté de répondre à quelques unes de nos questions.

De quelles manières est-il possible d’offrir à l’autre, de découvrir et de vivre, ensuite, « l’heure de son bon plaisir » (Cantique des Cantiques 8, 4) afin que s’ouvre, pour lui, un chemin d’avenir ?

Il y a des personnes accueillies avec lesquelles, au départ, tout paraissait impossible avec eux. La tentation de les exclure a jailli plusieurs fois. Mais, ce n’aurait pas été leur rendre service. Il faut du temps. Ces personnes font leur chemin, celui qu’elles peuvent faire avec ce qu’elles sont, avec leur histoire… le reste ne nous regarde pas.
Avec le temps, nous nous apercevons que quelque chose en eux a bougé. Il est important de redonner à l’autre sa chance jour après jour, lendemain après lendemain, surlendemain après surlendemain… Au fil du temps, il y a des choses qui apparaissent. C’est souvent de l’ordre de l’infusion. Je ne pense pas qu’il faille passer par un recadrage mais par les détours de ce vivre ensemble, en commun. Il y a beaucoup d’affectivité qui passe, les personnes pauvres accueillies sont en recherche de beaucoup d’affection et c’est cela qui permet, souvent, de faire bouger les choses.
Si, à la Margelle, nous avions mis en place des procédures strictes, cela aurait très bien pu partir en éclat. Savoir comment l’autre évolue ou va évoluer est toujours une actualité. Ce qui est certain c’est que c’est souvent un autre qui te dit que ça a bougé. Cependant, la règle établie était du « pas n’importe quoi » afin de permettre à chacun puisse trouver sa place et s’interroger sur ce qu’il peut bâtir grâce à ses économies qui ne doivent pas « que servir à se saouler ». C’est donner à l’autre l’occasion de découvrir qu’il peut avoir du goût pour quelque chose ; la capacité de s’interroger sur ses pratiques auto-destructives du fait, par exemple, de son alcoolisme.
Il m’apparaît essentiel de saisir que, dans ce chemin avec ces personnes hébergées, nous sommes engagés dans quelque chose de plus grand que notre propre histoire ; il est fondamental de se donner le temps de partir à nos commencements.

Dans votre livre, vous racontez avoir été appelé « Monsieur », au réveil, un matin, alors vous séjourniez dans l’asile de nuit du Palais du Peuple ? Pourquoi ce souvenir intense ?

Dans d’autres structures, il y avait de la violence au réveil. C’était soit les lumières, soit le lit secoué…. Il faut aussi avouer que par rapport à d’autres lieux, le Palais du Peuple était luxueux tant au niveau des dortoirs que de la qualité du réfectoire. J’ai été surpris non seulement d’être appelé « Monsieur » mais surtout que la personne se soit souvenue qu’il fallait me réveiller à l’heure dite. Là, je me suis dit « je suis quelqu’un » même si je n’étais pas en mal de reconnaissance. Surtout dans de tels lieux où tu ne t’attends pas à ce que l’on te considère. C’est également la découverte que l’on peut compter sur quelqu’un et que l’on existe par sa propre demande qui est digne d’intérêt.
J’ai fréquenté ces « asiles de nuit » durant mes études religieuses au cours de ma formation jésuite. Le but n’était pas de vivre com

Philippe Demeestere, sj
Philippe Demeestere, sj

me les pauvres, ni de faire semblant mais de me dire que j’avais tout pour être heureux. C’est le fruit de mon éducation familiale qui m’a fait saisir ma capacité à vivre avec rien, authentiquement. Ce mode de vie m’a donné l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes qui m’ont proposé des choses fabuleuses. C’est faire l’expérience de la bonté humaine.

Vous dites que « le premier service que nous pouvons attendre des pauvres, c’est qu’ils nous libèrent radicalement de cette idée de gains personnels ». Et, en ceci, qu’ils sont « prophètes ». Que faut-il comprendre ?

La logique du gain me semble contradictoire avec l’expérience que les personnes pauvres nous aident à faire. Il est important de se dépouiller de ce qui nous attache, de se tourner vers une liberté face aux forces d’attraction de notre monde, de cette logique d’acquisition.
Le prophète est celui qui nous met en contact avec le surgissement du vivant, qui donne une parole qui vient nous provoquer, qui vient provoquer l’autre.
Avec les gens avec lesquels nous souhaitons vivre, il est important de se dire que c’est ensemble que nous avons à construire quelque chose ; il ne faut pas être dans la demi-mesure. Il est important d’explorer de nouveaux modes de fonctionnement ; quelque chose qui se bâtit jour après jour. Il y a avenir qui se dit là ; notamment dans notre société.

Ce « côte à côte » avec des personnes pauvres vous laisse à penser qu’il faudrait, peut être, reconsidérer des figures comme l’hospitalité et l’itinérance. De quelles manières cela peut-il porter du fruit ?

Je crois à des chantiers que l’on puisse réaliser ensemble. Permettre des séquences où l’on puisse se déplacer afin de casser la classification : « celui qui a / celui qui n’a pas ». Il me semble important de commencer à bâtir ensemble quelque chose, une histoire commune. Dans mon expérience, dès que j’ai commencé quelque chose avec des personnes pauvres, cela a toujours fonctionné.
Partir de rien, ensemble, vers quelque chose d’hospitalier c’est faire place à une variété de personnes la plus large possible. C’est l’idée qu’il faille mettre en route quelque chose, s’inscrire dans des choses concrètes. Cependant, peut se poser la question de la manière de vivre ce rapport au lieu ,dans ce déplacement. Peut être faut il accepter l’inconfort et de laisser le temps à l’autre. C’est accepter aussi que la vie nous déborde et que nous avons à trouver le lieu où ce débordement s’humanise. Il est également essentiel de s’inscrire dans une temporalité de naissance, de renaissance perpétuelle et d’accepter de se laisser réconcilier avec nos casseroles car la vie surgit toujours de nos propres morts.

*Les pauvres nous excèdent, Bayard collection « Christus –Spiritualité et politique », mars 2012, 16€

Cet autre que j’exclus

Ça y est ! C’est l’hiver ! Il fait froid et la France grelotte ! Les journaux et les télévisions parlent, enfin, des personnes exclues accueillies par les associations, paroisses, pouvoirs publics dans différentes structures. Tant mieux ! Au moins elles ne sont pas oubliées ces quelques jours par an et l’État peut ainsi se glorifier de « mettre tout en œuvre pour elles ». Et puis, le Président sortant n’avait-il pas promis qu’avant la fin de son mandat plus aucune personne SDF ne dormirait dehors ? Certes ces personnes sont bien exclues du fait de leur situation concrète et visible, mais soyons sincère avec nous-mêmes : n’ai-je pas tendance, au quotidien, à exclure volontairement des personnes qui ne dorment pas dehors et mangent à leur faim ? Convaincu de la nécessité de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble » et résolu de construire, avec d’autres – car je ne suis pas le sauveur du monde- une société plus humaine, plus juste, plus fraternelle, je m’interroge sur ce qu’il faudrait faire, ce qu’il faudrait être pour cela.

Peut être faudrait-il commencer par s’ouvrir davantage à nos contemporains, à ce qu’ils vivent, à leurs combats quotidiens et concrets. Mais comment ? Comment ne pas se sentir dépassé par le champ des possibles ? Une des réponses à ces questions serait d’habiter simplement, notre monde, notre quotidien en ouvrant les yeux sur ce qu’il m’offre, sur ces rencontres prévues ou imprévues qu’il m’est donné d’avoir. C’est au cœur de ces dernières qu’il me sera, sans nul doute, possible de m’ouvrir à cet autre qui semble être en souffrance ou simplement qui ne sera pas reconnu à sa juste valeur.

Avouons que notre société, nos entreprises, nos lieux de vie sont assez peu enclins à donner à l’homme sa place principale. Nous sommes souvent préoccupés, voire poursuivis pas le spectre de la réussite, de la rentabilité et ce qui devrait passer en premier, la dimension humaine, passe trop souvent en dernier. Pour preuve, les services qui ont en charge le personnel des institutions ont pris le nom de Ressources Humaines et non plus de Relations Humaines. Si l’humain est une ressource, il devient logique dans ce cas de ne pas le considérer comme une personne capable de relation mais juste comme un des outils nécessaires à la bonne marche de l’entreprise.

Nos relations sont souvent faussées car empreintes de défiance, de violence non dite ou non proférée mais si évidente que personne n’ose bouger, faire un pas de crainte que cela soit pire que mieux. Il devient important de changer ces mentalités, ces modes d’action. Nous n’arriverons à rien avec cette haine, cette indifférence quotidienne. Il n’est pas question de faire semblant de s’aimer tous mais de se respecter. D’abord soi-même, puis l’autre. L’un conduit à l’autre.

Le respect est sans doute ce qui nous manque le plus. Ce respect qui consiste à considérer l’autre comme mon semblable tout en respectant absolument sa différence. Cette dernière peut nous étonner, nous surprendre mais en aucun cas elle ne doit être un critère de condamnation de cet autre. Nous devons nous persuader et l’être pleinement que cette différence est une véritable chance, une occasion inestimable d’enrichissement.

Prenons donc le temps de nous poser la question de ces rapports humains, laissons-nous interpeller par ces rencontres non choisies et nous nous apercevrons sans aucun doute que nous avons en fait un grand nombre de points communs. Nous devons tenir ferme nos convictions sans pour autant dénigrer celles de l’autre mais avoir l’honnêteté intellectuelle et ontologique de constater que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous divise. Si nous sommes d’accord sur l’essentiel, le reste devient facultatif mais pas inutile. N’abandonnons jamais le dialogue mais efforçons nous de toujours être des facteurs et des acteurs de réconciliation.

Compléter l’effort militant par un effort de connaissance

Jérôme VIGNON

Jérôme Vignon, président de l’ONPES (l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion Sociale) et des Semaines Sociales de France a bien voulu accorder pour les publications de l’Armée du Salut en France.
Vous êtes aujourd’hui Président de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale. Pouvez-nous dire en quoi consiste cette nouvelle mission qui vous est confiée et de quelle manière cet organisme peut aider à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Le rôle de l’ONPES est de révéler ce qui n’est pas vu. Ainsi, nous lançons des travaux, des méthodes par rapport aux personnes qui sont sans toit. Nous avons ainsi une perception d’une part de ce qui est visible c’est-à-dire de se rendre compte qu’il y a des personnes à la rue, qu’elles sont dans une situation difficile.
Mais ces personnes ne sont pas les seules à vivre dans des conditions précaires, il y en a qui logent dans des caravanes, chez des amis…Le fait d’être sans toit, sans un véritable « chez soi » est beaucoup plus fréquent que d’être à la rue. Nous essayons de mesurer les différentes situations où il n’y a pas de « chez soi ». Si on ne mesure pas cela, nous ne serons pas alors outillés pour être solidaire des personnes et pouvoir leur offrir un logement plus humain, plus digne. C’est beaucoup plus compliqué que des statistiques. Pour ces mesures nous avons besoin du concours des personnes elles-mêmes. D’où la nécessité d’être accompagné dans cette démarche par le secteur associatif. La connaissance partagée est nécessaire et elle se construit avec des acteurs.
L’ONPES est conçu comme un lieu de rencontre composé de chercheurs, de membres du secteur associatif et de membres de l’administration. C’est un véritable travail conjoint qui permet de voir ce que l’on ne voit pas, de mesurer et de connaître les causes et d’en faire prendre conscience au public. Par cette analyse nous cheminons vers la résolution du problème.
Nous pouvons aider également grâce à l’évaluation des stratégies par rapport aux effets attendus (Dalo, RSA, ASE, CMU). A cet égard, il est nécessaire de passer d’une optique assistancielle – discretionnelle à une perspective de lutte contre l’exclusion par la loi par une reconnaissance des droits. L’ONPES est indépendant et a ainsi une large autonomie de choix. Ainsi, l’évaluation peut avoir une certaine crédibilité. Ainsi, nous avons été chargés par le CNLE (Conseil national des Politiques de Lutte contre la Pauvreté et l’Exclusion) de la question du « reste pour vivre » suffisant pour éviter la pauvreté. Cette étude constitue une évaluation des minima sociaux et du non accès de certaines personnes aux allocations. Il s’agit de desceller et de mettre en évidence l’entrée dans la pauvreté qui reste collée à l’exclusion. Ainsi, une étude sera menée quant aux mécanismes, aux processus. Il faudra aussi réfléchir aux causes et à la part de la société civile et de l’Etat dans la pauvreté.
Pour bien comprendre la pauvreté, il faut avoir s’appliquer à trois domaines de recherche :

  • la difficulté d’accès aux droits
  • Comprendre pourquoi le taux de pauvreté des enfants est supérieur au taux moyen de pauvreté de la population. Cette pauvreté des enfants risque de conduire les adultes qu’ils seront demain à demeurer pauvre. Le risque ici est celui de la transmission intergénérationnelle de la pauvreté.
  • Le rapport entre pauvreté et marché du travail. Il est important que nous puissions éclairer le lien entre pauvreté et accès à l’emploi. :
      – Il existe des difficultés structurelles;
      – Les travailleurs pauvres ne progressent pas, malgré leurs souhaits, ainsi ils demeurent en situation de temps partiels contraints Par son caractère propre le marché du travail les fait entrer dans une sorte de cercle vicieux.

L’accès à l’emploi permet de sortir de la pauvreté. Il faut aussi se poser la question des emplois non qualifiés viables. L’emploi est un lieu de réalisation de la personne. Egalement, il est essentiel de comprendre l’intérêt de l’accompagnement dans son rôle de soutien social. De même il faut creuser la différence entre emploi et activité. L’emploi est associé à une rémunération, l’activité non mais elle est un processus où les personnes sont capables de rendre un service accompli dans des conditions qui ne trouveraient pas d’employeurs. Cela contribue néanmoins à leur épanouissement. Cela les rend capable de s’exposer ensuite au marché du travail.
D’une manière plus générale il faut une véritable approche méthodologique. C’est techniquement difficile et c’est là que l’ONPES peut aider. Il faut s’interroger sur la question de l’approche partagée et de sa fiabilité. Quant à l’amélioration de la méthode, elle pourrait passer par la comparabilité selon la géographie, même si ce n’est pas directement lié à la lutte contre la pauvreté ; cela permettrait d’avoir une vision des choix des départements faits quant à l’accompagnement du travail social. Ceci afin d’avoir un noyau d’indicateurs. Enfin, il est indispensable aujourd’hui de compléter l’effort militant par un effort de connaissance. Pour mobiliser les pouvoirs publics et l’opinion il est nécessaire de montrer qu’il y a du nouveau, de l’amélioration d’où la nécessité du travail de mesure.
L’année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale vient de se terminer. Bien qu’il soit trop tôt pour faire un bilan, quelles pistes l’Europe peut-elle tirer de cette thématique spécifique pour aider les personnes les plus fragiles, sachant que ce n’est pas une de ses compétences ?
C’est un paradoxe ancien. La Commission Européenne, le Parlement ont toujours cherché à encourager l’innovation sociale sans avoir pour autant de compétences claires. Le Conseil Européen n’a pas de base juridique pour cette ligne budgétaire, cependant avec l’article 189 du Traité de Maastrich, une compétence d’animation est donnée. Cette dernière permet notamment d’observer avec fiabilité un échantillon de la population par âge et revenus. Cela donne une indication claire sur la pauvreté matérielle et monétaire. Une décision prise à l’unanimité permettrait par exemple de définir un seuil minimum de ressources pour toute l’Union Européenne. En 1998, il y a eu une reconnaissance, par la Commission,.des compétences de l’UE en matière d’inclusion active. Depuis la Traité de Lisbonne en 2000, la Méthode Ouverte de Coordination a permis aux gouvernements de se voir doter de véritables outils même si les bases juridiques ne permettent pas de proposer des directives.
L’Europe contribue à la lutte contre la pauvreté grâce aux fonds structurels. Ces subventions aident à lutter contre la pauvreté mais ne soignent pas ses racines. Cette pauvreté est souvent la conséquence d’un problème autour de l’emploi : insuffisance de qualification, d’aptitude à se présenter pour un travail… Les politiques se mobilisent et se sentent obligés d’honorer de leurs présences les grandes manifestations européennes autour de cette année 2010 consacrée à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Cela peut sans doute les obliger à proposer certaines résolutions et propositions aux opinions publiques qui sont favorables à cette lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale.
Aujourd’hui la peur de l’autre, de l’étranger, du migrant devient de plus en plus prégnante. Comme chrétien engagé, président notamment des Semaines Sociales de France, dont le thème l’an passé était « Migrants, un avenir à construire ensemble », quelles pistes pouvez-vous donner pour vivre ce rapport à l’autre d’une manière ouverte et apaisée.
Il me semble que la première chose à faire c’est de purifier son propre esprit. Lorsque l’on est dans un état de crainte ou de tension les rapports à l’autre peuvent être vécus de la même manière. La ressource spirituelle permet de percevoir nos manques et nos faiblesses, et en les partageant nous constatons qu’il y a là un véritable enjeu à l’égard de l’autre, du plus fragile. L’autre nous renvoie à nos propres faiblesses. En permettant à l’autre de tenir sa place, de lui garantir un respect nous nous réhabilitons nous-même. Lorsque l’on rencontre des jeunes hésitant sur le chemin à prendre, il est conseillé de les encourager à s’engager dans un chemin vers l’autre. Cela permet de relativiser nos propres problèmes.
La question de la laïcité recoupe cette question de l’étranger, de l’autre. Il y a une portion de la population française pour qui il faut combattre « le religieux ». A côté de cela, il y a tout de même une certaine bienveillance à l’égard du « religieux ». Même si la générosité demeure, elle est éphémère. Les personnes les plus modestes sont souvent les plus généreuses Et cette grande cause nationale qu’est la solitude est une bonne idée qui va nous inviter à sortir de cette « inertie de soi » qui peut nous entraîner dans un égoïsme forcené.