Au Bourget : François Hollande prêt à piloter la France

Encore trois mois jusqu’à la présidentielle. Une pierre de fondation vient d’être posée aujourd’hui, dans cette conquête vers l’Elysée, par François Hollande au travers de son discours du Bourget. Il s’y est révélé comme un homme d’Etat, passionné de la France, aux idées claires et limpides. L’occasion, pour moi, de lui réaffirmer mon soutien.
Cet article n’a rien d’unique, il vient, sans aucun doute, s’ajouter à de nombreux autres écrits par d’autres militants, sympathisants et journalistes. Pour autant, j’estime essentiel de partager, avec mes lecteurs, ce que je retiens de ce premier grand rendez-vous populaire de François Hollande dans la course à la Présidentielle. Depuis le début des primaires, je me suis engagé à ses côtés, quittant ainsi ma famille politique originelle. Aujourd’hui, devant ces mots de l’ancien secrétaire du PS, je ne regrette pas ce choix, car il incarne pour moi, une espérance dans un renouveau, dans une manière sobre mais efficace de guider le pays.
Dans son discours du Bourget, François Hollande nous dit d’abord quelle est sa conception de la politique : promouvoir des personnes compétentes en vue de servir l’intérêt général et non favoriser le copinage en récompense de bonnes actions ou de fidélité. Bien-sûr l’un peut aller avec l’autre mais mettre de prime abord la compétence révèle pour moi une autre idée de la France que celle de privilégier une classe haute dont les revenus sont suffisamment populaires pour s’offrir le Fouquet’s. Dans ce même domaine, François Hollande se présente comme celui qui est prêt à partager le pouvoir dans le dialogue avec les grands acteurs de la société civile. Son engagement, depuis le début de la campagne des primaires à faire des partenaires sociaux des acteurs privilégiés de sa politique sociale est, pour moi, une grande avancée. Jusqu’à lors notre pays ne se construit que dans la confrontation. Je forme l’espérance, et le candidat du Parti Socialiste peut l’incarner, que nous soyons d’abord dans la co-construction, dans le dialogue, le débat, l’échange plutôt que dans un rapport de force.
La vision de la France donnée par François Hollande au Bourget semble raisonnable, raisonnée et surtout empreinte de réalisme. Permettre à chacun et surtout aux pouvoirs publics d’être ajustés au service de l’ensemble des habitants du pays et non à tel ou tel type de personne ou de corporation, peut être étonnant comme axe politique. Cependant, c’est redonner cette normalité à notre pays, tant énoncée par le vainqueur des primaires. Tâchons de nous souvenir que les rapports que nous devons nouer les uns avec les autres doivent être fondés sur la base du chacun pour tous, du respect, de l’altérité, de l’échange et non de l’égoïsme et du chacun pour soi. C’est un des facteurs qui permet de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble » si cher à Bernard Stasi.
Dans ce discours du Bourget transparaît une humilité et une volonté de servir qui me font croire au Politique. François Hollande arrive à prendre cette hauteur, cette distance avec les polémiques faciles actuelles sans pour autant laisser l’autre le ridiculiser ou pervertir ses propos. Son seul adversaire n’est pas le Président sortant mais ce qui fait que les conditions de vie sont difficiles : une finance débridée et avare. Il n’a pas ce verbe haut et ni cette gouaille de camelot promettant monts et merveilles. Son réalisme fait honneur à la politique et la révélation de son « secret » lui donne une épaisseur que peu d’hommes ou de femmes politiques ont actuellement :

« j’aime les gens, quand d’autres sont fascinés par l’argent. Je prends chaque regard comme une attente, chaque visage comme une curiosité, chaque poignée de main comme une rencontre, chaque sourire comme une chance. ».

Cela peut paraître banal et assez simple comme manière d’être mais dans le contexte délicat de notre pays, n’avons nous pas besoin d’une manière de se comporter plus apaisée et aussi apaisante ?
La route est encore longue et escarpée avant que François Hollande arrive le 6 mai prochain en tête de l’élection présidentielle. Le combat pour ses idées, pour ces idées différentes et respectueuses des situations de chacun sera quotidien. Ce soir à l’issue de ce premier grand discours de François Hollande dans le cadre de la Présidentielle, je lui réaffirme mon soutien. Il fait partie de ces hommes et ces femmes qui feront la France de demain.

Mots pour maux ?

D’ici une centaine de jours, le dimanche 22 avril 2012, nous serons conviés à élire le président de la République. Les candidats à ce poste occupent la scène médiatique plus par des invectives que par des propositions concrètes. Et si cela changeait ?

Nous sommes dans une phase de campagne électorale. Il m’apparaît que cette dernière est bien étrange. Car, loin d’entendre les prétendants (du moins leur écurie) débattre sur le fond à coup de programme et contre-programme, ils agissent en arguant sur de potentiels dangers effrayants de l’élection d’aucun et d’autres singeant l’actuel locataire en faisant des imitations, peut-être drôles, mais peu pertinentes. Le plus grave étant ceux qui font des discours de récupération d’électeurs.
En fait, tout semble bâti comme si la polémique devait prendre le pas sur le politique. Pourtant, nous aurions bien besoin, en ces temps peu rassurants à entendre les médias, que ceux et celles qui veulent diriger la nation demain, prennent de la hauteur et se souviennent que leur rôle est de servir leurs concitoyens et d’améliorer, au quotidien, leurs conditions de vie.
Pour autant, il me semble que les électeurs ne doivent pas non plus fuir leurs responsabilités. Le vote n’est pas un jeu télévisé où le meilleur gagne une croisière sur un joli yacht… Il s’agit de donner une direction, une impulsion à notre pays pour qu’il soit crédible à la face des nations et surtout que chaque concitoyen puisse avoir des conditions de vie dignes, où le pauvre, la veuve, l’étranger, l’immigré… ne soit pas inquiété pour ce qu’il est. Il est impératif d’être attentif à ne pas oublier qu’il nous revient, à chacun, et cela passe par le vote également, de bâtir cet « insaisissable vivre ensemble ». Le destin de notre pays passe par notre voix, par notre choix. Nous sommes les acteurs premiers de notre avenir. Alors, même si nos hommes et femmes politiques, peuvent vous sembler peu crédibles et vous apparaissent tels bonnets blancs et blancs bonnets, ne vous laissez pas bercer par ce constat. C’est la voie ouverte aux idées les plus passéistes, les plus archaïques qui poussent à mettre au pouvoir des personnes dont la seule passion est d’opposer plutôt que de rassembler ou surtout d’avoir des préférences catégorielles….
Quant aux hommes et aux femmes politiques, par respect pour nous, concitoyens, mais plus encore par respect pour vous et ce que vous représentez, je vous appelle à prendre de la hauteur, à ne pas vous laisser allez à la facilité d’un « bon mot », d’un tweet qui sera repris par toute la toile. Soyez à la mesure du poste que vous désirez en faisant preuve de pédagogie, de bon sens, de propositions innovantes pour notre monde. Ne guidez pas votre action sur les sondages ou les bas-instincts. Les citoyens attendent de vous, non pas des miracles, mais des décisions courageuses, responsables. Ils comptent sur vous pour que leur quotidien devienne moins lourd mais ne sont pas, pour autant, stupides, aveugles et prêts à croire n’importe quoi, n’importe qui. En résumé, ayez le courage d’être des citoyens honnêtes dans tout ce que cet adjectif peut avoir de sens.
Même s’il est souvent dit que l’on rentre en politique comme en religion, son but n’est pas de proclamer une bonne nouvelle mais d’être un champ d’action. Même si le combat politique existe, que les idées divergent, il ne doit pas, pour autant, être un champ de bataille qui se transformerait inévitablement en un champ de ruines.

A Dieu Bernard !

Bernard StasiBernard Stasi est décédé dans la nuit du 3 au 4 mai 2011. Brutale nouvelle qui vient assombrir notre paysage politique. Ce grand homme fait partie des rares politiques qui ne cherchaient pas à flatter l’électeur, telle une vache au Salon de l’agriculture, à la recherche de voix. Il cherchait à dire ce qui lui semblait le plus utile, le plus vrai, le plus authentique pour ceux qu’il était appelé à servir.
A Epernay, il tâchait de favoriser les populations marginales, ce qui ne plaisait pas à la droite. Sur la scène nationale, il était le héraut du combat contre les idées nauséabondes du Front National. C’était véritablement un homme politique, un homme tourné vers la Cité pour ses concitoyens. Soucieux des plus fragiles, de ceux qui étaient en péril, il n’a jamais hésité à prendre une parole authentique, quitte à se faire des ennemis et à perdre des voix voire un mandat.
J’ai eu la chance de côtoyer Bernard Stasi. Il a été le maire de ma commune et surtout le Président du Centre des Démocrates Sociaux de la Marne. Il m’a donné le goût de l’engagement public et politique. Il m’a aidé à comprendre que les convictions intérieures ne doivent pas entrer en conflit avec les convictions politiques. L’une et l’autre doivent entrer en dialogue pour trouver ce qui est meilleur pour le service de la cité. Si aujourd’hui je cherche où servir, c’est bien parce cet exemple d’authenticité de l’action me hante. Où aujourd’hui s’engager, dans quelle formation politique trouvons nous cette audace du « dire ce qui déplaît », cette volonté de déplacer les montagnes pour faire vivre cet « indéniable vivre ensemble ?»
Sa voix s’est éteinte, il était déjà silencieux depuis quelques années, affecté par la maladie d’Alzheimer. L’image que je garde de lui c’est cet homme affaibli qui avait fait le déplacement à Reims pour le meeting présidentiel de Bayrou. Porté à bout de bras par quelques proches, il avait été acclamé par l’assistance. Lui aussi croyait que Bayrou était l’homme de la situation, d’ailleurs il avait pris fait et cause pour lui dans un article du Monde. Ensuite, c’est cet ouvrage : Tous français, formidable analyse de notre société qui mériterait d’être sur la table de nuit de beaucoup de responsable politique et sur les gondoles des librairies. Un livre à la hauteur de cet homme au langage simple mais non simpliste, clair et percutant. Un livre dont le contenu est tiré du terrain, de l’expérience.
Bernard Stasi, nous manque déjà. Même si sa maladie nous a habitué au silence, son souvenir lui, j’espère, ne le restera pas. Ce qu’il incarné, tout ce qu’il a défendu mérite bien mieux que de belles phrases funèbres et in memoriam. Ses combats faisaient le respect et l’unanimité de tous, même le Parti Communiste adresse son respect par ces mots : « attaché aux valeurs fondamentales de la République et au sens de l’Etat qui ne se perdit jamais dans les compromissions électoralistes avec les franges les plus xénophobes de la droite ». C’est dire la grandeur de cet homme.
Des hommes comme Bernard Stasi font l’honneur de la France, de son système d’intégration et de la grandeur de l’engagement politique. Reste maintenant que ses « successeurs » sauront garder intact cet héritage. Nous avons besoin de consensus, de sens, de conscience intelligente morale comme l’était Bernard Stasi.
Gageons que ceux qui lui rendront hommage sauront marcher dans ses traces et faire honneur à cet homme qui avait la « Politique au Cœur ».

 Merci, Bernard !

Etre du Centre

La talentueuse journaliste et blogueuse Natalia Trouiller m’a tagué, ainsi que quelques autres, à propos du centre, dans sa conception politique. Le temps a passé mais je n’ai pas oublié cette main tendue, déjà saisie par certains comparses – je n’ose pas dire camarades ni même compagnons – à participer au débat.

A vrai dire, je ne sais pas si je dois utiliser le terme « centre » ou « les centres » tellement la situation actuelle de notre paysage politique est embuée par l’obsession, la pseudo nécessité d’occuper cet espace entre la droite et la gauche. Ce serait risible si cela ne risquait pas de mettre en péril la confiance – déjà bien mal en point –  de notre démocratie. Mais là n’est pas le propos. Se revendiquer du centre, c’est pour moi affirmer que la politique est d’abord une affaire de consensus, de rencontres, de partages aidant à se forger une d’opinion. Je suis et demeure convaincu qu’en politique, comme en beaucoup d’autres choses d’ailleurs, il n’y a pas de vérité absolue mais des vérités qui se forgent au gré de la rencontre et la confrontation d’idées sources et motrices.

Une des miennes, qui est peut être une obsession, c’est la centralité de l’homme comme sujet. Il doit être le point de départ, le poids nodale de toutes réflexions, de tous socles. Ce que le politique est amené à bâtir doit résolument être ordonné au bien-être des personnes, à favoriser le vivre ensemble. Il ne s’agit pas de bâtir un communautarisme mais une communauté au sens où Emmanuel Mounier l’entendait. De cette base initiale, il peut être mis en œuvre des politiques publiques en faveur du dynamisme économique, des réformes fiscales et sociales etc… La seule condition et la seule question qui doit se poser, à l’heure de ces réflexions, est le principe d’égalité ou, à l’extrême rigueur, veiller à ce que les mesures prises soient le moins nuisibles possibles. J’ai bien conscience non seulement qu’il est difficile de satisfaire chaque concitoyen mais aussi qu’il existe des différences entre les uns et les autres. Pourtant, se réclamer du centre, pour moi, c’est être extrêmement vigilant à ne pas favoriser une catégorie plus qu’une autre. Cela serait pour moi de la démagogie et de l’électoralisme. Cependant, j’ai conscience de la difficulté de tenir sur le terrain ce discours mais c’est pour moi un présupposé, un critère de discernement de l’action politique.

Choisir le centre, pour moi, c’est le refus d’entrer dans une stigmatisation et une catégorisation outrancière de l’homme. C’est essayer de croire, malgré tout, malgré moi, qu’il y a toujours un avenir pour chacun, qu’il n’y a pas de fatalité où nous enfermerions les personnes dans leur situation et ainsi avoir la conscience tranquille. Choisir de vivre ces valeurs qu’incarnent pour moi le centre, telle que mon mentor Bernard Stasi, l’a vécu, à ce que j’en ai compris lors de mes jeunes années de militantisme, c’est accepter d’aller jusqu’au bout de ses convictions au risque de tout perdre. Le compromis est possible en politique, il est même souhaitable et sain mais la compromission est en revanche délétère tout comme les petits arrangements, les petits renoncements, pour avoir juste un poste, un titre ou un siège. Même si, il ne faut pas se le cacher, il y a une part d’orgueil, de recherche de la satisfaction d’être utile lors d’un engagement politique ce n’est pas cela qui doit être premier et motiver ce choix.

Une fois encore, le service de l’homme, de tous les hommes, de chaque homme doit être le moteur premier, si j’ose dire, de cet engagement au service de la cité. Le centre n’a bien sûr pas le monopole de cette manière de vivre et de penser mais c’est pour moi, aujourd’hui, le seule positionnement qui peut permettre aux uns et autres, démocrates et républicains (dans l’acception étymologique de leur sens) de faire de la politique, de servir la cité, autrement dit en vue du bien public et du bien commun.

Plaidoyer pour cet « insaisissable vivre ensemble »

08/11/2009
Il y a bien longtemps que je n’ai pas repris la plume politique. Je me suis imposé une sorte de carême scripturaire politique. Même si, j’avoue m’être défoulé, parfois, sur facebook. La raison de ce silence est un véritable ras le bol de la sur-médiatisation du pouvoir en place. Chaque jour, nous pourrions en écrire des pages et des pages sur ce cri provenant du Palais : « Merci de parler de moi, cela flatte mon égo si dense, et pendant ce temps là je poursuis mes petits coups en douce ».
Je ne veux pas tomber dans le travers du « on nous cache tout », de la théorie des complots mais plus la France s’enfonce dans ses problèmes, plus le Palais nous sort des petites phrases, des coups bas, plus est envoyé devant les caméras un Frédéric Lefebvre déversant son fiel insultant et provocateur. Mais voilà, au détour de son discours sur l’agriculture, celui qui occupe la magistrature suprême depuis 2007 – par le choix de 53% des suffrages exprimés et d’une participation record de près de 84% – a sorti la fameuse phrase, qui a fait le tour des médias : « J’ai été élu pour défendre l’identité nationale française ». Mon sang n’a fait qu’un tour. Qu’est-ce que cela veut bien dire, l’identité française et ce rapport à la terre. Je me suis d’abord rappelé mes cours d’histoire, et du sang « étranger » – qui soit dit en passant était aussi rouge que celui des Français – venu inonder la terre de France, pour la défendre. Je me suis souvenu également, de mon mentor en politique, de celui a qui je dois cet engagement, Bernard Stasi. Ce grand homme politique, à écrit en 1984 un ouvrage  L’immigration, une chance pour la France puis en 2007 : Tous Français. Ces ouvrages m’invitent à réfléchir sur cette identité nationale française, j’y puise dans ce dernier des éléments pour la réflexion ci-dessous.
Tout d’abord, il me semble que les politiques, au lieu de fustiger par la petite phrase les déclarations du Président, devraient lui répondre : « chiche, parlons-en, discutons et réfléchissons ensemble ». Mais, voilà, le courage semble manquer. De même que pour faire une alliance entre « force de progrès » pour bâtir un projet audacieux et courageux pour une alternance en 2012 (mais là n’est pas mon propos). Qu’est-ce que signifie être Français aujourd’hui à l’heure de la mondialisation, de la construction européenne si difficile. Si cela veut dire que nous avons des parents, des grands parents et ce jusqu’à la nième génération qui ont cette nationalité, peu de monde alors y sont (le Président lui-même qui, soit dit en passant, est d’origine hongroise – sic ).
La France géographiquement et culturellement est un terre de passage, de métissage, d’échange. Elle s’est construite (dans tous les sens du terme) sur des forces issues de l’immigration que nous sommes allés chercher ces dernières années ou qui sont venues pour se réfugier de conditions de vie désastreuses. Donc, cela ne veut pas dire grand chose au niveau purement administratif. Peut-être qu’il faut chercher au delà, dans une dimension que l’on aborde assez rarement en politique, parce que ce n’est pas électoralement correct ou rentable, les valeurs. Ces valeurs qui font que la France tient un rôle particulier dans le paysage international. Ces valeurs issues de 1789, qui font la grandeur et l’honneur de notre pays, cette invention que nous pouvons revendiquer haut et fort : les droits de l’homme. Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas peuvent y trouver de quoi méditer et construire un à-venir pour notre pays. Voilà ce qui fait la France, une vision de l’Homme et des rapports entre eux. A partir de cela nous pouvons avoir un référentiel commun et y prendre appui pour construire le monde de demain.
A côté de cela, il y a l’argutie politique, facile et récurrente chez le Président, qui éveille au fin fond de notre être la bête qui a peur, et qui sommeille en nous et qui ne demande qu’à être réveillée. La Peur de la différence, que l’autre ne soit pas comme moi. Surtout si sa peau, sa langue, sa religion ne sont pas identiques aux miennes. Facile, beaucoup trop facile de faire de jeu là. C’est encore un lieu de combat politique certes mais avant tout humain. Pourquoi ne pas faire de cette différence une richesse, plutôt qu’un obstacle. Les religions ont ici un rôle à jouer. J’ai apprécié ces étals de pâtisseries devant les épiceries de Seine-Saint-Denis les soirs de Ramadan. J’aurai tant aimé m’inviter à ces festivités pour mieux les comprendre et bâtir avec mes frères musulmans ce « vivre avec » et non ce « côte à côte » ou bien encore pouvoir célébrer Kipour avec mes frères juifs. Ce ne fut pas possible mais j’aimerai tant que nous puissions vivre dans une démarche audacieuse de partage des cultures et des religions.
Je suis sensible à ce que Bernard Stasi écrit à propos de l’inévitable et de l’indispensable construction, via une véritable audace politique, d’une mixité sociale empreinte d’une volonté ferme de bâtir un vivre ensemble : « Il suffit parfois de franchir le pas pour faire tomber les préjugés. Pour changer le regard. Pour trouver des convergences inattendues. C’est me semble-t’-il la première étape en direction d’une nouvelle fraternité française. Un préalable indispensable « (Tous Français, l’immigration, la chance de la France, Hugo&Compagnie, janvier 2007, p, 25). La fraternité, ne serait-elle pas une des valeurs piliers sur lesquelles notre République est bâtie ?
Quel sens prend cette valeur fondatrice de la France alors que l’on cherche à répertorier, incidemment, les « vrais français » des « faux français ». Ceux qui auraient le droit de rester et ceux qui n’auraient pas ce droit. La fraternité exige la transparence et l’égalité de traitement (tien c’est aussi une autre valeur fondatrice de notre république) et ce afin que la liberté soit vraiment respecté (voilà la boucle est bouclée). Il est vrai que nous ne pouvons pas « accueillir toute la misère du monde », pour reprendre l’expression malheureuse de Michel Rocard, mais nous avons un devoir de ne pas être responsable de plus de misère dans la manière dont nous accueillons ceux qui choisissent de venir en France. Là encore, nous devons agir avec le sens de la justesse et de la justice dans les mesures prises. L’actualité récente des afghans reconduits dans leur pays en est l’illustration. Quel honneur pour le pays des droits de l’homme d’exposer des personnes à la guerre. C’est presque une condamnation à mort déguisée. Il y a des manières de faire qui sont inacceptables de la part de pays qui se vante d’être civilisé et démocratique.
Les expulsions à grand coup de forces policières me semble une atteinte au droit de l’homme. Nous rajoutons de la souffrance à ces personnes « déracinées ». Elles n’ont pas quitté leur pays, par plaisir, pour prendre des vacances, mais parce que cela leur paraissait une situation de moindre mal. De jeunes afghans témoignent que même si leurs conditions de vie en France sont rudimentaires, c’est bien mieux que de subir le feu des bombes. Encore une fois nous avons une histoire qui nous invite à une action responsable et honorable. Il me semble que nous prenons les problèmes non pas dans une perspective plurielle, qui nous interrogerait sur notre rapport au monde et sur l’effet de notre action mais une dynamique du côte-à-côte, problème après problème, et ce peut-être encore une fois pour faire du buzz. Ainsi, nous parlerons encore et encore de ce qui se passe au Palais et des actions, ma foi peu glorieuse, des courtisans de son locataire.
Cependant, le problème des personnes en situation irrégulière demeure. Dans l’ouvrage cité plus haut, Bernard Stasi estime que « la France a besoin d’une éthique d’action et d’accueil s’appuyant sur des règles généreuses et fraternelles » (p. 86). Par exemple, il explique que la scolarisation des enfants est un démarche symbolique, de la part des parents, d’adhésion à la France. Avec lui, j’estime que les familles « sans papier », avec des enfants scolarisés ne devraient pas être expulsés. Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres propositions. Mais ce sont par ces enfants que l’intégration pourra passer. L’école est un formidable terreau pour apprendre la richesse et la différence de l’autre. Même si les enfants sont parfois terribles entre eux, c’est aux éducateurs (parents et personnels de l’Education Nationale) de travailler sur le respect et l’appréciation de la différence. La fraternité passe aussi par là.
La Présidence veut promouvoir l’identité nationale et l’intégration. Dans ce cas, qu’elle commence à respecter ceux qui demeurent en France. Il est difficilement acceptable que certains départements soient montrés du doigt comme des lieux « hors normes » (eg la Cité des 4000 à la Courneuve). Il est tout aussi inacceptable qu’ils y aient sur le Territoire des zones de non droits. Mais avant d’intensifier la présence policière, à grand renfort de CRS, ne serait-il pas mieux de privilégier les associations de quartiers, les instances de médiation favorisant la connaissance mutuelle et la formation des habitants. S’il n’est pas donné les moyens de s’intégrer aux personnes de issues de l’immigration, il est évident qu’elles ne se sentiront pas chez eux. Pourtant, ils ont choisis cette France, qu’ils aiment, bien souvent, tout autant que leur pays d’origine. Acceptons, une fois de plus, que leur différence soit une richesse et pas seulement culinaire. Par exemple, ils ont des traditions religieuses, littéraires, coutumières que nous ne connaissons pas, au lieu de les fustiger et de leur demander de faire « comme les bons français », allons à leur rencontre, demandons leur de nous expliquer, de nous former. L’échange de savoirs peut et doit contribuer à faire l’unité du pays. C’est aussi aux médias d’exercer une vigilance.
Dernièrement, le maire de Pantin, Bertrand Kern, évoquait, à juste titre, la récurrente illustration, par ces derniers, du « quand ça va mal » par la Seine-Saint-Denis. C’est non seulement agaçant mais à la limite insultant pour ses habitants. Ce département bouge, change comme la France. Ne restons pas dans des préjugés, dans un confort intellectuel bourgeois. Ayons le courage de nous bouger pour le changement. En Seine-Saint-Denis, certes il y a des quartiers difficiles, mais il y a aussi des personnes qui y vivent et travailent dans une quiétude et un confort de vie. Les politiques tâchent de changer cette image, non pas en éradiquant ce qui gène mais en cherchant à associer la diversité des populations. C’est dans la rencontre, dans le brassage, dans la construction difficile mais passionnante de la mixité sociale que nous ferons de la France ce pays que tant nous envient. Ce ne sont pas quelques mesurettes médiatiquement rentables qui feront que les personnes issues de l’immigration pourront lutter contre la stupidité des préjugés des recruteurs. Un candidat doit être jugé sur ses capacités pour le poste et non sur son facies ou son nom. Un CV anonyme ne changera rien c »est aller à la facilité, Il y a des lois en France, il faut les faire appliquer et donc sanctionner sévèrement les employeurs qui procèdent ainsi. Ce n’est certes pas facile, cela demande une vigilance accrue de la part de tous. Il ne s’agit pas non plus de tomber pour le coût dans la dénonciation « positive » (qui aurait des relents de Vichy).
Demeurons attentifs à l’autre, même dans ses comportements irrespectueux. Sachons lui en faire la remarque, c’est aussi cela la fraternité et c’est promouvoir l’idée de justice. Être juste c’est agir dans la promotion de la dignité de l’Homme. A ce propos, il est étonnant que les forces de police ne me contrôlent jamais au coeur des Halles à Paris. Serait-ce parce que je suis blond aux yeux bleus, avec un style plutôt classique ?
Identité nationale et immigration sont bien liées et un ministère alliant les deux n’est pas si stupide s’il n’était pas en fait un ministère de la désintégration du lien sociale, de la décomposition de la différence et de cette belle richesse qui fait la France. Ce ministère aujourd’hui exacerbe la différence au lieu de la promouvoir. Aujourd’hui la politique menée en terme d’immigration fait insulte aux traditions d’accueil multiséculaires qui ont fait la France. Il ne s’agit pas, une fois de plus, d’accueillir tout le monde, mais peut-être de permettre à ceux qui veulent venir en France de motiver leur demande et de mettre tous les moyens à leur disposition pour qu’ils s’intègrent et réalise leur rêve de devenir Français. Il m’apparaît, comme à Bernard Stasi, que l’immigration est bel et bien une chance pour la France à la condition qu’elle nous bouscule dans notre quotidien et que j’accepte de faire une place à l’autre qui vient de me déranger. Cet autre qui a bien souvent le courage, la pugnacité, l’enthousiasme de vouloir s’en sortir. Simplement, comme une revanche, comme un fanal qui viendrait nous dire qu’il aime cette France, qu’il veut la servir et y demeurer comme n’importe quel « Français de souche ».
Merci à mon ami, Bernard Stasi, pour ces belles lignes. Merci de long combat contre toutes les formes d’exclusion, merci à lui de donner comme message aux politiques actuels que les valeurs doivent avoir la priorité sur l’électoralisme. Il faut mieux perdre une élections que de perdre ses convictions, cependant il est bon de gagner une élection grâce à ses convictions. Les belles phrases, les belles déclarations et les beaux campements sur des positions aussi stériles que stupides tournant autour du « moi je, moi d’abord » ne font pas honneur à la France. Terreau des plus belles batailles pour un monde meilleur et inventeur de cette promotion de l’homme et de tout de ce qui fait l’homme. En refermant ce livre, je me réjouis d’avoir lu ces pages réalistes, honnêtes et convaincantes. Je regrette que seulement que des hommes comme Bernard Stasi n’existent plus – et pas encore – pour faire entendre à la France un message de véritable espérance. « Ensemble, tout est possible » disait le slogan de campagne du Président actuel. Il ne s’y est pas trompé mais ne l’applique pas, ou alors cet « ensemble » ne signifie pas la même chose pour lui et pour moi. Oui, c’est ensemble, avec toutes les hommes et les femmes de progrès, habités par une haute idée de la France pour la promotion de la justice pour chacun, que nous pourrons former une alternance au pouvoir actuel. Je forme aujourd’hui ce voeux et j’espère que mon espérance ne sera pas déçue.
Les derniers mots de cet article, je les laisse à l’auteur de Tous français comme en testament de son long combat pour la dignité de l’homme et de la France : « La France tout entière doit bouger et elle doit bouger maintenant, sans attendre, sinon elle se crispera autour de revendications communautaristes qui ne feront qu’accroître les tensions » (p. 132)

Plaidoyer pour cet « insaisissable vivre ensemble »

Je ne veux pas tomber dans le travers du « on nous cache tout », de la théorie des complots mais plus la France s’enfonce dans ses problèmes, plus le Palais nous sort des petites phrases, des coups bas, plus est envoyé devant les caméras un Frédéric Lefebvre déversant son fiel insultant et provocateur. Mais voilà, au détour de son discours sur l’agriculture, celui qui occupe la magistrature suprême depuis 2007 – par le choix de 53% des suffrages exprimés et d’une participation record de près de 84% – a sorti la fameuse phrase, qui a fait le tour des médias : « J’ai été élu pour défendre l’identité nationale française ». Mon sang n’a fait qu’un tour. Qu’est-ce que cela veut bien dire, l’identité française et ce rapport à la terre. Je me suis d’abord rappelé mes cours d’histoire, et du sang « étranger » – qui soit dit en passant était aussi rouge que celui des Français – venu inonder la terre de France, pour la défendre. Je me suis souvenu également, de mon mentor en politique, de celui a qui je dois cet engagement, Bernard Stasi. Ce grand homme politique, à écrit en 1984 un ouvrage  L’immigration, une chance pour la France puis en 2007 : Tous Français. Ces ouvrages m’invitent à réfléchir sur cette identité nationale française, j’y puise dans ce dernier des éléments pour la réflexion ci-dessous.
Tout d’abord, il me semble que les politiques, au lieu de fustiger par la petite phrase les déclarations du Président, devraient lui répondre : « chiche, parlons-en, discutons et réfléchissons ensemble ». Mais, voilà, le courage semble manquer. De même que pour faire une alliance entre « force de progrès » pour bâtir un projet audacieux et courageux pour une alternance en 2012 (mais là n’est pas mon propos). Qu’est-ce que signifie être Français aujourd’hui à l’heure de la mondialisation, de la construction européenne si difficile. Si cela veut dire que nous avons des parents, des grands parents et ce jusqu’à la nième génération qui ont cette nationalité, peu de monde alors y sont (le Président lui-même qui, soit dit en passant, est d’origine hongroise – sic ).
La France géographiquement et culturellement est un terre de passage, de métissage, d’échange. Elle s’est construite (dans tous les sens du terme) sur des forces issues de l’immigration que nous sommes allés chercher ces dernières années ou qui sont venues pour se réfugier de conditions de vie désastreuses. Donc, cela ne veut pas dire grand chose au niveau purement administratif. Peut-être qu’il faut chercher au delà, dans une dimension que l’on aborde assez rarement en politique, parce que ce n’est pas électoralement correct ou rentable, les valeurs. Ces valeurs qui font que la France tient un rôle particulier dans le paysage international. Ces valeurs issues de 1789, qui font la grandeur et l’honneur de notre pays, cette invention que nous pouvons revendiquer haut et fort : les droits de l’homme. Ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas peuvent y trouver de quoi méditer et construire un à-venir pour notre pays. Voilà ce qui fait la France, une vision de l’Homme et des rapports entre eux. A partir de cela nous pouvons avoir un référentiel commun et y prendre appui pour construire le monde de demain.
A côté de cela, il y a l’argutie politique, facile et récurrente chez le Président, qui éveille au fin fond de notre être la bête qui a peur, et qui sommeille en nous et qui ne demande qu’à être réveillée. La Peur de la différence, que l’autre ne soit pas comme moi. Surtout si sa peau, sa langue, sa religion ne sont pas identiques aux miennes. Facile, beaucoup trop facile de faire de jeu là. C’est encore un lieu de combat politique certes mais avant tout humain. Pourquoi ne pas faire de cette différence une richesse, plutôt qu’un obstacle. Les religions ont ici un rôle à jouer. J’ai apprécié ces étals de pâtisseries devant les épiceries de Seine-Saint-Denis les soirs de Ramadan. J’aurai tant aimé m’inviter à ces festivités pour mieux les comprendre et bâtir avec mes frères musulmans ce « vivre avec » et non ce « côte à côte » ou bien encore pouvoir célébrer Kipour avec mes frères juifs. Ce ne fut pas possible mais j’aimerai tant que nous puissions vivre dans une démarche audacieuse de partage des cultures et des religions.
Je suis sensible à ce que Bernard Stasi écrit à propos de l’inévitable et de l’indispensable construction, via une véritable audace politique, d’une mixité sociale empreinte d’une volonté ferme de bâtir un vivre ensemble : « Il suffit parfois de franchir le pas pour faire tomber les préjugés. Pour changer le regard. Pour trouver des convergences inattendues. C’est me semble-t’-il la première étape en direction d’une nouvelle fraternité française. Un préalable indispensable « (Tous Français, l’immigration, la chance de la France, Hugo&Compagnie, janvier 2007, p, 25). La fraternité, ne serait-elle pas une des valeurs piliers sur lesquelles notre République est bâtie ?
Quel sens prend cette valeur fondatrice de la France alors que l’on cherche à répertorier, incidemment, les « vrais français » des « faux français ». Ceux qui auraient le droit de rester et ceux qui n’auraient pas ce droit. La fraternité exige la transparence et l’égalité de traitement (tien c’est aussi une autre valeur fondatrice de notre république) et ce afin que la liberté soit vraiment respecté (voilà la boucle est bouclée). Il est vrai que nous ne pouvons pas « accueillir toute la misère du monde », pour reprendre l’expression malheureuse de Michel Rocard, mais nous avons un devoir de ne pas être responsable de plus de misère dans la manière dont nous accueillons ceux qui choisissent de venir en France. Là encore, nous devons agir avec le sens de la justesse et de la justice dans les mesures prises. L’actualité récente des afghans reconduits dans leur pays en est l’illustration. Quel honneur pour le pays des droits de l’homme d’exposer des personnes à la guerre. C’est presque une condamnation à mort déguisée. Il y a des manières de faire qui sont inacceptables de la part de pays qui se vante d’être civilisé et démocratique.
Les expulsions à grand coup de forces policières me semble une atteinte au droit de l’homme. Nous rajoutons de la souffrance à ces personnes « déracinées ». Elles n’ont pas quitté leur pays, par plaisir, pour prendre des vacances, mais parce que cela leur paraissait une situation de moindre mal. De jeunes afghans témoignent que même si leurs conditions de vie en France sont rudimentaires, c’est bien mieux que de subir le feu des bombes. Encore une fois nous avons une histoire qui nous invite à une action responsable et honorable. Il me semble que nous prenons les problèmes non pas dans une perspective plurielle, qui nous interrogerait sur notre rapport au monde et sur l’effet de notre action mais une dynamique du côte-à-côte, problème après problème, et ce peut-être encore une fois pour faire du buzz. Ainsi, nous parlerons encore et encore de ce qui se passe au Palais et des actions, ma foi peu glorieuse, des courtisans de son locataire.
Cependant, le problème des personnes en situation irrégulière demeure. Dans l’ouvrage cité plus haut, Bernard Stasi estime que « la France a besoin d’une éthique d’action et d’accueil s’appuyant sur des règles généreuses et fraternelles » (p. 86). Par exemple, il explique que la scolarisation des enfants est un démarche symbolique, de la part des parents, d’adhésion à la France. Avec lui, j’estime que les familles « sans papier », avec des enfants scolarisés ne devraient pas être expulsés. Ce n’est là qu’un exemple parmi d’autres propositions. Mais ce sont par ces enfants que l’intégration pourra passer. L’école est un formidable terreau pour apprendre la richesse et la différence de l’autre. Même si les enfants sont parfois terribles entre eux, c’est aux éducateurs (parents et personnels de l’Education Nationale) de travailler sur le respect et l’appréciation de la différence. La fraternité passe aussi par là.
La Présidence veut promouvoir l’identité nationale et l’intégration. Dans ce cas, qu’elle commence à respecter ceux qui demeurent en France. Il est difficilement acceptable que certains départements soient montrés du doigt comme des lieux « hors normes » (eg la Cité des 4000 à la Courneuve). Il est tout aussi inacceptable qu’ils y aient sur le Territoire des zones de non droits. Mais avant d’intensifier la présence policière, à grand renfort de CRS, ne serait-il pas mieux de privilégier les associations de quartiers, les instances de médiation favorisant la connaissance mutuelle et la formation des habitants. S’il n’est pas donné les moyens de s’intégrer aux personnes de issues de l’immigration, il est évident qu’elles ne se sentiront pas chez eux. Pourtant, ils ont choisis cette France, qu’ils aiment, bien souvent, tout autant que leur pays d’origine. Acceptons, une fois de plus, que leur différence soit une richesse et pas seulement culinaire. Par exemple, ils ont des traditions religieuses, littéraires, coutumières que nous ne connaissons pas, au lieu de les fustiger et de leur demander de faire « comme les bons français », allons à leur rencontre, demandons leur de nous expliquer, de nous former. L’échange de savoirs peut et doit contribuer à faire l’unité du pays. C’est aussi aux médias d’exercer une vigilance.
Dernièrement, le maire de Pantin, Bertrand Kern, évoquait, à juste titre, la récurrente illustration, par ces derniers, du « quand ça va mal » par la Seine-Saint-Denis. C’est non seulement agaçant mais à la limite insultant pour ses habitants. Ce département bouge, change comme la France. Ne restons pas dans des préjugés, dans un confort intellectuel bourgeois. Ayons le courage de nous bouger pour le changement. En Seine-Saint-Denis, certes il y a des quartiers difficiles, mais il y a aussi des personnes qui y vivent et travailent dans une quiétude et un confort de vie. Les politiques tâchent de changer cette image, non pas en éradiquant ce qui gène mais en cherchant à associer la diversité des populations. C’est dans la rencontre, dans le brassage, dans la construction difficile mais passionnante de la mixité sociale que nous ferons de la France ce pays que tant nous envient. Ce ne sont pas quelques mesurettes médiatiquement rentables qui feront que les personnes issues de l’immigration pourront lutter contre la stupidité des préjugés des recruteurs. Un candidat doit être jugé sur ses capacités pour le poste et non sur son facies ou son nom. Un CV anonyme ne changera rien c »est aller à la facilité, Il y a des lois en France, il faut les faire appliquer et donc sanctionner sévèrement les employeurs qui procèdent ainsi. Ce n’est certes pas facile, cela demande une vigilance accrue de la part de tous. Il ne s’agit pas non plus de tomber pour le coût dans la dénonciation « positive » (qui aurait des relents de Vichy).
Demeurons attentifs à l’autre, même dans ses comportements irrespectueux. Sachons lui en faire la remarque, c’est aussi cela la fraternité et c’est promouvoir l’idée de justice. Être juste c’est agir dans la promotion de la dignité de l’Homme. A ce propos, il est étonnant que les forces de police ne me contrôlent jamais au coeur des Halles à Paris. Serait-ce parce que je suis blond aux yeux bleus, avec un style plutôt classique ?
Identité nationale et immigration sont bien liées et un ministère alliant les deux n’est pas si stupide s’il n’était pas en fait un ministère de la désintégration du lien sociale, de la décomposition de la différence et de cette belle richesse qui fait la France. Ce ministère aujourd’hui exacerbe la différence au lieu de la promouvoir. Aujourd’hui la politique menée en terme d’immigration fait insulte aux traditions d’accueil multiséculaires qui ont fait la France. Il ne s’agit pas, une fois de plus, d’accueillir tout le monde, mais peut-être de permettre à ceux qui veulent venir en France de motiver leur demande et de mettre tous les moyens à leur disposition pour qu’ils s’intègrent et réalise leur rêve de devenir Français. Il m’apparaît, comme à Bernard Stasi, que l’immigration est bel et bien une chance pour la France à la condition qu’elle nous bouscule dans notre quotidien et que j’accepte de faire une place à l’autre qui vient de me déranger. Cet autre qui a bien souvent le courage, la pugnacité, l’enthousiasme de vouloir s’en sortir. Simplement, comme une revanche, comme un fanal qui viendrait nous dire qu’il aime cette France, qu’il veut la servir et y demeurer comme n’importe quel « Français de souche ».
Merci à mon ami, Bernard Stasi, pour ces belles lignes. Merci de long combat contre toutes les formes d’exclusion, merci à lui de donner comme message aux politiques actuels que les valeurs doivent avoir la priorité sur l’électoralisme. Il faut mieux perdre une élections que de perdre ses convictions, cependant il est bon de gagner une élection grâce à ses convictions. Les belles phrases, les belles déclarations et les beaux campements sur des positions aussi stériles que stupides tournant autour du « moi je, moi d’abord » ne font pas honneur à la France. Terreau des plus belles batailles pour un monde meilleur et inventeur de cette promotion de l’homme et de tout de ce qui fait l’homme. En refermant ce livre, je me réjouis d’avoir lu ces pages réalistes, honnêtes et convaincantes. Je regrette que seulement que des hommes comme Bernard Stasi n’existent plus – et pas encore – pour faire entendre à la France un message de véritable espérance. « Ensemble, tout est possible » disait le slogan de campagne du Président actuel. Il ne s’y est pas trompé mais ne l’applique pas, ou alors cet « ensemble » ne signifie pas la même chose pour lui et pour moi. Oui, c’est ensemble, avec toutes les hommes et les femmes de progrès, habités par une haute idée de la France pour la promotion de la justice pour chacun, que nous pourrons former une alternance au pouvoir actuel. Je forme aujourd’hui ce voeux et j’espère que mon espérance ne sera pas déçue.
Les derniers mots de cet article, je les laisse à l’auteur de Tous français comme en testament de son long combat pour la dignité de l’homme et de la France : « La France tout entière doit bouger et elle doit bouger maintenant, sans attendre, sinon elle se crispera autour de revendications communautaristes qui ne feront qu’accroître les tensions » (p. 132)