Dernière modification 4 heures ago by Chrétien en ce temps
De la croix naît notre espérance
En ce vendredi Saint, nous voici au pied de la croix, avec Jean et Marie. Hier, nous rendions grâce, comme par anticipation, au fol amour de Dieu donné dans son pain de vie et la coupe du salut. Aujourd’hui, nous sommes devant le fait accompli. Dieu, en son fils, meurt pour nous. Sur la croix, ce sont toutes nos petitesses, toutes nos compromissions avec l’Amour, tout ce qui nous éloigne et écarte de l’Amour de Dieu qui est crucifié.
La croix transforme nos vies
Demain, lors de la vigile pascale nous chanterons : « Bienheureuse faute de l’homme qui nous a valu un tel rédempteur. » Non pas que Dieu attendait que nous nous égarions pour manifester sa Gloire. Mais, parce que nous nous égarons, Dieu a choisi de transformer tout ce qui nous éloigne de Lui en manifestation de son Amour.
Qui est pour nous Jésus, le crucifié ?
Aujourd’hui, devant le Christ en croix, nous pouvons entendre cette question de Jésus aux foules à propos de Jean-Baptiste : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? » (Mt 11, 8). Devant le chemin de croix du Christ, devant sa mort nous pouvons nous interroger sur ce que nous venons faire. Rendons-nous hommage à un homme sage, thaumaturge un peu virulent qui est mort de manière injuste et violente ? Ou bien sommes-nous devant le Fils de Dieu, égal de Dieu, qui « s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. » (Ph 2, 8).
Le scandale de la croix
Alors, si Jésus est l’égal de Dieu, c’est un véritable scandale que ce vendredi Saint. Nous célébrons la mort de Dieu par amour pour nous. Ainsi, nous pouvons, devant le Christ en croix, nous demander qui donc est Dieu pour nous aimer ainsi. Ce vendredi Saint nous sommes véritablement face au mystère de la foi devant ce mystère de la croix. C’est insensé de choisir d’aimer en se sacrifiant. Il n’y a pas de contrepartie, pas de donnant-donnant. Dieu se donne, par amour, pour tous, tous, tous.
Le « todos » et le vendredi Saint
Ce « todos » du pape François résonne d’une manière particulière ce vendredi Saint. Il nous appelle à faire de la place à tous, particulièrement dans l’Église qui confesse le don de Dieu pour tous et chacun. Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas nous permettre un quelconque élitisme dans les communautés, les mouvements ecclésiaux ou les paroisses. C’est ce que le pape Léon XIV a récemment redit lors de son voyage à Monaco : « Dans l’Église, les différences ne sont jamais un motif de division en classes sociales mais, au contraire, chacun est accueilli en tant que personne et enfant de Dieu, et chacun est destinataire d’un don de grâce qui encourage la communion, la fraternité et l’amour mutuel. » Car le Christ est mort sur la croix pour chacun de nous.
C’est nos souffrances qu’il portait
Aujourd’hui, en contemplant le crucifié sur le bois de la croix, c’est un homme défiguré par la souffrance que nous voyons. Aussi, nous pouvons lui confier toutes nos douleurs, toutes nos souffrances, tout ce qui nous défigure et déforme l’alliance que Dieu nous confie et à laquelle il nous convie. Notre foi nous assure qu’il les porte auprès du Père. Tel le serviteur souffrant du livre d’Ésaïe que nous écoutons en ce vendredi Saint.
Au service de notre humanité
Le Christ demeure celui qui sert au milieu de notre humanité encore désunie et abîmée par la recherche de la supériorité et du profit. Si nous ouvrons nos bras à son fol amour, à sa douce miséricorde, il nous prendra avec lui, comme le bon larron. Dieu ne nous délaisse pas, il nous aime inlassablement, inconditionnellement et surtout librement.
Se faire proche les uns des autres
Les souffrances du Christ nous appellent également à nous faire proches de tous ceux et celles qui souffrent. Toutes les souffrances ont leur place dans notre cœur, dans notre prière car elles sont portées, supportées aussi, par le Christ sur la croix. À la suite du Christ nous sommes invités à prendre pleinement part à la vie du monde et principalement dans tous les lieux où la dignité humaine est en jeu.
Exercer une bienheureuse vigilance
Aussi, il est important que nous exercions une bienheureuse vigilance sur tout ce qui touche aux conditions de vie de nos contemporains. Nous avons à exercer un rôle de veilleur et d’éveilleur afin de viser toujours ce qui peut être une occasion de croissance humaine, de servir une cause qui est plus grande que nos propres intérêts. Ce sont là des choix, des attitudes qui peuvent être douloureuses, crucifiantes même et nous apporter mépris et moquerie.
Le service de chaque homme, de tout homme
Pourtant, là où nous cherchons à servir chaque homme, chaque femme, au nom de la justice et de l’équité, c’est le Christ que nous cherchons à servir. Le vendredi Saint vient rompre le sacré et le profane avec le rideau du temple qui se déchire. Ainsi, toute notre vie baptismale doit être orientée vers cette recherche d’une société où chacun a une place à part entière.
Servir la société
C’est parfois un apostolat difficile tant les calculs, la recherche d’avantages ou de passe-droits, le copinage… sont légion. Pour autant, beaucoup de personnes s’engagent avec passion et droiture sur ce chemin du plus grand service de l’autre et à l’autre. Notre prière peut se faire proche d’eux afin qu’ils soient soutenus par la communauté ecclésiale dans cette passion et ce service désintéressé de la communauté.
Le chemin de croix du service
Ainsi, le service est véritablement l’aboutissement de toute vocation dans la droite ligne du ministère du Christ tout au long de sa vie terrestre. Il a donné sa vie jusqu’au bout pour ouvrir la voie à la liberté qui nous invite à partir à la rencontre de l’autre, de tout autre, de chaque autre. C’est ce dernier qui nous aide à découvrir le chemin du Christ et, en même temps, c’est le Christ qui nous donne de découvrir le visage de Dieu qui se dessine dans la rencontre avec l’autre.
Souffle et absence
Et ce qui nous permet cette révélation, c’est le dernier souffle que le Christ rend sur la croix. Ce souffle de l’Esprit Saint qui nous donne de voir toutes choses nouvelles.
Absence et espérance
Alors que tout semble fini, que le Christ meurt des souffrances du crucifié, Dieu par son absence nous ouvre un avenir, celui de l’espérance, et d’une vie nouvelle.
Sang et eau
C’est aussi le signe de l’eau et du sang qui jaillissent du cœur du Christ : le baptême et l’Eucharistie qui nous conduisent à espérer contre toute espérance.
Silence
Puissions-nous découvrir en ce vendredi Saint, dans le silence liturgique qui s’installe jusqu’à la proclamation de la Pâque du Seigneur, que l’absence de Dieu, ce Dieu caché, est promesse de vie, de fécondité pour chacun et chacune d’entre nous.
