Jésus nous rejoint à Emmaüs


Commentaires de la Parole / vendredi, avril 17th, 2026
Temps de lecture : 5 minutes

Dernière modification 3 heures ago by Chrétien en ce temps

Ce dimanche, nous prenons la route d’Emmaüs avec Cléophas et l’autre disciple. Ce que vivent ces deux hommes-là nous est bien connu. Ils cheminent et échangent sur le quotidien de leur vie, sur ce qui a fait sens pour eux ces derniers temps et sur lequel ils restent interdits. Ils ne comprennent pas ce qui s’est passé. Comment leur maître, leur ami, Celui qui allait sauver Israël s’est-il laissé entraîner à la mort ? Leur désolation devant le mystère du calvaire est compréhensible quand l’annonce de Pâques ne fait pas renaître l’espérance.

Pèlerins d’Emmaüs

Jésus vient ses disciples sur la route d’Emmaüs. Il se fait proche d’eux pour les amener à comprendre ce qui s’est passé. Jésus n’est pas factuel ici. Il entre dans une véritable catéchèse de l’Alliance, même s’il invite ses disciples à devenir davantage croyants.

Un cœur est lent à croire

C’est à nous aussi que ce « Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! » est adressé. Nous aussi, nous avons du mal à croire que l’espérance est toujours possible, qu’il y a toujours un chemin d’avenir, de joie profonde. Nous sommes véritablement invités par le Christ à ne pas en rester à nos ruptures d’alliance que constituent nos défaitismes. Même dans l’obscurité, il y a toujours une once d’espérance ; la lumière de la foi, de la joie, finit toujours par se frayer un chemin dans nos vies. C’est cela que le Christ vient annoncer aux pèlerins d’Emmaüs.

Le Christ chemine à nos côtés

Notre cœur est effectivement si lent à croire, notre patience est toujours limitée, nos yeux comme aveuglés. Pourtant, le Christ, tel un ami, chemine à nos côtés pour nous inviter à nous ressaisir. Il nous propose de voir ce que nos yeux ne voient pas et que nos oreilles n’entendent pas. Non que nous ayons forcément besoin de lunettes ou de prothèses auditives, mais, pris dans notre immédiat, nous oublions de compter sur Dieu.

D’Emmaüs à la fin du monde

Le Ressuscité vient nous dire aujourd’hui, au travers de l’Évangile des pèlerins d’Emmaüs, qu’Il demeure toujours à nos côtés, avec nous « tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20). La foi pascale nous invite en effet à sentir et goûter intérieurement de quelle manière nous sommes invités à vivre toutes choses nouvelles dans le Christ ressuscité. Car il y a tant d’occasions de désespérance dans notre monde que nous pouvons avoir « des têtes de carême sans Pâques » (Evangelii Gaudium, 6).

Sortir de nos tombeaux

Alors, si nous avons la foi, nous devons lutter contre cette tentation de la désespérance. Dieu, en Jésus, à Pâques, est venu nous sortir du tombeau pour nous conduire à la joie de l’espérance. Nous sommes véritablement appelés à une conversion intérieure afin de ne pas nous laisser entraîner dans cette désespérance. Si nous désirons devenir ces disciples-missionnaires, habités de la joie pascale, nous ne devons pas avoir une tête d’enterrement. Pour autant, ne tombons pas dans l’excès inverse avec une exaltation forcée, en faisant semblant. Ce qui importe, c’est d’être en vérité dans son cœur, avec Dieu et les autres.

Emmaüs pour apprendre à relire nos vies

Jésus ne reproche pas aux disciples d’Emmaüs d’être tristes, mais de ne pas avoir pris le temps de relire pour comprendre. Ils sont restés à la surface des choses, alors qu’avec un peu de recul, grâce à la fréquentation de la Parole, ils auraient pu saisir l’essentiel de ce qui s’était passé. Avouons que cela nous arrive aussi. Nous sommes trop dans l’instant, dans l’instantané, et nous ne prenons pas le temps de bien percevoir le cœur des événements.

Prendre du recul pour bien discerner

Toutefois, comme les disciples, nous savons être attentifs aux mouvements de notre cœur, à ce qu’il nous dit de ce que nous vivons. Réjouissons-nous alors de ces signes qui nous invitent à une bienheureuse vigilance. Même si nous avons parfois des difficultés à comprendre l’alliance que le Seigneur veut tisser avec nous, notre cœur, lui, le sait. C’est en étant attentifs à ce qui germe en nous que nous pouvons discerner la présence du Seigneur et connaître davantage son désir pour nous.

Faire confiance à notre cœur

Nos sentiments sont de bons indicateurs ; ils viennent nous faire découvrir si la vie est présente dans tout ce que nous œuvrons, dans toutes nos rencontres. C’est l’expérience du « cœur brûlant » alors que Jésus parlait aux disciples d’Emmaüs qui est le bon indicateur.

Avec Emmaüs, sonder notre cœur

Si nous sommes en communion, si nous sommes du côté de la joie, alors notre cœur sera brûlant de désir. Peut-être faudra-t-il, plus tard, calmer ces ardeurs, mais la vie est bien là, le dynamisme et l’enthousiasme sont présents pour la mission. Ne la concevons pas de manière trop étroite.

Une mission qui fait vivre

Notre mission est d’être au cœur du monde, à la fois témoins et acteurs de la présence agissante de Dieu. Nous sommes en pèlerinage sur cette terre et sommes attentifs à l’appel de notre baptême à rendre présent l’Amour de Dieu au cœur de ce monde. C’est là la mission essentielle du baptisé ; c’est aussi un chemin de conversion et de conversation avec Dieu et le monde.

Une vie à la suite du Christ

Nous sommes sur les routes de nos contemporains pour qu’ils ne se laissent pas voler l’espérance et pour les inviter à se laisser rejoindre par le Christ. Ainsi, il est important que nous sachions faire de la place dans notre cœur, que nous puissions être davantage disponibles pour comprendre comment le Christ ressuscité nous rejoint.

Comme à Emmaüs, se laisser rejoindre

Nous avons à faire cette expérience des pèlerins d’Emmaüs pour accueillir celui qui nous rejoint sur notre route. Ce frère, cette sœur, en Christ, que je ne connais pas et qui peut me donner des paroles qui font sens, qui sont pleines de vie. N’oublions pas de garder les portes de notre cœur, de nos églises et chapelles, de nos mouvements et services, grandes ouvertes. Nous ne sommes pas propriétaires, ni de Dieu, ni de l’Évangile.

Avoir un cœur ouvert

Le Seigneur vient à notre rencontre, tel le vent de l’Esprit qui souffle où il veut. Aussi, soyons toujours attentifs à ne pas nous enfermer dans nos idoles, et laissons-nous vraiment surprendre par ce qui se présente, comme pour mieux nous convoquer. Le Ressuscité est bien là au cœur du monde, sur nos routes quotidiennes, pour nous confirmer dans notre mission de baptisés. Alors, laissons-le nous partager son pain de vie, pour qu’à notre tour nous le partagions aux femmes et aux hommes de ce temps, pour Sa plus grande gloire.