Jeudi saint : fol amour de Dieu


Méditations au coeur du monde / vendredi, mars 27th, 2026
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Dernière modification 7 heures ago by Chrétien en ce temps

Nous commençons notre Triduum pascal par la célébration du Jeudi saint. Dieu, aujourd’hui, en Jésus, nous montre que l’humble serviteur a la première place et qu’il s’agit d’un chemin de liberté intérieure. Jésus, en ce Jeudi saint, nous donne à contempler comment Il vient se donner pour que nous ayons la vie en abondance.

Jeudi saint : une occasion d’action de grâce

Chaque messe que nous célébrons est le mémorial du dernier repas du Christ, entouré de ses disciples. Aujourd’hui, il ne crée pas le sacerdoce, comme parfois nous l’entendons, mais Jésus vient fonder une Église qui se rassemble pour rendre grâce. Cette action de grâce, forgée lors de la dernière Cène, naît de la conviction que nous sommes faits pour être avec les autres, et être avec les autres c’est être avec Jésus.

Louons Dieu pour mieux servir

Ainsi, nous pouvons faire monter de nos cœurs, en ce jour du Jeudi saint, la louange pour le fait que le Seigneur nous fait devenir serviteurs à sa suite et à sa ressemblance. Cette attitude nous invite à nous faire le proche de chacun, à nous mettre à sa portée pour l’aider à avancer sur le chemin de sa vie. C’est tendre la main à l’autre afin qu’il se relève.

Pauvres les uns des autres

Souvenons-nous que nous sommes les pauvres les uns des autres. La seule richesse qui doit faire la joie du cœur est le fol amour que Dieu a pour nous. Le reste est une aide pour avancer dans la vie. Dans la vie, nous sommes tous interdépendants les uns des autres, forts de nos charismes. Aussi, soyons attentifs à les partager et à aider les autres à faire émerger les leurs. Nous ne sommes jamais aussi forts que lorsque nous mettons cœur et dynamisme au service les uns des autres.

Le Jeudi saint nous partageons la dernière Cène

Ce soir du Jeudi saint, Jésus nous propose de nous unir pour rendre grâce et partager son repas, puis boire à la coupe de sa vie. C’est ce que nous célébrons à chaque Eucharistie, qui signifie d’ailleurs action de grâce.

Faire de nos vies, une action de grâce

Ensemble, écouter la Parole de Dieu, lui répondre par le don de notre vie et recevoir en échange la vie de Dieu est une vraie action de grâce. C’est une prière de remerciement, car Dieu nous invite à nous faire proches les uns des autres, à nous donner les uns aux autres comme Lui.

Engageons-nous à la suite du Christ

Il ne peut pas y avoir d’Eucharistie, de véritable prière chrétienne, sans que notre vie y soit engagée. Sinon, nous restons au balcon de la célébration, nous ne la vivons pas, nous restons au bord du chemin, incapables de rejoindre Dieu et nos frères et sœurs.

La difficulté de la prière

Parfois, entrer dans la prière est difficile, notre esprit est ailleurs, les soucis nous préoccupent. Alors, disons-le simplement à Dieu, offrons-lui cette incapacité de le rejoindre et demandons-lui de nous rejoindre. Nous ne sommes pas toujours disponibles pour répondre à ses appels, pour écouter sa voix. Parfois, nous sommes ailleurs, comme Pierre ou les apôtres, qui comprennent souvent Jésus de travers. Pour autant, nous sommes là avec Lui, désireux de le rencontrer au cœur de nos vies, au cœur du monde.

Laisser Dieu me rejoindre

Ce qui est important, c’est d’être là et de laisser Dieu me rejoindre, même au cœur de mes distractions, de mes incompréhensions. Pour autant, ce soir, Dieu me fait asseoir avec Lui, à la table des noces de l’Agneau. Je suis son invité pour devenir témoin que le don de Sa vie est semence pour le monde. Dieu se donne à moi pour que je devienne à mon tour semence de fraternité pour mes frères et sœurs en humanité.

Communier à la vie même de Dieu

Dans ce mémorial de son dernier repas, je suis appelé à communier non seulement à la vie même de Dieu, mais aussi à devenir davantage disponible pour le service.

En toute chose communier et servir

Ainsi, nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie si nous ne prenons le tablier du serviteur. Ce n’est pas une option, c’est une suite logique qui est une invitation à l’action.

Allez en plein monde

L’Eucharistie que nous célébrons, cette louange pour le fol Amour de Dieu que nous proclamons, doit nous conduire en plein monde. Nous ne sommes pas créés pour rester au chaud dans nos églises, dans nos communautés paroissiales, mais pour proclamer au monde les merveilles de Dieu. Même ceux dont la vocation est de rester cloîtrés disent par ce choix la grandeur et la liberté que Dieu nous donne aujourd’hui.

Servir chaque personne et toute la personne

Par cette dernière Cène, par cet appel au service les uns des autres, nous devenons davantage libres pour aimer, respecter et servir Dieu en allant vers nos frères et sœurs en humanité.

Construire la fraternité, la sororité

Le pape François l’a d’ailleurs très bien résumé au début de la déclaration d’Abu Dhabi, pour une coexistence pacifique : « La foi amène le croyant à voir dans l’autre un frère à soutenir et à aimer. » C’est là tout le résumé de l’Évangile et de la vie de Jésus.

Aimer et se laisser aimer

Ainsi, croire en Dieu, mettre ses pas dans ceux de Jésus ne sont pas des choses très compliquées. Il suffit de se laisser aimer par le Seigneur pour que son Esprit nous aide à aimer le monde comme le Père. Ni plus, ni moins. Ainsi, tout ce que nous célébrons, tout ce que nous proclamons, tout ce que nous vivons et témoignons doit viser ce seul objectif.

La grâce de la Paix

Pourtant, notre monde, nos cœurs — peut-être — ne sont pas dans ce dynamisme. La guerre, la violence, la haine, la manipulation font beaucoup de bruit et nuisent à cette fraternité humaine. Les efforts de paix semblent être voués à l’échec, tant l’humanité semble se complaire dans cette violence. Le Christ lui-même a subi la violence tout au long de sa vie, et de manière cruelle lors de son arrestation et de sa crucifixion.

Foi et violence

Cette violence, il vient la récapituler dans ce mémorial que nous célébrons en ce Jeudi saint. Il vient la transformer en offre de paix en se livrant pour nous, pour chacun et chacune de nous, et en même temps pour la multitude. Le don de sa vie que nous recevons dans chaque Eucharistie nous encourage à devenir pour ce monde des passeurs de lumière, artisans de paix.

Construire et tisser la Paix

« La paix ne se décrète ni ne s’impose : elle se construit et se tisse fil à fil », nous dit Luis Gerardo Moro Madrid, SJ, provincial de la Compagnie de Jésus au Mexique. Aussi, nous devons garder nos yeux sur le Christ pour entrer dans le dynamisme de sa paix, qui se construit dans l’espérance et la confiance.

Alors, en ce Jeudi saint, demandons la grâce, alors que nous communions à la vie même de Dieu, de bâtir nos vies sur son Amour pour bâtir la paix en son nom.