Dernière modification 7 heures ago by Chrétien en ce temps
Nous voici au premier dimanche de notre temps de Carême. La liturgie nous conduit au désert avec Jésus pour y discerner ce qui nous enchaîne et ce qui nous entraîne à la liberté pour faire grandir le Royaume et sa Justice. Aussi, essayons de toujours nous positionner comme un sujet en interaction avec d’autres sujets.
La liberté du disciple du Christ
Ce que le tentateur demande à Jésus, c’est de se soumettre, d’aliéner sa liberté pour assouvir une quête de puissance et de domination. Ce que Jésus nous montre au désert, ce n’est pas une lutte avec le diable à grand renfort d’éclairs, telle une scène de Star Wars. Il nous guide avec patience et sagesse sur le chemin qui conduit à l’humilité. Elle est l’inverse de la domination car elle conduit à reconnaître ce qui me fait vivre.
Jésus me fait vivre
Ce qui fait vivre Jésus – et ce qui devrait nous aussi nous faire vivre – c’est le rapport avec Dieu, son Père. Jésus, Parole vivante du Père, pourrait très bien céder à la tentation du diviseur et lui donner raison. Mais à quoi bon ? À quoi bon perdre sa vie pour gagner de la Gloire, des honneurs (Mc 8, 36) ? Cette question traverse tout l’Évangile et les disciples de Jésus rencontrent des difficultés à entrer dans le schéma de la gratuité de l’amour de Dieu. Il n’y a pas de liberté sans gratuité, sinon cela est au pire de la domination, de l’esclavage et – au mieux – de la subordination.
Le Carême : un temps pour grandir dans la liberté
Aussi, le temps de Carême n’est pas un temps de soumission pour le plaisir de se faire mal. Il est là pour nous permettre d’accroître une plus grande liberté dans notre relation à Dieu et aux Hommes. Ainsi, si je jeûne et que je suis toujours aussi intenable avec les autres, est-ce un bon jeûne ? Ne devrais-je pas davantage travailler sur cette qualité de relation qui l’entrave pour aller à la rencontre des autres ?
Suivre le Christ de plus près
Jésus, même s’il a eu faim pendant ces 40 jours dans le désert, est resté maître de son désir : accomplir librement la volonté du Père qui le mènera à mourir sur la croix. Et nous ? Pendant ces 40 jours qui vont nous conduire à la splendeur du Ressuscité, le matin de Pâques, quel est notre désir dans notre relation au Seigneur ?
S’attacher au Christ
Notre foi est un compagnonnage quotidien avec le Christ ; il doit nous engager à aller vers un « davantage » dans notre vie avec Lui, par Lui et en Lui. Pour autant, nous rencontrons – et rencontrerons – des obstacles sur cette route qui nous conduit à grandir avec Dieu. Comment accueillons-nous – dans la liberté – ces occasions ? Sont-elles des lieux de consolation ou de désolation ? Que disent-elles de notre foi, de notre attachement au Christ ?
La liberté du Christ
Jésus ne cherche pas à ce que l’on se prosterne devant Lui pour obtenir sa considération, de la force, de la puissance. Au contraire, c’est le Christ qui se met à genoux devant nous le soir du jeudi Saint. Il vient nous donner le meilleur exemple de la puissance : se révéler fragile par amour. Jésus n’avait nul endroit où aller, pas de lieu où poser la tête (Lc 9, 58). Il n’habitait pas dans un palais mais cherchait la rencontre avec les femmes et les hommes de ce temps en instruisant ses compagnons.
Cultiver la liberté avec le Christ
Cela peut nous aider dans notre chemin de Carême pour nous laisser entraîner, dans la liberté, à sa suite. Interrogeons-nous non seulement sur notre liberté pour suivre le Christ mais aussi sur notre manière de le suivre. Qui sont nos compagnons, compagnonnes de route ? Comment devenons-nous davantage ces vivants dotés du souffle de vie de la part de Dieu ?
Quel est mon essentiel ?
Ces questions ne sont pas à prendre une à une. Mais elles peuvent nous aider à grandir dans la liberté des enfants de Dieu pour marcher davantage à la suite du Christ. Parce que l’essentiel est là, dans ce compagnonnage quotidien avec le Fils de Dieu.
Le but du Carême
Le Carême est donc une occasion adaptée pour revenir au Seigneur de tout notre cœur en reconnaissant que nous avons besoin de son amour, de sa grâce, de sa miséricorde. Ce besoin n’est pas là pour satisfaire Dieu, mais pour nous nourrir, nous faire grandir dans l’amitié en nous mais aussi avec le Seigneur. C’est en nous recevant de Lui, en l’accueillant au cœur de nos jours, de ce que nous sommes, malgré fatigues et contradictions, que nous pourrons bâtir le Royaume et sa Justice.
Nos péchés et l’Amour de Dieu
Reconnaître ces « fatigues et contradictions » ne doit pas être une lourdeur, un fardeau. C’est avec elles que nous avançons en liberté. Les disciples de Jésus n’étaient pas des hommes sans aspérités, sans contradictions. Pourtant, ils ont bien été choisis pour suivre le Christ, pour devenir pêcheurs d’hommes. Ce qui compte bien davantage que nos « péchés », c’est de nous reconnaître aimés et pardonnés par le Seigneur.
Sur un chemin de conversion
Nous cheminons tous vers une conversion que nous désirons ; pour autant, nous avons conscience que la route est longue et ardue. Aussi, ne rajoutons pas à ce chemin les lourdeurs d’une culpabilité malsaine. Souvenons-nous de cet adage : « Dieu aime le pécheur mais déteste le péché ». Il nous dit la passion de Dieu pour l’Homme et son désintérêt pour les raisons qui l’éloignent de l’Amour.
L’Amour de Dieu me rejoint
Le Carême peut aussi être une invitation à entendre de nouveau ce « Viens et suis-moi » qui nous invite à tout laisser pour se faire le proche du Christ. Laissons nos bonnes excuses et nos péchés (souvent synonymes) pour accueillir le Christ qui veut se faire proche de chacun et chacune d’entre nous. Sachons véritablement accueillir, dans la liberté qui nous fait devenir enfants d’un même Père, l’Amour de Dieu qui vient à nous.
La joie de l’Évangile
Aussi, ne soyons pas ces « chrétiens qui semblent avoir un air de Carême sans Pâques » comme le disait le pape François au début d’Evangelii Gaudium (n° 6). Nous pourrions prendre cette résolution, et demander la grâce de nous y tenir, pour le Carême. Laissons la joie de Dieu habiter notre cœur, laissons l’Esprit de Dieu, qui nous donne vie, nous conduire vers la plénitude de la joie. Cette joie dans laquelle nous avons été plongés lors de notre baptême et qui nous invite à la liberté et à la vérité. Demandons donc la grâce, en ce début du Carême, de marcher avec la Joie du Christ vers Pâques. Ainsi, dans chaque rencontre avec nos frères et sœurs en humanité, puissions-nous témoigner de la joie de l’Évangile qui est pour tous.
