Dernière modification 2 heures ago by Chrétien en ce temps
Avec cette fête des Rameaux et de la Passion que nous célébrons aujourd’hui, nous entrons dans la Semaine sainte. Elle nous conduira à célébrer la Cène du Seigneur, le Jeudi saint, à accompagner le Seigneur sur le chemin de croix, le Vendredi saint, puis au silence du tombeau du Samedi saint jusqu’à la splendeur de Pâques.
Aux Rameaux : accompagnons le Christ
La fête des Rameaux et de la Passion nous conduit aujourd’hui à acclamer le Seigneur qui entre solennellement à Jérusalem et aussi à suivre le drame de ses derniers jours. Nul ne sait ce que nous aurions fait si nous avions été les contemporains de Jésus. Alors, ne nous hâtons pas de juger Judas, ni les autres Juifs. Accompagnons seulement Jésus, contemplons ce que la liturgie et l’Évangile nous offrent en ce jour des Rameaux et de la Passion.
De l’acclamation à la crucifixion
Peut-être pouvons-nous être surpris par le double mouvement de ce jour : de l’acclamation à la crucifixion. Malheureusement, c’est le reflet des comportements humains qui connaissent des difficultés à s’enraciner, à s’attacher à ce qui ne sert pas leurs intérêts directement. Jésus est bien le Sauveur, le Roi des rois, le Libérateur, et son entrée messianique à Jérusalem est juste. Mais ce qu’il vient libérer, ce n’est pas l’oppression politique, mais celle du cœur. Il vient nous inviter à « sortir dehors », à « être déliés » par son amour, à l’image de son ami Lazare.
Aux Rameaux nous passons de la douceur à la Passion
Jésus veut régner dans nos vies, dans nos cœurs, pour que nous marchions davantage dans l’amour du Père. Il n’est pas un dictateur qui ferait de nous des robots. Il est un roi « plein de douceur ». La violence de l’Évangile de la Passion que nous lisons aussi en cette fête des Rameaux semble nous éloigner de la douceur. Pourtant, Dieu, en Jésus, s’offre à nous par sa passion.
Violences
La violence est du côté des oppresseurs et non des opprimés. Les mots de Jésus ne sont pas non plus des mots de révolte. Il renvoie simplement ses agresseurs à leurs agissements. Ce peut être pour nous une occasion de réfléchir à la violence qui peut nous habiter ou sommeiller en nous. L’ignorer serait nous mentir. En revanche, céder à la violence entraîne dans le cercle vicieux de la haine, du mépris, de la force, qui n’est pas digne de celui ou de celle qui veut mettre ses pas dans ceux du Christ. Nous devons devenir des bâtisseurs, des messagers de paix, de la paix de Dieu, et non pas chercher ce qui conduit à la discorde, à la violence, à la désunion.
Vers la justice et la paix
Toutefois, en contemplant cette scène de l’arrestation de Jésus, nous pouvons ressentir tout de même de la violence, de l’injustice, de la révolte même. Mais tâchons de rester centrés sur Jésus, sur la manière dont il aborde cette injustice pour faire justice à l’amour de Dieu. La finalité de Jésus est de faire la volonté du Père pour que la justice et la paix règnent en maîtres au cœur du monde. Si nous le suivons sur son chemin de passion, nous pourrons être saisis par sa présence à chacun.
Découvrir la proximité de Dieu
Même au cœur de la détresse, de la souffrance, de l’angoisse et de la trahison, Jésus demeure attentif à chacun. Il ne reproche rien à Pierre, ni même à Judas. Il les renvoie à leur réalité. Ainsi, Jésus se fait toujours proche de nous afin que nous puissions nous faire proches des femmes et des hommes que nous rencontrons.
De la douceur à la croix
Cette proximité se fait plus pressante auprès de ceux qui souffrent, qui sont malmenés par la vie, par la maladie. Nous pouvons ainsi les inviter à goûter à la proximité de Dieu, à cette douceur que le Christ leur apporte. Le Seigneur n’est jamais loin de nous, il sait ce que la vie nous fait endurer. Il connaît le sens de la souffrance et il vient, par son chemin de croix, par sa mort, les assumer avec nous et les conduire vers le Père pour que l’Esprit les transforme en puissance de vie.
Marcher dans l’espérance
Pour marcher dans cette conviction, il faut que notre foi s’enracine dans l’espérance de l’amour de Dieu. Sans cette dernière, nous ne pouvons pas tenir dans l’assurance que Dieu nous aime. Parce que, lorsque nous regardons le monde, tout nie l’espérance, l’amour de Dieu. La guerre est partout, l’orgueil ronge nos sociétés, la recherche de la puissance prend le pas sur le sens du service.
Contempler le Christ dans sa Passion
Pourtant, devant ces ignominies, Dieu vient nous dire de regarder le Christ dans sa passion. Il a subi toutes ces tragédies, tous ces vils comportements humains, et sa confiance en Dieu son Père est demeurée intacte. Il nous faut donc, nous aussi, à sa suite, nous enraciner dans l’espérance que tout est possible avec Dieu. L’humanité n’est pas condamnée à marcher vers sa perte. Dieu la veut vivante en nous. Il nous confie la responsabilité de faire croître l’espérance dans l’abondance, non pour devenir rentable, mais pour être féconde. Là est le cœur de notre espérance. C’est la mission que Dieu nous confie dans les premières pages de la Genèse, mais aussi dans l’Évangile.
Pierre et la vaine espérance
Pourtant, nous pourrions croire que notre espérance est vaine lorsque la vie de Jésus se termine à la croix. C’est un bel échec, et nous comprenons fort bien la réaction de Pierre. Pourtant, quelque chose le retient : au fond de lui, il désire être proche de Jésus. Pierre a confiance en Jésus ; même si cette dernière semble fragile et maladroite, ce lien d’amitié est plus fort que tout, même s’il trouve un moyen de le nier pour sauver sa vie. Pourtant, il est là, dans la cour du prétoire, proche de son maître et ami.
Jésus et les larmes de Pierre
Le regard que Jésus lui porte dans cette cour et les larmes de Pierre sont le signe d’une amitié réconciliée. Jésus ne nous laisse pas dans nos erreurs, il ne condamne pas les chemins d’errance que nous prenons. Au contraire, même au cœur de ces détours, il vient nous rejoindre pour que nous puissions devenir féconds, pour que la vie en abondance demeure. Ainsi, il nous apprend à aimer davantage comme lui-même nous aime dans l’amour du Père.
Avec Dieu, devenir féconds
Alors, en ce début de Semaine sainte, laissons-nous entraîner dans ce mouvement d’amour absolu du Père pour nous dans la passion du Fils. Demandons aussi à l’Esprit la grâce de devenir davantage féconds pour grandir sur le chemin de la liberté des fils et filles de Dieu, follement aimés de lui et par lui.

[…] voici au 5e dimanche de Carême. Dimanche prochain nous entrerons dans la Semaine Sainte pour vivre la Cène, la passion, la mort et la Résurrection […]