« Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne »

 

Henri Gesmier, dit Riton, éducateur spécialisé depuis 30 ans à la prison de FleuryMérogis et prêtre de la Communauté Mission de France, a accordé un entretien à l’auteur de ce blog pour les revues de l’Armée du Salut

Votre ministère de prêtre consiste à être éducateur spécialisé à la prison de Fleury. Pourquoi ce choix d’exercer votre métier en prison ?

Je pense que l’on choisit un métier en fonction de son histoire, de ses rencontres. J’ai été élevé dans un orphelinat, en province et certains de mes copains ont fait de la prison. Je n’avais pas d’idées précises de ce que c’était. A leur contact, j’ai souhaité la connaître de l’intérieur alors je me suis formé comme éducateur spécialisé en prison. L’éducateur est celui qui prend la clef des cellules, qui va à la rencontre des détenus pour entamer avec eux un dialogue, un accompagnement social. Choisir d’y être prêtre c’est témoigner de la présence de Dieu et de l’Eglise au monde, en étant comme «  monsieur tout le monde ». J’ai fait le choix d’être prêtre au travail conscient du mur qu’il y a entre l’Eglise et le Monde et de cette incroyance. Etre prêtre au travail c’est rejoindre ces deux dimensions qui coexistent l’une à côté de l’autre.
Ce qui est terrible en prison, c’est le face à face avec soi-même et être pleinement présent à l’autre et lui permettre de trouver d’autres interlocuteurs, c’est l’aider à s’en sortir, à reprendre pied lorsqu’il sera dehors.. Il est aussi important  de ne jamais s’habituer aux situations, il y a toujours quelque chose de nouveau.

Comment vivez-vous votre ministère de prêtre en prison ?

Prendre du recul est tout aussi indispensable que de faire silence. C’est là que j’entretiens ma relation personnelle avec Dieu, dans la prière seule ou avec d’autres croyants. Rencontrer des amis en dehors de mon cercle professionnel est aussi important.
C’est aussi allez vers celui qui souffre. Un détenu souffre et je suis là, comme travailleur social, pour l’aider à s’en sortir, à regarder ses erreurs pour préparer sa sortie. Cette sortie est à préparer dès son arrivée. Aider l’autre à penser activement à sa sortie, c’est lui permettre de ne pas se focaliser sur le passé. Pour comprendre le présent, bien sûr que le passé est important mais à la seule condition qu’il éclaire l’avenir.
Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne. Il y a d’innombrables richesses chez l’autre, parfois enfouies du fait de son histoire ou des circonstances de la vie.

La prison est souvent un lieu dur, où la dignité de l’homme peut être malmenée. Quel regard portez-vous sur la prison ?

Tout système social crée ses lieux d’exclusion pour essayer de répondre aux problèmes que pose la société. Il y a eu pour les enfants abandonnés, la création d’orphelinats, pour les malades mentaux, les asiles…Je ne sais si c’est bien… Cependant, la prison fait partie de ces lieux d’exclusion. Mais, je pense qu’il est toutefois nécessaire qu’il existe des lieux afin que des personnes soient misent à l’écart par rapport aux actes réalisés afin qu’elles puissent trouver une raison et un sens à ce qu’elles ont fait. Ce qui est important, pour la prison, c’est qu’un maximum d’interlocuteurs y entrent et rencontrent les détenus. Les associations, partenaires sociaux  etc. permettent de répondre, grâce aux faces à faces,  à cette solitude que dévoile l’enfermement. Il est fondamental que la prison soit humanisée et l’entrée de visages différents, par diverses interventions, est un bon moyen.
Il est fondamental de ne pas tomber dans un système sécuritaire en prison. Cela peut générer la récidive. La prison développe les réflexes de Pavlov à cause du rythme imposé par le règlement. Il faut que les détenus s’essayent à l’autonomie de vie, à apprendre à vivre par eux-mêmes afin de préparer leur sortie et le retour à la vie en société où ils seront pleinement autonomes. D’où l’importance de conditions de vie décente qui peut commencer par pouvoir bénéficier d’une cellule individuelle.

Quelle phrase de l’Ecriture vous fait vivre ?

« La femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! Vois, je t’ai gardé dans la paume de mes mains, tes remparts sont devant moi sans cesse ». » Is 49. 15-16

Nous remercions la rédaction de la revue « Avec vous, Le journal interne de la Congrégation de l’Armée du Salut et de ses amis », de nous autoriser à publier ici l’entretien réalisé par Pierre-Baptiste Cordier, paru dans le numéro 76 de février 2010. Le site : www.armeedusalut.fr

Henri Gesmier, éducateur spécialisé depuis 30 ans à la prison de Fleury-Mérogis et prêtre de la Mission de France.

« Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne »

Votre ministère de prêtre consiste à être éducateur spécialisé à la prison de Fleury. Pourquoi ce choix d’exercer votre métier en prison ?

Je pense que l’on choisit un métier en fonction de son histoire, de ses rencontres. J’ai été élevé dans un orphelinat, en province et certains de mes copains ont fait de la prison. Je n’avais pas d’idées précises de ce que c’était. A leur contact, j’ai souhaité la connaître de l’intérieur alors je me suis formé comme éducateur spécialisé en prison. L’éducateur est celui qui prend la clef des cellules, qui va à la rencontre des détenus pour entamer avec eux un dialogue, un accompagnement social. Choisir d’y être prêtre c’est témoigner de la présence de Dieu et de l’Eglise au monde, en étant comme «  monsieur tout le monde ». J’ai fait le choix d’être prêtre au travail conscient du mur qu’il y a entre l’Eglise et le Monde et de cette incroyance. Etre prêtre au travail c’est rejoindre ces deux dimensions qui coexistent l’une à côté de l’autre

Ce qui est terrible en prison, c’est le face à face avec soi-même et être pleinement présent à l’autre et lui permettre de trouver d’autres interlocuteurs, c’est l’aider à s’en sortir, à reprendre pied lorsqu’il sera dehors.. Il est aussi important  de ne jamais s’habituer aux situations, il y a toujours quelque chose de nouveau.

Comment vivez-vous votre ministère de prêtre en prison ?

Prendre du recul est tout aussi indispensable que de faire silence. C’est là que j’entretiens ma relation personnelle avec Dieu, dans la prière seule ou avec d’autres croyants. Rencontrer des amis en dehors de mon cercle professionnel est aussi important.

C’est aussi allez vers celui qui souffre. Un détenu souffre et je suis là, comme travailleur social, pour l’aider à s’en sortir, à regarder ses erreurs pour préparer sa sortie. Cette sortie est à préparer dès son arrivée. Aider l’autre à penser activement à sa sortie, c’est lui permettre de ne pas se focaliser sur le passé. Pour comprendre le présent, bien sûr que le passé est important mais à la seule condition qu’il éclaire l’avenir.

Il y a une part de divin à rechercher dans chaque personne. Il y a d’innombrables richesses chez l’autre, parfois enfouies du fait de son histoire ou des circonstances de la vie.

La prison est souvent un lieu dur, où la dignité de l’homme peut être malmenée. Quel regard portez-vous sur la prison ?

Tout système social crée ses lieux d’exclusion pour essayer de répondre aux problèmes que pose la société. Il y a eu pour les enfants abandonnés, la création d’orphelinats, pour les malades mentaux, les asiles…Je ne sais si c’est bien… Cependant, la prison fait partie de ces lieux d’exclusion. Mais, je pense qu’il est toutefois nécessaire qu’il existe des lieux afin que des personnes soient misent à l’écart par rapport aux actes réalisés afin qu’elles puissent trouver une raison et un sens à ce qu’elles ont fait. Ce qui est important, pour la prison, c’est qu’un maximum d’interlocuteurs y entrent et rencontrent les détenus. Les associations, partenaires sociaux  etc. permettent de répondre, grâce aux faces à faces,  à cette solitude que dévoile l’enfermement. Il est fondamental que la prison soit humanisée et l’entrée de visages différents, par diverses interventions, est un bon moyen.

Il est fondamental de ne pas tomber dans un système sécuritaire en prison. Cela peut générer la récidive. La prison développe les réflexes de Pavlov à cause du rythme imposé par le règlement. Il faut que les détenus s’essayent à l’autonomie de vie, à apprendre à vivre par eux-mêmes afin de préparer leur sortie et le retour à la vie en société où ils seront pleinement autonomes. D’où l’importance de conditions de vie décente qui peut commencer par pouvoir bénéficier d’une cellule individuelle.

Quelle phrase de l’Ecriture vous fait vivre ?

« La femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! Vois, je t’ai gardé dans la paume de mes mains, tes remparts sont devant moi sans cesse ». » Es 49. 15-16

 

 

Propos recueillis par Pierre-Baptiste Cordier.

 

 

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