Le pouvoir de bâtir

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Le pouvoir de bâtirL’Évangile de ce 21e dimanche nous présente Jésus qui confie à Pierre le pouvoir de lier et délier. Dans la tradition catholique, nous y voyons le pouvoir du Pape de lever le mariage contracté. Mais ne restons pas sur cet aspect canonique de l’Évangile. Allons plus loin et tâchons de saisir ce que le Seigneur peut nous dire dans la liturgie de ce dimanche. D’un côté le livre d’Ésaïe nous présente un pouvoir temporel et de l’autre, l’Évangile nous présente un pouvoir complet mais à dominante spirituelle. Peut-être il nous faut entendre que le vrai pouvoir est celui qui se réfère au divin. Celui qui consiste à se mettre au service des autres.

Pouvoir

Pierre reçoit le pouvoir du Christ, le pouvoir des clefs pour la conduire l’Église, la guider sur le chemin de la découverte du Christ. Il n’est pas question ici d’institution, de clergé, de règles canoniques – tout cela est toutefois nécessaire. Jésus confie à Pierre d’être la pierre de fondation, celle sur laquelle ses frères et ses sœurs peuvent s’appuyer. Là est sans doute la mission première de l’Église : donner aux uns et aux autres de s’appuyer sur elle pour vivre son baptême.

Fondation

Pour que cette mission vive, le Christ a laissé la conduite de l’Église aux apôtres et à Pierre en particulier. Pour autant, même s’il est la pierre de fondation, à lui seul il ne peut rien faire. Imaginons un bel édifice où seules les premières pierres ont été posées. Il ne ressemblerait à pas grand chose. Alors, le pouvoir de Pierre est de permettre aux pierres de tenir les unes avec les unes. Sa mission est que l’ensemble soit une maison disponible, fraternelle et accueillante.

Mission

Il s’agit donc bien de notre mission commune. Nous avons à être solidaires des uns des autres ; conscients que s’il manque une pierre à l’édifice, il s’écroule. En même temps, il nous faut prendre conscience que dans l’Église du Christ, il doit toujours y avoir de la place pour une pierre nouvelle, vivante et vraie. Nous n’avons pas à nous enfermer dans une communauté historique qui se rend esclave de ses traditions. Il faut laisser les portes ouvertes et un mur disponible pour que chacun se sente accueilli et utile dans nos communautés.

Vocation

Pour autant, ne nous y trompons pas. Si l’Église est confiée à Pierre, premier des disciples, elle n’a pas pour vocation de s’auto-suffir, ni de s’auto-célébrer. Son pouvoir est là pour montrer le Christ et révéler au monde les merveilles de Dieu. Se laisser conduire par Pierre et la foule des saints et des saintes qui ont pris sa suite, c’est entrer dans la louange. Les mots de Paul dans la seconde lecture nous en indiquent la tonalité. Lorsque nous louons Dieu, nous entrons dans la reconnaissance de sa grandeur, de sa différence avec nous. Pour autant, nous sommes invités à reconnaître que sa miséricorde est première. C’est par son fol amour qu’il a choisi de confier à Pierre le pouvoir de bâtir l’Église.

Amour

Il s’agit bien de montrer la voie du plus grand amour, du don absolu de l’amour. Rien de plus, rien de moins. Nous avons par conséquent une grande responsabilité lorsque nous souhaitons vivre vraiment notre baptême. Non seulement, il nous faut être dignes d’être reconnus enfants de Dieu mais il nous faut surtout vivre en chair et en actes cette mission d’annonce de l’amour de Dieu. Pour cela, il nous est nécessaire de nous appuyer bien-sûr sur la grâce mais surtout d’être attentifs à tous ces lieux où l’amour de Dieu manque.

Sachons donc user du pouvoir que Dieu nous donne d’être ceux sur lesquels il compte. Accomplissons à temps et à contretemps, la bienveillante vigilance qu’il nous donne d’exercer. Apprenons de Lui qu’il est la boussole, le sémaphore qui guide notre vie mais il nous revient de la diriger vers la lumière de cet amour éternel.