Ainsi soient-ils : Amour, soutane et compassion

Le Jeudi 22 octobre 2015 ont été diffusés les derniers épisodes de la série culte d’Arte : Ainsi soient-ils. Au fil des épisodes nous avons fait route avec des jeunes hommes sentant en eux le de désir rejoindre les hommes et les femmes de ce temps au travers du presbytérat. Du séminaire aux premiers temps de leur exercice ministériel nous avons pu parcourir leurs difficultés et être confrontés aux difficultés, joies, questionnements, conversions de ces hommes devenus prêtres. Sur ce chemin, ce sont aussi des visages d’Église qui nous ont été présentés au travers de cette fiction ô combien réaliste…
Engagement
ainsisoientilsDu séminaire des Capucins aux couloirs de la Conférence des Évêques de France en passant par ceux de Rome ou de presbytères peu accueillants, voilà le décor d’Ainsi soient-ils. Nous pouvons nous étonner par cette atmosphère parfois complotiste où la foi et l’attachement au Christ sont loin. Ou bien encore par ces moments d’hésitation, de retournement intérieurs de nos séminaristes avec leur passé ou de ceux qui ont charge de gouverner l’Église. Des histoires d’amour, de passion… des histoires d’hommes et de femmes qui cherchent un sens à leur engagement au cœur de leur humanité.
Nous pouvons bien sûr juger tel ou tel qui semble « infidèle » à son célibat ou bien se dire que ces fragilités sont belles car nous appellent et nous invitent à relire, revisiter les nôtres. Quel appel fait jaillir en nous cet amour de Yann avec Fabienne, la quête du père Bosco avec son amie magnétiseuse qui lui redonne vie et espérance et en même temps qu’une nouvelle appétence pour la rencontre ? Même les errements du père Abel avec sœur Antonietta sont signes de cette humanité partagée avec ceux qui sont dits « mis à part » du fait de sacrement de l’ordre….
Cette série, qui reste une fiction, est pourtant bien réaliste quant aux combats – gagnés ou même perdus – d’hommes, de femmes appelés à vivre une certaine radicalité dans l’engagement.
D’aucuns dans doute s’en offusquent trouvant scandaleux que l’Église soit une fois de plus décriée au travers d’affaires de pédophilie, d’homosexualité, de secrets d’alcôves sous couvert de soutanes rouges, violettes ou blanches… mais, malheureusement, c’est peu ou prou la vérité. Ainsi soient-ils, pour autant, ne vient pas jeter l’opprobre sur l’Église, ne se focalise pas sur les faits mais vient nous inviter à partager une expérience, à rencontrer, au travers de la caméra, des situations concrètes qui ont été, sont et seront vécues par des vrais gens et pas seulement au cinéma.
Amour
Ainsi soient-ils est une série qui ne fait que parler d’Amour. Amour de Dieu, Amour de l’Église, Amour des uns et des autres, Amour du pouvoir… Nous voyons bien en regardant cette série que rien de ce qui fait la vie des hommes et des femmes de ce temps n’est étranger à ces gens d’Église. La passion du père Fromenger pour aider les séminaristes à choisir par eux-mêmes ou celle de son conseil pour la règle et le dogme nous confrontent à nos propres passions au regard de nos contradictions. C’est une invitation à toujours chercher au plus profond de nous ce qui nous fait vivre davantage en faisant, parfois, fi de la règle. Car, comme Bernanos l’écrit dans Le dialogue des Carmélites : « Ce n’est pas la règle qui nous garde, c’est nous qui gardons la règle ».
Au cœur de cette passion du pouvoir, qui semble être le fer de lance des couloirs de la Conférence des Évêques de France, ou dans le désir d’une Église plus « humaine et plus proche » voulue par le père Fromenger et ses amis, nous voyons s’opposer deux visons de l’Église mais un seul et même mouvement : celui de rendre le Christ présent.
Tensions
Cette Église, que l’on soit proche de l’une ou l’autre vision, peut soit nous faire horreur, soit inviter à nous laisser habiter par nos tensions. Par exemple : pour Yann ,dénoncer son curé pédophile et vivre avec l’amour de Fabienne ; vivre son sacerdoce en cohérence avec son homosexualité pour Guillaume et transcender son curé veule et désagréable pour pouvoir vivre la joie d’une rencontre avec d’autres croyants ou non ; accepter que Tom n’entre pas dans son schéma de pensée pour José ou bien encore pour Mgr Poileaux rester fidèle à son humilité et à ses promesses au risque de perdre le Vatican. Ainsi soient-ils est en fait presque une école de discernement. Un discernement pour vivre davantage de la grâce de la rencontre par delà toutes entraves, fatigues et autres contradictions.
Capucins
L’esprit des Capucins scande les épisodes de cette série. Un esprit, forgé par le père Bosco, qui a réussi à percer la carapace de Mgr Poileaux à la fin du dernier épisode. Cette transformation, cette conversion de ce dernier, parfois hésitant, est due, à mon sens, à la découverte de son désir profond d’annoncer le Christ au-delà de toutes manipulations contrairement à son successeur, présenté comme carriériste et défendant une vision de l’Église quelque peu poussiéreuse. Le retour de Rome de Mgr Poileaux après le Conclave, sa passation de responsabilité de l’Église qui est en France lui a ouvert les yeux, tel Paul sur le chemin de Damas. C’est un chemin de liberté qui lui est ainsi offert, invitant à trouver des compagnons assoiffés comme lui d’une vie qui se déploie, au nom du Christ, par un quotidien, même pétris de contradictions. Mais n’est-ce pas cela la foi ? Entrer dans un mouvement d’amour nous amenant à nous interroger chaque jour davantage sur le poids de son choix et à s’enraciner en ceux qui nous font vivre davantage ?
Cette série des trois saisons est vraiment à visionner. Pour celui ou celle que la foi chrétienne habite c’est une occasion de la confronter avec les situations décrites dans Ainsi soient-ils. Situations qui résonnent sans nul doute avec une réalité passée ou présente. Laissons-nous rejoindre également par tel ou tel personnage, peut-être nous sentons-nous proche de l’un ou l’autre… Les auteurs nous invitent, sans doute à leur insu, à un itinéraire intérieur spirituel. C’est en quelque sorte le message que Mgr Poileaux veut nous faire passer lorsque avec empressement il veut faire revivre l’esprit des Capucins afin de vaincre une Église qu’il dit moribonde. Cet esprit n’attend pas pour annoncer le Royaume du Christ aux hommes et aux femmes de ce temps car comme dirait Mgr Poileaux : « Il est là, devant nous. Ça a toujours commencé ; ça a toujours déjà commencé »

François : n’oublie pas les pauvres

François : N’oublie pas les pauvresAujourd’hui, le Président de la République, François Hollande, va rencontrer dans le cadre d’une visite privée le Chef de l’État du Vatican, le Pape François. Continuer la lecture de « François : n’oublie pas les pauvres »

Ajustés au service

Ajustés au serviceLe parlement a voté la semaine dernière la loi ouvrant le mariage aux personnes du même sexe. Il reste, certes, encore quelques étapes avant qu’elle soit promulguée mais elle le sera de toute manière. Que nous soyons d’accord, pas d’accord ou que cela demeure une interrogation cette loi devra s’appliquer, comme toutes les autres. La démocratie c’est aussi cela : accepter que ceux qui nous représentent fassent des choix en notre nom, au nom du mandat que nous leur avons confié par notre bulletin de vote. Maintenant que cette loi est votée, peut-être que les voix qui se sont élevées de toutes parts, ces manifestations grandiloquentes, ces vedettes haranguant la foule, tels des camelots, pourraient rester sur leur lancée pour dénoncer les injustices sociales, les conditions de vie des personnes roms dans notre pays, les licenciements injustes… Bref, tout ce qui bafoue la dignité de l’être humain ! Continuer la lecture de « Ajustés au service »

Au service de sa divine Majesté

Le siège de Pierre est vacantLe siège de Pierre est vacant. Benoît XVI, souverain pontife émérite, après avoir souhaité bonne nuit à la foule réunie à Castel Gandolfo s’est retiré dans la paix pour se consacrer à l’étude, à la prière et… à son piano. Voilà une situation inhabituelle pour l’Église catholique et ses fidèles : faire comme si le souverain pontife n’était plus de ce monde, alors qu’en fait il est mais émérite. Ces derniers jours du Pape sortant ont été d’une grande intensité et pas seulement dans le registre de l’émotion. Benoît XVI est resté cet « humble serviteur à la vigne du Seigneur » et a invité les fidèles de l’Église qu’il a servie durant presque huit ans comme successeur de Pierre à se tourner vers Celui qu’il n’a jamais cessé de servir : le Dieu père, fils et Esprit Saint.
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Ensemble luttons contre la pauvreté

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Le logement est plus qu’une urgence

La semaine qui vient de se terminer a connu une actualité sociale particulièrement agitée, entre les remous du feuilleton dramatique d’Arcelor-Mittal, la manifestation du collectif des associations unies pour le logement, la commémoration des morts de la rue et les propos maladroits de Cécile Duflot par rapport à l’engagement de l’Eglise envers les plus pauvres –

la charité n’a pas d’heure disait le fondateur du Secours Catholique : Jean Rodhain (sic).

Celle qui arrive s’ouvre par un événement politiquement important : la Conférence contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale. Gageons que cette dernière permettra de notables avancés dans la prise en compte de ces 8 millions de personnes les plus défavorisées. J’espère aussi, même si j’ai quelques doutes, que cela permettra au gouvernement en place de se démarquer des 5 années de mépris que nous venons de connaître, notamment sur ces questions.
La neige s’abat un peu partout sur la France, le froid poursuit son offensive et de nombreuses personnes emmitouflées, bonnet vissé sur la tête, courent dans les sanctuaires de notre modernité pour faire le plein de cadeaux pour ceux qui leurs sont chers. Pourtant, pendant ce temps là, nous pouvons voir ici ou là, dans le renfoncement d’un porche d’immeuble (quand des décorations idoines ne l’empêchent pas), les couloirs du métro…. des personnes, elles-aussi, emmitouflées, non dans des manteaux mais dans des couvertures de fortune. Quand mon chemin les croise, un malaise m’envahit. Comment est-ce possible qu’aujourd’hui des personnes puissent en être réduites à se mettre à l’abri ainsi ? Quelle est donc cette société, soi disant riche, qui laisse derrière elle ses plus fragiles. Certes les places d’hébergement d’urgence sont saturées, le 115 ne répond pas, les associations ne savent pas trop comment faire. Bref, c’est un peu la chienlit en France pour les pauvres. Pour autant, le Président Hollande nous a promis le changement, de sortir de cette politique de l’urgence hivernale pour entrer dans une vraie politique de l’hébergement et la construction de 150000 logements sociaux. Mais, telle sœur Anne, nous ne voyons rien venir
Le logement durable c’est pour quand ?
Un des problèmes majeurs dans la lutte contre la précarité c’est ce manque de logement ou du moins d’offres de logement qui soient adaptées aux revenus faibles. Souvent, pour louer un logement, il faut faire preuve d’une solidité à toute épreuve associée à des garants et à un CDI. C’est déjà difficile pour un salarié dans la moyenne alors pour une personne en précarité, je n’ose imaginer. D’autant plus que les cautions publiques ne sont pas forcément acceptées dans le secteur privé. Une vraie réflexion est à poser et à approfondir sur ce nécessaire accès au logement. Un autre souci, dans cette même thématique est le dispositif social qui ressemble à un mille feuille. Du fait, notamment, du manque de logement autonome, des personnes restent dans des dispositifs type Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale ou dans des hôtels sociaux alors qu’ils ont simplement besoin d’un accompagnement social léger par exemple pour gérer leur budget ou retrouver un travail. Ce mode de fonctionnement cantonne les personnes dans une dépendance qui ne leur permet pas de (re)trouver une autonomie et une dignité suffisantes à mon sens. Gageons que là aussi cette conférence du début de la semaine prochaine change les pratiques actuelles et fasse du logement une vraie priorité nationale.
Accueil et accompagner
Si nous parvenons à une véritable politique du logement d’abord, initiée par le précédent gouvernement, souhaitée par les associations, ce sera une véritable avancée.  Cependant, il ne suffit pas de loger les gens correctement pour que tout se passe bien. Nous voyons bien ce qui se passe à la fin de la période hivernale où l’on ouvre gymnases, casernes, salles paroissiales et autres abris de fortune. Ces personnes accueillies sont remises gentiment, poliment à la rue. Tout de monde est désolé mais il fait moins froid, le gouvernement ne donne plus de moyens car la trêve est rompue alors « au revoir et… à l’année prochaine ». Même si, lorsque ce sont des professionnels de l’action sociale qui gèrent ces lieux, certaines personnes peuvent raccrocher avec le cours ordinaire d’une vie de citoyen. Ajoutons que c’est, hélas, conditionné au fait qu’ils possèdent des papiers voire la nationalité française. Soulignons, au passage, l’abrogation du forfait de 30€ pour les sans papier voulant consulter un médecin.
Il ne suffit donc pas seulement d’accueillir, il faut absolument mettre tout en place pour accompagner les personnes hébergées. Elles sont besoin d’un toit, de repas chauds, de vêtements propres mais surtout d’une écoute professionnelle bienveillante qui puisse les orienter convenablement. Ici encore la bonne volonté, la grandeur de cœur et l’ouverture d’esprit ne suffisent pas. Il est nécessaire que l’exclusion, enfin l’inclusion, tout comme l’hébergement soient au premier rang des politiques publiques. N’oublions pas également que les premiers concernées, c’est-à-dire, les personnes accueillies et qui sont en situation d’exclusion, puissent et doivent avoir voix au chapitre. Accompagnées par des professionnels de l’action sociale, elles sont capables d’exprimer des pistes pour une politique publique efficace qui réponde à leurs besoins.
Au bout de six mois de présidence de François Hollande, le bilan est plutôt mitigé voire décevant. J’attendais de grandes décisions sociales, fidèles aux valeurs de gauche. Je ne vois que de timides errements et hélas, pour seule grande réforme sociale, le mariage homosexuel. Une fois encore ce débat mérite d’avoir lieu mais la souffrance des personnes les plus fragiles et démunies devrait être la priorité numéro un. Alors, j’exhorte ce Président que j’ai élu, soutenu depuis la primaire à l’Elysée, à ne pas décevoir ceux qui attendaient un vrai changement dans l’exercice du pouvoir. Ce ne sont pas de mesurettes dont les Français ont besoin mais de signe fort en faveur des moins favorisés. S’occuper de la crise économique est important, des minorités sexuelles aussi, mais des minorités au niveau du pouvoir d’achat et de la vie quotidienne tout autant. Alors, monsieur le Président, je vous le demande, n’oubliez pas les pauvres.

Allons de l’Avent

Lumière d'Avent - DRAvec ce dimanche du Christ-Roi nous entrons dans les derniers jours de l’année liturgique. Dimanche prochain, il sera temps, pour chacun d’entre nous, d’orienter nos pas et nos cœurs vers l’événement clé de ce mois de décembre qui arrive : la fête de la Nativité. Dieu qui vient parmi nous est l’occasion de réfléchir sur la manière dont nous pouvons apporter Dieu à notre monde. Pour avancer dans cette question essentielle, la nouvelle Evangélisation, dont le Pape a fait une priorité, et celle de la Diaconie, le service du prochain, sont des outils précieux. Sachant qu’il nous revient de faire rayonner la justice et l’amour en ce monde en vue de la croissance du Royaume.
Ces derniers temps, l’actualité médiatique de l’Eglise a plus été centrée sur sa participation aux manifestations anti mariage pour tous qu’à alerter.  Elle a été peu entendue sur les sujets concernant de réelles urgences sociétales comme le budget européen et notamment le risque de voir le financement de l’aide alimentaire aux plus démunis se réduise en peau de chagrin ou bien encore cette question de l’hébergement des personnes qui dorment à la rue. Des initiatives existent ici et là comme dans le diocèse de Saint-Denis-en-France et bien sûr les mises à disposition de locaux par l’Etat aux associations spécialisées. Pour autant, cela fait des années et des années que ces lieux ouvrent et il y a chaque année davantage de personnes qui sont en demande. Lutter contre les précarités de ces hommes, femmes, enfants ressemble à s’y méprendre au mythe de Sisyphe.
Je fais un rêve
Je rêve que tous ces hommes et femmes qui ont défilé dans les rues pour/contre le mariage pour tous soient autant actifs pour défendre la dignité de leurs contemporains qui n’ont pour espérance que le bol de soupe offert le soir sous le métro aérien. A quand tant de buzz, tant de statuts facebook, de tweets… pour dire que cela suffit, qu’il est temps de trouver des solutions. Qu’il est scandaleux de laisser au XXIe siècle des personnes au ban de la société pour diverses raisons, bien souvent complexes. Peu importent ces raisons, cherchons ensemble professionnels, politiques, hommes et femmes de bonne volonté, les manières concrètes d’agir durablement.
Bâtir ensemble
Ce Jésus que nous portons dignement dans des ostensoirs richement ornés est le même qui, dans les Evangiles, est né au creux d’une mangeoire, sur la paille d’une étable. Les premiers pas de Jésus, Dieu incarné, est celui d’un exclu. Nulle part, il y avait de la place pour Marie et Joseph .Combien de « saintes familles » aujourd’hui frappent à la porte des auberges de notre temps et sont éconduits car ils ne sont pas dans un profil établi ? Il ne s’agit pas de faire de nos logements, des lieux d’habitation pour ces exclus mais de les aider à trouver un lieu qui soit leur chez eux. Cela passe d’abord par les considérer comme des hommes et des femmes à part entière. Comme chacun de nous, ils sont animés par des passions, ont le sens du goût… Nous serions sans doute très étonnés, si nous prenions vraiment le temps des les écouter, par leur bon sens et leurs connaissances. Cessons d’ajouter à leur précarité économique de la précarité culturelle. Par la culture, il y a sans doute un moyen de contribuer à bâtir avec eux un « vivre ensemble ».
Amener l’Evangile au monde
Entrer, au nom de sa foi en Jésus le Christ dans ce combat c’est aussi un moyen de vivre l’Evangile et de l’amener aux hommes et aux femmes de ce temps que nous rencontrons au quotidien. Ce témoignage par le concret est un vrai chemin pour l’annonce de la foi, comme l’a dit Claude Dagens, évêque d’Angoulême dans une conférence donnée récemment :

C’est donc à l’intérieur même de cette société, à l’intérieur de ses incertitudes, de ses fragilités et de ses peurs qui sont aussi les nôtres, que nous avons à croire au Christ Jésus, à le prier, à écouter sa Parole, à nous nourrir de sa vie et à témoigner de cette vie avec Lui.

Les banderoles et autres agitations sont de beaux exutoires à la colère mais rien ne remplacera jamais une action nourrie de la rencontre qui fera émerger ce huitième sacrement : celui du frère, de la sœur.
Missionnaire de la Joie
Ce temps de l’Avent qui va nous amener à Noël doit nous aider à tenir dans l’espérance que tout n’est pas vain, que cela vaut la peine de se battre avec ceux qui sont les plus fragiles. Apprenons du Christ à faire avec les personnes et non seulement pour elles. L’autonomie est source de croissance, sinon Dieu ne nous aurait pas créé libres. Aidons-nous à garder l’espérance chevillée au corps, elle est, elle aussi, source de croissance. Notre monde n’a pas besoin de prophètes de malheur, de chrétiens qui paraîtraient revêches ou même d’une Église qui passe pour être obsédée par les questions de sexualité. Nous avons besoin d’être des apôtres de la joie, que nous chanterons avec dynamisme dans le « Gloire à Dieu » des anges la nuit de Noël. Soyons prophètes, apôtres et missionnaires de la joie qui nous vient de Dieu pour chacun de ceux qui sont nos frères et sœurs en humanité.

Pleins feux sur les pauvres

Ces dernières semaines, les projecteurs ont été mis sur l’actualité de l’Eglise catholique en France. Ses positions fermes et définitives quant au refus du mariage pour tous préparé par le gouvernement ont été fortement relayées. Pourtant, il y aurait tant à dire sur des initiatives qui germent ici ou là quant à l’accueil de l’autre, d’autant plus lorsqu’il est en situation de pauvreté et de précarité. Il serait bon de se rappeler que l’Eglise, ce n’est pas que le Pape, les cardinaux et consorts, mais tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans cette fraternité offerte par le Christ. Ce que l’Eglise appelle la diaconie.

Dès les premières pages de l’Evangile, nous voyons Jésus choisir les apôtres pour « être avec lui ». Cette notion est, pour moi, le cœur de toute annonce de la Parole, de toute action au service de notre prochain. « Etre avec », c’est respecter l’autre, le considérer comme un alter ego, une personne digne d’intérêt. C’est parfois difficile au quotidien, et plus encore lorsque nous sommes auprès de personnes en situation de pauvreté, dont certaines mendient. C’est une vraie question que cette pauvreté pour celui qui se dit disciple du Christ. Lui-même nous a laissé une phrase choc : « Des pauvres, vous en aurez toujours » Mt 26,3. Même s’il y aura toujours un écart entre les riches et les pauvres, cela n’est aucunement satisfaisant. Depuis des années, des hommes et des femmes disciples du Christ se battent pour que des personnes parmi les plus démunies le soient moins, qu’elles puissent vivre dans des conditions les moins mauvaises possibles. Hélas, ce combat semble perdu d’avance, année après année, lorsqu’on lit les derniers rapports du Secours Catholique ou ceux du Samu Social, qui n’arrive pas à endiguer le flux de personne qui demandent un hébergement d’urgence. Que faire, si ce n’est ouvrir toujours plus de lieux d’accueil ? Or, l’espace n’est pas extensible et la ou les solutions sont sans doute autre part. Accueillir, héberger, mettre à l’abri est une bonne chose en vue, si possible, d’une insertion et d’un nouveau départ mais c’est un peu comme vider la mer à la petite cuillère.

Se battre en faveur de la justice

La phrase de Marx « les problèmes des pauvres ne trouveront pas leur solution dans l’aumône mais dans l’exigence que justice soit faite » peut nous aider à saisir qu’il s’agit bien plus d’agir en amont, de réfléchir sur les causes que d’aménager cette pauvreté. Un des axes est d’abord de mettre un point d’arrêt à la stigmatisation : les personnes en situation de pauvreté n’ont pas choisi délibérément de vivre dans cette situation, contrairement à ce que certains discours politiques de ces dernières années ont laissé entendre. Ensuite, c’est essayer de comprendre comment elles en sont arrivées là, quel est leur parcours de vie, où sont la ou les pierres qui l’ont fait trébucher. Ce dialogue patient et attentif peut aider à trouver les lieux des fractures sociales et de mettre en place des dispositifs alternatifs. La société véhicule également des modèles de réussite qui peuvent être stigmatisants et anéantir toute volonté de mener à bien un projet personnel du fait du regard de l’autre ou de la méconnaissance de dispositifs adaptés …. Tous ces éléments sont des champs d’investissement et d’investigation sur lesquels les chrétiens ont leur mot à dire. C’est une réelle question de justice. En 1971, les évêques réunis en synode sur ce thème ne disaient pas autre chose :

Agir au nom de la justice et participer à la transformation du monde sont, à nos yeux, une dimension constitutive de l’annonce de l’Evangile ou, ce qui revient au même, de la mission de l’Eglise pour la rédemption du genre humain et sa libération de toute forme d’oppression.

C’est lorsque ce souci de la justice et de la justesse de l’attitude, enracinée dans l’Evangile, sera au cœur des dispositifs que notre investissement vis-à-vis des personnes en situation de pauvreté produira des fruits pérennes.

Servir les pauvres

Le service de l’autre, c’est le service du Christ. Nous ne servons pas le pauvre pour être en règle avec l’Eglise mais parce que le Christ nous fait saisir que dans cet autre, plus fragile, se dit le véritable enjeu de la relation humaine. Cette relation est de l’ordre du don, qui n’a pour récompense que la joie du service accompli, espérant en même temps être utile à l’autre. Ce terme de service, dans l’Eglise, nous vient du grec « diakonia ». Peter-Hans Kovenbach, ancien général de la Compagnie de Jésus, en donne une très bonne définition dans un article paru en 2007 :

la signification complète de ‘diakonia’ n’est pas seulement de servir à table mais d’être un intermédiaire. Il s’agit de la personne envoyée par quelqu’un pour faire quelque chose au bénéfice de quelqu’un d’autre.

J’aime bien cette notion de « faire quelque chose au bénéfice de ». Cela oriente l’action, qui est toujours tournée vers le bien, vers une amélioration. Le service des plus pauvres est non seulement une manière de se rendre utile mais aussi d’offrir quelque chose de plus à celui que l’on sert au nom d’un autre. A l’heure où l’Eglise réfléchit à l’annonce de l’Evangile, il est important de ne pas oublier que son seul but est d’aider les hommes et les femmes de ce temps à rejoindre le Christ. Nous ne devons pas être des obstacles à cette rencontre mais, à notre manière, des relais qui disent en actes et en paroles, malgré nos propres pauvretés, quelque chose de la tendresse de Dieu.

Etre avec les pauvres

S’engager au service des pauvres ne doit pas nous faire oublier que tout service est relation. Cela doit être une invitation à nous laisser débarrasser de tout désir de pouvoir, de prendre l’avantage sur l’autre parce que je le sers. Ce service de l’autre demande une véritable écoute, une véritable attention de chaque instant. Il y a des échanges qui ne sont pas forcément de l’ordre du parler, dans cette relation qui se tisse au fur et à mesure. Ce service est avant tout une rencontre et dans cette rencontre, c’est l’humanité qui passe avant tout. Jésus, dans l’Evangile, se laisse déplacer par ses rencontres. Il invite certes à emprunter le chemin qui mène à son Père mais n’en impose pas l’itinéraire. C’est cette idée que nous devons avoir en tête dans toutes nos relations, et notamment dans celles avec des personnes en situation de pauvreté. Acceptons qu’elles puissent nous révéler des chemins pour lutter avec elles contre ces injustices qui mènent aux situations de pauvreté. Leurs paroles peuvent être tout aussi expertes, leurs opinions sont très souvent aussi, voire plus pertinentes que celles des commentateurs ou éditorialistes que l’on voit à longueur de temps sur les chaînes de télévision.

A l’heure où l’Eglise catholique réfléchit sur la manière d’annoncer ce trésor de la foi aux hommes et aux femmes de ce temps, il me semble urgent qu’elle concentre ses efforts sur cette notion vitale du service du frère, de cette diaconie plutôt que sur le mariage pour tous. Elle est en ce dernier domaine sans aucun doute victime du prisme des médias, qui ne s’intéressent à l’Eglise que lorsqu’elle parle d’(homo)-sexualité. Je pense qu’elle a suffisamment de  relais dans les sphères d’influence pour peser de tout son poids sur les décideurs et faire bénéficier de son savoir-faire, de son savoir-être et de son expertise en matière de lutte contre les exclusions. Alors, messieurs les évêques, à vous de jouer. Montrez-nous concrètement que les pauvres doivent occuper les premieres places tant dans les églises que dans les colonnes des journaux et les préoccupations des responsables politiques, en vue de trouver des solutions justes et pérennes.

L’urgence n’est pas le sexe mais l’Amour

La Prière pour la France écrite et proposée par André Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris a déchaîné les passions (surtout celles de la braguette) et a ouvert l’inénarrable boîte de Pandore des rapports entre le sexe et l’Eglise. Le site A la table des chrétiens de gauche traite cette question sous la plume de René Poujol. Certes, le sexe et l’Eglise forment un couple chaotique, leur cohabitation ne semble pas être des plus faciles mais aujourd’hui, n’il y a-t-il pas d’autres urgences que de se cristalliser sur le bas ventre ? Même si c’est de là que la vie provient, ne pourrions-nous pas nous élever et tâcher de faire entendre autre chose que ce sempiternel refrain « l’Eglise est contre le sexe » ?

La position du missionnaire c'est renconter l’autre  - DRL’Eglise et la sexualité c’est un peu comme les feux de l’amour ou autre série fleuve. Cela revient sur le devant de la scène, comme ça, parce qu’un prélat a osé prendre une position, souvent prudente, un tantinet sibylline et peut être maladroite. S’en suivent les gros titres des journaux, des échanges enflammés sur les réseaux sociaux et de nombreux billets sur des blogs. Tant mieux ! Cela crée du débat, de l’émulation mais c’est souvent vain car chacun campe sur ses positions. Certains, dans l’Eglise, ne sont d’ailleurs pas en reste quant à cette obstination.

La sexualité en dialogue

Nous pouvons trouver parmi les ardents défenseurs de cette position dure les passionnés d’ornements ecclésiaux et autres lingeries en dentelles… mais ne généralisons pas… Il m’apparaît important de sortir de cette stérilité en débat pour entrer, enfin, en dialogue. N’est-ce pas d’ailleurs le point d’ancrage de toute vie le dialogue ? Nous sommes toujours gagnant à ouvrir l’échange, à la condition d’une part de bien comprendre ce que l’autre dit, et d’autre part d’accepter d’être déplacé dans sa compréhension des choses. Sinon, c’est une perte de temps. Un ami prêtre me disait récemment que lorsqu’il doit écrire quelque chose à propos du couple, de la morale sexuelle il se tourne naturellement vers plusieurs de ses amis mariés ou en couple qui connaissent bien mieux la réalité que lui, célibataire pour le Royaume. Il n’est sans doute pas le seul dans cette situation mais cela donne une méthode humble qui m’apparaît pertinente. L’institution ecclésiale n’est pas omnisciente et en matière de sexualité sa pratique est assez limitée. Nos clercs ont certes aussi à faire des efforts dans ce domaine, mais chacun a des torts. Les médias en premier : quand l’Eglise parle de régulation financière, de dignité des conditions de travail, travaille au milieu des nations pour que la paix puisse voir le jour… nul, sauf la presse spécialisée, n’en parle. Pourtant l’information existe et est accessible à qui veut bien se donner la peine de chercher.

L’urgence n’est pas le sexe

Pour moi, l’urgence pour l’Eglise ne réside en des questions de sexe, d’homosexualité, de pilules, préservatifs et autre questions contraceptives. Elles sont intéressantes mais dans une vue d’ensemble, dans une réflexion sur ce que chacun veut faire de sa vie. De quelle manière il veut vivre son rapport aux autres. Cela demande de pouvoir éclairer sa conscience. L’urgence, pour l’Eglise, est d’annoncer le Seigneur « jusqu’à ce qu’il revienne », comme nous le chantons à la messe. Annoncer le Christ ce n’est pas dire « fais pas çi, fais pas ça ». Même si’institution ecclésiale s’est bien permise de le faire durant trop longtemps en montant en épingle l’enfer et les phrases de type : « c’est le petit Jésus qui t’a puni ». Pendant trop longtemps, il y a eu une infantilisation, une mainmise sur les fidèles pour mieux, sans doute, les manipuler. Mais les temps et les mentalités ont changé, le Concile Vatican II est passé par là et les fenêtres de l’Eglise ont été invitées à s’ouvrir. La Mission de l’Eglise c’est d’annoncer que Dieu aime infiniment chacun.

La raison d’être de l’Eglise c’est l’annonce de l’Evangile

La position première du chrétien doit être celle du missionnaire ; elle devrait être pour chacun une nécessité comme le dit Paul dans son épitre aux chrétiens de Corinthe (1 Co 9, 16). Etre missionnaire c’est aller à la rencontre de l’autre, des autres, ce qui demande du temps, de la conversion, et une ouverture de cœur à toute épreuve. Rencontrer l’autre dans une attitude de respect, plus prompt à sauver sa proposition qu’à la condamner, comme dirait Ignace. La position est délicate car nous sommes souvent tentés d’imposer notre point de vue avant même d’avoir entendu celui de l’autre. Et, en même temps, annoncer l’Evangile ce n’est pas simplement bavarder, échanger c’est témoigner que celui qui me fait vivre s’est fait chair. L’urgence est l’annonce que ce Dieu nous convoque à l’Amour et veut que nous le vivions avec nos contemporains. Ce qui demande d’être vigilant et combattif à toutes les situations où la dignité de l’homme est menacée notamment lorsqu’il connaît des situations de précarité ou de pauvreté. Là est l’urgence, là nous devrions mobiliser nos énergies pour chercher ensemble comment dire Dieu aux hommes et aux femmes de ce temps. Comment témoigner sans prosélytisme, dans le respect mais avec la passion de l’Evangile au corps et au cœur. Voilà ce qui me paraît plus important que nos histoires de fesses. Notre devoir de chrétien est de montrer que nous sommes le prochain de notre prochain et non de condamner tout ce qui ne nous semblerait subversif.

J’espère que le synode qui se déroulera à Rome en octobre prochain sur la nouvelle évangélisation permettra un renversement de vapeur. Que la priorité sera davantage mise sur les questions de l’annonce, sur la manière de rejoindre les hommes et les femmes de notre temps dans leurs questionnements vitaux plutôt que sur ces questions de sexualité, non négligeables mais qui ne me semblent pas, aujourd’hui, l’urgence. C’est en partant de l’expérience, de la vie de nos contemporains que nous trouverons la manière de les rejoindre en leur témoignant de la vie de Celui qui nous fait vivre. Cela demande de sortir de nos idées toutes faites, de puiser dans la richesse de la tradition de l’Eglise et de faire preuve d’une généreuse inventivité. Dieu, à nous d’inventer la vie qui va avec !