Benoît XVI : serviteur dans l’humilité

Benoît XVIAvec stupeur, j’ai appris que le Successeur de Pierre avait pris la décision de démissionner. Cette nouvelle brutale met toutes les rédactions en émoi et les chaînes d’informations continues sont configurées en édition spéciale. Au-delà de l’événement et du choc de cette nouvelle, le bouleversement que cela procure a de quoi nous réjouir. L’Eglise n’est pas morte, elle fait encore bouger et la place que tient, dans notre société, la barque de Pierre conduite par le Vicaire du Christ est solide. Au lieu d’entrer dans les spéculations des bookmakers, je tiens à partager ce que je retiens de ce Pape dont j’ai pu suivre l’élection en direct, non pas de Rome, mais de Metz. Continuer la lecture de « Benoît XVI : serviteur dans l’humilité »

2013, année missionnaire

Il y a quelques jours, nous tournions définitivement la page de l’année 2012. Elle fut riche en événements, tant ecclésiaux que politiques. Plusieurs bonnes nouvelles ont permis de se réjouir comme la victoire, tant attendue, de François Hollande à la Présidence de la République ou bien encore le Synode sur la Nouvelle Evangélisation. Pour autant, tout reste à faire. Nous voyons bien les crispations existantes tant dans notre Eglise que dans la vie politique. Beaucoup seraient tentés de se résigner, de jeter l’éponge, mais je préfère, pour ma part, tenir dans l’espérance, cette petite fille chère à Charles Péguy. Même si des attentes ont été déçues, il nous revient, comme chrétiens, de continuer à travailler dans ce monde pour y faire germer des semences de joie, de fraternité et de solidarité.
Une question m’obsède depuis des années : « Comment rejoindre, comme chrétien, madame Dugenou ? Comment lui témoigner l’insondable joie de connaître le Christ et d’essayer de bâtir, avec ses frères et sœurs, la communauté chrétienne ? » Je n’ai, hélas, toujours pas trouvé la réponse ou les réponses à ces questions essentielles. Même si l’enjeu, aujourd’hui, est de montrer la lisibilité de l’Eglise. Trop souvent, c’est une institution qui fait penser à quelque chose d’un peu ancien, sentant l’encaustique et l’encens et scandant des leçons de morale. Le (non) débat actuel à propos du mariage des personnes homosexuelles me donne, à regret, raison. N’il y a-t-il pas d’autres sujets, d’autres enjeux sur lesquels nous pourrions porter de la voix ? J’ai l’impression de me répéter, de prêcher dans le désert à longueur de billet…
Servir et non sévir
Il faut croire que, même dans l’Eglise, pour exister il faut se coucher devant les poncifs et autres obsessions de la hiérarchie. Je ne conteste pas l’importance de ce débat et ses enjeux mais ce ne sont pas les seuls problèmes qui existent en France et dans le monde. Que disent leurs éminences de ces étrangers que l’on a malmenés et que l’on continue de malmener malgré le changement de gouvernement ? Quelles réponses ou quels éléments de réflexions ont-il portés sur la place publique quant au respect de notre terre, au désarment, aux bombes, etc. Je sais bien que des paroles existent, que des organismes chrétiens font de ce combat leur cheval de bataille, mais je n’ai pas l’impression que l’influence de nos hiérarques catholiques les aide dans leurs luttes qui, pourtant, mettent en jeu une vision de la civilisation et de l’humanité. J’aimerais tant entendre de leur part, que, là où toute dignité humaine est bafouée, ils se battront. Non, ce que j’entends c’est que le sexe les obsède et les crispe dans une position d’autorité. Au lieu de reconnaître des divergences qui peuvent aider à construire ce corps qui est l’Eglise, montrer qu’elle est, comme tout à chacun, plurielle tout en cherchant son unification. C’est le commandement militaire : « Je ne veux voir qu’une tête » qui prévaut !
« Abattre le mur »
Emmanuel Cardinal Suhard a voulu, il y a 70 ans, en fondant la Mission de France, « abattre le mur » qui sépare l’Eglise et la Société. Ce mur, malgré de nombreux ouvriers valeureux qui travaillent à sa chute, est encore bien debout. Certains, dans l’Eglise, semblent vouloir le bétonner comme si elle était une réserve de pieux emplis d’une vérité que seuls eux possèdent. Désirer « abattre ce mur » c’est aussi, à mon sens, accepter la pluralité des opinions dans l’Eglise et dans la société. Les chrétiens sont de la même veine que les non chrétiens, ils ne sont pas meilleurs ou pires. Ils cherchent juste à faire résonner leur vie avec le chemin que Dieu a esquissé dans l’Evangile. Un chemin proposé de rencontres respectueuses, de fraternité, au cœur du monde. C’est là où il faut habiter, dans ce monde, avec nos concitoyens, partageant avec eux leurs joies, leurs peines, leurs espérances… Sans chercher ni le consensus, ni la conversion, ni la négation de notre foi. Etre là parmi eux tel Jésus au milieu de ses disciples. Ces derniers, comme nous, aujourd’hui, n’étaient pas forcément tout le temps d’accord. Qu’importe, le Christ a respecté ces divergences et en a fait une force pour l’annonce de sa Bonne Nouvelle.
En ce début d’année 2013, je souhaite que nous, les chrétiens, soyons véritablement missionnaires. Que notre Eglise n’oublie pas tous ces « petits » qui attentent une parole en actes qui réconforte, relève, réchauffe plutôt que de se crisper. Le dialogue est toujours bénéfique, ainsi que le débat.
Soyons en cette année nouvelle des « artisans de paix » comme nous le demande le pape Benoît XVI, dans le sillage du bienheureux Jean XXIII. Souvenons-nous aussi que ce dernier avait souhaité ouvrir grandes les fenêtres de l’Eglise au travers du Concile Vatican II. Ne refermons pas ces fenêtres, n’ayons pas peur des courants d’air ; ils nous inviteront à nous rapprocher les uns des autres… et nous enverront, poussés par l’Esprit, sur les routes des hommes partager leur vie pour la plus grande gloire de Dieu.

Pleins feux sur les pauvres

Ces dernières semaines, les projecteurs ont été mis sur l’actualité de l’Eglise catholique en France. Ses positions fermes et définitives quant au refus du mariage pour tous préparé par le gouvernement ont été fortement relayées. Pourtant, il y aurait tant à dire sur des initiatives qui germent ici ou là quant à l’accueil de l’autre, d’autant plus lorsqu’il est en situation de pauvreté et de précarité. Il serait bon de se rappeler que l’Eglise, ce n’est pas que le Pape, les cardinaux et consorts, mais tous ceux et toutes celles qui se reconnaissent dans cette fraternité offerte par le Christ. Ce que l’Eglise appelle la diaconie.

Dès les premières pages de l’Evangile, nous voyons Jésus choisir les apôtres pour « être avec lui ». Cette notion est, pour moi, le cœur de toute annonce de la Parole, de toute action au service de notre prochain. « Etre avec », c’est respecter l’autre, le considérer comme un alter ego, une personne digne d’intérêt. C’est parfois difficile au quotidien, et plus encore lorsque nous sommes auprès de personnes en situation de pauvreté, dont certaines mendient. C’est une vraie question que cette pauvreté pour celui qui se dit disciple du Christ. Lui-même nous a laissé une phrase choc : « Des pauvres, vous en aurez toujours » Mt 26,3. Même s’il y aura toujours un écart entre les riches et les pauvres, cela n’est aucunement satisfaisant. Depuis des années, des hommes et des femmes disciples du Christ se battent pour que des personnes parmi les plus démunies le soient moins, qu’elles puissent vivre dans des conditions les moins mauvaises possibles. Hélas, ce combat semble perdu d’avance, année après année, lorsqu’on lit les derniers rapports du Secours Catholique ou ceux du Samu Social, qui n’arrive pas à endiguer le flux de personne qui demandent un hébergement d’urgence. Que faire, si ce n’est ouvrir toujours plus de lieux d’accueil ? Or, l’espace n’est pas extensible et la ou les solutions sont sans doute autre part. Accueillir, héberger, mettre à l’abri est une bonne chose en vue, si possible, d’une insertion et d’un nouveau départ mais c’est un peu comme vider la mer à la petite cuillère.

Se battre en faveur de la justice

La phrase de Marx « les problèmes des pauvres ne trouveront pas leur solution dans l’aumône mais dans l’exigence que justice soit faite » peut nous aider à saisir qu’il s’agit bien plus d’agir en amont, de réfléchir sur les causes que d’aménager cette pauvreté. Un des axes est d’abord de mettre un point d’arrêt à la stigmatisation : les personnes en situation de pauvreté n’ont pas choisi délibérément de vivre dans cette situation, contrairement à ce que certains discours politiques de ces dernières années ont laissé entendre. Ensuite, c’est essayer de comprendre comment elles en sont arrivées là, quel est leur parcours de vie, où sont la ou les pierres qui l’ont fait trébucher. Ce dialogue patient et attentif peut aider à trouver les lieux des fractures sociales et de mettre en place des dispositifs alternatifs. La société véhicule également des modèles de réussite qui peuvent être stigmatisants et anéantir toute volonté de mener à bien un projet personnel du fait du regard de l’autre ou de la méconnaissance de dispositifs adaptés …. Tous ces éléments sont des champs d’investissement et d’investigation sur lesquels les chrétiens ont leur mot à dire. C’est une réelle question de justice. En 1971, les évêques réunis en synode sur ce thème ne disaient pas autre chose :

Agir au nom de la justice et participer à la transformation du monde sont, à nos yeux, une dimension constitutive de l’annonce de l’Evangile ou, ce qui revient au même, de la mission de l’Eglise pour la rédemption du genre humain et sa libération de toute forme d’oppression.

C’est lorsque ce souci de la justice et de la justesse de l’attitude, enracinée dans l’Evangile, sera au cœur des dispositifs que notre investissement vis-à-vis des personnes en situation de pauvreté produira des fruits pérennes.

Servir les pauvres

Le service de l’autre, c’est le service du Christ. Nous ne servons pas le pauvre pour être en règle avec l’Eglise mais parce que le Christ nous fait saisir que dans cet autre, plus fragile, se dit le véritable enjeu de la relation humaine. Cette relation est de l’ordre du don, qui n’a pour récompense que la joie du service accompli, espérant en même temps être utile à l’autre. Ce terme de service, dans l’Eglise, nous vient du grec « diakonia ». Peter-Hans Kovenbach, ancien général de la Compagnie de Jésus, en donne une très bonne définition dans un article paru en 2007 :

la signification complète de ‘diakonia’ n’est pas seulement de servir à table mais d’être un intermédiaire. Il s’agit de la personne envoyée par quelqu’un pour faire quelque chose au bénéfice de quelqu’un d’autre.

J’aime bien cette notion de « faire quelque chose au bénéfice de ». Cela oriente l’action, qui est toujours tournée vers le bien, vers une amélioration. Le service des plus pauvres est non seulement une manière de se rendre utile mais aussi d’offrir quelque chose de plus à celui que l’on sert au nom d’un autre. A l’heure où l’Eglise réfléchit à l’annonce de l’Evangile, il est important de ne pas oublier que son seul but est d’aider les hommes et les femmes de ce temps à rejoindre le Christ. Nous ne devons pas être des obstacles à cette rencontre mais, à notre manière, des relais qui disent en actes et en paroles, malgré nos propres pauvretés, quelque chose de la tendresse de Dieu.

Etre avec les pauvres

S’engager au service des pauvres ne doit pas nous faire oublier que tout service est relation. Cela doit être une invitation à nous laisser débarrasser de tout désir de pouvoir, de prendre l’avantage sur l’autre parce que je le sers. Ce service de l’autre demande une véritable écoute, une véritable attention de chaque instant. Il y a des échanges qui ne sont pas forcément de l’ordre du parler, dans cette relation qui se tisse au fur et à mesure. Ce service est avant tout une rencontre et dans cette rencontre, c’est l’humanité qui passe avant tout. Jésus, dans l’Evangile, se laisse déplacer par ses rencontres. Il invite certes à emprunter le chemin qui mène à son Père mais n’en impose pas l’itinéraire. C’est cette idée que nous devons avoir en tête dans toutes nos relations, et notamment dans celles avec des personnes en situation de pauvreté. Acceptons qu’elles puissent nous révéler des chemins pour lutter avec elles contre ces injustices qui mènent aux situations de pauvreté. Leurs paroles peuvent être tout aussi expertes, leurs opinions sont très souvent aussi, voire plus pertinentes que celles des commentateurs ou éditorialistes que l’on voit à longueur de temps sur les chaînes de télévision.

A l’heure où l’Eglise catholique réfléchit sur la manière d’annoncer ce trésor de la foi aux hommes et aux femmes de ce temps, il me semble urgent qu’elle concentre ses efforts sur cette notion vitale du service du frère, de cette diaconie plutôt que sur le mariage pour tous. Elle est en ce dernier domaine sans aucun doute victime du prisme des médias, qui ne s’intéressent à l’Eglise que lorsqu’elle parle d’(homo)-sexualité. Je pense qu’elle a suffisamment de  relais dans les sphères d’influence pour peser de tout son poids sur les décideurs et faire bénéficier de son savoir-faire, de son savoir-être et de son expertise en matière de lutte contre les exclusions. Alors, messieurs les évêques, à vous de jouer. Montrez-nous concrètement que les pauvres doivent occuper les premieres places tant dans les églises que dans les colonnes des journaux et les préoccupations des responsables politiques, en vue de trouver des solutions justes et pérennes.

Envoyés et réconciliés pour la Mission

Du 7 au 28 octobre 2012, 262 évêques du monde entier entourés d’experts dont certains laïcs, se sont réunis en synode autour du thème de la nouvelle évangélisation. Ils ont abouti au bout d’un long processus à 58 propositions qu’ils ont remises au Pape et un message qu’ils ont adressé au Peuple de Dieu. Un texte fort qui manque malgré tout d’audace et d’ouverture.

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De Rome au monde, l’annonce de l’Evangile est une priorité

 

Le début de ce texte invite à s’enraciner dans l’espérance et à demeurer acteur d’une recherche qui puisse conduire à une plénitude. Il s’agit d’une invitation à prendre le chemin du Christ notamment lorsqu’il rencontra la Samaritaine. J’aime particulièrement ces premiers paragraphes qui font l’éloge de la rencontre personnelle qui peut ouvrir à un questionnement, à une recherche du Sauveur, qui se dit dans l’aujourd’hui, dans le quotidien. Le texte parle de « rendre présent le Seigneur » à la vie des personnes. Bien sûr c’est indispensable mais ce qui l’est d’autant plus c’est de ne pas chercher à convertir, à convaincre. L’évangélisation dans ce côte à côte doit être désintéressée, se placer dans un cheminement où chacun se laisse interroger par l’autre. Révéler le Christ c’est accepter que le chemin de l’autre soit différent du mien. Je ne suis pas favorable à une évangélisation de recrutement mais à celle de proposer, de susciter de prendre le chemin de l’Evangile, dans l’absolue liberté. Peut-être, alors, qu’à un temps du chemin, certains reconnaîtront le Christ comme celui qui leur permet d’avoir le cœur brûlant tels les disciples d’Emmaüs. Le but de l’évangélisation, à mon sens, n’est pas d’imposer une vérité ou de sortir d’un potentiel aveuglement nos contemporains – nos yeux ne sont pas meilleurs du fait de notre foi. Il s’agit de témoigner, par notre vie, que cette Bonne Nouvelle nous enracine dans une joie intérieure et nous invite à nous engager au service de chacun. Il s’agit d’entrer dans le dynamisme du lavement du pied, celui du Fils de Dieu qui a choisi de prendre la place du serviteur. Ce qui fait la cohérence de notre foi, c’est la capacité de servir et de nous laisser interroger par tout ce qui en notre monde entrave les plus fragiles. Le message du Synode n’est d’ailleurs pas en reste sur la dimension diaconale.

L’accueil, porche de l’évangélisation

Dans les propos que les pères synodaux adressent au Peuple de Dieu, il est question de la qualité de communion, d’accueil, etc, de la part des communautés chrétiennes. Peut-être faudrait-il d’abord bâtir les communautés, aider les uns et les autres, ceux notamment qui sont en dehors des groupes formels tels le catéchisme, les équipes liturgiques, etc, à se rencontrer, à s’apprivoiser. Un véritable effort est à faire dans l’accueil afin que chacun puisse se sentir accueilli et attendu comme membre d’une même famille. Cela est d’autant plus important que cet accueil est le premier contact avec la paroisse ; cela peut autant décourager que favoriser la rencontre. Dans les grandes agglomérations, il est facile de choisir sa paroisse et donc son style et les gens que l’on rencontre. Mais dans les communes plus petites, de quelles manières l’unité de l’Eglise dans la liturgie peut-elle se faire ?. Certaines paroisses sont déjà heureuses d’avoir un « vieux » prêtre qui puisse présider l’Eucharistie voire en avoir une tous les quinze jours. Je n’ose pas imaginer les pays dits « de mission » où la messe est célébrée épisodiquement. Soyons donc réalistes sur ce domaine.

En revanche, pour ce qui est d’encourager le contact avec la Parole de Dieu c’est de l’ordre de l’urgence absolue. C’est grâce à cette fréquentation continue, voire à cette confrontation avec la Parole, que les chrétiens le deviendront en plénitude à la condition d’accepter de la partager avec d’autres venant d’horizons divers. Il faut pour cela, comme le dit en son numéro 5 ce message des pères synodaux « vaincre la peur par la foi, le découragement par l’espérance, l’indifférence par l’amour ».

Dedans mais dehors

Sur la partie qui concerne la famille, le message reste très, trop classique même s’il met l’accent sur l’accompagnement des couples avant et après le mariage. Nous noterons au passage, l’affirmation fréquente, dans ce texte, du mariage comme celui d’un homme et d’une femme. Rien de plus traditionnel que cette distinction mais cela prend une épaisseur particulière dans le contexte français où l’Eglise combat de pied ferme le mariage pour tous… Il y a sur ce thème de la famille quelque chose de décevant dans ce texte notamment quant aux couples divorcés-remariés. La discipline de l’interdiction d’accéder aux sacrements de l’Eucharistie et à celui de la Réconciliation est réaffirmée en même temps que leur pleine participation à la communauté ecclésiale. Cela m’interroge. Comment peut-on appartenir à une communauté qui vous prive de l’accès à sa source. La douleur de de la rupture doit être, j’imagine, suffisamment lourde et difficile à porter, sans que ceux qui veulent participer à la vie de l’Eglise soient chargés d’un nouveau fardeau. Même si les sacrements ne sont pas des droits, ils sont ce qui nous aide, par la seule grâce de Dieu, à devenir davantage disciple et nous invitent à être configurés à Sa ressemblance. Certes, la grâce transcende les sacrements et la puissance de Dieu n’est pas contenue dans ces derniers. Mais ce refus constitue, pour moi, un grave signe de fermeture et fait entrave à cette dynamique d’accueil et d’ouverture mentionnée à de nombreuses reprises dans leur texte. C’est d’autant plus surprenant que ceux qui édictent ces préceptes sont les ministres officiels de la miséricorde et surtout sont, par choix et par obligation canonique, célibataires… pour le Royaume. Espérons que dans un proche avenir, l’Eglise aura le courage de revenir sur cette discipline et s’ouvre davantage à la réconciliation. Cette dernière ne doit pas concerner que les intégristes de la fraternité Saint Pie X… mais tous ceux et toutes celles qui, attachés à l’Evangile sont comme au ban de l’Eglise. Je pense aux divorcés-remariés, mais aussi aux prêtres qui ont quitté le sacerdoce presbytéral pour se marier etc.

Se convertir pour vivre pleinement

L’invitation du Christ dans son Evangile est pour tout à chacun sans jugement sur sa manière d’être ou d’agir. Il invite à la conversion pour que la vie soit pleinement vécue. Cette conversion doit être avant tout une conversion de regard et de cœur avant d’être un enfermement dans une discipline telle n’importe quelle structure humaine. Il est paradoxal d’affirmer en même temps cette « limite » à la participation à la vie de l’Eglise et d’écrire un peu plus loin :

Témoigner de l’Evangile n’est le privilège de personne. Ainsi reconnaissons-nous avec joie la présence de tant d’hommes et de femmes qui par leur vie se font signe de l’Evangile au milieu du monde.

Faudrait-il comprendre que l’Evangile peut faire signe dans la vie de chacun mais que l’Eglise ne peut le reconnaître que dans la vie de ceux qui respectent ses codes disciplinaires ? Il y a là, à mon sens, un réel paradoxe. Comme Adolfo Nicolàs, préposé général de la Compagnie de Jésus, je pense « Que le pardon et la réconciliation sont les raccourcis les plus efficaces vers le cœur de l’Evangile. ».

Coresponsable mais pas vraiment

J’aimerai revenir aussi sur ce terme de coresponsabilité entre clercs et laïcs. Il est noble de l’affirmer mais dans ce cas pourquoi tant de prêtres voient les laïcs comme des auxiliaires voire des concurrents. La mission reçue d’annonce de l’Evangile est la même pour tous au travers des sacrements de l’initiation chrétienne ; c’est juste la modalité du ministère qui change. Le Concile Vatican II l’a dit mais cela a du mal à faire son chemin parmi certains évêques et les prêtres.

Vaste monde ma paroisse ?

L’Eglise se doit d’être au milieu du monde et ses ministres ordonnés aussi. Je ne suis pas certain que le modèle paroissial que vante ce document soit vraiment l’avenir. Beaucoup de ne s’y retrouvent pas ou plus. Le déplacement des personnes dû notamment à la recherche de travail ne favorise pas ce modèle et l’intégration dans le tissu paroissial est lent et fastidieux surtout lorsqu’il est tenu depuis de longues années pas les mêmes personnes. En revanche, les mouvements et services d’Eglise sont des occasions de dynamisme pour vivre la mission du Christ. C’est aussi une occasion de reprendre, relire son vécu, son action pour y discerner la présence de Dieu et ses appels pour vivre et annoncer sa Parole dans son quotidien. Mais cela demande que les évêques acceptent cette manière de concevoir l’Evangélisation…

Des ministres disponibles

Cet appel à ce que les laïcs prennent pleinement part à cette nouvelle évangélisation aux côtés de ministres ordonnés sous-entend que ces derniers soient disponibles. Trop souvent nous les voyons ployer sous la charge malgré la présence de laïcs à leur côté. Il faudrait, d’une part, qu’ils comprennent que cette indisponibilité constante n’est ni appelante ni accueillante mais surtout que les évêques saisissent que leurs prêtres ne sont pas des surhommes. Cet appel que font les pères synodaux à mettre la personne humaine au centre du développement économique, penser ce développement lui-même comme une occasion  de croissance du genre humain dans la justice et l’unité est valable aussi pour les prêtres. Un prêtre, jeune ordonné, qui devant la lourde tâche à accomplir, la difficulté de la vie fraternelle avec les prêtres de la ville…, s’est tourné vers son évêque pour lui faire part de ses difficultés dans le ministère. Ce dernier ne lui a pas manifesté beaucoup de compassion et d’écoute et lui ai fat des réponses toutes faites peu réalistes et difficilement praticable. Aujourd’hui, ce prêtre cherche toujours comme vivre son presbytérat en fidélité avec l’appel qu’il perçoit du Seigneur, loin de son église locale… La vie ministérielle est tout aussi difficile que la vie quotidienne de chacun d’entre nous. Si ceux qui ont la charge spécifique, par l’ordination, d’être attentifs à toute la portion du peuple de Dieu qui leur est confiée ne sont pas vigilants à leurs plus proches, comment le reste du peuple de Dieu peut entendre cet appel à considérer l’autre comme son propre frère ?

Attentifs ensemble

Dans tous les domaines de notre vie, peu importe la responsabilité, le ministère que l’on porte ou qui nous est confié, nous sommes plus que jamais les gardiens de nos frères. Ne ternissons pas l’appel du Christ par notre comportement volontaire ou par omission ; nous en sommes coresponsables. Ce « Voyez comme ils s’aiment » de Tertullien, cité d’ailleurs dans le message des pères synodaux est un impératif : comment pouvons-nous aimer Dieu, le monde si nous ne nous aimons pas d’abord nous mêmes et si nous n’aimons pas nos frères qui partagent la même foi. Cet amour doit nous engager à aller à la rencontre des hommes et des femmes de ce temps dans cette gratuité d’une annonce qui se dit par notre comportement et notre vie.

De belles idées habitent de ce message des pères synodaux mais il ne va pas assez loin àmon goût. A sa lecture, nous reconnaissons l’impulsion d’évêques français tels Yves Patenôtre, prélat de la Mission de France et archevêque de Sens-Auxerre ou bien encore Claude Dagens, évêque d’Angoulême sur cette importance de vivre au milieu des hommes, témoin de ce Christ et de cette Eglise qui a choisi de proclamer dans Vatican II que

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur.

Je perçois aussi dans ce textes des crispations notamment sur les ministères, sur ceux qui se sont éloignés de l’Eglise ou bien encore sur le modèle paroissial. Cependant, je retiens cette volonté d’aller à la rencontre des hommes et des femmes de ce temps, conscient qu’ils ont quelque chose à nous dire du Christ même s’ils ne le confessent pas. Espérons que le Pape, dans sa future exhortation, pourra reprendre avec force cette volonté même si cette idée même d’exhortation est un coup de canif dans la collégialité et l’autonomie des évêques voulues par Vatican II.

Mettre l’Evangile en action

Ces derniers jours Rome a attiré l’attention des médias avec l’ouverture du procès du majordome de Benoît XVI. D’autres pulsations de la vie de l’Église catholique sont intéressantes comme le voyage du Successeur de Pierre à Lorette, sur les pas du Bienheureux Jean XXIII. Ce déplacement est signe de la volonté de Benoît XVI de remettre l’humain, hommes et femmes, au cœur de la société, au cœur de l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Dans la crise actuelle, qui ne concerne pas seulement l’économie, mais plusieurs secteurs de la société. Incarnation du Fils de Dieu nous dit combien l’homme est important pour Dieu et Dieu pour l’homme.

Basilique saint Pierre à Rome - (c) PBCCes mots du Successeur de Pierre à Lorette replace la foi des chrétiens, en ce Dieu fait homme, dans une responsabilité commune. L’importance de l’amour de Dieu pour l’homme exige de lui qu’il en rende compte par sa vie et ses actions. Aimer c’est témoigner. Il ne s’agit pas d’ensemble de prescriptions, de règles à respecter mais bien d’incarner, de témoigner par son quotidien que Dieu s’intéresse à l’homme et que toutes ses activités sont donc dignes d’intérêt.
L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société
Alors que vont s’ouvrir mercredi prochain, les festivités autour des 50 ans du début du Concile Oecuménique Vatican II, il est bon de se souvenir que ce dernier fait le lien avec la vie des hommes et des femmes de ce temps. C’est d’ailleurs ce que dit dès le début un des textes de ce Concile : la Constitution Pastorale sur l’Église en ce monde et en ce temps dit :

Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur. Leur communauté, en effet, s’édifie avec des hommes, rassemblés dans le Christ, conduits par l’Esprit Saint dans leur marche vers le Royaume du Père, et porteurs d’un message de salut qu’il faut proposer à tous. La communauté des chrétiens se reconnaît donc réellement et intimement solidaire du genre humain et de son histoire.

L’Église n’est pas et n’a pas à être coupée de la société, elle doit être au cœur même de la vie des hommes pour y amener celui que les Chrétiens ont découvert comme celui qui les sauvait.
Élargir l’espace de sa tente
Dieu nous invite sans cesse à élargir l’espace de sa tente, à faire l’expérience de la rencontre de ses contemporains.. Dans ce texte du Concile j’entends vraiment l’appel à se mettre en route sans cesse vers ceux d’abord qui façonnent mon quotidien. Ce Salut que le Concile nous amène, à la suite du Christ, à apporter au Monde est à vivre dans cette banalité du quotidien qui se succède. Cette banalité peut se révéler extraordinaire si, avec la grâce de Dieu et la prière de nos frères et sœurs, nous tâchons de nous souvenir de cette exigence de non-condamnation de l’autre. Il ne s’agit pas de tout accepter mais d’exercer une intime bienveillance. Ce qui doit guider l’action ce n’est pas d’imposer une quelconque vérité mais de servir  de la personne humaine dans toutes ses dimensions.
Qu’est-ce qu’évangéliser ?
Benoit XVI dans son homélie d’ouverture du Synode pour la Nouvelle Évangélisation a dit que « L’Église existe pour évangéliser ». J’espère que les Pères Synodaux se poseront la question de savoir ce que cela signifie en premier lieu. Si c’est favoriser la catéchèse, la liturgie et parler boutique c’est, à mon sens, faire erreur. En revanche, si cela nous invite à « fixer le regard sur le Seigneur Jésus » et à trouver en ce monde, les signes des temps nécessaires pour rejoindre nos contemporains sur leur chemin de vie, c’est une bonne nouvelle. L’évangélisation doit d’abord passer par cette ouverture au monde voulue par Jean XXIII. Sa phrase célèbre :« Je veux ouvrir la fenêtre de l’Eglise, afin que nous puissions voir ce qui se passe dehors, et que le monde puisse voir ce qui se passe chez nous » nous y pousse. Vatican II nous invite à devenir des missionnaires de l’annonce mais cette dernière doit, à mon sens, passer par capillarité, par nos modes de vie, de pensée, par une fraternité manifestée à tout à chacun.
S’enraciner dans la Parole puis agir
Cela demande d’assumer pleinement notre héritage chrétien, d’être vraiment enraciné dans la Parole pour la vivre dans notre quotidien, telle la boussole qui indique le nord. Lire, goûter, savourer la Parole est l’oxygène du chrétien, elle nous aide à mieux entrer dans le projet de salut que Dieu nous offre. Bien que cela soit nécessaire, essentiel et indispensable, cela n’est pas suffisant pour nous qui sommes dans ce monde. Si nous voulons que le règne de Dieu s’y installe il me parait logique que nous agissions en son sein pour ceux auxquels nous sommes envoyés. C’est-à-dire qu’il faut s’atteler chaque jour davantage à ce que nos frères et sœurs en humanité, puissent vivre dans des conditions où la justice ne soit pas bafouée, où le droit ne soit pas ignoré, où la fragilité, le handicap, la dépendance ne soient pas perçus comme des freins au développement mais comme une véritable chance. Enfin, évangéliser c’est sans aucun doute tout faire pour que l’humain ne soit pas une variable d’ajustement, ni même une ressource mais un coopérateur pour permettre à Dieu de se révéler anonymement dans les petites choses, les petits gestes quotidiens.

L’urgence n’est pas le sexe mais l’Amour

La Prière pour la France écrite et proposée par André Cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris a déchaîné les passions (surtout celles de la braguette) et a ouvert l’inénarrable boîte de Pandore des rapports entre le sexe et l’Eglise. Le site A la table des chrétiens de gauche traite cette question sous la plume de René Poujol. Certes, le sexe et l’Eglise forment un couple chaotique, leur cohabitation ne semble pas être des plus faciles mais aujourd’hui, n’il y a-t-il pas d’autres urgences que de se cristalliser sur le bas ventre ? Même si c’est de là que la vie provient, ne pourrions-nous pas nous élever et tâcher de faire entendre autre chose que ce sempiternel refrain « l’Eglise est contre le sexe » ?

La position du missionnaire c'est renconter l’autre  - DRL’Eglise et la sexualité c’est un peu comme les feux de l’amour ou autre série fleuve. Cela revient sur le devant de la scène, comme ça, parce qu’un prélat a osé prendre une position, souvent prudente, un tantinet sibylline et peut être maladroite. S’en suivent les gros titres des journaux, des échanges enflammés sur les réseaux sociaux et de nombreux billets sur des blogs. Tant mieux ! Cela crée du débat, de l’émulation mais c’est souvent vain car chacun campe sur ses positions. Certains, dans l’Eglise, ne sont d’ailleurs pas en reste quant à cette obstination.

La sexualité en dialogue

Nous pouvons trouver parmi les ardents défenseurs de cette position dure les passionnés d’ornements ecclésiaux et autres lingeries en dentelles… mais ne généralisons pas… Il m’apparaît important de sortir de cette stérilité en débat pour entrer, enfin, en dialogue. N’est-ce pas d’ailleurs le point d’ancrage de toute vie le dialogue ? Nous sommes toujours gagnant à ouvrir l’échange, à la condition d’une part de bien comprendre ce que l’autre dit, et d’autre part d’accepter d’être déplacé dans sa compréhension des choses. Sinon, c’est une perte de temps. Un ami prêtre me disait récemment que lorsqu’il doit écrire quelque chose à propos du couple, de la morale sexuelle il se tourne naturellement vers plusieurs de ses amis mariés ou en couple qui connaissent bien mieux la réalité que lui, célibataire pour le Royaume. Il n’est sans doute pas le seul dans cette situation mais cela donne une méthode humble qui m’apparaît pertinente. L’institution ecclésiale n’est pas omnisciente et en matière de sexualité sa pratique est assez limitée. Nos clercs ont certes aussi à faire des efforts dans ce domaine, mais chacun a des torts. Les médias en premier : quand l’Eglise parle de régulation financière, de dignité des conditions de travail, travaille au milieu des nations pour que la paix puisse voir le jour… nul, sauf la presse spécialisée, n’en parle. Pourtant l’information existe et est accessible à qui veut bien se donner la peine de chercher.

L’urgence n’est pas le sexe

Pour moi, l’urgence pour l’Eglise ne réside en des questions de sexe, d’homosexualité, de pilules, préservatifs et autre questions contraceptives. Elles sont intéressantes mais dans une vue d’ensemble, dans une réflexion sur ce que chacun veut faire de sa vie. De quelle manière il veut vivre son rapport aux autres. Cela demande de pouvoir éclairer sa conscience. L’urgence, pour l’Eglise, est d’annoncer le Seigneur « jusqu’à ce qu’il revienne », comme nous le chantons à la messe. Annoncer le Christ ce n’est pas dire « fais pas çi, fais pas ça ». Même si’institution ecclésiale s’est bien permise de le faire durant trop longtemps en montant en épingle l’enfer et les phrases de type : « c’est le petit Jésus qui t’a puni ». Pendant trop longtemps, il y a eu une infantilisation, une mainmise sur les fidèles pour mieux, sans doute, les manipuler. Mais les temps et les mentalités ont changé, le Concile Vatican II est passé par là et les fenêtres de l’Eglise ont été invitées à s’ouvrir. La Mission de l’Eglise c’est d’annoncer que Dieu aime infiniment chacun.

La raison d’être de l’Eglise c’est l’annonce de l’Evangile

La position première du chrétien doit être celle du missionnaire ; elle devrait être pour chacun une nécessité comme le dit Paul dans son épitre aux chrétiens de Corinthe (1 Co 9, 16). Etre missionnaire c’est aller à la rencontre de l’autre, des autres, ce qui demande du temps, de la conversion, et une ouverture de cœur à toute épreuve. Rencontrer l’autre dans une attitude de respect, plus prompt à sauver sa proposition qu’à la condamner, comme dirait Ignace. La position est délicate car nous sommes souvent tentés d’imposer notre point de vue avant même d’avoir entendu celui de l’autre. Et, en même temps, annoncer l’Evangile ce n’est pas simplement bavarder, échanger c’est témoigner que celui qui me fait vivre s’est fait chair. L’urgence est l’annonce que ce Dieu nous convoque à l’Amour et veut que nous le vivions avec nos contemporains. Ce qui demande d’être vigilant et combattif à toutes les situations où la dignité de l’homme est menacée notamment lorsqu’il connaît des situations de précarité ou de pauvreté. Là est l’urgence, là nous devrions mobiliser nos énergies pour chercher ensemble comment dire Dieu aux hommes et aux femmes de ce temps. Comment témoigner sans prosélytisme, dans le respect mais avec la passion de l’Evangile au corps et au cœur. Voilà ce qui me paraît plus important que nos histoires de fesses. Notre devoir de chrétien est de montrer que nous sommes le prochain de notre prochain et non de condamner tout ce qui ne nous semblerait subversif.

J’espère que le synode qui se déroulera à Rome en octobre prochain sur la nouvelle évangélisation permettra un renversement de vapeur. Que la priorité sera davantage mise sur les questions de l’annonce, sur la manière de rejoindre les hommes et les femmes de notre temps dans leurs questionnements vitaux plutôt que sur ces questions de sexualité, non négligeables mais qui ne me semblent pas, aujourd’hui, l’urgence. C’est en partant de l’expérience, de la vie de nos contemporains que nous trouverons la manière de les rejoindre en leur témoignant de la vie de Celui qui nous fait vivre. Cela demande de sortir de nos idées toutes faites, de puiser dans la richesse de la tradition de l’Eglise et de faire preuve d’une généreuse inventivité. Dieu, à nous d’inventer la vie qui va avec !

Consentir à la volonté de Dieu

Suivre le Christ
Suivre le Christ

Devant les tribulations de ce monde où les peuples s’entre-déchirent et les dirigeants exacerbent la partie la plus vile de leur autorité, de leur humanité, je me suis senti un peu oppressé et perdu. Est-ce possible que tout aille de mal en pis, que l’Etre humain n’ait rien appris de son passé, que l’histoire soit vaine ? Et puis ce moment de découragement passé, il m’est revenu à l’esprit un passage des Exercices Spirituels d’Ignace de Loyola. Fidèle à cette tradition spirituelle, je me suis dit que l’Esprit Saint aidant, Dieu désirait me faire saisir sa présence active en ce monde.

Ignace de Loyola, dans ce passage (Ex. sp. 102) nous demande de contempler l’incarnation. L’histoire que nous donne à saisir le fondateur de la Compagnie de Jésus est lorsque les trois personnes divines ont décidé que la seconde « se fasse homme afin de sauver le genre humain ». Cette thématique du Salut de tout les hommes m’a interpellé en ce temps de Carême d’autant plus que la décision de Dieu est la conséquence de la conduite des hommes qui « descendaient tous en enfers ». Il est ici question du Salut qui résonne avec celle de la liberté des l’homme d’ignorer l’appel à la Vie que Dieu leur fait. Cette histoire peut ressembler à une sorte d’ingérence dans l’histoire des Hommes. « En quoi devrais-je obéir à Dieu, cela amputerait ma liberté » sommes-nous susceptibles de rétorquer. Cependant, nous ne pouvons tout de même reprocher à Dieu, à l’auteur de nos jours, de chercher à nous montrer le sens de la vie et sa raison d’être. Voilà le sens pour moi que prend cette délibération que nous demande de contempler Ignace de Loyola pour entrer dans le projet de Dieu de nous sauver.

L’auteur des Exercices veut aussi nous inviter à entrer dans une « connaissance intérieure du Seigneur qui pour moi s’est fait homme, afin que je l’aime et le suive davantage » (Ex. sp. 104). Il s’agit d’entrer en communion personnelle avec le Christ, avec celui qui s’est incarné pour nous, pour nous sauver. Ignace avant toute chose nous invite à une intimité avec le Christ, à devenir, par sa seule grâce, son compagnon. Cette invitation peut nous faire comprendre que le Salut n’est pas d’abord d’agir pour agir mais agir dans et au nom de quelqu’un et de quelque chose. Nous pouvons toujours parcourir le monde, faire le bien autour de nous, nous dévouer en toutes choses, toutes œuvres de charité si nous ne sommes pas d’abord enracinés dans un désir mature nous risquons d’être déçu et d’y perdre notre vie.

Le désir dans notre vie est essentiel. Il ne faut pas confondre désir et convoitise. Le désir consiste à croire, à se développer, à rechercher une communion, une plénitude. Lé désir est en quelque sorte le consentement de la liberté. Ignace dans ce passage des Exercices nous fait demander au Seigneur d’accroitre notre désir de le suivre au plus près et en même temps nous donne de sentir et de goûter, au plus intime de ce que nous sommes, le désir, la volonté, l’ambition, la sagesse des trois personnes divines de sauver les hommes qui se dirigent « tous en enfer » par le don de la « seconde personne ».

Pâques est, par conséquent, l’achèvement du projet de Dieu, commencé à l’incarnation, de vivre la vie des hommes pour nous apporter le Salut. Ce projet prend tout son sens dans l’événement de la Résurrection qui nous dit que l’Espérance demeure et que la Vie a toujours le dernier mot. Mais comment passer du spirituel au temporel ? Comment faire en sorte que ce désir de rencontre de Dieu avec l’Homme pour le sauver me conduise non seulement au désir de le rencontrer mais d’aller vers mes contemporains qui sont, eux aussi, sujet du Salut de Dieu ? En fait, il s’agit de trouver le point de rencontre entre contemplation et action qui permet de rechercher Dieu en toutes choses.

Il faut revenir, il me semble, à ce que propose Ignace dans cette contemplation. Il nous propose de voir, d’entendre et de regarder. Et si nous utilisions, à notre tour, ces trois verbes avant de mener une action décisive. Si nous prenions le temps de bien analyser ce qui est en jeu. Un peu comme Ignace à la lecture de la vie des saints qui eu le désir d’entreprendre de grandes choses à l’image de François d’Assise ou de Dominique pour la plus grande gloire de Dieu, osons l’imiter pour mieux le servir et mieux l’aimer et par conséquent nos contemporains.

Cette contemplation de l’incarnation nous amène donc à réaffirmer notre désir de suivre le Christ en l’enracinant dans le discernement. Il ne s’agit pas seulement de vivre en Sa divine présence mais de vivre de Sa divine présence. Cette délibération nous offre le Salut mais fait aussi appel à notre liberté. Libre d’accepter ce Salut signifie que nous avons la liberté de nous reconnaître aimé d’une manière gratuite et infinie par ce Dieu là, qui a choisit de venir à notre rencontre dans l’intimité et l’humilité de notre condition humaine. De cette liberté, de ce choix qui doit être sans cesse renouvelé nous devons en faire bénéficier les « autres hommes parcourant la face de la terre » en leur permettant eux aussi de vivre de cette grâce. Autrement dit, il m’apparaît nécessaire de s’engager sous « l’étendard de la croix » au service de nos contemporains dans ce qui fait notre quotidien le plus banal. Les solutions de paix au niveau des États ne pourront germer que si cette dernière existe non seulement en nos cœurs mais aussi au niveau le plus élémentaire de nos lieux de vie, pour reprendre ce que dit le Bienheureux Jean XXIII dans son encyclique Pacem in Terris (n° 165). Soyons donc attentif à faire régner la Paix en prenant tout les moyens nécessaires.

Benoît XVI : un prophète pour notre temps

Chaque média se fait un plaisir de donner écho à l’un des extraits du livre d’entretien que le Pape vient de publier. Bien sûr, il s’agit de celui qui parle notamment du préservatif mais pas que. Cela fait tellement de buzz que salle de presse du Vatican a du préciser les choses pour qu’elles soient vraiment comprises. Mais, une fois de plus là n’est pas le cœur du message du Pape. Il évoque bien d’autres choses qui sont essentielles à la vie de l’Eglise, à la vie du monde ; c’est ce que je comprends dans les extraits que le journal La Croix
Je choisis de ne pas revenir sur le préservatif et le Pape. Simplement parce que cela a été commenté maintes et maintes fois et que la position qu’il tient ne peut pas être autre. Ce qui me marque le plus dans les extraits parus c’est cette humilité du Pape. Nous avons tendance à le considérer comme un businessman, quelqu’un qui commande, dirige, décide tel un chef de guerre. Alors, qu’il est ce « simple et humble travailleur dans la vigne du Seigneur ». Étonnant, que ce Pape redise l’humilité et le sens intime de sa fonction. Notre monde est plus habitué à l’emphase, au bling-bling, aux déclarations majestueuses à la limite de l’arrogance des grands de ce monde. Par ses paroles et son attitude, il vient nous montrer le véritable sens du service dans l’église, se mettre à la suite du Christ. C’est là, il me semble, le véritable rôle du « serviteur des serviteurs » que de nous montrer le Christ. C’est également ce que Benoît XVI veut signifier lorsqu’il célèbre les mystères divins avec des ornements qui peuvent paraître d’un autre temps. Par cette élévation du sens du beau, il veut honorer Dieu et nous inviter à tourner notre regard vers Lui et non pas vers celui qui célèbre. Ce message nous suffirait sans aucun doute pour méditer sur notre mission chrétienne et sur le sens que nous donnons à notre foi dans notre vie quotidienne.
Ensuite, je retiens la lucidité du Pape sur le monde et sur les derniers événements qui ont secoué l’Eglise. Il est conscient de la gravité et les conséquences désastreuses sur l’image des ministres ordonnés du Christ. Il ne nie pas, ne contourne pas le problème mais assume tout en se tournant sur la force de Dieu qui traverse toutes trahisons, tout faiblesses mais qui pour autant n’efface pas celles-ci. Ces actes honteux et scandaleux ont permis à l’Eglise une conscience vive et des modes d’actions plus fermes afin non seulement que les auteurs soient jugés par la justice mais surtout que ces actes puissent être évités. Je trouve aussi pertinent – si j’ose dire – que le Pape dise que le Christ traverse nos faillites et les transforme ; c’est là il me semble le sens profond de la résurrection que nous proclamons à chaque fois que nous disons notre foi.
Quant à se perception du ministère pétrinien, il y a vraiment de quoi méditer. Non seulement, il témoigne de la force et de la nécessité de la prière mais aussi de la totale impuissance du Pape à la tête de l’Eglise. La force de ce dernier réside en son désir de fortifier ses frères et sœurs dans la foi sans pour autant mettre la main dessus. Il vit son ministère de conduite de l’Eglise dans une véritable chasteté et humilité. Dans ces mots, c’est vraiment l’homme de foi, de raison, de prière qui se dit. C’est un appel à nous décentrer, à nous laisser dépasser par ce qui n’est pas de ce monde. Le Pape nous signifie que le service du Christ n’est pas un mode d’emploi, mais un attachement à Sa personne qui se dit se vit avec ce que nous sommes. Sa manière de vivre l’autorité totalement orientée vers l’écoute et le respect de la volonté de Dieu ne peut qu’attirer le respect.
Les lignes lues dans la Croix ne peuvent que forger mon admiration et mon respect pour Benoît XVI. Peu enclin à la papophilie ou à la papolatrie, je dois admettre toutefois que ses mots ont saveur de l’Evangile. Rarement, j’ai autant apprécié des lignes de l’hôte du Vatican. Tout portait à croire qu’il serait plutôt sévère et porté sur un versant dur de la transmission de la foi lors de son élection. Là, son humilité, son courage, son abnégation me porte à penser que Benoît XVI est vraiment le Pape qu’il fallait pour notre Eglise. Il ne cesse de nous inviter à traverser le visible, le connu pour nous centrer sur l’unique essentiel le Christ qui lui nous conduit au Père par l’Esprit. Faisons confiance et à sa suite allons à celle de l’Unique maître, l’Eternel Seigneur de toutes choses.