Heureux Carême

Cendres

Nous entrons aujourd’hui, mercredi des Cendres, dans le temps du Carême. Nous débutons ainsi notre marche vers la splendeur de la joie de Pâques. Ce temps liturgique n’est pas un temps triste et austère. Il est un temps que nous offre l’Église pour mieux rencontrer l’amour du Seigneur. Continuer la lecture de « Heureux Carême »

Vivons le carême 2019 avec P. Arrupe

Pedro Arrupe, sj
Pedro Arrupe, sj

Pedro Arrupe est un jésuite né en 1907 à Bilbao. En 1965, il est élu 28ème préposé général de la Compagnie de Jésus. Il meurt le 5 février 1991 après 10 années de maladie suite à une trombone cérébrale. Cet homme passe pour être celui qui a donné un nouvel élan aux jésuites. C’est également une personne fortement liée au Coeur de Jésus. Ces écrits manifestent une passion pour la relation humaine, pour la mission et la force de la grâce. Depuis le 5 février dernier, la phase diocésaine du procès en béatification est ouverte.

Durant le temps du carême, je relayerai sur cette page la proposition du Réseau Mondial de Prière du Pape , faite sur sa page Facebook et son compte Twitter, pour inviter à connaître davantage Pedro Arrupe, sj. Chaque jour, la photo de la semaine sera illustrée par une citation de ce jésuite.

Que le Seigneur soit attentif à l’intercession de Pedro Arrupe, sj et ainsi incite l’Église à la reconnaître bienheureux et saint.

Petite prière pour vivre le temps de Noël

Éternel Seigneur de toutes choses,
A Noël, tu donnes à ton fils de rejoindre notre humanité
Et tu nous proposes de prendre part à sa divinité
En prenant derrière lui le chemin de la Croix pour ta plus grande gloire.
Donne-nous en contemplant ton Fils
Dans l’humilité et la pauvreté de la crèche
D’être davantage ardant à servir nos frères et sœurs pour te servir,
Toi, le Père qui, en ton Fils, s’est fait Le Serviteur de chacun.
A l’exemple de Marie et de Joseph,
Apprenons-nous à être à l’écoute des signes des temps,
A entendre ce que l’Esprit veut nous dire pour aujourd’hui
A traverser ce qui nous bouleverse, nous étonne ou nous blesse
Nous nous confions à ta douce miséricorde
Et nous te demandons de nous donner la grâce,
D’être pleinement attentif à ce « seul cri de joie » des guetteurs
Qui nous dit ton désir de nous engendrer jour après jour.

Le but de l’Église, c’est la rencontre de Dieu

Claude Dagens, membre de l’Académie Française et évêque du diocèse d’Angoulème, a répondu aux questions de l’auteur de ce blog, pour le journal Avec Vous, journal interne de la Congrégation de l’Armée du Salut en France et en Belgique. Normalien et docteur ès lettres, il est l’auteur de plusieurs ouvrages et rapports portant notamment sur l’inscription chrétienne dans une société sécularisée.
La foi chrétienne a toujours été et est toujours un signe de contradiction. Comment faire de cette originalité une force pour à la fois approfondir notre foi en Christ et en témoigner aujourd’hui?        
Le terme “foi chrétienne” est moins souvent utilisé que celui de “christianisme”. Ce dernier évoque plutôt un système religieux, avec  une organisation plus ou moins complexe. Alors que la foi chrétienne est une réalité d’un autre genre. Ce n’est pas un système. C’est un appel auquel nous répondons en disant: “JE crois en Dieu qui s’est fait homme en son Fils Jésus”. C’est le témoignage de l’apôtre Pierre chez le centurion Corneille : Pierre parle du Christ en expliquant “qu’il passait en faisant le bien” et qu’il est vivant. Il est important d’être des croyants qui témoignent du Christ, même si la foi chrétienne est et demeure un signe de contradiction.
Dès le début de l’Église, il y a eu des chrétiens incompris, rejetés, persécutés. Aujourd’hui encore, il y a des personnes qui sont martyrisées à cause de leur foi en Dieu, le Père de Jésus-Christ. Dans nos pays sécularisés (là où la référence religieuse ne fait plus la loi), le phénomène chrétien est marginalisé. En fait, le christianisme est souvent méconnu plus que rejeté. Souvent, on se contente d’une image préfabriquée, plus ou moins caricaturale,  alors que l’Église n’a pas d’autre but que d’ouvrir des chemins qui conduisent à Dieu. La foi chrétienne est aujourd’hui signe de contradiction à un double titre: elle témoigne de l’espérance en un temps d’incertitude et elle milite pour le respect de tout être humain.

  • L’effondrement du système communiste a suivi d’un sentiment d’ euphorie. L’avenir du monde semblait ouvert grâce à la croissance économique et à des relations internationales pacifiées. Et puis, il y a eu le 11 septembre, l’attentat de New-York sur les tours du World-Trade-Center. Certains ont alors parlé de “conflit des civilisations”. A l’échelle des peuples, le monde ne vit pas sous le signe de la confiance. Il est plutôt marqué par le désenchantement. Je suis toujours surpris dans les lettres que les jeunes m’envoient pour demander le sacrement de la confirmation par les nombreuses références au mal, à la souffrance, à la mort. Il y a donc un combat chrétien à mener, celui “d’espérer contre toute espérance”. C’est un peu le message des moines de Tibhirine qui ont vécu au milieu des violences, sans prendre parti, en terre algérienne. Après leur mort, leur témoignage demeure. Espérer c’est remettre l’avenir entre les mains de Dieu.
  • Le respect de chaque personne humaine, avec ce qui fait qu’elle est unique, est fondamental. Une des dérives qui marque notre société, ce sont les processus de déshumanisation. Nombreux sont les refus de prendre en compte la dignité humaine au profit d’impératifs techniques ou financiers immédiats. La foi chrétienne inspire un combat pour la dignité de chaque être humain et surtout en faveur des plus fragiles. C’est d’ailleurs, il me semble, ce que l’Armée du Salut veut promouvoir. Quand la précarité est trop importante, il n’y a pas de cris, il n’y a que de la souffrance et lorsque cela devient insupportable, cette souffrance explose.

Il est de la responsabilité des chrétiens de veiller, de discerner , de regarder au-delà des apparences. Il y a toujours près de nous une personne humaine qui attend d’être reconnue et aimée.
De quelles manières les Chrétiens, mus de leur foi et par cette passion de l’homme et surtout du plus fragile, peuvent-ils être force de proposition dans la société actuelle, alors que leur parole est à la fois attendue et rejetée ?
Il y a le charivari des phénomènes  médiatiques qui jouent avec l’éphémère, l’immédiat et donc qui voient mal ce qui n’est pas immédiatement visible. Cela ne me trouble pas. Ce qui importe c’est l’existence d’ hommes et de femmes qui, au fond d’eux-mêmes, portent des attentes profondes et qui demandent à être reconnus pour ce qu’ils sont. Souvent, pris par l’immédiat, on ne trouve pas des chemins pour aller à l’essentiel.
Nous devons, comme Chrétiens, ne pas nous laisser fasciner par ce charivari et discerner ce qui est révélateur de Dieu, ce qui atteste loe travail de Dieu au sein de notre humanité. Certains faits récents sont significatifs: par exemple le film Des hommes et des dieux qui a été vu par beaucoup de spectateurs. Combien de fois n’entendons-nous pas, sur la place publique, ces interrogations adressées à Dieu : “où es-tu ?” “que fais-tu quand le mal, la maladie, la souffrance surviennent ?…”. N’oublions pas non plus toutes ces personnes adultes qui se préparent à recevoir le baptême et les familles qui le demandent pour leurs enfants.
Notre société d’indifférence est en même temps traversée par une attente, un désir de Dieu. Pour répondre, il faut d’abord alors faire silence, écouter la Parole et écouter aussi les cris de notre humanité. Ensuite, laissons faire Dieu, son action est toujours surprenante. Il est le Dieu de la promesse, le Dieu qui tient parole, le Dieu qui console. Consoler ce n’est pas effacer les larmes, c’est rendre plus solide que ce qui peut nous blesser. La naissance de Jésus est inimaginable. Il est difficile de penser l’événement de Noël. Ainsi, Dieu demeure avec nous pour toujours et il désire faire de nous ses témoins. En Jésus, Dieu s’engage en se liant avec chacun de nous, jusque dans les situations de détresse. Un autre étonnement peut nous saisir lorsque nous pensons à la la mort de Jésus. Crucifié, il est abandonné de tous, seules demeurent quelques femmes, une de ses dernières paroles est “Père, pardonne-leur. Ils ne savent pas ce qu’ils font”. (Lc 23, 34). Cette parole de Jésus sur la croix est le plus grand signe de contradiction, car elle signifie que l’Amour  de Dieu est plus fort que toutes violences et que“l’acte de pardon est aussi décisif que l’acte de création”, pour reprendre une expression de saint Thomas d’Aquin.
Comment penser l’Église d’abord comme Corps et sacrement du Christ, “don de Dieu en Jésus-Christ”,  ferment de fraternité, et non comme une organisation qu’il faudrait faire fonctionner ?
Il faut sortir de ces catégories enfermantes pour nous-mêmes qui voudraient que d’un côté il y ait l’Esprit et de l’autre le Corps. C’est un peu comme dans le débat sur la bioéthique où l’on sépare les réalités biologiques et les réalités spirituelles.  Nous avons du mal à faire la synthèse des deux. Nous sommes constitués  d’un  corps (avec tout ce qui exprime notre sensiblité) , d’une âme ( principe de vie intérieure) et de l’ Esprit (qui nous est donné de Dieu). Il est nécessaire d’apprendre à laisser l’Esprit nous travailler. Si nous vivons notre relation à l’Eglise comme la participation à une organisation religieuse, nous sommes infidèles au don du Christ. Avec son Esprit, Il nous appelle à devenir pleinement son corps en solidarité avec nos frères et soeurs. Cependant, une institution (ce qui fait tenir) est nécessaire. Mais l’Église n’est pas instituée pour devenir son propre but. Le but de l’Église, ce n’est pas l’Eglise. Elle est comme le doigt de Jean-Baptiste qui montre celui qui vient et qui invite à la découverte de Dieu. L’Église, c’est le corps du Christ qui se déploie en nous et qui fait signe pour le monde.
Je suis toujours surpris qu’il y ait encore tant de personnes qui n’ont jamais rencontré Jésus de façon personnelle. Un des lieux où est proposée cette rencontre, c’est la communauté oecuménique de Taizé, en Bourgogne. Le silence, la Parole, la lumière, la contemplation des icônes, les chants répétés… Toutes ces choses simples sont autant d’éléments qui peuvent conduire au mystère du Christ et  à sa présence. Là est le coeur de L’Église.

Combattre avec Dieu

Cette marche vers la clarté de Pâques que nous entreprenons tout au long du carême nous entraîne au combat pour retrouver le chemin de Dieu. Tout au long de notre vie de foi nous sommes invités à nous conversion, à changer nos habitudes, nos comportements, notre manière de pensée pour essayer de ressembler davantage au Christ. Le carême nous invite donc d’une manière toute particulière à nous exercer au combat spirituel.
Le combat spirituel est bien expliqué par l’apôtre Paul dans son épître aux Ephésiens (6, 10,20). A travers la métaphore de l’équipement du combattant, il nous fixe des repères à la fois pour se protéger mais aussi pour entrer en lice contre tout se qui nous risque de nous détourner de notre vocation chrétienne. Ce combat est à mener au travers de plusieurs grandes batailles qui toutes visent à redonner à la personne humaine sa dignité de Fils de Dieu. La première d’entre elle est la lutte contre le mal. Il s’agit d’un ennemi particulièrement sournois et fourbe qui se loge un peu partout et surtout dans tout ce qui pourrait permettre de croître. Un des signes de l’action de l’ennemi est le découragement et la désespérance. Dans ces moments, il faut redoubler de prudence et s’armer de patience sans oublier d’intensifier sa prière et le partage avec des frères et sœurs.
Le choix des armes est important dans ce combat. Il est important tout d’abord de demander au Seigneur la grâce d’être rempli de sa paix, de sa joie; c’est lui le Maitre que l’on désire faire régner dans nos vies. Il est l’Eternel Seigneur de toutes choses en qui le Père a mis tout son amour révélé par l’Esprit. Il est l’auteur de la notre Mission et le Maitre de la Joie. Ainsi armés nous pouvons partir au combat sous l’étendard de la Croix. Cette lutte il nous faut d’abord la mener en nos cœurs et à nos âmes. Comment pouvons-nous essayer d’annoncer le Prince de la Paix si nous sommes en guerre à l’intérieur de nous ? Prenons le temps de nous laisser pacifier par celui que nous servons car les ruses de l’ennemi de la nature humaine sont rudes et nombreuses.
Notre désir est d’apporter à ce monde le salut qui nous vient de Dieu. Ce salut qui consiste à délier les chaînes de ceux qui sont prisonniers de leur vie, de leur situation. Nous ne devons pas nous satisfaire du provisoire, du précaire, de l’a peu près. Nous sommes appelés à annoncer la Vie, à donner la Vie alors pourquoi nous contenterions-nous d’un feu de paille alors que le feu de l’Amour nous est donné en héritage ? Cela demande aussi un enracinement dans le concret, une attention de chaque instant et aussi d’accepter la responsabilité de nos actions. Il faut être également très prudent à l’égard de notre désir de reconnaissance et de la culture ambiante des résultats. Notre ambition est autre et notre plaisir ne consiste pas en des résultas chiffrés. Il faut se rappeler la joie qu’évoque Luc dans son chapitre 15 à propos de la brebis perdues. Cela nous place dans la perspective de tout faire pour ceux vers lesquels nous sommes envoyés et mais aussi de savoir leur laisser toute la liberté d’agir. Nous ne sommes pas à leur place, nous ne vivons pas pour eux, ni par eux ; seulement avec eux. Nous sommes appelés à une fraternité universelle ce qui signifié être à côté dans un compagnonnage et non dans une fusion/absorption.
Ce ne sont là que quelques pistes pour entrer dans ce combat où Dieu nous attend pour bâtir son règne. Il faut résolument vivre en communion avec les trois personnes divines qui nous montrent le vrai mode de relation qui est un échange permanent. C’est dans cet attachement à la fois personnel et communautaire à ce Dieu trinité que nous trouverons l’enthousiasme, la force et l’énergie d’entrer en résistance afin que la dignité de l’être humaine ne soit jamais bafouée. Notre foi qui entraîne notre action doit favoriser des conditions de vie de chacun de ceux qui sont nos frères et sœurs afin et qu’il puisse vivre en plénitude dans la paix, la joie et l’allégresse.

« Passer d’un amour à un autre Amour »


Soeur Evangéline, prieure de la Communauté des Diaconesses de Reuilly
Soeur Evangéline, prieure de la Communauté des Diaconesses de Reuilly

Soeur Evangéline, prieure de la communauté protestante des Diaconesses de Reuilly a accordé cet entretien à l’auteur de ce blog, pour les revues de l’Armée du Salut.
1. Vous portez le nom de la fille de William Booth, fondateur de l’Armée du Salut. Est-ce un hasard ?
Il s’agit de mon nom de consécration. L’idée, heureuse, vient de la maîtresse de novices des Diaconesses de Reuilly de l’époque, Sœur Myriam, afin de souligner l’importance que l’Armée du Salut a eue dans mon itinéraire.
J’ai rencontré l’Armée du Salut grâce à une amie de lycée de mon père. Cette personne était « sergente » et travaillait au Palais de la Femme. Notre maison était proche de cet établissement. J’allais de temps à autre la visiter car ma mère m’avait proposé d’aller déjeuner le jeudi au Palais (cela coïncidait avec l’époque où je commençais à m’éveiller à la foi grâce à l’aide d’une amie religieuse catholique habitant les Hautes-Alpes). Chaque jeudi, mon amie me laissait pour se rendre au culte qui durait un quart d’heure. Je trouvais cela bien mystérieux. Au bout d’une année, j’ai demandé à m’y rendre. J’y ai découvert le Christ. A la suite de ce culte, un chemin malaisé vers Dieu s’est ouvert. Mes parents n’étaient pas chrétiens et n’appréciaient pas trop que je fréquente l’Armée du Salut. Une fois majeure, je m’y suis engagée, et j’ai demandé au Seigneur d’éclairer mon choix de vie. J’ai eu beaucoup d’hésitations car je cherchais une communauté à la fois monastique mais au service des autres. La conviction qui m’habitait dans ce discernement était que j’avais tant reçu de Dieu, que je ne pouvais l’en remercier qu’en lui donnant ma vie.
2. Dans la Règle de Reuilly, il est question de « continuer l’Evangile ». Comment les diaconesses vivent-elles ce désir au quotidien ?
Il est bon d’apprécier l’Evangile mais il est essentiel de l’incarner jusqu’au bout, de le continuer. L’Evangile n’est pas une belle parole, une belle dissertation sur l’amour. Il ne s’agit pas de vivre l’Evangile au mieux, ni même de souffrir en son nom, il s’agit d’aller jusqu’au bout.
Il s’agit quasiment d’accepter, s’il se présente, le martyre. C’est en quelque sorte l’appel à recevoir la couronne de vie dont parle le livre de l’Apocalypse (2, 10).
Incarner l’Evangile est exigeant. Il s’agit de le vivre jusqu’au bout de nos vies, et la vie communautaire en est le premier lieu d’exercice. Là, dans ce quotidien le plus banal, se joue le chemin de la conversion intérieure. Dans la vie communautaire, il faut supporter, tolérer la présence de l’autre et « faire d’une étrangère sa propre sœur ». C’est la joie du miracle quotidien ! Ce « continuer l’Evangile » de la Règle m’invite à réfléchir sur les raisons de mon engagement. Est-ce-que je le fais par idéalisme ou est-ce que je donne ma vie pleinement au sens propre ? Cela rejoint la notion de « grâce à bon marché » et de « grâce qui coûte » développée par Dietrich Bonhoeffer. Cependant, il est bien difficile de dire cette radicalité vers laquelle je tends.
3. Le chrétien est appelé à amener le monde à Dieu tout en amenant Dieu au monde. Comment vivre ce va-et-vient permanent, nécessaire à notre vie chrétienne ?
Dans la prière il est évident que l’on amène le monde à Dieu, notamment à l’office, qui rassemble le corps communautaire, auquel chaque sœur vient avec la part de monde qu’elle approche. Le jeudi soir nous offrons à Dieu, par une prière d’intercession, des intentions qui nous sont confiées. L’habit que nous portons est aussi une manière d’apporter Dieu au monde. Il est un signe de contradiction. En effet, il peut rejoindre nos contemporains comme les faire fuir. Dans cette présence silencieuse de ce qui nous vêt, il y a une manière d’être passeur entre Dieu et le monde. Comme chrétiens nous sommes conduits à nous éprouver « citoyens du monde ». Notre monde est celui de tout le créé, de toute l’humanité.
Une autre modalité est tout ce qui se passe lorsque l’on prend à la fois le temps d’écouter et de poser une parole. Il nous faut avoir une disposition de fond. Toutes les formes de travail nous invitent à passer d’un amour à un autre Amour. Que ce soit dans nos différentes institutions, dans les rapports avec nos collaborateurs… il se passe toujours quelque chose qui va au-delà de nous-mêmes. Une fréquentation assidue de la Parole de Dieu, une écoute attentive de l’Esprit peuvent rendre plus ajustés notre regard, notre manière d’aborder les problèmes du monde. Il y a des choses qui se passent dans l’invisible et qui se disent dans notre prière cachée, personnelle. Les textes de la liturgie nous habitent et finissent par user nos étroitesses, nos égoïsmes.
4. Quelles paroles vous habitent et vous font garder l’Espérance ?
Depuis quelques mois, c’est une parole d’Angelus Silesius (mystique allemand du XVII° s.) qui m’est d’un grand appui « Va où tu ne peux pas ». Cette parole prend le relais d’une phrase qui m’a marquée chez Paul : « Seigneur, dans la faiblesse, ta puissance donne toute sa mesure » (2 Co 12, 9). Avec ces phrases, j’avance en comprenant jour après jour que c’est Dieu l’acteur de nos vies. Non pas dans le sens où je serais manipulée par quelqu’un, mais dans celui où lorsque j’atteins mes limites, Dieu me dit  « Va où tu ne peux pas  – parce que c’est moi qui y vais ». C’est une école de confiance et de désistement, non de démission ; il s’agit de s’engager totalement, de se dessaisir totalement.
5.  Par le mystère de l’incarnation, Dieu nous témoigne de sa vulnérabilité. Comment mieux la comprendre ?
Dieu est celui qui porte l’Univers et qui a choisi d’être vulnérable. Dès l’origine, il laisse à l’homme une marge de liberté. Il le crée comme un véritable vis-à-vis. Il savait qu’il ne serait pas accueilli et pourtant il choisit d’être dans une position non dominante. L’homme n’a jamais cessé de transgresser, comme pour mieux affirmer sa liberté face à celle de Dieu. C’est un point fondamental dès l’origine que cette vulnérabilité choisie et assumée de Dieu.
Sa toute-puissance est une toute-puissance d’amour qu’il a assumée jusqu’au bout : de la création à l’incarnation. Permettre que son propre Fils soit crucifié est le signe de cette volonté de montrer jusqu’où va l’amour.
L’incarnation, Noël, c’est Dieu qui vient au plus près de nous pour se rendre accessible.  Et de ce lieu très proche, nous l’entendons nous demander : « Où es-tu ? »